Christian Bourgois

  • Beloved

    Toni Morrison

    Le 124 tait habit de malveillance. Imprgn de la maldiction d'un bb... Bluestone Road, prs de Cincinnatti, vers 1870, les meubles volent, la lumire allume au sol des flaques de sang, des gteaux sortent du four marqus de l'empreinte d'une petite main de bb. Dix-huit ans aprs son acte de violence et d'amour maternel, Sethe, l'ancienne esclave, et les siens, sont encore marqus par le souvenir de la petite fille de deux ans qu'elle a gorge. Jusqu'au jour o une inconnue, Beloved, arrive mystrieusement au 124, donne enfin cette mre hors-la-loi la possibilit d'exorciser son pass. Parce que pour ceux qui ont tout perdu, la rdemption ne vient pas du souvenir, mais de l'oubli. Ce roman aux rsonnances de tragdie grecque, au style d'une flamboyante beaut lyrique, a reu en 1988 le prix Pulitzer.

  • Il existe à New York une rue au nom évocateur : Division Avenue. Elle se situe dans une partie spécifique de Brooklyn, le quartier juif orthodoxe.
    C'est là que vit Surie Eckstein, qui peut s'enorgueillir d'avoir vécu une vie bien remplie : mère de dix enfants, elle passe des jours tranquilles avec sa famille. Alors qu'elle pensait être ménopausée, Surie découvre qu'elle est enceinte. C'est un choc. Une grossesse à son âge, et c'est l'ordre du monde qui semble être bouleversé. Surie décide de taire la nouvelle, quitte à mentir à sa famille et à sa communauté. Ce faisant, Surie doit affronter le souvenir de son fils Lipa, lequel avait - lui aussi - gardé le silence sur une part de sa vie. Un secret peut avoir de multiples répercussions : il permettra peut-être à Surie de se réconcilier avec certains pans de son passé.
    Avec Division Avenue, Goldie Goldbloom trace le portrait empathique, tendre et saisissant d'une femme à un moment charnière de son existence. Et nous livre un roman teinté d'humour où l'émancipation se fait discrète mais pas moins puissante.

  • Alexandr, Christine, Lydia et Zachary partagent une amitié très intime depuis leur rencontre alors qu'ils avaient vingt ans. Trente ans plus tard, Alex et Christine reçoivent un appel bouleversé de Lydia : Zach est mort. Ce décès les touche profondément. Tous s'accordent pour dire que Zach était le plus sain et le plus gentil d'entre eux, celui qu'ils ne pouvaient se permettre de perdre. Plutôt que de les rapprocher, la perte de Zach déforme leur relation, faisant remonter à la surface les enchevêtrements passés, les griefs tus. Ce qui aurait pu les unir se transforme alors en colère et amertume.

    Occasions tardives explore les entrelacs des relations les plus intimes. Sous la surface des arrangements et compromis de l'existence reposent d'autres configurations, différentes, insondables, qui, bien que semblant appartenir au passé, demeurent la trame essentielle des amitiés et des amours. Et quand un fil rompt, tout se détricote, la trame réaffirme sa présence.

  • Jazz

    Toni Morrison

    En 1926, Joe Trace assassine sa jeune matresse Dorcus. En proie au dsespoir et la jalousie, Violette, la femme de Joe, se prcipite son tour sur la dpouille de sa rivale, dans le but de la tuer une seconde fois. Bouleverss par la violence et l'horreur de leurs gestes, les deux poux vont impitoyablement fouiller leur pass commun pour comprendre leur prsent dvast. Nourri d'une musique qui vient incarner la libert d'une nouvelle gnration de Noirs amricains dans le Harlem des annes 20, ce roman n'est pas seulement construit au rythme d'un morceau de jazz. Il devient, au fil de la narration, le Jazz. Un roman magnifique, o s'affirme chaque page le pouvoir de l'amour, qui triomphe de l'ge, de la vulnrabilit de la chair et, finalement, du dsespoir.

  • Le passé

    Tessa Hadley

    "Trois soeurs et un frère se retrouvent dans la maison de leurs grands-parents, à Kington, en Angleterre, pour quelques longues semaines d'été. L'endroit est plein des souvenirs de leur enfance et de leur passé mais ils envisagent de le vendre. Sous une surface idyllique, les tensions se font peu à peu sentir : les invités sont perçus comme des intrus, les enfants découvrent un secret effrayant les emportant dans un jeu dangereux, la passion surgit là où on ne l'attendait pas, perturbant l'équilibre familial. Un certain mode de vie - bourgeois, cultivé, ritualisé, anglican - touche à son inévitable fin.
    ""Tessa Hadley possède une subtilité psychologique rappelant celle d'Henry James et une touche ironique digne de Jane Austen."" The Guardian"

  • « J'éprouvais une légère douleur à l'estomac, une espèce de nostalgie très ténue : la faim, pensa-t-il, je dois avoir faim. Ou alors je vieillis. Ou bien je suis malade, comme les chevaux d'attelage qui ne sont plus bons à rien. Les oiseaux, expliquait son père, appuyé à la margelle du puits de la ferme, meurent très lentement, sans raison, sans s'en rendre compte, et un beau jour ils se réveillent le ventre en l'air, le bec ouvert, flottant dans le vent. » Dans ce chef-d'oeuvre de la mémoire, mêlant - souvent dans une même phrase - les passés, les présents, les avenirs de ceux et celles qui l'entourent, Rui S. nous mène, vers une mort souvent annoncée. Illusion, poésie, satire : António Lobo Antunes, qui veut faire d'Explication des oiseaux son hommage - et combien magnifique - à Fellini, s'impose, après Le cul de Judas, Fado Alexandrino, Le retour des caravelles, comme un très grand écrivain européen.

  • « De livre en livre, Lobo Antunes affine sans cesse un langage d'une puissance inouïe qui fait de la douleur d'individus égarés au bord d'eux-mêmes le symbole même de la condition humaine. » Hugo Pradelle, La Quinzaine littéraire « Il faut entrer [dans l'écriture d'António Lobo Antunes] et s'y laisser couler. Le rythme, alors, vous hante dès que vous y avez goûté. » Florence Noiville, Le Monde des livres « Lire la prose du plus grand écrivain portugais est une expérience rare, dérangeante et captivante à la fois. Comme un rêve éveillé. Comme entrer dans les ténèbres de Faulkner ou de Virginia Woolf. » Bruno Corty, Le Figaro

  • « Lui qui n'avait jusqu'ici été qu'une ombre morte, il avait été vivant, la lettre nous le disait, il l'était peut-être encore. Cette certitude transfigurait la maison de banlieue. Le salon était envahi par une présence qui occupait les lieux : derrière nos fauteuils, à côté de nos corps et nos visages, près du visage douloureux de Pesia, des mains inquiètes de maman, près de nos pieds, ceux de Judith et les miens, bien calés sur le sol, Ovadia avait bondi hors de sa relégation, il avait parcouru les lieux et les années, il avait traversé les frontières - mi-fantôme, mi-homme -, il avait bouleversé les successions normales du temps et de la mémoire, pour nous apparaître (et cette apparition c'était un tourbillon, du sang neuf) en instance de rapatriement. »

  • « L'Amour sans visage est un récit autobiographique dont la structure est un peu comme celle d'un manège où tout tourbillonne. L'impulsion initiale est donnée par un événement dramatique et ineffaçable : à la sortie de l'école, un jour d'octobre 1942, c'est une autre main que celles de ses parents (« partis en voyage », lui dira-t-on) qui se saisit de celle d'une petite fille, et pour elle aussitôt, elle le comprend, tout bascule.
    Sauvée elle passera la guerre dans un village de l'ouest, où ceux qui l'ont recueillie tiennent un café. Cette plongée dans la campagne de la France occupée, et ce qui lui fera suite, dans la prime jeunesse comme à l'âge adulte, tout repose sur un puits de silence ? celui où ses parents ont disparu : le mouvement de ce livre est justement d'aller puiser à cette eau, de remonter de l'oubli vers la mémoire. » Jean-Christophe Bailly

  • Une quête, celle de Paulo, pour retrouver un monde calciné entrevu à travers le miroir de la chambre de ses parents. Une famille dont il a été cruellement exclu. Son père, un clown à la poitrine gonflée qui, chaque soir, après son spectacle, rentre avec un amant différent. Sa mère, obsédée par le parfum des mimosas, qui se vend pour un quart de vin et l'illusion d'être caressée par un mari perdu. Que ferai-je quand tout brûle ? Un récit sur les cicatrices honteuses et douloureuses de l'enfance qui font de nous ce que l'on est : un père travesti, une mère légère, une serveuse qui rêve de dynamiter une geôle, un pauvre vieux qui, depuis sa mansarde, croit régenter le monde. Que fera-t-il quand tout brûle ? Retourner sur cette plage hantée par le cadavre de son père et, comme lui, presser le piston, fuir, ou bien écrire pour que le passé jamais ne brûle ?

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