Presses universitaires de Rennes

  • Recoupant d'emblée les champs qui seront ceux de la géographie, de l'ethnographie, de l'histoire et même de la philosophie de l'histoire, fascinée à la fois par l'altérité et par la diversité des peuples et des coutumes, l'Enquête hérodotéenne dialogue sans cesse avec les autres genres et les autres modes de pensée que l'Antiquité nous a légués. Après d'autres travaux, individuels et collectifs, ce recueil d'essais a cherché à cerner les modalités et les enjeux de ce dialogue, mais en y ajoutant celui qui s'est instauré entre Hérodote et ses lecteurs, admiratifs ou critiques, de l'Antiquité jusqu'à nos jours. L'Enquête est donc ici mise en rapport avec l'épopée, la pensée ionienne, le théâtre athénien, mais aussi confrontée à des lectures aussi différentes que celles de Lucien dans l'Antiquité, de Montaigne à la Renaissance et, tout près de nous, de Ryszard Kapu´sci´nski ou de Claude Lévi-Strauss. Qu'il s'agisse des grandes questions anthropologiques posées par tout effort de compréhension et de représentation de l'autre ou des choix narratifs qu'implique toute tentative d'écrire l'histoire, cet éclairage pluriel témoigne de l'actualité sans cesse renouvelée de l'entreprise hérodotéenne.

  • Comme toutes les provinces, l'Anjou a eu ses historiens. Natifs ou venus s'y installer, ils ont retracé l'histoire de cette région, de ses princes, de ses élus, de ses habitants. Cette histoire, ils l'ont écrite avec les méthodes, les objectifs, parfois les préjugés et les passions de leur temps. Les quinze chapitres de cet ouvrage collectif font découvrir les historiens angevins du Moyen Âge à la fin du XXe siècle, parfois peu connus ou oubliés, et mettent en évidence les relations entre l'évolution générale des méthodes de l'histoire et les artisans locaux de cette science en construction et en renouvellement. Si un certain esprit de clocher se manifeste jusqu'au XIXe siècle, les auteurs angevins n'ont cependant jamais mis leur science au service d'un patriotisme local revendicatif. Le goût pour l'histoire des habitants de cette région se combine avec un attachement au patrimoine monumental pour construire un certain art de vivre attaché aux traditions. Ce livre permet de réfléchir au lien entre histoire provinciale ou départementale et histoire nationale. Exaltée au Moyen Âge, puis parfois dépréciée ou mise au service d'une histoire nationale en construction, l'histoire d'un espace provincial a été au XXe siècle le laboratoire d'un renouvellement de cette discipline, vers une histoire totale dont les sources ne peuvent être trouvées qu'au plus près du terrain, mais dont le cadre varie constamment du micro-local au mondial.

  • L'historien médiéviste ne vit pas qu'au milieu des parchemins ou sur les monticules de fouille. Il entend aussi reprendre une interrogation centrale de nos civilisations contemporaines : les rapports entre les hommes et leurs espaces de vie. Il s'agit de partir en quête de ce que la période médiévale a pu élaborer dans ce domaine, avec la disparition des cadres politiques des empires antiques et de leurs héritiers carolingiens. La démarche adoptée ici se caractérise par une prise en compte délibérée, à travers le discours, de la dimension consciente et vécue du territoire. Pour mesurer le chemin parcouru dans le renouvellement de ce domaine de recherche, il convenait de partir de l'étude des oeuvres des grands écrivains de l'histoire rurale française. Ont donc été analysés leur vocabulaire, leurs concepts, leur sensibilité. Mais le coeur de l'approche s'attache à l'étude des mots que les hommes du Moyen Âge ont eux-mêmes employés, selon la diversité des acteurs, des types de documents, de la chronologie abordée. Cela étant fait, on ne peut aujourd'hui tenter de restituer les espaces vécus du Moyen Âge en ignorant les apports des autres disciplines. Il a donc été demandé de dresser, en fonction des questions que se posent les médiévistes, un état de l'art de l'étude des territoires à des spécialistes de la géographie, de la sociologie, de l'archéologie, de l'ethnoanthropologie et des sciences paléoenvironnementales. Une équipe de seize chercheurs a ainsi oeuvré pendant plusieurs années, affinant les grilles d'analyse et les protocoles de travail. Au total, les contributions portant sur le millénaire médiéval ont choisi la France méridionale comme champ d'observation, avec pour parti pris un souple jeu d'échelles entre sites et régions. La prise en considération d'un long Moyen Âge, depuis les gisements tardoantiques jusqu'aux compoix des xve et xviesiècles, offre la possibilité d'examiner les séquences temporelles et les tournants significatifs. On est souvent allé chercher dans l'époque médiévale les origines des états et des nations de l'Europe actuelle. Ce livre constitue en fin de compte une contribution à la genèse de ses « pays » et de ses terroirs.

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