• Le monde de Richard Brautigan est peuplé d'antihéros maladroits, d'oncles menteurs, d'après-midi de pêche à la truite, de méditations au bord de la rivière Long Tom, de parties de chasse en Oregon qui virent au tragique ou d'adolescents qui menacent de devenir de « dangereux criminels » s'ils n'obtiennent pas une nouvelle télévision... C'est l'Amérique du drame privé, de la catastrophe ordinaire racontée à travers ces récits très personnels et teintés d'humour.
    La Vengeance de la pelouse est aussi une plongée dans la période californienne de la vie de l'auteur, sans doute la figure la plus étrange et excentrique de la Beat Generation : on y aperçoit son sourire malicieux, sa mélancolie rieuse, son regard à la fois tendre et moqueur sur son époque.

  • La beat generation n'est pas à proprement parler un groupe mais plutôt une entité informe en perpétuel mouvement, une étoile changeante autour de laquelle gravitent des astres. Jean-Jacques Bonvin s'attache en particulier à la figure de Neal Cassady - paraissant sous le nom de Dean Moriarty dans Sur la route de Jack Kerouac -, dont la personnalité cristallise à elle seule les aspirations, la quête mais aussi les échecs de la beat generation : mettre en scène "des gestes éloquents qui se voulaient sans éloquence". Neal est tour à tour celui qui cherche à se défaire de son passé de délinquant, désirant mener une existence paisible et banale, partagée entre son foyer, son travail et sa femme ; mais il est aussi, et surtout, cet être assoiffé de vie, qui essaie sans relâche d'échapper au déterminisme de ses origines (fils d'un clochard alcoolique, il passera quelques années en prison avant de connaître Ginsberg et Kerouac auprès desquels il souhaite s'initier à la philosophie) et qui se brûle les ailes en défiant les lois de la gravité. Il est l'étincelle qui conduit une poignée d'intellectuels à s'embraser et à atteindre ce point d'incandescence où le corps est au bord de l'éclatement. Tous s'agrégeront et s'abîmeront autour de ce magnétiseur, qui transfigure le banal par le recours à la vitesse, au sexe et à la drogue.
    Jean-Jacques Bonvin tente de restituer la geste de ces forcenés qui, tels des anges hallucinés, cherchent à s'emplir de vie, d'expériences et d'émotions, et se lancent à perdre haleine dans l'aventure avant de la recracher, esseulés, sur le papier. Sa prosodie pleine de liberté retrace aussi en arrière-plan le contexte socioculturel des années 50 et 70.

  • Jack Kerouac meurt en 1969 laissant une oeuvre littéraire qui fait de lui un des auteurs américains les plus importants du XXe siècle. Cependant, jusqu'à l'âge de six ans sa langue maternelle fut le français et son père lui répétait «Ti-Jean n'oublie jamais que tu es breton». Fort de cette tradition familiale, l'écrivain a tenté d'identifier son ancêtre mais la mission était difficile tant il avait semé son parcours de fausses pistes. Désireux d'aller au bout de cette quête, Patricia Dagier a traqué le moindre indice dans les archives en France et au Québec tandis qu'Hervé Quéméner a suivi la quête bretonne de l'écrivain à travers sa vie et son oeuvre. Si Kerouac s'est approché au plus près de la solution, il aura fallu le travail solide de ces deux passionnés pour en trouver la clef.

    Patricia Dagier est généalogiste. En 1999, après trois années de recherches intensives, elle a démasqué l'ancêtre breton de Jack Kerouac. Soucieuse de vérité historique, elle poursuit depuis dix ans ses investigations dans les archives bretonnes, françaises et canadiennes.

    Hervé Quéméner est journaliste. Rédacteur au quotidien Le Télégramme depuis 1972 puis rédacteur en chef de Bretagne Magazine de 1998 à 2006, il se consacre aujourd'hui à l'écriture.

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