• Avec son style assuré, profond et captivant, Au coeur dHiruharama nous entraîne dans un voyage où les limites entre le passé et le présent sont plus que floues... elles sont brisées. Les morts sont hantés par les vivants, les vaisseaux brûlés sont reconstruits et empruntés, et la dure réalité des séparations et des pertes est supplantée par la perspicacité des rêves. Ce voyage dans létrange et le merveilleux, entrepris par une fille et le père quelle na jamais connu, est éclairé parfois jusquà léblouissement par leur sens de lhumour commun et par la volonté de la fille de pousser sa vie au-delà des bornes de la tragédie.
    Premier roman de lécrivain Isabel Waiti-Mulholland, Dans le coeur dHiruharama comporte de nombreuses références à la culture maorie, son écriture poétique rappelle le réalisme magique de la littérature sud américaine.

  • Ce numéro de la revue Voix et images se penche sur les expériences contemporaines du temps dans les fictions québécoises. Cette expérience est étroitement liée à la question de la mémoire (et donc de l'Histoire), sans pouvoir s'y résumer totalement, ainsi qu'à celle de l'avenir qui prend la forme d'une intensification du présent ou pire, celle d'une catastrophe annoncée amenant la fin de l'humain. On comprend alors que l'individu contemporain se trouve en quelque sorte prisonnier du présent, poussé à réfléchir le rapport au temps, à son temps. La question des expériences du temps ne se laissant pas aisément saisir, collaborateurs et collaboratrices ont pris des chemins détournés pour en apprécier toutes les nuances, soit celle de l'imaginaire western pour Andrée Mercier, de la mémoire pour Marion Kühn, de l'histoire pour David Bélanger, de la biographie pour Pierre-Olivier Bouchard et de la figure du héros pour Manon Auger.

  • «Apocryphes du coeur» est un recueil qui tire ses racines de l'histoire de l'être. Il cherche à révéler ce que l'on garde secret, ce que l'on ne dit pas ou que l'on ne veut pas entendre : les blessures intérieures, traces d'un passé commun marqué par le rigorisme religieux et la difficile recherche d'une identité dans une collectivité aux fondements effrités.

    Je viens d'un pays de crucifix et d'empreintes préhistoriques de désirs mortifiés aux cavernes du coeur un pays en dehors des murs échafaudé entre la pierre et une raison peut-être la nôtre Une nouvelle voix franco-ontarienne en poésie, un texte provocateur dont les assises sont aussi celles de notre histoire.

  • Dans «Mes souliers me font mourir», la poète Robyn Sarah se penche sur le temps qui passe, la fugacité des rêves et le plaisir doux-amer de penser au « trésor » qu'est le passé. Musical, méditatif, chaleureux et étonnamment drôle - ce que la traduction de Rémi Labrecque rend à merveille - il en va d'un recueil à l'écriture réparatrice et émouvante de l'une des poètes canadiennes les plus réputées.

  • L'oblique. Le dévié. Le détour. La ruse. Ce sont des mots de ce genre qu'emploie Georges Perec dès qu'il parle de sa mémoire ou de ses écrits autobiographiques. Impossible pour lui de prendre la grande route des récits classiques, de commencer par un rassurant « Je suis né ». Mais impossible aussi de ne pas prendre la route, tout de même, vers l'origine. Ce sera par de multiples chemins de traverses. Tout un réseau, un labyrinthe d'autobiographies « déplacées » : fantasmes et souvenirs d'enfance, rêves, quêtes généalogiques, exercices de mémoire, inventaires du quotidien, description de lieux, exploration de la mémoire collective, multipliant les « tentatives de description » de l'indicible et du « presque oublié ».
    En 1969 il fait remarquer à Maurice Nadeau que, dans le grand ensemble autobiographique qu'il envisage, « chaque projet particulier n'entretient avec ce qu'on nomme ordinairement autobiographie que des rapports lointains ». Dix ans plus tard il constate qu'effectivement il a réussi à n'écrire que « des morceaux d'autobiographies qui étaient sans cesse déviés ».
    L'oblique était sans doute la seule voie possible pour affronter un passé à la fois immémorable et inoubliable, pour maintenir vivante la mémoire de l'oubli.
    Dans cet essai, fondé sur la lecture des textes publiés et l'exploration des manuscrits inédits, Philippe Lejeune a suivi ces stratégies indirectes. Georges Perec expérimente de nouvelles formes autobiographiques et noue avec son lecteur des relations à la fois conviviales et exigeantes. A travers la lecture « alternée » des deux récits de W ou le Souvenir d'enfance, le dédale des Lieux encore inédits, les litanies de Je me souviens, nous entrerons en oblique dans notre propre mémoire.

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