Éditions de la Maison des sciences de l'homme

  • La vie, chez les Komo, est conçue comme un écoulement progressif qui, suivant le cours du soleil et celui des rivières de leur territoire, va d'est en ouest et d'amont en aval, et c'est en termes d'ouverture et de fermeture que l'on rend ce qui favorise ou empêche ce mouvement. Tout problème vital est élargi à ces dimensions cosmologiques, mais ne pourra être traité, la vie s'écoulant nécessairement vers la mort, que moyennant une mort sacrificielle qui permettra à la vie de revenir à sa source. Ce renversement dont les ancêtres, origine de la vie, garantissent la possibilité ontologique, est rendu possible, sur le plan logique, grâce à l'emploi successif des couleurs blanche et rouge. Celles-ci assurent la transposition métaphorique entre les diverses oppositions cosmologiques et permettent leur application métonymique aux personnes à traiter. Le rituel initiatique de la circoncision met cette vision du monde en oeuvre d'une façon exceptionnellement riche et complexe, intégrant dans le jeu de ses propres significations, et selon des procédés fort divers, toute la symbolique culturelle. Dans cette mise en oeuvre les principales différenciations sociales sont également données à voir d'une manière privilégiée, du fait de l'intégration de leurs significations dans celles de l'ensemble rituel. Dès lors, le rituel lui-mème est à voir comme une relecture thématique, totalisante et unifiante de la culture dans ses rapports avec les événements concrets de la vie. Bien que construit à partir d'un système de significations qui le déborde, il crée lui-même son signifié et même l'objet de ses activités. Ce dernier n'est donc pas à chercher dans quelque réalité sociale préexistante.

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