• Depuis la Seconde Guerre mondiale, le "réfugié" préfère en général l'appellation de "nouvel arrivant" ou d'"immigré", pour marquer un choix, afficher un optimisme hors pair vis-à-vis de sa nouvelle patrie. Il faut oublier le passé : sa langue, son métier ou, en l'occurrence, l'horreur des camps. Elle-même exilée aux États-Unis au moment où elle écrit ces lignes dans la langue de son pays d'adoption, Hannah Arendt exprime avec clarté la difficulté à évoquer ce passé tout récent, ce qui serait faire preuve d'un pessimisme inapproprié. Pas d'histoires d'enfance ou de fantômes donc, mais le regard rivé sur l'avenir. Mais aux yeux de ces optimistes affichés, la mort paraît bien plus douce que toutes les horreurs qu'ils ont traversées. Comme une garantie de liberté humaine.

    Née en 1906, Hannah Arendt fut l'élève de Jaspers et de Heidegger. Lors de la montée au pouvoir des nazis, elle quitte l'Allemagne et se réfugie eux Etats-Unis, où elle enseigne la thoérie politique. À travers ses essais, tels que La Condition de l'homme moderne, Les Origines du totalitarisme, Eichmann à Jérusalemou encore Le Système totalitaire, elle manifeste sa qualité d'analyste lucide de la société contemporaine. Elle meurt en 1975.

  • À la veille d'une bataille de la guerre de Sécession, Henry Fleming est un jeune soldat de l'armée nordiste fraîchement enrôlé et assailli par le doute. Pourquoi s'est-il engagé ? Sera-t-il capable, du haut de ses 17 ans, de faire face au danger ? Le lendemain, sous le feu ennemi, il réagit comme un lâche et s'en veut terriblement. Mais dans la confusion générale, Henry est frappé à la tête, recevant cet "insigne rouge du courage" qu'est une blessure de guerre. Son attitude au combat va s'en trouver radicalement modifiée.

  • Dans cette lettre rédigée en 1956, Jean Paulhan invente une vie à son correspondant : jeune marié, il emmène sa femme voir une pièce de Shakespeare. Le théâtre prend feu et ce n'est que grâce à la bravoure d'un inconnu qui organise l'évacuation que leur vie sera sauve. Cet événement sert de point d'appui à l'écrivain pour illustrer sa théorie selon laquelle tout partisan est forcément de tous les camps à la fois. En effet, en quelques heures, l'époux aura été démocrate, partisan de l'aristocratie et royaliste. Royaliste pour avoir aveuglément obéi à cet inconnu qui orchestra l'évacuation, aristocratique par son choix d'aller voir une pièce du «meilleur des auteurs dramatiques» et enfin démocrate pour s'être marié avec celle qu'il aime et non celle choisie par ses parents ou son médecin.

    Écrivain, critique et éditeur, Jean Paulhan (1884-1968) fut l'un des principaux animateurs de la Nouvelle Revue française entre 1925 et 1940. Affecté au 9e régiment des zouaves à son retour en France en 1914, il découvre en lui un sentiment patriotique qui lui était jusqu'alors resté inconnu et commence la rédaction de notes. Réflexions et cheminement idéologique et intellectuel qui le mèneront à devenir résistant en 1945. Il fut élu à l'Académie française le 24 janvier 1963.

  • La « vie dans la tombe » est, dans la liturgie orthodoxe, l'hymne du Vendredi saint, déploration funèbre dans l'attente de la Résurrection. Pour Stratis Myrivilis, c'est l'enfer des tranchées durant la Grande Guerre.
    Publié à Mytilène en 1924 et remanié par l'auteur jusqu'en 1956, La Vie dans la tombe a été traduit dans une dizaine de pays, dont la France (1933) mais dans une édition amputée ne rendant pas compte de cette oeuvre majeure, une des plus célèbres de la littérature grecque moderne.
    Le livre se présente comme le journal intime d'un jeune Grec de Mytilène (Lesbos), Antonis Cotsoulas, engagé volontaire sur le front d'Orient. Il retrace ses épreuves et son évolution intérieure, de l'élan juvénile initial à la désillusion d'un patriotisme lucide teinté d'antimilitarisme. Si l'auteur, pour ménager sa liberté d'expression, recourt aux artifices de la fiction, il n'emploie jamais le mot « roman ». Son livre est avant tout un témoignage d'un réalisme extrême sur la vie quotidienne dans les tranchées. On y croise tous les desservants de cet « abattoir international en folie » (Céline), gradés arrogants ou humbles héros, déserteurs ou victimes résignées. Ce monde d'en-bas a pour contrepoint rêvé le paradis perdu de Mytilène, avec sa lumière, les parfums de sa flore, ses couleurs et ses rivages. Au service de son oeuvre, Myrivilis forge une langue neuve, un « démotique » proche de la langue orale, ponctué de régionalismes expressifs, de créations verbales pures qui, par son sens du rythme, s'élève à la hauteur d'une prose d'art. Cet irrécusable document est aussi un manifeste littéraire.

  • Vienne, mai 1935... Edmund Husserl prononce une conférence sur la « philosophie dans la crise de l'humanité européenne ». Cette extraordinaire conférence est la première ébauche de la notion de supranationalité dans l'histoire de la pensée européenne.
    Quelque part en France, 1940. Marc Bloch, historien du Moyen Âge, fondateur de l'École des Annales, rédige un court témoignage sur la défaite de la France, L'Étrange Défaite. Ce testament intellectuel est un plaidoyer pour le renouvellement de l'esprit démocratique.
    Londres, 1940-1941. Sous le Blitz aérien de la Luftwaffe, alors que l'Angleterre tient seule tête à l'Empire nazi, George Orwell rédige l'essai « Le lion et la licorne » qui exalte les vertus du patriotisme démocratique.
    Trois intellectuels très différents, trois oeuvres dissemblables et visionnaires, trois vies exemplaires animées par un même esprit de résistance. Dans ces textes d'hommage inédits, Jorge Semprún montre une fois encore l'Européen d'exception qu'il fut.

  • Ce texte propose aux lecteurs trois études sur la tranche d'histoire qui s'étend de 1915 à 1930, ou plutôt sur trois faits historiques importants de cette courte période marquée profondément par la grande blessure qu'a été pour le pays l'Occupation américaine. La première étude est consacrée à la Mission Fuller, dernier épisode de la longue série d'assauts diplomatiques du Grand Voisin, dans le cadre de sa politique interventionniste, prélude à l'occupation militaire. La seconde concerne la Convention haïtiano-américaine de 1915 qui nous fut imposée sous les baïonnettes de l'occupant et qui aura été la « grande Charte » de cette Pax Americana. Le dernier volet s'ouvre sur la Commission Forbes de 1930, événement majeur initiant le processus de la désoccupation et le compte à rebours vers ce qui a été appelé l'haïtianisation. Les « croulants », comme l'auteur de ces lignes, qui ont franchi depuis quelque temps le cap de la soixantaine, ont gardé certainement le souvenir ému de quelques faits saillants de cette fin d'occupation, comme l'arrivée de la Commission Forbes ou la cérémonie de rétablissement du bicolore, remplaçant le drapeau étoilé, au haut du Sémaphore. Quant aux jeunes qui n'ont souvent que de vagues notions de ce passé encore récent, il serait souhaitable que ces propos d'histoire, simples et sans prétention, puissent les inciter à de fécondes prospections dans notre patrimoine historique, riche par ailleurs, en exaltantes leçons de patriotisme et de vertus civiques.

  • Témoignage de l'oeuvre d'une vie, ce volume réunit vingt-sept articles écrits en quarante ans. Avec pour fil d'Ariane l'élucidation de ce qui fonde l'identité de la « nation France » : le sentiment national et la conscience historique.Myriam Yardeni démontre que les croyances et les représentations sont des forces agissantes, aussi puissantes que l'économie ou les rapports sociaux. Elle soutient que l'individu assume son identité par son appartenance à un groupe ou à une communauté : village, ville, patrie, royaume, religion, Église, langue, culture...Individus, groupes et communautés entretiennent souvent des relations conflictuelles : dans chaque crise, notamment au temps des guerres de religion (1562-1598), l'individu doit forger sa propre hiérarchie de valeurs, de fidélités, de loyautés et d'appartenance.Cette identité au travail se construit par la médiation d'une mémoire souvent mythifiée qui joue un rôle moteur dans la prise de conscience historique. Les études ici réunies ont précisément pour point commun d'élucider la fonction assumée par la connaissance historique dans la formation et la cristallisation des identités et des consciences, qu'il s'agisse de conscience de la nation, de la conscience de la religion, de conscience sociale, de la conscience de soi...

  • Alors que Marie et Fabien arrivent à Boston, après avoir transité quelques semaines par l'île de Saint-Domingue, ils font la connaissance d'un groupe de Canadiens qui, habités par un rêve de liberté, ont quitté leurs paroisses pour combattre au côté de Georges Washington. Puis, le couple finit par rejoindre le marquis de La Fayette juste à temps d'ailleurs pour assister à la fameuse bataille de Georgetown, qui scelle l'indépendance des États-Unis. Une fois Fabien remis de ses blessures, il ne leur reste qu'à partir vers le nord, vers cette fameuse et mythique Acadie.

    Or, quand le couple est fait prisonniers par les Iroquois, Fabien est forcé d'épouser la fille d'une des chefs de clans. Mais après maintes péripéties, les deux amoureux s'échappent et réussissent enfin à se rendre à Montréal, où ils rencontrent de nombreux Acadiens toujours en fuite. Le Canada deviendra-t-il leur véritable patrie?

  • En 1773, un groupe d'Acadiens s'installent en France après avoir été chassés de leurs terres par les conquérants anglais. Résidant dans l'un de ces villages créés à cette occasion dans la région du Poitou, les jeunes Fabien et Marie sont remarqués par le seigneur des lieux, qui décide de les amener avec lui à Paris. Même s'ils découvrent dans la capitale française un monde tout à fait inconnu, aux limites de l'inconcevable, ils rêvent de retourner en Acadie, ce paradis mythique tant décrit par leurs parents.

    Lorsque Fabien devient le bras droit de l'écrivain et philosophe Pierre-Augustin Beaumarchais, qui organise alors une opération d'aide aux révolutionnaires américains, il est envoyé comme espion en Angleterre, mais est fait prisonnier. Après s'être échappé de la sinistre Tour de Londres, il accompagne en 1779 le marquis de La Fayette dans une expédition plutôt risquée. Celui que l'on surnommera plus tard «le héros des deux mondes» se prépare à amener aux insurgés américains des armes et des munitions.

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