Presses universitaires de Perpignan

  • Au quotidien la population roussillonnaise d'Ancien régime est plutôt respectueuse de l'ordre établi par les autorités locales ou monarchiques ainsi que des traditions ancestrales, familiales ou professionnelles. De son sommet jusqu'à sa base, la société nord catalane se fonde sur des hiérarchies acceptées par tous. Les Roussillonnais reproduisent tout au long de leur vie des attitudes et comportements marquant, consciemment ou non, leur soumission ou leur intégration d'une organisation sociale inégalitaire mais dans laquelle ils se reconnaissent. Leur participation tout au long de leur vie au fonctionnement des institutions locales, qu'elles soient politiques, professionnelles ou religieuses, leur confère un rôle actif dans la conservation et la transmission des usages légués par leurs aïeux. Ils s'intègrent ainsi parfaitement dans des processus pluriséculaires. Seuls remettent en cause ces modes de fonctionnement des comportements, généralement ponctuels et considérés comme marginaux, dont l'interprétation doit être faite avec beaucoup de précautions car, à la vérité, peu d'actions semblent animées par un rejet pur et simple de l'ordre établi, qu'il soit économique ou professionnel, social, familial, politique, administratif ou religieux. L'illégalité ou criminalité n'est pas endémique, si ce n'est pour ce qui touche à la frontière, en particulier la contrebande. Pour autant, les comportements relevant de l'indiscipline et l'irrespect des lois, des autorités politiques, des bonnes moeurs ou des préceptes religieux suscitent toujours autant d'intérêt car ils nous offrent l'opportunité de nous immerger dans la société roussillonnaise, d'en découvrir les rouages et codes sociaux, leurs éventuelles contestations ou transgressions et les processus de maintien ou rétablissement de l'ordre.

  • Interroger les pouvoirs locaux, leur organisation, leur fonctionnement, leurs relations avec le pouvoir royal, reste un thème inépuisable encore neuf, surtout si l'on se place dans une perspective comparative, ce qu'offre le cas du Roussillon annexé en 1659 et du Languedoc intégré trois siècles plus tôt au royaume de France. Les différences entre les deux provinces sont profondes en effet derrière les apparences. Leur analyse fait redécouvrir le statut des individus, leur droit à la représentation, les stratégies déployées pour accéder au pouvoir, bénéficier des avantages qu'il confère, éviter les charges qu'impose la qualité de citoyen. Dépasser les cadres institutionnels, relativement stables, permet de se placer au plus près des réalités, au coeur des relations sociales, du fonctionnement de l'État, infiniment plus complexe et nuancé qu'on ne l'a longtemps cru. L'exemple des deux provinces intéresse le royaume de France dans son ensemble.

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