Sciences humaines & sociales

  • Il est d'usage, aujourd'hui, de distinguer un bon libéralisme politique et culturel - qui se situerait « à gauche » - d'un mauvais libéralisme économique, qui se situerait « à droite ». En reconstituant la genèse complexe de cette tradition philosophique, Jean-Claude Michéa montre qu'en réalité nous avons essentiellement affaire à deux versions parallèles et complémentaires du même projet historique. Celui de sortir des terribles guerres civiles idéologiques des XVIe-XVIIe siècles, tout en évitant simultanément la solution absolutiste proposée par Hobbes. Ce projet pacificateur a évidemment un prix : il faudra désormais renoncer à toute définition philosophique de la « vie bonne » et se résigner à l'idée que la politique est simplement l'art négatif de définir « la moins mauvaise société possible ». C'est cette volonté d'exclure méthodiquement de l'espace public toute référence à l'idée de morale (ou de décence) commune - supposée conduire à un « ordre moral » totalitaire ou au retour des guerres de religion - qui fonde en dernière instance l'unité du projet libéral, par-delà la diversité de ses formes, de gauche comme de droite. Tel est le principe de cet « empire du moindre mal », dans lequel nous sommes tenus de vivre.

    1 autre édition :

  • Une crise silencieuse frappe aujourd´hui les démocraties du monde. L´éducation se plie aux exigences du marché de l´emploi, de la rentabilité et de la performance, délaissant la littérature, l´histoire, la philosophie et les arts : les humanités. Pour Martha Nussbaum, l´une des plus grandes philosophes américaines, celles-ci ne sont ni un vestige du passé ni un supplément d´âme pour happy few.
    Dans ce manifeste original et argumenté, Martha Nussbaum montre comment les humanités nous font accéder à la culture des émotions, à l´« imagination narrative ». C´est grâce à l´empathie que nous sommes capables de nous mettre à la place d´autrui, de nous identifier au « faible » au lieu de le stigmatiser, de développer de la compassion et du respect en lieu et place de l´agressivité et de la peur qui naissent inévitablement de la vulnérabilité, et de défendre l´intérêt commun.
    Ce n´est pas à coup de débats d´idées abstraites que s´imposeront l´égalité et la liberté... C´est en formant, par le biais des « émotions démocratiques », le citoyen du XXIe siècle.

  • Les États-Unis l'appelaient « Unabomber ». De 1978 à 1996, il a défié le FBI et la CIA qui mirent sa tête à prix pour un million de dollars. Pendant dix-huit ans, Kaczynski a envoyé par la poste des colis piégés à des professeurs d'université, des vendeurs d'ordinateurs, des patrons de compagnies aériennes... Bilan : 3 morts et 23 blessés. En 1995, il obtient sous la menace la publication dans le Washington Post et dans le New York Times d'un manifeste intitulé L'Avenir de la société industrielle. En 1996, il est finalement arrêté grâce à son frère qui reconnaît dans le Manifeste de 1971 l'esquisse de ce texte. Influencé par les travaux de Jacques Ellul, Theodore Kaczynski voit dans la technologie « une force sociale plus puissante que le désir de liberté » et, diagnostiquant « l'impossibilité de réformer le complexe industrialo-technologique », appelle à sa destruction pure et simple. La folie, la radicalité de ses propos et de ses actes ne disqualifient pas pour autant l'évidence révolutionnairement incorrecte des deux textes contenus dans ce volume : Le Manifeste de 1971, inédit en français, et L'Avenir de la société industrielle. Ils sont préfacés et annotés par Jean-Marie Apostolidès, qui fut le premier en France à faire connaître les écrits de Theodore Kaczynski.

  • La politique, qui n'est plus qu'une voix dans le concert de l'auto-organisation sociale, a désormais pour fonction, dans une société pluraliste, d'articuler les systèmes différenciés qui la composent : elle les invite à s'auto-limiter, sans oublier de s'auto-limiter elle-même.
    Une telle conception remet bien évidemment en cause le primat de l'État-nation qui, sans pour autant disparaître, doit cesser de se penser comme un principe d'organisation dominant, prendre sa place dans un système de régulation à niveaux multiples. Très loin de la théorie anarchiste de la destruction de l'État, comme de la théorie marxiste du dépérissement de l'État, tout aussi loin d'une théorie libertarienne de l'État minimal, Daniel Innerarity nous montre qu'il est aujourd'hui possible de dépasser l'alternative du dirigisme et du spontanéisme néo-libéral.
    Mais une telle transformation ne deviendra effective qu'à deux conditions renoncer définitivement à l'opposition de la gauche et de la droite, telle qu'elle a été formulée jusqu'à présent, et inventer une social-démocratie anti-étatique capable de recueillir à sa manière le meilleur de l'héritage libéral. Voici un livre qui, en alliant technicité philosophique, grande clarté et élégance de l'écriture, s'attache à redonner un sens à la politique à une époque où les discours sur l'impuissance de celle-ci ne manquent pas.

  • Fragilisation du continent européen et multiplication des risques dans le tiers-monde sont les conséquences directes de la disparition du clivage Est-Ouest. Des espaces géostratégiques, désormais laissés vides, sont devenus la proie des visées hégémoniques d'acteurs locaux moins contrôlables.

  • Le 28 juin 1914, à Sarajevo, l'archiduc François-Joseph, héritier de l'empire austro-hongrois, est assassiné. Cet évènement est le coup d'envoi du XXe siècle et de ses horreurs, et est aussi à l'origine de la création de la Yougoslavie. Et c'est avec la disparition de cette dernière, quatre-vingts ans plus tard, que se termine ce même siècle. Stanko Cerovic raconte la vie et la mort de son pays, si emblématique de ce temps de ténèbres, les passions et désillusions politiques, la participation de sa famille, celle de Milovan Djilas, le meilleur ennemi de Tito, aux grands événements qui façonnèrent l'Est du continent. Où est la source de la révolte dans l'homme ? Obsédé par cette question, l'auteur revient sur les rebellions du siècle - le communisme, l'anticommunisme, la dissidence, leur échec, et leur sens, si elles en ont un. Cerovic le croit, et pense qu'elles méritent d'être expliquées, et parfois même justifiées malgré la terrible impasse à laquelle elles aboutirent toutes. Marchant sur les traces de l'homme révolté de Camus, il peut, à l'issue de cet itinéraire spirituel singulier, faire sienne la célèbre phrase d'Ulysse de Joyce : «L'Histoire est un cauchemar dont j'essaie de m'éveiller». Stanko Cerovic s'est mis à écrire dans le no man's land de l'exil parisien, non pour retrouver une patrie mais pour justifier sa propre survie. Il nous offre avec cette odyssée européenne singulière une philosophie de l'histoire, un récit épique, politique et intimiste à la fois.

  • Conçu de manière originale, l'ouvrage d'Édouard Balladur apporte une vision singulière des événements qui, au printemps 68, menacèrent de faire sombrer la France dans le désordre et le chaos. Cette originalité tient sans doute, d'abord, à la personnalité du témoin qui sait toujours raison et humour garder. En aucun moment, il ne s'érige en censeur, ne se veut exemplaire. Elle tient aussi au poste qu'il occupait à Matignon, où il était tout proche de Georges Pompidou. Nous avons affaire ici à un reportage de première main. Elle tient, enfin, à la composition même du récit, au choix délibéré, et de prime abord insolite, d'une chronique alternée. Placé au centre du régime, et de ses appareils de défense, Édouard Balladur aurait pu se contenter de nous faire revivre, heure par heure, la révolte étudiante, les grèves ouvrières, les défilés et les meetings, le tout avec l'oeil du gouvernement. Il n'y manque d'ailleurs pas, et le fait avec le recul nécessaire ; la gravité des nouvelles ne lui cache pas la couleur du soir, ou les ibis des tapisseries. En outre, il mêle aux personnages vrais des personnages inventés, dont on devine qu'ils sont parfois quelqu'un. L'auteur en a imaginé toute une galerie : un étudiant et sa famille, un journaliste, un ancien syndicaliste... attachants et complexes, qui apportent le vent de la rue, le souffle de l'espérance - bientôt détrompée - le flux et le reflux des autres. Ainsi, a-t-on l'impression d'être partout à la fois. Cette démarche de mémorialiste permet, sans déroger au devoir de réserve, de dire davantage, et surtout de dire plus profondément les choses essentielles. On n'oubliera plus le portrait qu'Édouard Balladur trace de Georges Pompidou, sans doute le meilleur qu'il nous ait été jusqu'ici donné de lire. L'arbre de mai avait-il des racines très profondes et, sans ramage, bruissant, multiple ; n'a-t-il pas contribué à nous masquer la forêt ? Au bout d'un mois, tout était rentré dans l'ordre et, cependant, tout avait changé.

  • Très nombreux sont les États qui ont ratifié la Convention de Genève de 1951 relative au droit d'asile.
    Pourtant, les pratiques ne suivent pas : on ne compte plus les épisodes dramatiques aux frontières d'États forteresses, à Sangatte, à Patras en Grèce,

  • L'idée que le plus grand danger réside dans les différentes formes d'intolérance, de nature ethnique, religieuse ou sexuelle fait aujourd'hui consensus.
    Mais doit-on forcément la partager ? Le modèle de tolérance multiculturelle dominant est-il si innocent que cela ? Il se pourrait bien, en fait, que se dissimule derrière ce principe d'indulgence un processus de dépolitisation généralisé, voire le glas de toute politique véritable, c'est-à-dire conçue comme production d'" universels concrets" aptes à donner un sens à notre agir. Le multiculturalisme dépolitisé est la nouvelle idéologie hégémonique du capitalisme global, partagée aussi bien par la droite que par la gauche.
    Il est donc nécessaire de réaffirmer l'importance de la passion politique, fondée sur la discorde. Slavoj Zizek émet ici l'idée qu'une forte dose d'intolérance est nécessaire pour élaborer une critique pertinente de l'ordre présent des choses. Il est indispensable d'attaquer les prises de position multiculturelles défendues habituellement avec zèle, et de plaider pour une nouvelle politisation de l'économie.
    La tolérance, il ne devrait même pas y avoir de maisons pour cela...

  • 267 cartes et schémas mis en scène par une analyse fouillée. Dans ce premier atlas géopolitique consacré à une région si sensible, Rafic Boustani et Philippe Fargues relèvent un défi. Ils brossent un tableau riche et expressif des bases économiques, sociales, démographiques et culturelles sur lesquelles s'inscrivent les bouleversements politiques de ce monde mal connu. De la Méditerranée à l'Océan Indien, du Maroc au Yémen, les pays arabes forment un bloc humain considérable ; un par la langue, mais multiple par l'histoire, les ressources, les formes sociales, l'organisation politique. Issus de découpages frontaliers souvent récents, mais dépositaires de vieilles cultures, ces états ne partagent pas tous la richesse pétrolière, l'insécurité alimentaire ou la puissance du nombre. Cet inventaire, allant des capacités d'irrigation à la diversité des médias, des dépenses publiques par étudiant à la pratique de la contraception, met en lumière des variations considérables d'un pays à l'autre, mais aussi une logique d'ensemble et de subtiles nuances que les occidentaux s'obstinent à gommer à coups de généralités. En révélant les facettes d'un monde passionnant, cet atlas affranchit le lecteur des stéréotypes, qu'ils soient de méfiance ou d'autosatisfaction, et lui offre des clefs pour comprendre l'avenir.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Considéré comme une doctrine politique ayant la prétention d'apporter une clef déterminante à la solution et à l'explication des problèmes de l'humanité. La réalité nationale en serait la valeur centrale et décisive.

  • Qu'est-ce que la raison d'État ? Le concept est ordinairement associé au pouvoir politique dégagé de toute limite éthique ou juridique. Il désigne l'excroissance inouïe et soudaine de l'autorité, libérée des entraves qui se révèlent fragiles. Il est tentant d'y voir une part essentielle du pouvoir politique. Le moment de la raison d'État fait surgir la permanence profonde de ce qui se donne pourtant comme un pouvoir d'exception. L'idée associant la raison d'État à la force brutale dont l'institution accable ses propres sujets, traduit peut-être fondamentalement la réalité du conflit indépassable qui oppose les gouvernants et les gouvernés. Cependant, la conservation d'un État et l'accroissement de sa puissance ne sont pas étrangers au domaine des fins légitimes. C'est ainsi qu'une longue tradition philosophique et juridique a voulu reconnaître de telles nécessités, en essayant toutefois de codifier les dérogations aux principes et aux règles en vigueur. Dans la perspective d'une telle tension, les auteurs du Pouvoir de la raison d'État se demandent quelles sont la réalité historique et la signification philosophique d'un concept aussi décisif pour la théorie et la pratique politiques. Par quels actes spécifiques s'affirme cette raison d'État, qu'est-ce qu'un secret d'État, quel est le sens du coup d'État ? Telles sont, parmi d'autres, les questions auxquelles cet ouvrage tente d'apporter quelques réponses. Dans le prolongement de ces travaux, un autre volume, intitulé La raison d'État : politique et rationalité, s'interroge sur les théories et les enjeux qui sont à l'oeuvre dans les pratiques relevant de la raison d'État. Il est publié simultanément dans la même collection.

  • Le futur et ses ennemis De la confiscation de l'avenir à l'espérance politique L'être humain est le seul animal conscient de l'existence du futur. Les humains s'inquiètent et attendent, parce qu'ils savent que le futur existe, qu'il peut être meilleur, ou pire, et que cela dépend dans une certaine mesure d'eux. Ils le savent mais ne savent pas pour autant ce qu'il faut faire de ce savoir parce que penser au futur trouble la tranquillité du présent. Bien s'entendre avec son futur n'est pas chose facile. Nous craignons trop, ou nous espérons contre toute évidence ; nous ne parvenons pas à l'anticiper ou à le configurer comme nous pourrions le faire. Il en va de même pour les sociétés. Elles aussi doivent développer cette capacité de percevoir au-delà du moment présent, et elles le font aussi avec plus ou moins de bonheur. Mais elles doivent inclure toujours davantage le futur dans leurs calculs. Pourtant, les tentatives de dessiner le futur sont aujourd'hui bien rares. Le futur a de mauvais avocats et souffre d'une faiblesse chronique. Qui sont les ennemis du futur ? Ils semblent faire partie de ses plus fervents partisans, mais sont ceux qui procèdent à sa banalisation, qui promeuvent une accélération improductive, insensible aux coûts de la modernisation. S'il en est ainsi, il nous faut donc reformuler l'antagonisme qui, depuis 'époque moderne, a été pensé exclusivement dans le schéma opposant la gauche et la droite. Cet ouvrage défend une politique de 'espérance à un moment où la confiance dans le caractère configurable du futur s'est affaiblie. Il entend contribuer à la tâche principale de la politique démocratique qui consiste à établir une médiation convaincante entre l'héritage du passé, les priorités du présent et les défis du futur.

  • Reconstruire un pouvoir politique : réaliser cet objectif conditionne tout progrès de société. Or les partis politiques qui visent à exercer le pouvoir d'Etat ne se posent pas encore la question. En sollicitant les commentaires, reproduits ici, d'une dizaine de personnalités d'horizons très divers, l'auteur montre que le débat est possible et peut être fructueux.

  • Au contact des réalités pakistanaises de 1992 à 1996, l'auteur, correspondante de presse, découvre combien l'image de Benazir Bhutto en Occident est confuse et naïve. Au fil de ses rencontres avec l'ancien Premier ministre et les siens, avec ses adversaires politiques, avec les femmes de milieu pauvre ou aisé, elle dresse le véritable portrait de Benazir.

  • Dans ce livre d'entretiens, Michel Charzat, maire du XXe arrondissement de Paris explique à Claude Neuschwander, consultant auprès des collectivités locales et des organisations de l'économie sociale, que la démocratie locale, école et creuset de l'autonomie, est le moyen nécessaire, sinon suffisant pour stimuler un nouvel appétit de démocratie chez nos concitoyens.

  • Cook hurle dans la radio : Attention derrière ! Messerschmitt à six heures ! Mais, ni Peter ni Michael ne semblent l'entendre. Ils continuent à foncer imperturbablement sur les Stukas. Juillet 1940, la Bataille de France vient d'être perdue, et les forces allemandes occupent la majeure partie de l'Europe occidentale. Pour que la victoire du Reich soit complète, un seul bastion reste à réduire, l'Angleterre qui refuse de capituler. C'est par la voie des airs que le premier assaut sera lancé, préludant, en principe, à un débarquement. Dès les premiers jours du mois de juillet, la Luftwaffe, usant de son écrasante supériorité numérique, part à l'attaque des îles Britanniques, s'efforçant, à la fois de détruire les installations vitales du pays, et d'éliminer la Royal Air Force. Mais celle-ci, à force d'obstination et d'héroïsme, résiste à tous les assauts. Soutenue par toute une population, elle tiendra jusqu'au bout, elle tiendra cent vingt jours de bombardements terrifiants et de combats incessants. Et le miracle se produit, qui va changer radicalement le cours de la Deuxième Guerre mondiale.

  • Le coeur doit-il être absent des méditations qui touchent sérieusement aux affaires des États ? Non, semble répondre Jean-Pierre Giraudoux quand, un an après un certain mois de mai, il fait le point à l'usage d'un jeune léniniste.

    Dans un monologue qui est un dialogue à une voix, malgré un commun antigaullisme et un commun humour, se heurtent, antimarxiste, une passion de feu et, marxiste, une passion de glace. Ces passions s'annuleront-elles dans la VIe République ou s'ajouteront-elles l'une à l'autre dans la VIIe République, pour le bien du pays et du monde ? Telle est la question que l'auteur ne pose pas explicitement mais que soulèvera sans nul doute la lecture d'un essai à la fois ardent et raisonné, ingénu et m-ri, divertissant et grave.

    Par un apparent paradoxe, Jean-Pierre Giraudoux - qui fut, à vingt-cinq ans, le benjamin des députés de France - en prenant pour interlocuteur un enragé minoritaire, inaccessible ami, s'adresse bien davantage aux jeunes inconnus, majoritaires de tout repos, auxquels la VIIe République voudrait, par les voies du coeur autant que de l'esprit, donner le besoin et le go-t de l'action politique.

    Copieusement quadragénaire, Jean-Pierre Giraudoux a-t-il, de plus, parlé en lieu et place de parents victimes, volontiers masochistes ? Son livre, en tout cas, leur est également destiné.

    1 autre édition :

  • Alfred de Musset avait donné pour titre à ses souvenirs : Confession d'un enfant du siècle. L'image est juste : il est vrai que le siècle où nous existons enfante une grande part de notre personnalité. [...] Il fut, le siècle, dramatiquement incertain dans ses rebondissements, d'une violence extrême insupportablement horrible souvent, et presque toujours très décevant, mais aussi il fut superbement décapant et il apporta avec lui des nouveautés très singulières. Une telle confusion nous habite à son propos que, à l'heure où il approche de son terme, il nous laisse, à vrai dire, pantois et abasourdis. Mais si le XXe siècle est un Cyclope à la taille géante, il est bien évident que nous n'avons pas su être Ulysse. Deux exceptionnels événements courent à travers le siècle, fils rouge tissés dans sa trame, et qui donnent un sens à son dessin compliqué. Le déclin de l'astre-Capital, la montée de l'astre-État. Et le fait que, désormais, les individus, les simples individus sont devenus à part entière des participants de l'Histoire. Grandiront-ils, et à temps, à la mesure du siècle ? Mais, à côté de la mémoire événementielle, il existe une seconde mémoire, d'importance tout aussi grande, on le sait bien, quant à l'influence exercée : la mémoire émotionnelle. D'où, pour tenter de l'éveiller, la forme adoptée pour ce livre et qui pourra surprendre. Finalement, c'est la démocratie, tellement décriée, si souvent mise à mal et à sac, qui tire, de la manière la plus honorable, son épingle du jeu politique du siècle. Rarement autant qu'aujourd'hui, elle était apparue pour ce qu'elle est : un bien aussi précieux que fragile. Comment, alors, essayer de faire que les individus de notre époque se saisissent d'elle, la fassent participer à leur vie de tous les jours, en nourrissent la substance de leur personnalité ? Car (et sans doute c'est la vraie leçon du siècle) dans la société d'individus qui vient, ou bien nous serons tous sauvés ou bien personne ne le sera. Chacun grandira ou personne ne grandira. Élites, craignez les ilotes que vous auriez créés !

  • Le Commonwealth se présente sous la forme d'une énigme pour un monde qui l'a vu naître sur les décombres d'un empire, survivre à la décolonisation, puis au choc des idéologies d'un univers bipolaire, enfin jouer un rôle qui privilégie la solidarité et le développement dans le cadre du nouvel ordre planétaire de la fin du XXe siècle. Près de trois quarts de siècle après sa création officielle en 1931, il a traversé tant de crises internes et externes, servi de témoin à tant de bouleversements politiques, économiques, humains, que l'on peut se demander quels sont sa vraie nature et son véritable destin, que l'on est en droit de s'interroger sur les raisons de son existence et sur ses chances d'avenir. [...] Il serait trop simple de voir dans l'histoire du Commonwealth la naissance d'un mythe, l'expression d'une utopie ou d'un subterfuge inventés par quelques politiques animés d'un désir de remettre sous leur influence d'anciennes possessions et qui seraient nostalgiques de grandeur ou de puissance passées. Il serait trop rapide de décider que son avenir repose sur l'entente durable et fructueuse de la cinquantaine de membres qui forment aujourd'hui cette association volontaire d'États souverains et indépendants, chacun responsable de sa politique, se concertant et coopérant dans l'intérêt commun de leurs peuples, ainsi que pour promouvoir la compréhension internationale et la paix mondiale (déclaration de Singapour, janvier 1971).

  • Sans viser à l'exhaustivité, ce dictionnaire se propose de synthétiser un certain nombre de connaissances indispensables portant sur les institutions, les conflits, les problèmes généraux.

  • Que l'on parle de chômage, de citoyenneté, d'institutions politiques ou d'avenir des partis et mouvements progressistes, l'Europe est aujourd'hui au carrefour de toutes les questions, de toutes les solutions. Trois représentants de différents courants, écologiste, socialiste, gauche alternative donnent leur point de vue puis débattent de leurs propositions respectives.

  • Entre la dérive bureaucratique d'une Europe sociale construite à coup de directives venant d'en haut, et inopérantes sur le terrain, et le seul ajustement micro-économique aux conditions du marché, des lieux de négociation producteurs de normes s'avèrent nécessaires.

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