Gallimard

  • Un jour, le crime

    J.-B. Pontalis

    Au commencement était l'acte. Cet acte était la mise à mort du père selon Freud, du frère selon la Bible.
    Ce commencement est sans fin.
    Nous aurons beau nous écrier : ' Plus jamais ça ! ', les faits ne cesseront de nous démentir, de montrer la vanité de nos cris. Les faits sont têtus, disait cet entêté de Lénine.
    La violence est souveraine. Partout, dehors, visible, étalée au grand jour. Partout, dedans, cachée, tapie dans l'ombre d'où elle est prête à surgir.
    La passion meurtrière, qu'elle soit collective ou individuelle, la rage de détruire, l'amour de la haine ne connaissent pas de limites. Face à la démesure, nos instruments de mesure sont défaillants.

  • "- Quelque chose apparaît...
    - Oui, qu'est-ce que c'est ?
    - Pour le moment ce n'est qu'une main. L'homme à qui elle appartient, on ne le voit pas, il reste dans l'ombre... Sa main seule est là en pleine lumière devant nous... une longue main un peu noueuse aux ongles coupés ras...
    - Et maintenant aussi dans ce visage à peine visible, pas même des yeux... juste le regard...
    - Il regarde intensément sa main posée sur la table.
    - Et dans son regard tant d'amour... C'est ainsi chez ceux qui s'aiment... leur amour va d'abord à tout ce qu'ils peuvent apercevoir d'eux-mêmes... leurs mains, leurs pieds, leurs avant-bras... et puis dans la glace leur reflet..."
    Nathalie Sarraute.

empty