Editions Allia

  • En 1963, l'auteur se rend en Chine, d'abord par jeu puis pour suivre des études. Il ignore tout de ce que le pays vient de traverser. Et heureusement, dit-il. Sans cela, il n'aurait pas persévéré dans cette voie. Ses entrevues avec Wen, jeune femme médecin dont il s'éprend, doivent demeurer furtives. Entretenir une relation avec un étranger ne va pas sans danger. Une seule possibilité s'offre à eux : le mariage. Or, pour cela, Wen doit obtenir l'autorisation de la direction de son hôpital, soit du responsable du Parti. Au-delà des obstacles auxquels se heurtent les deux amants, ce récit saisissant et authentique est aussi un roman d'apprentissage. L'auteur devine peu à peu une réalité sociale et politique censée rester cachée, tandis que sa compagne découvre le passé de sa propre famille.

    Reconnu comme un éminent sinologue, Jean François Billeter a su toucher un vaste public sans rien abandonner de sa rigueur et de son exigence intellectuelle. Les éditions Allia ont publié Chine trois fois muette, Leçons sur Tchouang-tseu, Études sur Tchouang-tseu, Contre François Jullien, Notes sur Tchouang-tseu et la philosophie, Essai sur l'art chinois de l'écriture et ses fondements, Un paradigme, Lichtenberg et Trois essais sur la traduction, enfin Esquisses.

  • Ce réquisitoire balaie d'un revers de main la démocratie telle qu'elle a cours. Et, ose-t-on ajouter, telle qu'elle a encore cours. Son argumentation repose sur des réflexions philosophiques qui traitent de l'organisation idéale de la collectivité en démocratie, notamment le Contrat social de Rousseau. La raison seule est garante de la justice, et non les passions, nécessairement marquées par l'individualité. Or, les partis, puisqu'ils divisent, sont animés par les passions en même temps qu'ils en fabriquent. Pour Weil, un parti comporte potentiellement, dans sa lutte pour le pouvoir, un caractère totalitaire. Ils défendent leurs intérêts propres au détriment du bien public. Il faut se garder comme de la lèpre de ce mal qui ronge les milieux politiques mais aussi la pensée tout entière. Contre les passions collectives, elle brandit l'arme de la raison individuelle.
    Rédigé en 1943, ce texte propose un système fondé sur l'affinité et la collaboration de tous, un hymne à la liberté individuelle capable de s'exprimer dans le cadre d'une collectivité.

  • En quête d'une nouvelle provocation, Céline cherche par tous les moyens à attiser la haine. Il croise Paul Morand, qui lui tient des propos antisémites. "Voilà enfin mon sujet !" s'écrie Céline. Il fait part au chef de presse de la Gestapo de son projet de livre. Celui-ci le conseille sur la manière de servir la propagande antisémite. "Un bon nazi ne cherche pas de références, il les invente."

    Kaminski emploie l'arme la plus redoutable de l'écrivain : la satire. En hissant Céline en personnage de fiction, cruel, imbu de lui-même, sombre et délirant, il met à jour les techniques de falsification propres à la propagande nazie. Réaction à chaud et virulente, cette dénonciation avait valeur d'avertissement. Hélas, à la lumière de ce qui a suivi, elle fut prémonitoire.

    Juif allemand né en 1899, H.-E. Kaminski s'engage en 1917 dans la Luftwaffe. En 1922, il soutient sa thèse en sciences économiques puis publie en 1925 un ouvrage sur le fascisme italien. Il quitte rapidement Berlin pour Paris en 1933. Un voyage en Espagne en 1936 aboutit à Ceux de Barcelone (rééd. Allia 1986, 2003), suivi en 1938 par Bakounine, la vie d'un révolutionnaire et Céline en chemise brune. Après l'invasion allemande, il gagne Lisbonne puis l'Argentine, où il meurt vers 1960.

  • Dans ce texte fulgurant, Friederich rétablit les origines de la doctrine transhumaniste au sein de l'histoire des idées, afin de désamorcer la "coupure historique" que celle-ci tente d'initier. Ce faisant, il dénonce cette idéologie nouvelle qui tente d'améliorer grâce aux sciences la condition humaine mais ne fait que relever à ses yeux d'une profonde inhumanité. Il débusque notamment les procédés invisibles auxquels les "technoprophètes", comme il les qualifie, ont recours pour parvenir à leur fin. Sa critique se double par conséquent d'une dénonciation du capitalisme, dont le transhumanisme est entièrement tributaire. En s'attachant au corps seul, en niant l'esprit, le transhumanisme apparaît comme une dégénérescence du projet philosophique d'émancipation de l'homme.

    Alexandre Friederich a vécu vingt ans à l'étranger avant d'entreprendre des études de philosophie à l'université de Genève. Colleur d'affiches et cycliste, il vit actuellement entre Fribourg, l'Italie, l'Espagne et Mexico. Il a publié aux éditions Allia easyJet en 2014 puis Fordetroiten 2015.

  • Exilé à New York pendant la Seconde Guerre mondiale, Alexandre Koyré a publié en 1943 ces réflexions sur la place du mensonge dans les sociétés totalitaires. Le fonctionnement de ces régimes d'un type nouveau repose d'après lui sur la transformation de la vérité. Le jugement moral porté sur le mensonge dans la vie quotidienne, ou sur les plans religieux et philosophique, se trouve remis en cause en période de guerre. Le mensonge devient une arme nécessaire pour vaincre l'ennemi, voire une obligation. Or, c'est bien un climat de guerre que les régimes totalitaires instaurent constamment. Ces régimes fonctionnent comme des sociétés secrètes, pour la survie desquelles le mensonge est indispensable. À la seule différence qu'ils le pratiquent "en plein jour", en plantant une barrière entre la classe gouvernante et la "masse" qu'ils entendent diriger et asservir.

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