Sciences humaines & sociales

  • Depuis la Seconde Guerre mondiale, le "réfugié" préfère en général l'appellation de "nouvel arrivant" ou d'"immigré", pour marquer un choix, afficher un optimisme hors pair vis-à-vis de sa nouvelle patrie. Il faut oublier le passé : sa langue, son métier ou, en l'occurrence, l'horreur des camps. Elle-même exilée aux États-Unis au moment où elle écrit ces lignes dans la langue de son pays d'adoption, Hannah Arendt exprime avec clarté la difficulté à évoquer ce passé tout récent, ce qui serait faire preuve d'un pessimisme inapproprié. Pas d'histoires d'enfance ou de fantômes donc, mais le regard rivé sur l'avenir. Mais aux yeux de ces optimistes affichés, la mort paraît bien plus douce que toutes les horreurs qu'ils ont traversées. Comme une garantie de liberté humaine.

    Née en 1906, Hannah Arendt fut l'élève de Jaspers et de Heidegger. Lors de la montée au pouvoir des nazis, elle quitte l'Allemagne et se réfugie eux Etats-Unis, où elle enseigne la thoérie politique. À travers ses essais, tels que La Condition de l'homme moderne, Les Origines du totalitarisme, Eichmann à Jérusalemou encore Le Système totalitaire, elle manifeste sa qualité d'analyste lucide de la société contemporaine. Elle meurt en 1975.

  • Dans ce témoignage étonnant d'humanité et de justesse, Jacques Salmona, d'origine judéo-espagnole, relate ses aventures sous l'Occupation à Paris. Il esquisse par des anecdotes savoureuses, parfois tragiques, son enfance, son entrée dans le mouvement scout des Éclaireurs israélites de France, bientôt transformé en groupe de résistance. Ses souvenirs sont tellement vivaces qu'ils paraissent avoir été écrits "à chaud", sous la menace des bombardements. Les Éclaireurs israélites ont joué un rôle de premier plan dans la prévention, auprès des Juifs parisiens, de la rafle du Vél' d'Hiv', avant de prendre en charge les enfants de déportés, de les cacher et de les placer dans des familles d'accueil. Héros ordinaire, Jacques a échappé de justesse à la Shoah. C'est absolument poignant.

    /> Fils d'immigrés juifs, Jacques Salmona (1923-2015) connaît une enfance difficile mais intègre les Arts et Métiers en 1942. Il participe pendant la guerre à la Sixième, section clandestine des éclaireurs israélites de France, au rôle aussi méconnu que capital. Entré en 1947 chez Degrémont, entreprise spécialisée dans le traitement des eaux usées, il y fera toute sa carrière et en deviendra P.D.G.. À 90 ans, il écrit avec son épouse Lydia ce récit bouleversant, destiné à ses petits-enfants.

  • Mario Mieli (1952-1983) fut l'un des fondateurs du mouvement de libération homo-sexuelle Fuori! et devint très vite la figure de référence du militantisme homosexuel italien. Sa thèse sur l'homo-sexualité masculine est publiée en 1977, chez Einaudi (troisième édition en 2002 chez Feltrinelli). Dans cet essai, Mieli témoigne de son propre vécu, ses désirs, ses fantasmes, ou encore, son séjour dans une clinique pour malades mentaux, convaincu que, pour être authentique, l'engagement politique se doit de faire exploser les frontières entre privé et public, entre le moi et l'autre. Critique formulée d'un point de vue homosexuel et critique du point de vue homosexuel lui-même, le livre avance des propositions théoriques fondamentales, anticipant les travaux de Monique Wittig et de Judith Butler. La perspective d'un possible dépassement des catégories identitaires, de genre et d'orientation sexuelle, dans l'exercice performatif de la transsexualité, fait écho aux aspirations queer du présent, mais avec la fraîcheur et la pertinence propres aux esprits visionnaires. Avec cette présente publication, le public francophone aura enfin accès à un témoignage crucial écrit dans le contexte politique sombre des «années de plomb» par un être aux multiples talents de philosophe, écrivain, dramaturge, poète et acteur, qui n'a peut-être d'égal qu'un Hocquenghem ou un Pasolini, figures de proue dont les temps présents sont singulièrement avares.

  • Le libertinage et les libertins du XVIIe siècle sont volontiers relégués dans un "envers du Grand Siècle", une "part d'ombre" jugée parfois brillante mais au fond de peu de conséquence. Ce livre, à rebours de cette approche dévitalisante, remet en perspective les courants de cette pensée véritablement subversive, contrainte à la clandestinité en son temps, mais aussi peut-être aujourd'hui encore. À travers une série d'études soucieuses d'une contextualisation historique serrée des conditions de production et de réception des textes, Jean-Pierre Cavaillé ausculte - dans toutes ses variations - la culture des esprits forts, de ces Cyrano, Charron, La Mothe Le Vayer, Naudé, Bouchard ou Antonio Rocco, pour en révéler la puissance critique. Leur dénonciation radicale, sous le masque de discours équivoques, des impostures dans les domaines du religieux, de la politique et de la morale, signale un mouvement dont notre époque serait bien inspirée de se souvenir.

  • Szyja Opatowski, surnommé Samy, a dix-sept ans lorsque les troupes allemandes envahissent la Pologne en septembre 1939. Pour ce jeune Juif, c´est un long combat pour la survie qui commence, une lutte de chaque instant pour échapper à l´extermination. Dès avril 1940, Samy est déporté à Belzec, alors camp de travail, à la frontière de l´URSS. Là, il va développer ses capacités d´analyse, sa « débrouillardise » et son instinct extraordinaire qui vont lui permettre de s´en sortir, sans compromission. Chaque fois qu´il ressentira la menace d´une mort imminente, il saura saisir l´opportunité qui lui permettra de fuir. Pris dans l´une des « marches de la mort », à partir de Dachau où son parcours chaotique l´a dirigé, il réussit à s´évader. Et c´est accueilli chez un habitant qu´il attend, deux jours, sa libération par les Américains... en compagnie de soldats allemands déserteurs. Son arrivée, illégale en France, est encore révélatrice de sa pugnacité et de son intelligence des situations. Samy nous livre ici un témoignage dense et implacable, un parcours particulier qui révèle les conditions de vie dans les ghettos et les camps nazis.

  • Pierre Bayle (1647-1706), philosophe exilé dont la pensée a été éclipsée jusqu'à nos jours par le prestige des systèmes philosophiques du Grand Siècle, a été longtemps écarté comme un simple observateur des grands événements philosophiques de son époque. Les études présentées dans ce recueil le découvrent comme un acteur très lucide et très dynamique de l'histoire des idées.
    Son oeuvre est envisagée dans le contexte des principales traditions de la pensée libre pensée européenne. Les précurseurs, contemporains ou successeurs de Bayle - de Machiavel à Spinoza et aux Lumières radicales des philosophes sans Dieu - sont ici convoqués autour des questions, si cruciales encore aujourd'hui, du statut de la foi, de l'athéisme, de la tolérance, de la liberté de conscience et de la liberté de penser.

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