Presses Universitaires de France

  • De 1750 à 1830, l'Europe traverse une époque d'intenses bouleversements politiques et sociaux. Entre ces deux dates, la Révolution française éclate comme un coup de tonnerre qui met à l'ordre du jour l'émancipation historique de l'humanité. Elle constitue un événement total : pour la première fois, la liberté devient, à la place de Dieu ou de la nature, le principal objet de la pensée, puisque la souveraineté du peuple et l'autonomie deviennent les horizons de la philosophie.
    De Rousseau, qui élève la liberté au rang de toute légitimité, à Hegel et aux idéalistes allemands pour qui l'esprit est liberté, en passant par Kant qui consacre le droit inaliénable des peuples à disposer d'eux-mêmes et fait de la liberté l'absolu à l'échelle de la finitude humaine, cet ouvrage revient sur les théories qui ont marqué cette période et continuent d'influencer notre histoire démocratique.

  • Jean-Jacques Rousseau, penseur nostalgique de la « pure nature » perdue et de la chute dans la société technique, était-il égaré dans le siècle des Lumières auquel il était foncièrement étranger ? Cette acception galvaudée d'une oeuvre qui ne peut en aucun cas être réduite à un tel cliché méritait d'être revue pied à pied. Certes, Rousseau comprend le caractère aussi déterminant qu'irréversible de la technique pour l'homme et les sociétés modernes, et il en mesure les conséquences dans tous les domaines où elle s'impose à l'individu, pour la vie morale comme en politique. Par là, d'ailleurs, il entrevoit et en dénonce de manière prophétique les risques et les dangers. Mais en même temps, l'auteur du Discours sur les sciences et les arts, de l'Émile et du Contrat social propose une philosophie qui vise à réconcilier l'homme avec ses machines, voire selon laquelle la technique permettrait à l'homme de s'accomplir au sein des sociétés humaines. C'est donc là un autre Rousseau qui est donné à lire : celui qui s'oppose à l'idéologie du progrès pour le progrès et du « tout technologique », qui affirme les valeurs morales de l'autonomie et de la liberté, qui définit, bien avant les révolutions scientifiques de l'époque moderne, un ambitieux programme écologique et éthique de « précaution » (H. Jonas). Rousseau n'est-il pas un penseur du « durable » pour le XXIe siècle ?

  • La peine de mort est-elle moralement justifiable et juridiquement légitime ? Est-il possible de mettre en cause le fondement du droit souverain à condamner à mort ? À partir d'une analyse des différents modèles philosophico-politiques justifiant le pouvoir, et afin de problématiser le rapport entre le pouvoir souverain et la peine capitale, cet ouvrage tend à mettre en lumière la manière dont la source de légitimation du « pouvoir de donner la mort » a été défendue, tout au long des siècles, par la reconnaissance d'une base théologique à l'autorité. La tentative de déconstruire le lien entre théologie et politique et l'ouverture sur une vision normativiste du pouvoir constituent, au contraire, la base théorique de l'argumentation abolitionniste. À travers un travail théorique minutieux, mettant en lumière les insuffisances de la position favorable à la peine de mort ainsi que le concours d'éléments étrangers à la théorie du droit - tels que l'aspect rituello-sacrificiel - pour justifier l'exécution capitale, cette étude montre que si l'on place la dimension transcendante du pouvoir souverain avant l'identité morale de l'individu, alors la mise à mort du criminel peut être justifiée. Au contraire, une idée différente de la constitution du sujet impose de chercher un fondement ultime à l'inviolabilité de l'individu contre le pouvoir lui-même et donc de conclure à l'inadmissibilité morale de mettre à mort un homme, quel que soit le crime qu'il ait commis.

  • Il est d'usage que la biographie escorte la littérature, ne serait-ce que par le récit des vies d'écrivains. Mais l'idée qu'elle pourrait agir sur la conception même du littéraire a sans doute de quoi surprendre. Et pourtant, depuis qu'au XVIIIe siècle sont apparues et la notion moderne de « littérature » et le mot même de « biographie », leur relation a été on ne peut plus étroite : la pratique biographique a sans cesse remis en question, infléchi et transformé les façons d'envisager la littérature. Sous ses formes multiples, des « vitae » aux dictionnaires biographiques, de l'histoire littéraire à la presse, de la critique aux vies romancées, de l'autobiographie aux innovations d'aujourd'hui, la biographie est intervenue au coeur de tous les débats littéraires. Héritière de la tradition antique et médiévale de l'exemplarité, elle a redoublé l'incessant « qu'est-ce que la littérature ? », en lançant à celle-ci le défi permanent pour contester et réinventer ce qui la fonde et la justifie. Ce livre propose l'histoire de cette relation complexe par l'analyse des textes où la conjonction de ces usages d'écriture est particulièrement intense, de l'autobiographie de Rousseau aux « vies » de Pierre Michon, de la biographie inscrite en poésie chez Hugo et Baudelaire à l'écriture de soi chez Roubaud.

  • Préalable à toute histoire du sujet que l'on prétendrait mener sur la longue durée, la présente enquête part d'un fait textuel : l'invention de la substantivation « le moi » par Pascal, qui lui-même prend acte de l'expression cartésienne inédite d'ego ille. Le moi n'est pas un donné premier et intemporel, mais résulte du doute porté à son point extrême - c'est pourquoi l'Antiquité et le Moyen Âge l'ont ignoré. Aussi notre enquête ne s'inscrit-elle pas dans la continuité des études sur les commentaires du De Anima. Elle ne se confond pas davantage avec celles des origines de la subjectivité puisque, avant même d'être déterminé comme sujet, c'est-à-dire comme fondement, le moi est obtenu par le travail de ce que Husserl appelle réduction phénoménologique. Le moi n'est donc identifiable ni à l'âme, ni à l'entendement, ni à la conscience, ni à l'individu, ni à la personne, ni même au soi. Et ce n'est qu'en le distinguant de tous ces avatars que l'on pourra répondre à l'interrogation de Husserl : « Que peut-on entreprendre, dans une perspective philosophique, avec l'ego ? » Ce livre analyse ce qui permet l'invention du moi, aussitôt occultée par l'individu de Leibniz ou le soi de Locke, et met en lumière ce qu'elle inaugure : car la première question posée au moi, par Pascal comme par Descartes, n'est pas celle de savoir ce qu'il est mais celle, existentielle, de savoir qui il est.

  • Magic est de ces livres étonnants, bouleversant tout ce que nous croyions savoir sur un sujet. À partir d'une interrogation sur l'apparition du concept de « lien social » chez Rousseau ou Durkheim, Laurent de Sutter propose une surprenante remise en cause du consensus régnant autour de l'idée de lien. Plutôt que de poursuivre l'investigation du côté de la sociologie, il suggère, pour comprendre ce qui nous lie, de regarder du côté d'un droit qui aurait retrouvé ce qui lui a toujours été consubstantiel et que l'on a pourtant tenté de refouler, à savoir sa magie. Que se passerait-il si, en effet, le droit était la dernière manifestation de la magie dans un monde qui croyait pouvoir s'en passer ? Telle est la question au coeur de ce bref essai érudit, spectaculaire et fascinant, passant avec une grâce provocante de Montesquieu à Giordano Bruno, des juristes romains à Gabriel Tarde, de Marcel Mauss aux inspirateurs du Code civil, de Giorgio Agamben à Quentin Meillassoux.

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