• Moderato cantabile

    Marguerite Duras

    « Qu'est-ce que ça veut dire, moderato cantabile ?
    - Je sais pas. » Une leçon de piano, un enfant obstiné, une mère aimante, pas de plus simple expression de la vie tranquille d'une ville de province. Mais un cri soudain vient déchirer la trame, révélant sous la retenue de ce récit d'apparence classique une tension qui va croissant dans le silence jusqu'au paroxysme final.
    « Quand même, dit Anne Desbaresdes, tu pourrais t'en souvenir une fois pour toutes. Moderato, ça veut dire modéré, et cantabile, ça veut dire chantant, c'est facile. » « De quel poids le destin des autres pèse-t-il sur ceux qui en sont témoins ? Pourquoi le cri soudain d'une inconnue et la vue de son corps en sang ont-ils troublé si fort Anne Desbaresdes, qui est une femme jeune et riche, uniquement attachée à son petit garçon ? Pourquoi retourne-t-elle au café sur le port, où le cadavre de l'inconnue s'était écroulé dans le jour tombant ? Pourquoi interroge-t-elle cet autre inconnu, Chauvin, témoin comme elle ? Une étrange ivresse s'empare d'elle, où les verres de vin qu'elle se fait servir, et qu'elle boit lentement, ne sont au mieux que des prétextes. Sur le lieu du crime commis par un autre elle revient chaque jour. Chaque jour elle interroge plus avant, parle elle-même un peu plus longuement. L'enfant joue dehors pendant qu'elle s'attarde. Mais un jour elle viendra seule. Un jour elle aura la réponse. Que cherchait-elle donc ? L'amour de Chauvin ? La mort des mains de cet homme qu'elle désire, et qui la désire, comme l'avait obtenue de son amant la femme assassinée ? Un immense scandale silencieux s'est enflé autour d'Anne et de Chauvin et se résout dans le silence par leurs mains qui se joignent une seconde seulement, les lèvres posées sur les lèvres une seconde. Adieu. Tout est dit. » (Dominique Aury, La Nouvelle Revue Française, juin 1958) Marguerite Duras (1914-1996) a publié Moderato cantabile en 1958.

  • « Je m'appelle Françoise d'Eaubonne et j'ai inventé trois mots qui disent tout de ma vie : phallocrate, écoféminisme et sexocide. »

    Penseuse de génie, écrivaine prolifique et militante radicale, Françoise d'Eaubonne (1920-2005) a donné forme à elle seule, dès le milieu du xxe siècle, à tous les grands principes qui traversent le féminisme contemporain. Pourtant, malgré une reconnaissance internationale, elle est tombée dans l'oubli de la mémoire collective française.
    Sous la plume d'Élise Thiébaut, l'intime et le politique se mêlent pour donner chair à une femme hors du commun.
    Un portrait passionnant et sans tabou, plus indispensable que jamais, qui éclaire à la fois le génie et les dimensions les plus subversives de cette pionnière de l'écoféminisme.
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    Biographie de l'autrice :
    Journaliste féministe, Élise Thiébaut est notamment l'autrice du best-seller Ceci est mon sang : petite histoire des règles, de celles qui les ont et de ceux qui les font (La Découverte, 2017), traduit dans plusieurs pays, de Les règles... quelle aventure ! (La ville brûle, 2017) et de Mes ancêtres les Gauloises, une autobiographie de la France (La Découverte, 2019, Pocket, 2021).

  • Haute-Mauricie, Québec. Le train avance lentement entre lacs et forêts. À la gare de Rapide-Blanc, la vieille Mikona Awashish en descend pour rejoindre sa fille, qui l'attend sur le quai. Par la fenêtre du wagon, l'agent de protection de la faune André Chillas épie les deux Atikamekw, persuadé qu'elles sont là pour braconner. Mais c'est à un autre type de chasse que les femmes ont l'intention de s'adonner. Et elles entraîneront dans leur sombre dessein la jeune Lorie, venue se recueillir au bord du lac à Matte, sur le site de camping où sa mère a été assassinée l'été précédent. Un paradis où, la nuit venue, rôdent toutes sortes de prédateurs...

    Maureen Martineau est comédienne, metteure en scène et auteure. Elle vit à Tingwick, dans le Centre-du-Québec.

  • " Trouvailles de style, aversion pour la morale... Jubilatoire ! " Rolling Stone
    Jeanne Moreau rien à voir avec l'actrice a tué son mari qui la maltraitait depuis des années. Trois balles dans le dos en guise d'épitaphe.
    Le soutien des réseaux sociaux et des associations de lutte contre les violences faites aux femmes lui a valu de n'effectuer qu'une partie de la peine à laquelle elle a été condamnée aux assises et de bénéficier d'une grâce accordée... le jour de la Saint-Innocent.
    Explorant un angle mort de l'affaire, un journaliste à la retraite décide de rouvrir le dossier. La septuagénaire que certains proches surnomment " la Ravajou " est-elle bien la victime que les médias se sont plu à dépeindre ?
    Avec ce roman noir aux faux airs de contre-enquête, Michel Embareck réaffirme son gout pour le politiquement incorrect et les trouvailles de style.

  • « Peut-être ne le savez-vous pas, mais les anarchistes sont très actifs au Québec », soutenait un chroniqueur du Journal de Montréal, au cours de la grande grève étudiante de 2012. Au-delà d'un phénomène spectaculaire associé au chaos, quelle est la véritable nature des activités de la nébuleuse anarchiste ? Et surtout, qui de mieux que des anarchistes pour l'expliquer ? Nous sommes ingouvernables constitue une réponse à plusieurs voix par des anarchistes qui militent dans divers réseaux. Cette mosaïque forme un portrait ouvert de ce qui fait le coeur et le corps du mouvement ­anarchiste aujourd'hui au Québec.

  • En chasse !

    Jess Kaan

    Nord de la France. Le lieutenant Boris Lisziak vient d'arrêter Le Moraliste, un tueur en série manipulateur et retors. À quelques encablures, la capitaine Garance Fazuras piste des barbares « chassant » en groupe, coupables de viols collectifs particulièrement atroces. Le commandant Demeyer rejoint le duo de policiers pour l'épauler dans une traque qui s'annonce impitoyable.
    Une bande de criminels monstrueusement pervers. Des victimes marquées à jamais. Trois flics prêts à tout. En chasse ! est bien plus qu'un roman policier, c'est une tragédie terriblement contemporaine.

    En chasse ! est le deuxième opus des aventures du trio de policiers découvert dans Punk Friction aux Éditions Lajouanie.
    On peut évidemment lire l'un sans avoir lu l'autre.

  • ÉDITORIAL
    Trouvera-t-on encore des maires ? - Nathalie Sarthou-Lajus
    INTERNATIONAL
    Le temps des « peuples autochtones » - François Gaulme
    La géographie du pape François - Pierre de Charentenay
    SOCIÉTÉ
    Retraites : une réforme mal préparée et peu urgente - Hervé Le Bras
    On tue une femme - Margaux Cassan
    Qu'est-ce que le réel ? - Jean-Marc Ferry
    RELIGION
    Une liturgie plus humaine - Goffredo Boselli
    L'art féminin de l'exégèse - Delphine Horvilleur
    CULTURE
    « Le roman peut tout faire » - Entretien avec Jean-Philippe Toussaint

  • Ciudad Juárez est devenue synonyme de violence extrême. Cette ville frontalière du nord du Mexique, où sont établies de nombreuses maquiladoras, constitue non seulement l'un des principaux sites de la guerre sans merci que se livrent les cartels de la drogue, elle représente aussi le lieu emblématique de ce qu'on appelle aujourd'hui le «féminicide».

    Plus d'un millier de femmes ont été tuées depuis 1993 dans cette ville de 1,3 million d'habitants. Leurs cadavres ont souvent été retrouvés sur des terrains vagues ou dans le désert entourant l'agglomération, portant des marques de torture et de sévices sexuels. Toutes sortes d'hypothèses circulent sur ces crimes, mais un fait demeure: la plupart sont restés impunis.

    Comment expliquer une telle impunité? Le terme de «féminicide» s'est peu à peu imposé pour désigner cette réalité intolérable qui n'est pas propre au Mexique. S'il signifie le fait de tuer une femme pour le simple fait d'être une femme, ce concept met également en cause la responsabilité de l'État, qui se révèle incapable de garantir le respect de la vie des femmes. De plus, le fait que les femmes assassinées proviennent en général de milieux modestes et racialisés ouvre la réflexion sur plusieurs types de féminicides.

    Résolument inscrite dans une perspective féministe, l'analyse de Marie France Labrecque dépeint un contexte régional et une économie globale qui renforcent la violence de genre, alors que le patriarcat est présent dans toutes les couches de la société mexicaine. C'est avec la rigueur du travail de terrain et la générosité du témoignage engagé que cette chercheuse et anthropologue féministe tente de «comprendre l'incompréhensible».

  • Années 80, dans la province argentine : trois crimes, trois affaires jamais élucidées qui prennent la poussière dans les archives de l'histoire judiciaire. Des "faits divers", comme on dit cruellement, qui n'ont jamais fait la une des journaux nationaux. Les victimes sont des jeunes filles pauvres, encore à l'école, petites bonnes ou prostituées : Andrea, 19 ans, retrouvée poignardée dans son lit par une nuit d'orage ; María Luisa, 15 ans, dont le corps est découvert sur un terrain vague ; Sarita, 20 ans, disparue du jour au lendemain. Troublée par ces histoires, Selva Almada se lance trente ans plus tard dans une étrange enquête, chaotique, infructueuse ; elle visite les petites villes de province plongées dans la torpeur de l'après-midi, rencontre les parents et amis des victimes, consulte une voyante... Loin de la chronique judiciaire, avec un immense talent littéraire, elle reconstitue trois histoires exemplaires, moins pour trouver les coupables que pour dénoncer l'indifférence d'une société patriarcale où le corps des femmes est une propriété publique dont on peut disposer comme on l'entend. En toute impunité. À l'heure où les Argentins se mobilisent très massivement contre le féminicide (1808 victimes depuis 2008), ce livre est un coup de poing, nécessaire, engagé, personnel aussi. Mais c'est surtout un récit puissant, intense, servi par une prose limpide.

  • Tragédie est un livre-document essentiel
    sur le théâtre québécois et l'Histoire.

    Pol Pelletier y refait l'histoire du monde à partir de notre ancêtre homo erectus en posant la question : où est femina?? Elle aboutit des millénaires plus tard dans Mexico qui explose, se décompose. De retour au Québec, elle constate que tout le monde rit pour mieux étouffer le sentiment collectif de mort imminente en fin de siècle. Elle appelle ses aînées, ses ancêtres, et ressuscite celles qui ont marqué l'histoire. Elle prend dans ses bras les 14 victimes de Polytechnique, assassinées il y a 31 ans cette année, une tragédie qu'on a très vite enfouie au fin fond de notre inconscient collectif, de peur de découvrir ce qu'elle signifiait. Elle termine en rendant hommage à toutes les femmes assassinées depuis Polytechnique. La théorie du sacrifice de René Girard, exposée dans Tragédie, nous offre un outil pour comprendre notre époque covidienne.

  • Présentes

    Lauren Bastide

    • Lizzie
    • 4 Mars 2021

    " Être visibles. Marcher dans la rue sans peur. Exprimer haut et fort nos opinions. C'est ce que la société interdit aux femmes et aux minorités. Et c'est le programme de ce livre.
    Messieurs qui tenez les manettes, si vous voulez régler le problème, les chercheuses et militantes féministes ont fait le boulot. Les mécanismes sont identifiés, les solutions existent. Tout est là. Ce qu'il manque maintenant, c'est votre volonté.
    Or, chaque jour, on constate qu'elle est nulle. Manifestement, l'idée de vivre dans un monde où les femmes seraient vraiment les égales des hommes ne vous emballe pas plus que ca. " L.B.
    Avec
    Présentes, Lauren Bastide signe un manifeste féministe ultra-documenté, nourri par les réflexions des militantes les plus inspirantes de la génération #MeToo. Un livre audio à mettre entre toutes les oreilles pour mieux comprendre les nouvelles luttes féministes et antiracistes d'aujourd'hui. Téléchargez la bibliographie au format PDF.

    Table des matières :
    - Avant-propos
    - Introduction
    - Chapitre 1. Présentes dans la ville

    Harcèlement de rue et racisme institutionnel
    Urbanisme féminisme et réappropriation de l'espace public
    Validisme, grossophobie, lesbophobie, transphobie, islamophobie : les corps exclus de la ville
    - Chapitre 2. Présentes dans les médias

    Journalistes et militantes
    Le long monologue du mâle blanc
    Internet : un espace public au rabais ?
    - Chapitre 3. Présentes en résistance

    Petit rappel des faits
    Permettre aux femmes de dire " je "
    Favoriser la création féminine
    Faire la révolution
    - Conclusion
    - Remerciements

  • En 1955, Jean Genet rencontre Abdallah Bentaga, un jeune acrobate, avec lequel il vit sa plus belle et dramatique histoire d'amour. Il lui dédie « Le Funambule », un long poème amoureux, mais aussi une réflexion sur les voies de la création : variations sur une dramaturgie du cirque, du théâtre et de la danse. Dans « L'Enfant criminel », dont l'édition originale de 1949 fut censurée, l'auteur raconte son passage après ses premiers larcins dans des maisons de correction de l'assistance publique et dévoile « le mystère de ces bagnes pour enfants ».

  • Inversion

    Sabine Ornon

    À partir de ce jour, je décide de vivre dans un monde inversé, un univers de ma propre invention, dans lequel j'enfreins toutes les règles qui régissent ma vie jusqu'à présent. Construire ma vie avec ce que j'ai mais aussi avec ce qui me manque pour lui donner un sens. Ne plus mener ma vie en fonction d'êtres et d'événements que je fuie. Je m'efforce de remonter loin dans mes souvenirs, dans le temps. Là y repose piégée ma vérité. Elle gît n'attendant qu'une main tendue pour resurgir et me délivrer de ce puits sans fond dans lequel je suis tombée. 
    J'y suis presque... Je ferme les yeux et me raccroche à ces bribes de souvenirs, me laissant entraîner vers une douce journée ensoleillée où l'ombre déverse sa fraîcheur. Avant Alex, j'étais immergée dans un quotidien ni chaud, ni froid. Tout en moi était assoupi. Avant elle.
    Élargissement corporel et psychique quand elle a posé ses lèvres sur les miennes. J'étais à la fois dans mon corps et hors de mon corps. En accord avec moi-même et avec elle. La peur a disparu. Depuis ce premier désir de sentir ses lèvres sur les miennes, je me sentais intranquille. Une peur m'avait inondée et avait dilué mes nuits dans des nappes noires d'angoisse. Alex m'a poussée sur le fil : j'ai joué les équilibristes pendant des mois. La première fois que j'ai senti son corps contre le mien, ivresse de la plénitude. Ma féminité s'accordant à la sienne. Douceur de la réciprocité. L'histoire enfin peut commencer.

  • Duo d'amour

    Michele

    Amour et désir, communion, dépendance et rupture, la femme n'est-elle qu'une proie, destinée à un rôle de faire-valoir, soumise au bon vouloir de l'homme ? Ce recueil pétri d'érotisme crie le contraire. Hurle le droit de la Femme à être elle-même. À l'ère de Me Too, la lutte est toujours engagée contre le mépris, le sexisme et le patriarcat aveugle.
    Ô combien engagée dans le combat des femmes, l'auteure évoque sans fard la violence et le féminicide. Son cri, son poing levé sont autant d'appels à nous dresser face à la domination brutale et sans cervelle.

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