• Cet essai fulgurant révolutionne l'histoire des idées. Semblable à une lettre adressée à un ami, il échappe à la rigueur usuelle du genre et hisse l'oralité comme condition de la raison. Pour que je puisse formuler clairement ma pensée, il me faut une oreille. Mieux encore : un visage. Quand la relation à autrui nous anime, nous sollicite, nous excite, nous pousse aux improvisations les plus éhontées, sources des idées les meilleures. Que vous bafouilliez, émettiez des sons inarticulés ou oubliiez quelque liaison, peu importe : la clarté peu à peu se fait dans votre esprit et vous encourage à poursuivre. L'interaction oblige à puiser en soi, à faire preuve d'audace, à développer une stratégie prompte à se tirer d'affaire. À la lumière de sa propre expérience, Kleist écrit là une véritable plaidoirie en faveur de l'expression orale et de ses ressorts cachés.

  • Le Petit Chaperon rouge, tel qu'il nous est connu grâce à Charles Perrault ou les frères Grimm, n'offre qu'une vision partielle des ressorts cachés de sa symbolique. Il existe en réalité de nombreuses variantes de ce conte, pour la plupart transmises oralement, souvent par les conteurs eux-mêmes dans la chaleur de l'âtre ou dans les champs. Et ces versions fourmillent de détails ou de motifs négligés dans la tradition littéraire et dont les petits enfants de la Bourgogne, du Nivernais ou du Velay ont pu savourer la féerie, riche de sous-entendus adultes. Tel le choix qui s'offre à la petite fille quant au chemin à emprunter, entre celui des aiguilles et celui des épingles. Ce qui, apprenons-nous, revient à choisir entre le travail, celui de la couturière, et le plaisir de se vêtir. Yvonne Verdier rapporte ce détail à une tradition de la fin du XIXe siècle qui voulait que les jeunes filles, durant l'hiver de leurs quinze ans, apprennent à se parer auprès de la couturière. C'était alors l'accession symbolique à la puberté. Quant au motif du repas auquel le loup invite la petite fille, il apparaît loin d'être innocent... L'histoire suit des méandres symboliques dont l'auteur détaille pour notre plus grand plaisir les tenants et les aboutissants. Ce faisant, Yvonne Verdier replace le Petit Chaperon rouge dans son contexte rural. Car, en dévoilant tous les sens cachés d'un véritable conte initiatique, ponctué de rites de passage, c'est aussi toute une société en voie de disparition qu'elle met à l'honneur, avec tendresse et force savoir... Mais gare ! Vous risquez désormais de confondre le loup avec le prince charmant.

  • C'est le dernier soir à L'Helvezia, le bistrot du village racheté par des investisseurs. Tous les habitués sont là: la Tante, hôtesse de tout son monde, la Silvia, l'Otto, le Luis, l'Alexi, et les autres aussi, encore vivants ou déjà morts. L'alcool coule à flots et ça fume à tout-va. On est en janvier et il ne neige pas. Il pleut comme vache qui pisse. C'est quoi cette bizarrerie climatique ? Le déluge ?On cause de ça, de tout, sans discontinuer. Ressurgissent alors les histoires enfouies de ce village qui pourrait bien être le centre du monde. La fin est proche, mais tant qu'il y a quelqu'un pour raconter, on reprend un verre.Ce Prix suisse de littérature 2012 s'avale cul sec !

    Arno Camenisch est né en 1978 à Tavanasa, dans les Grisons. Il écrit de la poésie, de la prose et pour la scène, principalement en allemand, parfois dans sa langue maternelle, le romanche (sursilvan). Il vit à Bienne. Publié par l'éditeur Urs Engeler, il est l'auteur de Sez Ner (2009), roman bilingue (allemand-romanche), Derrière la gare (Hinter dem Bahnhof, 2010), Ustrinkata (2012), soit le «cycle grison». Et aussi de Fred und Franz (2013), Die Kur (2015) et de Der letzte Schnee (2018).

  • « La grand-mère est debout toute nue devant moi. Elle sursaute en me voyant. Elle fait les grands yeux. Elle a la bouche ouverte. Ses fausses dents ne sont pas dans sa bouche. Je sursaute moi aussi. Mais je ne tourne pas la tête. Je ne peux pas tourner la tête. Ma nuque est en bois. Je n'ai encore jamais vu ma Nona toute nue. Elle est tellement différente comme ça. Elle dit oha et elle retourne en boitant dans la salle de bain. »La vie d'un village cerné par les montagnes. Un enfant espiègle observe les adultes et, sans détour, dit le réel avec insouciance. Vif et concret, touchant et drôle, profond : Arno Camenisch donne à entendre la musique singulière de sa langue qui raconte la disparition d'un monde. Une Helvétie hors norme que le temps va engloutir. C'est Zazie dans les Grisons et c'est pas triste !

    Arno Camenisch est né en 1978 à Tavanasa, dans les Grisons. Il écrit de la poésie, de la prose et pour la scène, principalement en allemand, parfois dans sa langue maternelle, le romanche (sursilvan). Il vit à Bienne. Publié par l'éditeur Urs Engeler, il est l'auteur de Sez Ner (2009), roman bilingue (allemand-romanche), Derrière la gare (Hinter dem Bahnhof, 2010), Ustrinkata (2012), soit le «cycle grison». Et aussi de Fred und Franz (2013), Die Kur (2015) et de Der letzte Schnee (2018).

  • Cet ouvrage bilingue (français et innu-aimun) est une invitation au dialogue. Bâtons à message fait référence à un ensemble de repères qui permettent aux nomades de s'orienter à l'intérieur des terres et de retrouver leur voie/voix. Également poétique de la relation, l'ouvrage est fondé sur l'entraide, la solidarité et le partage, nécessaires à la survie du peuple innu. En écho revient la langue de Nutshimit, la langue de la terre, scandée par le tambour. Résonne ainsi l'histoire des Peuples premiers dans leur juste colère et leur lutte pour la dignité, pour le territoire et pour un vivre-ensemble. La poésie de Joséphine Bacon, simple et belle, est hommage au territoire, aux ancêtres et à la langue innu-aimun. Cette poésie-témoignage recoupe l'histoire dans ses zones les plus inédites. Une vision cosmogonique qui nous plonge dans l'intensité de la parole des aînés : l'itinéraire des porteurs de rêves et de visions, les horizons des femmes guides, le courage des hommes chasseurs, les enfants garants de la continuité du voyage et les arbres, infatigables témoins de la route.

  • L'enfermement systématique des lépreux sur l'îlot de Spinalonga, au large de la Crète, débuta en 1904. Il devait perdurer jusqu'en 1957. Epaminondas Remoundakis y fut interné pendant vingt ans. Soucieux de revendiquer l'existence pleine d'un homme normal, il témoigne ici de la totalité de sa vie et non de son seul destin de proscrit. Il raconte avec un talent virtuose sa jeunesse buissonnière, sa vie d'étudiant à Athènes, son arrestation, son quotidien sur l'île. À travers la mémoire des combats collectifs menés contre l'injustice et l'arbitraire, il nous convie à une traversée de l'histoire de la Grèce et nous renvoie aux grands récits des expériences concentrationnaires. Maurice Born enregistra puis traduisit la parole vive de Remoundakis en 1972. Dans l'essai vigoureux qui suit, il trace un parcours historique de la lèpre et du sort de ses victimes, exposant la façon dont les malades furent le jouet des préjugés religieux ou idéologiques, puis de l'aveuglement des scientifiques. De quoi penser nos réactions face aux épidémies, quelles qu'elles soient.

  • « Je suis ton ticket de caisse. Garde-moi », lisait-on sur les reçus des magasins IKEA. Si cette formule fait appel à une espèce de complicité, voire intimité entre vendeur et client, elle s'inspire sans doute du premier chapitre d'Alice aux pays des merveilles, où Alice trouve la célèbre bouteille marquée « DRINK ME ». Voilà un clin d'oeil au père d'Alice, Henry Liddell, l'un des auteurs du Liddell-Scott-Jones, A Greek-English Lexicon (1843), car les premières inscriptions grecques partagent souvent avec l'étiquette de la bouteille leur mode d'énonciation : ce sont les inscriptions sur des objets qu'on a longuement désignés par l'expression « objets parlants », - uniquement à cause de leur emploi de la première personne « je ». Le livre de Svenbro revient à ce « je écrit » et à la critique de sa désignation trompeuse, rouvrant le débat opposant jadis Derrida à Husserl. En guise de point de départ, il étudie les verbes grecs signifiant « lire », qui s'avèrent cependant porteurs d'implications étrangères à nous Modernes par leur enracinement dans une situation de lecture profondément autre, qualifiable de « distribution orale (aurale) » destinée aux auditeurs du texte. Pour notre plus grand étonnement, nous qui sommes habitués à la lecture silencieuse, la lecture à voix haute devient ici la clé pour l'interprétation d'une série d'allégories de la lecture telles que le voyage linéaire en char, le viol du lecteur-éromène par le scripteuréraste, la statuette de bronze, le « remède pour la tête » dans le Charmide et la cigale très « vocale » libérée de la toile d'araignée du texte par le lecteur... Ces développements aboutissent à la nette distinction lexicale entre grammata et stoikheia, maintenue par les Grecs pendant un millénaire mais négligée par les Modernes qui préfèrent traduire indistinctement ces deux termes par « lettres », neutralisant par-là l'originalité du lire des Anciens.

  • Les exozomes

    Charles Pennequin

    Une soirée un peu bizarre chez un narrateur qui ne se souvient plus de tous les détails. Il sait seulement qu'il y avait l'écrivain Ronron à sa fête et qu'ils ont commencé à draguer le Chefaillon. Plus tard dans la soirée, il fait la connaissance du mystérieux Capitaine Fendu, danse avec le Crabe, planche sur des théories écolo terroristes avec la femme de l'écrivain et appelle, bourré, la Fiancée, avant de s'écrouler sur le plancher du salon. Quand il se réveille, il s'aperçoit que l'Armée noire est passée par là, que les "Croneks" ont envahi les forêts et que le Martien va détruire la Terre, pour faire plaisir à sa maman. Les Exozomes sont le récit scientifico-burlesque d'une bande d'exo-personnages qui passe, en toutes complications, faire un petit coucou à Charlie

  • « Restituer le corps vocal, le corps chantant du texte,
    c'est redonner du corps au texte, du corps vivant, parlant,
    c'est rendre du texte au corps,
    c'est mettre en echo » A. F.

    Avec cet enregistrement, les éditions des femmes retournent aux sources en publiant un « livre parlant » de référence : « De la voix ». Ce recueil de textes d'Antoinette Fouque sur les thèmes qu'elle a toute sa vie mis en travail théorique et pratique, oral et écrit, lecture et écriture, corps et texte... est l'occasion d'une nouvelle rencontre de voix. On y entend l'autrice-éditrice, enregistrée lors d'émissions et d'entretiens, ainsi que des lectures par des actrices amies : Fanny Ardant, Ariane Ascaride et Lio.

    Ce titre est dans la sélection du Grand Prix du livre audio 2020 de La Plume de Paon.

  • « La clinique étonne et contraint le praticien. Son délaissement dans le champ de la psychiatrie et de la recherche va de pair avec la primauté actuelle accordée à l'image, où l'entendu ne peut être que négligé.
    Cet ouvrage montre que c'est la psychanalyse qui retrouve le fil des discours psychotiques, au cas par cas. Cette clinique n'est pas celle des symptômes assourdissants, mais celle d'une articulation incessante à la théorie qui la sous-entend et s'en trouve modifiée.

    L'entreprise a pour objet - à partir d'une remise sur ces bases légitimes de ce qui est en jeu dans les psychoses - d'oeuvrer pour l'appréciation des déterminants, des circonstances de déclenchement, de déploiement, et des conditions d'une action thérapeutique raisonnée. On entendra, dans ce qui est écrit, le souci de l'auteur de transmettre cette attitude en faisant appel à son tour au transfert du lecteur - 'qu'il y mette du sien'', comme l'y incitait Jacques Lacan. Il sera alors, à chaque détour du texte, plongé dans l'étonnement d'une nouvelle et authentique clinique. » Jean Bergès

    Par rapport à l'édition originale, cette nouvelle parution comporte quelques ajouts. Un accent particulier a été porté sur la question du transsexualisme, de la manie, de la mélancolie, ainsi qu'à la problématique des pulsions. Trois entretiens présentés en annexe viennent compléter ces considérations cliniques sur les psychoses.

    Marcel Czermak est psychiatre des hôpitaux, psychanalyste, membre de l'Association lacanienne internationale.

     Mise en vente le 16 février 2012

  • Il ne faut pas ruser avec le rose. C'est une couleur douloureuse.
    La poésie m'a appris que j'étais une lesbienne transversale, un punk métaphysique, un bluesman aveugle, un partouzeur timide et un ascète à hélices. Et que sans doute, nous nous ressemblions...
    Poète, romancier et slameur, Julien Delmaire fait peau et paroles neuves. Rose-Pirogue est un cocktail poétique détonnant, qui navigue entre érotisme, mélancolie et révolte.

  • Histoire du style musical d'Haïti représente l'ouvrage le plus considérable
    qui ait jamais été écrit sur la musique haïtienne et sur la diversité de ses pratiques. L'auteur y aborde les traditions paysannes - le vaudou, les instruments coutumiers, le conte chanté rural -, la musique populaire de danse urbaine, les genres et les formes de la musique classique.
    Écrire sur la musique d'un pays, c'est être attentif aux répertoires, aux instruments, aux conceptions du beau et de la création ainsi qu'aux moments charnières de l'histoire. Ouvrage fondamental pour découvrir et comprendre la musique des Haïtiens, Histoire du style musical d'Haïti
    conjugue recherche, analyse, anthologie et réflexion critique.

  • L'intérêt et la pertinence de la littérature inuite se trouvent non pas dans le nombre de ses productions, mais bien dans le fait qu'elle s'est constituée - de l'extérieur pour l'essentiel - en une institution symbolique qui a valeur d'expérience universelle pour l'être humain. Pour les Inuits, cet engagement témoigne à quel point il est aujourd'hui nécessaire de prendre la parole par l'écriture, pour transmettre et faire connaître leur vision des choses.

    L'essai que nous offre Nelly Duvicq a un caractère pionnier, documentaire et synthétique, à la manière des grands ouvrages publiés par Maurizio Gatti pour les littératures des Premières Nations du Québec au début des années 2000, qui avaient enfin éveillé l'intérêt des lecteurs.

    La plupart d'entre nous connaissent peu le contexte culturel inuit contemporain : ce remarquable ouvrage de Nelly Duvicq doit donc être vu comme une chance, pour nous, lecteurs, de comprendre l'émergence d'une littérature jusqu'ici peu connue, une occasion de partir à la découverte d'auteurs qui dévoilent une vision du monde inédite sur le Nunavik, le Québec, le monde inuit et l'Arctique.

    Avec une présentation de Daniel Chartier.

  • Nos légendes populaires partent en général d'une histoire vraie, vieille de centaines ou de milliers d'années. La légende fait référence à un lieu, à un objet, à un personnage. Elle était racontée le soir à la veillée, de bouche-à-oreille et de génération en génération. Au fil du temps, la légende est devenue un mythe, elle a perdu en précision, mais elle a gagné en fantaisie. En Forez, elle a pu naître d'une source, d'une forêt, d'un chevalier. Elle a rencontré des êtres fantastiques, des fées, des sorciers ou des rebouteurs. Nos légendes foréziennes sont un élément essentiel de notre culture locale. En effet, les légendes nourrissent profondément l'imaginaire de gens qui vivent dans notre terroir. Elles sont probablement l'élément le plus ancien qui forge notre culture régionale. Les légendes du Forez sont notre imaginaire commun. A l'heure de la mondialisation et de la « culture unique », il est important de retrouver les mythes qui font notre identité régionale. Le livre rassemble les légendes du Forez parmi les plus authentiques. On y retrouve bien entendu de nombreux textes de Frédéric Noëlas (1830-1888), ce Roannais était un poète et un artiste féru de légendes. On signalera un remarquable avant-propos du folkloriste M. Blanchardon tiré d'extraits d'une conférence donnée en 1912.

  • Le terme de folklore est un mot que la langue française a emprunté à l'anglais et qui désigne aujourd'hui les traditions et les usages populaires. C'est la science qui nous permet de savoir comment vivaient les grands-parents de nos grands-parents : Comment ils se mariaient, comment ils accueillaient leur premier enfant, comment ils travaillaient, comment ils mourraient... C'est grâce à ces « folkloristes » de la fin du XIXe et du début du XXe siècle que ces traditions, essentiellement orales, ont été portées à l'écrit et ont pu survivre jusqu'à nous. En effet, l'exode rural, la mondialisation et l'uniformisation culturelle font que l'on vit maintenant de la même façon dans toute la France et même dans toute l'Europe. Il n'y a plus beaucoup de traditions régionales. La France avait encore une culture plurielle il y a 100 ans, mais elle a oublié des pans entiers de ce patrimoine.

  • Une étude psychanalytique approfondie des troubles neurologiques de la représentation de soi qui s'appuie sur des observations, illustrées par des autoportraits de patients hémiplégiques. Entre neurologie et psychanalyse, le présent ouvrage est l'oeuvre d'un médecin chercheur dans un service dédié à la réadaptation après hémiplégie par accident vasculaire cérébral. Dans cet espace où la rééducation se base sur une évaluation des capacités et déficits cognitifs de chaque patient, la prise en charge au long cours permet aux réactions narcissiques, aux troubles du schéma corporel et de l'image du corps de déployer toutes leurs facettes.

  • La victime détroussée par un voleur ou les témoins qui assistaient au délit se mettaient à hurler « haro ». Le crieur public, installé aux carrefours ou en tout autre lieu « accoustumé à faire cry », introduisait à haute voix son information par « Oyé, bonnes gens, on vous fait savoir... » Les sujets du royaume de France qui assistaient à une entrée royale ou à la conclusion de la paix s'écriaient « Noël ». On pourrait sans peine allonger la liste de ces cris médiévaux régulateurs des liens sociaux. Le Moyen Âge était très bruyant et les cris, spontanés ou ritualisés, fréquents. Nous l'avions peut-être oublié. Cet ouvrage vient nous le rappeler. Résultat d'un véritable travail de groupe, les études rassemblées dans ce volume visent à montrer que le cri, forme particulière de la parole, représente, dans une société largement dominée par l'oralité, un « acte de langage », une expression spécifique des sentiments et des émotions, un outil fréquent de l'interaction et un enjeu crucial dans les systèmes de communication. Ce que nous entendons aujourd'hui comme un cri est-il perçu comme tel au Moyen Âge ? Quels sont les mots qui signalent le cri ? Quels sont les lieux, les temps, les groupes où cette parole bruyante et créatrice est souhaitée, autorisée, tolérée ou interdite ? Les auteurs insistent ainsi sur la forte présence du cri lors des rites de passage, politiques, guerriers, sociaux et familiaux. Ils étudient également les crieurs, saisis dans leurs pratiques : les cris des marchands ambulants qui résonnent et se répondent dans les rues ou ceux du crieur public, au rôle politique central. Pour le roi, le seigneur ou la ville, posséder le cri est en effet la manifestation de son pouvoir et de sa capacité à maîtriser l'espace. En contrepoint de ces études sur l'époque médiévale, la parole a été donnée à une historienne de l'Antiquité et un historien du temps présent pour ouvrir ce travail novateur à d'autres périodes de l'histoire, afin de montrer que le cri relève aussi d'une construction culturelle variant dans l'espace et dans le temps.

  • Les troubles des conduites alimentaires constituent un motif fréquent de consultation, essentiellement chez l'adolescent mais aussi chez l'enfant. Par leur aspect parfois extrême, par les risques évolutifs qu'ils présentent, ils mobilisent les soignants et nécessitent souvent des interventions en urgence.

    Qu'ils se présentent sous la forme de l'anorexie ou de la boulimie, voire de leur alternance, les symptômes n'ouvrent pas sur la compréhension du fonctionnement psychique qui les sous-tend.

    Le bilan psychologique, éclairé par la référence à la théorie psychanalytique, contribue à la connaissance, non pas du trouble, mais du sujet qui le présente. Il offre à ce titre une aide à la prise en charge pour l'équipe soignante et une ouverture à la compréhension pour la famille.
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    Ouvrage publié avec le CLINAP.

  • La littérature orale est tissage de la mémoire, travail de la voix. Dans la diversité de ses genres et de ses formes, elle opère des liens, provoque des rencontres. La répétition n'y est pas le contraire de la variation, mais la condition même de son exercice, en perpétuelle mouvance. Cet ouvrage, qui représente les actes d'un colloque tenu en 2002 à Lyon, interroge, dans une approche anthropologique, les pratiques en cours et étudie un art de la relation et du passage où s'élabore une pensée métisse. Les contributions s'organisent autour des quatre axes suivants : - circulations de la parole, migrations de l'imaginaire ; - art de la performance, art de la relation ; - traduction, transcription, transmission ; - lignes de recherche, passages.

  • Dans la société médiévale, peuplée en majorité d'illettrés, accessibles seulement à l'oralité, les récits exemplaires (ou exempla) circulent dans tous les registres de la littérature didactique, depuis le Miroir des princes jusqu'au plus humble sermon prononcé devant un auditoire plus ou moins attentif. Afin de venir en aide au prédicateur en mal d'inspiration, les recueils d'anecdotes exemplaires se multiplient, à partir du xiiie siècle. Jean Gobi le Jeune ( + 1350) propose dans son Echelle du Ciel (Scala coeli) un millier de ces récits corsetés dans un appareil didactique sophistiqué. Mais malgré un objectif pastoral fortement affirmé dans son prologue, ce Dominicain se laisse parfois prendre au charme du conte, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs et l'intérêt des spécialistes de l'histoire des textes. L'autre oeuvre de Jean Gobi le Jeune - un dialogue avec un revenant - apparaît comme un maillon essentiel dans la mise en place du culte des âmes du purgatoire à partir du xive siècle. Ces textes, encore peu connus, sont analysés dans quatre perspectives complémentaires : exemplarité et éducation, une oeuvre entre oralité et écriture, encadrement des comportements sociaux et des attitudes religieuses. Écrits en latin, ces ouvrages sont rendus accessibles aux lecteurs par de nombreuses traductions.

  • Il s'agit, dans ce livre, de maux déguisés en mots pour ne pas avoir à vivre ce qu'ils éprouvent. Des mots à maux. Des mots sans mots. Des maux pleins de mots (les pires). Des mots qui abusent carrément. Des mots faits main, dans la tête, qui laissent deviner ce qui se passe réellement derrière la palissade de mots. Des mots qui étouffent comme un boa. Des mots mal emmanchés. Des mots de Charlevoix. Des mots du fleuve salé bleu-vert. Des mots que l'on dit trop, que l'on répète, pour ventiler. Des mots d'amour quand elle me prend dans ses bras, nombreux. Des mots qui donnent de grandes ailes, enfouis, morts de peine, qui se donnent la mort. Mots uppercuts. Mots en diable. Des mots de plein jour en pleine nuit. Des mots au chocolat noir à la fleur de sel. Des mots nids. Des mots draps de soie. Des mots qui se lisent sur une portée de silences.

  • Chester Bomar Himes (1909-1984) est un des écrivains afro-américains les plus connus, avec Wright et Ellison, et sa vie est marquée par la tragédie. Par la littérature, il cherche à donner un sens à la vie, à rendre lisible ce qui est illisible dans le monde. Marqué par sa culture classique et par ses racines africaines, son oeuvre montre à quel point oralité et tragédie sont liées chez lui : c'est ce rapport qu'analyse cette étude, pour mieux appréhender l'art de Chester Himes. « La tragédie himesienne est appel à la prise de conscience du peuple des opprimés, mouvement de lévitation du monde noir pour une négritude offensive, traitement par la catharsis. » : c'est cette force de l'oeuvre de Himes que cette analyse veut souligner et à laquelle elle rend hommage. Cette étude est un document précieux, et une excellente introduction à l'univers d'un auteur trop peu connu.

  • Le recueil de poésie primé de Herménégilde Chiasson, « Conversations », est réédité dans la collection Bibliothèque canadienne-française (BCF). Cette édition est bonifiée d'une préface de Pierre Nepveu, d'un choix de jugements et d'une biobibliographie de l'auteur.

    Dans ce recueil, l'auteur répertorie, accumule, déploie 999 fragments de conversations, racontées tantôt par un « Lui », tantôt par un « Elle ». Pas de dialogue ici, pas plus que de répliques. Rien, non plus, qui permette de retracer l'existence d'un ou de plusieurs personnages qui se répondent, pas de suite qui permette de conclure à la construction d'une histoire. Plutôt, une sorte de texte théâtral d'où s'élève la vaste rumeur de l'oralité. Document d'où émerge le plus intime et le plus sincère de toute communication et de toute collectivité.

    « D'une poésie puissante, tellurique, incantatoire, Conversations s'enracine dans les ressources sonores et rythmiques d'une langue à la limite de l'ultrason. Une version acadienne de dire l'humanité. »
    - Jury, Prix du Gouverneur Général

  • La Corse est une île où les croyances et les légendes occupent une très grande place dans le coeur de ses habitants. Ces récits, d'origine séculaire ont été racontés aux enfants puis aux petits-enfants pendant des générations, par le bouche-à-oreille, avant d'être transcrits à l'écrit à la fin du XIXe ou au début du XXe siècle. Les légendes portent en elles l'âme du peuple corse. Les légendes corses sont liées à des personnages, à des lieux et à l'histoire de la Corse. La légende est l'expression du folklore corse ; elle porte la tradition, elle utilise le symbole et véhicule les valeurs de notre société.

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