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  • Le Horla

    Guy De Maupassant

    Le Horla trouve d'abord son origine dans une autre nouvelle de Maupassant, Lettre d'un fou, publiée en 1885 dans le quotidien Gil Blas, qui développe déjà la même histoire, sans que le nom de « Horla » n'y soit mentionné. Ensuite, la première version du Horla a été publiée en 1886 dans Gil Blas. La seconde version, plus connue que la précédente, est parue en 1887 dans un recueil de nouvelles homonyme1. Les trois versions se présentent sous trois formes littéraires différentes : Lettre d'un fou, comme son titre l'indique, est une lettre fictive, la première version du Horla est un récit-cadre et la seconde version prend la forme d'un journal intime inachevé qui laisse craindre que son propriétaire n'ait sombré dans la folie ou ne se soit suicidé. Ce recueil contient les nouvelles suivantes : Le Horla, Amour, Le Trou, Sauvée, Clochette, Le Marquis de Fumerol, Le Signe, Le Diable, Les Rois, Au Bois, Une Famille, Joseph, L'Auberge, Le Vagabond Extrait : Certes, je me croirais fou, absolument fou, si je n'étais conscient, si je ne connaissais parfaitement mon état, si je ne le sondais en l'analysant avec une complète lucidité. Je ne serais donc, en somme, qu'un halluciné raisonnant. Un trouble inconnu se serait produit dans mon cerveau, un de ces troubles qu'essaient de noter et de préciser aujourd'hui les physiologistes ; et ce trouble aurait déterminé dans mon esprit, dans l'ordre et la logique de mes idées, une crevasse profonde. Des phénomènes semblables ont lieu dans le rêve qui nous promène à travers les fantasmagories les plus invraisemblables, sans que nous en soyons surpris, parce que l'appareil vérificateur, parce que le sens du contrôle est endormi ; tandis que la faculté imaginative veille et travaille. Ne se peut-il pas qu'une des imperceptibles touches du clavier cérébral se trouve paralysée chez moi ? Des hommes, à la suite d'accidents, perdent la mémoire des noms propres ou des verbes ou des chiffres, ou seulement des dates. Les localisations de toutes les parcelles de la pensée sont aujourd'hui prouvées. Or, quoi d'étonnant à ce que ma faculté de contrôler l'irréalité de certaines hallucinations, se trouve engourdie chez moi en ce moment !

  • Le Tour d'écrou

    Henry James

    Deux enfants, Miles et Flora, sont confiés, dans des circonstances un peu mystérieuses, à une gouvernante. Cette dernière acquiert bientôt la certitude que des esprits damnés persécutent les deux petits qui, par une sorte de connivence, gardent jalousement pour eux ce secret. Malgré tout, l'héroïne entreprend une lutte pour les libérer de cette possession dans une atmosphère de cauchemars et d'hallucinations... Dans la préface, Edmond Jaloux écrit: «Il semble que tous les personnages d'Henry James aient quelque chose de spectral. Et je le dis dans les deux sens du mot. Ce sont des projections de l'esprit sur d'autres projections de l'esprit, et il y a dans leurs passions, même les plus ardentes, quelque chose de glacé et d'étrange, parfois même d'inhumain, qui tout d'un coup nous fait souvenir qu'Henry James, après tout, a été le compatriote d'Edgar Poe.»

  • Maria Chapdelaine

    Louis Hemon

    Louis Hémon n'a fait paraître de son vivant que quelques textes de fiction, dont une nouvelle, Lizzie Blakeston, en 1908. Son roman le plus connu, Maria Chapdelaine, parut d'abord en feuilleton dans le journal parisien Le Temps (1914), puis en volume à Montréal (1916). Mais c'est une édition parisienne (1922) qui permettra au roman de connaître un succès extraordinaire ; ce sera même pendant longtemps le roman français ayant connu le plus grand tirage. Il fut traduit en des dizaines de langues et se vendit à des millions d'exemplaires. Cependant, d'autres ouvrages de Louis Hémon ont paru par la suite : la Belle que voilà (1923) ; Colin-Maillard (1924) ; Battling Malone, pugiliste(1926) ; Monsieur Ripois et la Némésis (1950). Louis Hémon reste l'écrivain emblématique du Canada francophone par son évocation mythique du début du XXe siècle et de la terre québécoise. Il est d'ailleurs très régulièrement intégré aux listes des écrivains canadiens français, mais un peu abusivement puisque Louis Hémon a vécu moins de deux ans au Canada. Extrait : De la misère, s'exclama Légaré avec mépris. Les jeunesses d'à-présent ne savent pas ce que c'est que d'avoir de la misère. Quand elles ont passé trois mois dans le bois elles se dépêchent de redescendre et d'acheter des bottines jaunes, des chapeaux durs et des cigarettes pour aller voir les filles. Et même dans les chantiers, à cette heure, ils sont nourris pareil comme dans les hôtels, avec de la viande et des patates tout l'hiver. Il y a trente ans...

  • Le bacille

    Arnould Galopin

    Martial Procas est un scientifique reconnu, spécialiste des microbes pathogènes. De plus il est beau et le tout-Paris, en particulier féminin, accourt à ses conférences universitaires. Un jour, une belle Américaine attire son regard et il tombe éperdument amoureux de cette femme qui se révèle une aventurière et le quitte quelques semaines à peine après leur mariage. Quand il s'en rend compte, Procas est victime d'une crise très grave, un cas de cyanose dû à un rétrécissement de l'artère pulmonaire. Procas prend une teinte bleue qui ne le quittera plus. Dès lors, victime de la haine de ses semblables, il doit fuir car «rien n'était impressionnant comme cette face qui semblait celle d'un cadavre en décomposition et qui était cependant éclairée par deux yeux jeunes où se lisaient la douleur de vivre encore et l'exaspération de ne plus compter parmi les vivants...». Extrait : Tout à coup il s'arrêta. Un portrait de Meg accroché au mur le regardait de ses grands yeux étonnés. Il le contempla quelques instants, puis baissa lentement la tête, comprimant de ses deux mains les battements désordonnés de son coeur. Maintenant que sa fureur était calmée, que sa haine avait fait place à un grand abattement, il se sentait devenir lâche, et si Meg fût revenue à cet instant, peut-être se serait-il jeté à ses pieds comme un coupable. Il regarda de nouveau le portrait, la poitrine secouée de petits sanglots convulsifs, puis passa dans le salon, qui s'illumina dès qu'il en ouvrit la porte. Le piano était demeuré ouvert et, sur le pupitre, s'étalait encore une berceuse de Grieg, qu'il aimait à entendre et qu'il faisait souvent jouer à Meg, car il trouvait à cette mélodie un charme mélancolique et doux, dont son coeur d'amant était étrangement troublé.

  • La Chute de la maison Usher (The Fall of the House of Usher) est une nouvelle fantastique écrite par Edgar Allan Poe. Elle fut publiée pour la première fois en septembre 1839 dans la revue littéraire Burton's Gentleman's Magazine. Cette nouvelle figure parmi les textes des Nouvelles histoires extraordinaires. Elle a été traduite en français, comme la plupart de ses contes, par Charles Baudelaire et est considérée comme l'une de ses nouvelles les plus célèbres. Extrait : Pendant toute une journée d'automne, journée fuligineuse, sombre et muette, où les nuages pesaient lourds et bas dans le ciel, j'avais traversé seul et à cheval une étendue de pays singulièrement lugubre, et enfin, comme les ombres du soir approchaient, je me trouvai en vue de la mélancolique Maison Usher. Je ne sais comment cela se fit, - mais, au premier coup d'oeil que je jetai sur le bâtiment, un sentiment d'insupportable tristesse pénétra mon âme. Je dis insupportable, car cette tristesse n'était nullement tempérée par une parcelle de ce sentiment dont l'essence poétique fait presque une volupté, et dont l'âme est généralement saisie en face des images naturelles les plus sombres de la désolation et de la terreur. Je regardais le tableau placé devant moi, et, rien qu'à voir la maison et la perspective caractéristique de ce domaine, - les murs qui avaient froid, - les fenêtres semblables à des yeux distraits, - quelques bouquets de joncs vigoureux, - quelques troncs d'arbres blancs et dépéris, - j'éprouvais cet entier affaissement d'âme qui, parmi les sensations terrestres, ne peut se mieux comparer qu'à l'arrière-rêverie du mangeur d'opium, - à son navrant retour à la vie journalière, - à l'horrible et lente retraite du voile. C'était une glace au coeur, un abattement, un malaise, - une irrémédiable tristesse de pensée qu'aucun aiguillon de l'imagination ne pouvait raviver ni pousser au grand. Qu'était donc, - je m'arrêtai pour y penser, - qu'était donc ce je ne sais quoi qui m'énervait ainsi en contemplant la Maison Usher ?

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