P.O.L

  • L'espérance de vie de l'amour, c'est huit ans. Pour la haine, comptez plutôt vingt. La seule chose qui dure toujours, c'est l'enfance, quand elle s'est mal passée.

  • Dans ce livre, il y a des ruines et des martyrs, des vestiges, des temples, des sanctuaires, des portiques, il y a des tombes, des cercueils, des mausolées, des cimetières, des épitaphes. Il y a des sépultures mythiques et des fosses communes. Il y a des résistants tués, des révoltés abattus, des leaders assassinés, des enfants massacrés, des partisans torturés, des nationalistes pendus. Il y a des rebelles héroïques. il y a des saints, des prophètes, des dieux, des vierges, des archanges, il y a des victimes et des assassins. Il y a aussi des châteaux forts, des citadelles, des basiliques, des mosquées, des dômes, des minarets, des phares, des miradors, des barbelés, des carcasses d'hôtels, des camps, des prisons. Et des détenus, des captifs, des séquestrés. Il y a des condamnés à mort. Il y a des miliciens et des dictateurs, des fédayins et des moudjahidines, une infirmière kamikaze, une miss univers et un prince rouge, des émirs, des pachas, des califes, des patriarches et des poètes. Il y a l'élégance, la classe, le style, la manière, la touche, la griffe, il y a la flamme, la passion, l'idéal, la cause. Il y a Septembre Noir et la bataille de Kerbala, la corniche de Beyrouth et le discours d'Alexandrie, la tête de Jean-Baptiste et celle de l'imam Hussein, la fiancée de Naplouse et l'artificier de la Casbah, la prisonnière de Khyam et la dactylo d'Alger, les Boeings de la Pan Am et l'automobile du Roi d'Irak, le minaret de Jésus et le rocher de Mahomet. il y a aussi un imam disparu, un cheikh caché, un ayatollah inspirant, un mufti éliminé et un mufti ambigu. Il y a des keffiehs, des treillis, des lunettes noires, des turbans, des sahariennes, des drapeaux, des uniformes, des journaux, des slogans. Il y a la plume, le mot, le verbe, l'éloquence, le discours, l'étendard. Il y a des attentats, des enterrements, des processions, des funérailles, des cortèges, des pleurs. Et aussi des colonnes, des chapiteaux, des gisants, des sarcophages. Des tombeaux phéniciens, des cénotaphes sumériens, des nécropoles romaines, des pyramides égyptiennes. Il y a le Saint Sépulcre, le temple de Salomon et le dôme du rocher. Il y a des massacres, des tueries, des boucheries. Il y a des blasts d'explosions. Il y a du sang, des soupirs, des larmes, des lamentations, de la poussière, de la fumée, de la boue, des bris de verre, des décombres, la désolation, la tristesse, l'agonie, le drame, la tragédie, le deuil, les couronnes, les fleurs, les rubans, les chants, les youyous, le paradis. C'est une danse macabre.

    Dans ce livre, il y a un siècle au proche orient.Après Bye Bye Babylone (Denoël 2010) et Ô nuit, ô mes yeux (P.O.L 2015), plusieurs fois réimprimé.

    Ma très grande mélancolie arabe, est le troisième roman graphique de Lamia Ziadé et son deuxième aux éditions P.O.L.

  • Sangs

    Mika Biermann

    Chez les Romains, "famille" signifiait réunion de serviteurs ou d'esclaves. Dans l'analyse marxiste, la famille a une origine purement économique et intéressée. C'est aux États-Unis dans les années soixante que l'amour est déclaré ciment familial. Ça va saigner.

  • Il était une fois une petite fille nommée Lilou. Non, dit le Docteur ès peur. Il était une fois une vieille dame nommée Lola. Non plus, dit le Docteur ès peur. Il était une fois une vieille petite fille nommée Lola à la recherche de sa soeur jumelle nommée Lilou dans les tiroirs de sa mémoire. Mais non, c'est le contraire, dit le Docteur ès peur. Le père éclata de rire. La mère essuya quelques larmes. La salle à manger changea brutalement de couleur.

  • Simon

    Jocelyn Desverchere

    L'enfant est là. Il capte le vol silencieux de l'oiseau. Il attend.
    Des sauts, des bonds et des voltiges. Maintenir le cap. Simon s'accroche. Il compte ses pas.

    Ceci n'est pas un conte pour enfants.

  • Comment on freine

    Violaine Schwartz

    Taille 2. 100 % viscose. Made in Bangladesh. Lavage 30o. Repassage doux. Chlore interdit.

  • Le jumeau solitaire

    Harry Mathews

    Paul et John sont jumeaux et vivent dans la même ville, sur une île du bout du monde. Si l'un est affable et charmeur, l'autre est plutôt sec et renfrogné. On ne les voit jamais ensemble et, apparemment, ils ne partagent rien. Pourtant, ils aiment les mêmes gens et les mêmes choses. "À coup sûr, il y a quelque chose de bizarre derrière la relation des jumeaux mais je suis incapable d'imaginer de quoi il s'agit". 

    L'ultime roman de Harry Mathews nous entraîne sur les routes faussement droites d'un monde très actuel.

  • Une femme seule, désoeuvrée, occupe une villa de bord de mer. Temps suspendu de l'ennui : passé et présent coexistent dans l'ajournement de tout avenir. L'extérieur reste abstrait, quasi-irréel, contemplé dans le cadre nettement découpé d'une baie vitrée. L'action n'est pas refusée, elle est située hors champ. Dans ce texte qui a donné son nom au recueil, le drame n'est pas absent, mais il n'est jamais nommé.


    Les treize autres nouvelles qui composent La Baie vitrée évoluent dans le même trouble. « Contradiction » lance la machine, sur une note méchante et acérée, et « Intimité » clôt le livre dans le climat désenchanté de la rupture. De l'un à l'autre, il n'est jamais sûr que l'on ait changé de motif : chaque texte peut être lu comme une variation du désir, dans sa dimension mortifère, jalouse, obsessionnelle ou mélancolique. Et même s'il n'y a pas de progression chronologique ni de lien narratif manifeste entre chaque récit, il n'est pas interdit de penser qu'ils prennent tous leur source dans l'âme d'un même narrateur, tour à tour exalté, déprimé, et finalement insaisissable.

empty