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  • Présentation, enjeux Pour mon anniversaire, mon père m´a payé quatre mois dans une clinique diététique aux Etats-Unis, dira le personnage d´un des 21 textes, Érotique du kapok. C´est le ton, et l´enjeu.
    Dans l´oeuvre de Régine Detambel, au premier plan, un seul sujet, le corps.
    Et c´est pareil dans ses ateliers d´écriture, tout comme dans sa vie professionnelle : l´écriture en surgit, et y revient pour l´armer ou le subvertir. Seulement, ici, on s´en prend à un tabou.
    Il ne s´agit pas de parler habitudes alimentaires, mais bien de la peur en arrière. De ce que cela révèle de la reproduction de la misère, des arrogances du petit pouvoir personnel, de l´angoisse comme mode d´être.
    Qu´un problème de société massif se dessine à l´horizon, en arrière : on n´a pas besoin des écrivains pour le savoir, et en traiter. Seulement, les écrivains, eux, précisément, vous laissent ça en arrière. Et vous l´attrapent à pleines mains pour le tordre, tout devant, par la peau du monde, ou des personnages qui l´animent.
    Et, Régine Detambel, on la connaît suffisamment. De la question du corps comme motif essentiel, on en a déjà parlé pour ses Blasons d´un corps masculin. Et si, ici, une des grandes questions c´était le lexique ? Ce qu´on invente pour désigner ce qu´on mange, et ce qu´on met en travail de notre corps, ou ces mots faux savants de ce par quoi la société régule, ou croit réguler, son intersection avec les corps ?
    Sous l´insolence, et - aussi - le courage du comique, et ce n´est pas un outil donné à tout le monde, c´est peut-être ainsi qu´on doit prendre Régine Detambel au sérieux : non pas un roman, mais encore bien moins un assemblage de nouvelles. Dans la disposition de notre société, le problème passe avant les personnages qui l´incarnent. Alors on le prend en amont, par vingt-et-une figures, chacune disposant de sa spécificité. La brièveté contraint au cruel ? Eh bien soit.
    Il est question des corps dans le brassement d´aujourd´hui, l´angoisse d´aujourd´hui. Et comment il ne s´agit pas, sous ce qui pourrait a priori se référer au grand combat de Tailleboudin et Riflandouille dans Rabelais, d´une guerre à la graisse, mais bien le fait qu´il n´y pas de guerre, vers l´homme et pour le corps, sans guerre dans et par les mots.
    Ceci dit, riez bien. Et bon casse-croûte ensuite.

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