• « Je suis fait pour combattre le crime, non pour le gouverner », s'exclamait Maximilien Robespierre à la barre de la Convention, la veille de sa chute, le 8 thermidor an II : la formule est caractéristique de sa passion et de son emphase. Elle fait partie de l'abondant florilège qui alimente aussi bien les critiques contre le tribun intolérant que les louanges envers l'homme politique intègre. Tellement intègre d'ailleurs, qu'il finit par agacer le Danton imaginé par Georg Büchner, qui lui lance : « Robespierre, tu es d'une probité révoltante ». Instigateur des horreurs perpétrées sous la Terreur, homme d'État rigide, implacable et déshumanisé pour les uns ; héros et héraut des droits de l'homme, dirigeant incorruptible, bouc émissaire pour les autres (moins nombreux cependant) : admirateurs ou contempteurs, rares sont les indifférents lorsque l'on évoque la figure de Robespierre. La Révolution française a transformé des inconnus en figures de premier plan. Robespierre est l'un de ces anonymes brusquement devenus célèbres. Comment un banal avocat d'Arras, promis à une traditionnelle carrière locale, s'est-il trouvé propulsé en quelques mois à l'avant-scène de l'actualité ? Comment a-t-il pu concentrer sur sa personne une bonne partie du ressentiment contre ce que l'on a appelé la Terreur ? Pour répondre à ces questions, Cécile Obligi a choisi de donner la parole au principal intéressé : Robespierre lui-même. Elle nous fait ainsi découvrir ou redécouvrir un orateur de grande classe et un penseur politique important, que la légende noire a fait trop longtemps oublier.

  • Gambetta est la figure la plus marquante de la IIIe République naissante. Sa popularité ne tient pas seulement à son départ en ballon de Paris assiégé, en octobre 1870. Celui que ses adversaires surnommaient le commis-voyageur de la République, appellation qu'il a assumée avec fierté par égard pour son père, un commerçant, a surtout marqué ses contemporains par ses convictions, exprimées avec force : devant les conservateurs, auxquels il opposait ses « couches nouvelles », les catholiques, qu'il interpellait d'un « le cléricalisme, voilà l'ennemi ! » ou encore les socialistes, auxquels il affirmait : « il n'y a pas une question sociale ».

  • Au moment où l'Angleterre traverse les deux révolutions de son histoire, la vie de Jacques II (1633-1701) est une succession de crises politiques et personnelles. Enfant, il se réfugie auprès de son cousin Louis XIV pour échapper à Cromwell et s'initie au métier des armes avec Turenne. Après la restauration de son frère Charles II, il mène la reconstruction de la Royal Navy. Malgré les attaques suscitées par sa conversion au catholicisme, il accède au trône en 1685. À l'heure de la révocation de l'édit de Nantes, sa politique de tolérance religieuse est incomprise et lui-même est soupçonné d'absolutisme. Son gendre, le très protestant Guillaume d'Orange, mène la Glorieuse Révolution de 1688, qui le contraint à nouveau à l'exil, malgré la résistance de l'Irlande. Le château de Saint-Germain-en-Laye abrite ses dernières années, dans la dévotion et l'angoisse de la rédemption. À l'inverse de son grand-père Henri IV, Jacques II a choisi son salut plutôt que sa survie politique. Charles II disait pourtant de lui qu'il perdrait son royaume par bigoterie et son âme pour quelques catins : mari infidèle malgré deux mariages d'amour, homme de guerre expérimenté qui perd son honneur en une bataille, chassé de son trône en quelques jours mais suivi en exil par des milliers de fidèles, Jacques II n'est pas d'une seule pièce... Son règne est une des heures de vérité de l'histoire britannique et ses choix personnels résonnent de manière contemporaine : Londres valait-elle une messe ?

  • En 1198, alors que la chrétienté est ébranlée par la chute de Jérusalem et par les appels à une réforme morale et religieuse, les cardinaux élisent un nouveau pape sous le nom d'Innocent III. Issu de la noblesse romaine, théologien de renom et écrivain spirituel, le jeune pontife - il avait trente-sept ans - s'engage aussitôt dans la lutte contre les abus. Il s'attaque aux contestations dans le clergé, aux débordements des princes laïcs contre les prérogatives de l'Église, et lance un nouveau projet de croisade. Mais l'ambitieux pontife est confronté à de multiples résistances et jusque dans la ville de Rome. Esprit religieux peu à l'aise dans les tractations diplomatiques, il doit prendre position dans la guerre civile en Allemagne, contre les rois en France et d'Angleterre et assumer la guerre contre les hérétiques en Languedoc. Dès 1204, la croisade qu'il avait organisée lui échappe et s'empare de Constantinople au lieu de libérer Jérusalem. Pourtant, en quelques années, Innocent III parvient à réaffirmer l'autorité de l'Église romaine, à étendre son influence politique et temporelle et à convoquer le grand concile de Latran IV, qui réforma en profondeur la vie chrétienne. Il laisse à sa mort, en 1216, une papauté redressée, une Église assainie, mais aussi compromise dans les affaires du temps. S'appuyant sur les sources médiévales et sur les fruits de la recherche, cet ouvrage constitue la première synthèse historique en langue française sur ce pape qui marqua l'Europe comme aucun autre au Moyen Âge.

  • Roi-Soleil et roi conquérant, Louis XIV prétendait commander seul ses armées et seul leur donner l'impulsion. En fait, pendant plusieurs décennies de guerre quasi ininterrompue, il fut assisté par un homme de l'ombre : M. de Chamlay. Pendant la guerre de Hollande (1672-1678), Chamlay fut repéré par Turenne et Condé pour ses talents géographiques et logistiques. Dès la fin du conflit, il réussit à s'imposer comme un collaborateur indispensable de Louis XIV et de Louvois, le ministre de la Guerre. Après la mort de Louvois (1691), il ne prit pas sa succession, resta éloigné des postes les plus en vue, mais jouit auprès du roi d'une influence supérieure à celle de la plupart de ses ministres et de ses généraux. Stratège à la pensée rationnelle voire systématique, Chamlay joua un rôle décisif dans la dévastation du Palatinat (1688-1689) et dans la mise en place de la « stratégie de cabinet », qui conduisait le monarque à diriger les opérations des différents fronts depuis ses appartements de Versailles. Instrument de la diplomatie secrète, historien officiel, rédacteur de plans de campagnes et de plans de réformes militaires et fiscales, Chamlay fut, davantage que Vauban, un des grands inspirateurs occultes de la politique de Louis XIV.

  • La destinée de Françoise d'Aubigné, veuve Scarron puis marquise de Maintenon, évoque ces contes de fées où les bergères épousent des rois. Elle constitue sans doute l'exception la plus spectaculaire à la règle des barrières sociales ordinairement énoncée à propos de l'Ancien Régime. Son éducation, son premier mariage, son veuvage, sa rencontre avec Madame de Montespan, ses premiers contacts avec la cour, sa mission auprès des bâtards royaux, l'affaire des Poisons furent autant d'étapes sur le long chemin de l'incroyable ascension qui devait la rapprocher de Louis XIV. Madame de Maintenon est encore aujourd'hui victime d'une légende noire, qui fait d'elle une ambitieuse obsédée par la politique et dont l'esprit de domination aurait porté le roi à une dévotion extrême. En fait, c'est parce que Louis XIV cherchait à mettre de l'ordre dans sa vie affective et amoureuse qu'il épousa Madame de Maintenon. Cette dernière se garda bien d'intervenir dans le déroulement des affaires de l'État, où le roi ne la sollicitait d'ailleurs pas. Pour l'essentiel, ses préoccupations la portèrent vers les tâches d'éducation : après les enfants du roi et de Madame de Montespan, auxquels elle resta attachée toute sa vie, elle s'intéressa aux jeunes filles pauvres de la noblesse, pour lesquelles elle fonda le remarquable établissement de Saint-Cyr.

  • Par les postes qu'ils ont occupés, de l'Académie de France à Rome à la Commune des arts, de Bonaparte à Napoléon, de Louis XVIII à Louis-Philippe, comme à travers leurs réseaux d'amis, d'élèves et de relations, la biographie de Charles Percier (1764-1838) et de Pierre Fontaine (1762-1853) éclaire trois quarts de siècle riches en bouleversements. Les principaux historiens de l'architecture, de Louis Hautecoeur à Sigfried Giedion, s'accordent sur leur influence d'architectes, de professeur, de théoriciens et de « designers » sur la période contemporaine. Pourtant aucun travail de synthèse ne leur a jamais été consacré, à cause de la complexité et de la richesse de leur production, mais aussi de l'énigme d'une association moins fusionnelle qu'il n'y paraît. Ce livre relate les parcours entremêlés de deux amis, liés dès leurs années d'études et qui partagent le même tombeau, mais dont les caractères et les personnalités artistiques étaient pourtant aux antipodes. Il permet de mieux comprendre l'apport de chacun et la répartition des rôles, pour mettre en évidence la cohérence et les contradictions d'une oeuvre qui va de l'architecture au mobilier, du plan de ville au plus délicat ornement.

  • Louis XV, le roi de la « douceur de vivre », fut adulé, critiqué et surtout incompris. On le crut doux : il était brusque et silencieux. On le dit léger : il était inquiet et grave. On le figura en manteau de lys et en habit brodé, lui qui n'aimait rien tant que la chasse et la vie au grand air. Louis XV fut inconnu à ses propres peuples, un inconnu bien-aimé. Ce sportif timide à la voix rogue et au regard noir fut le souverain du plus grand royaume d'Europe pendant près de soixante ans. Héritier d'un régime ancien et complexe, il réforma sans bouleverser et préféra toujours le consensus à l'affrontement. Un monarque, même absolu, ne peut régner seul : Louis XV conserva ce principe qui allait contre son caractère, mais qui était la condition de l'ordre qu'il a recherché dans toute son action, un ordre de justice et de raison. Tous les jours de sa vie, Louis XV s'appliqua de son mieux à ce dur métier de roi qu'il n'avait pas choisi. À rebours des images que trois siècles d'incompréhension ont forgées, ce portrait historique veut rendre à Louis XV son visage authentique d'affection, de réserve, de dureté, de foi, d'intelligence et de secret.

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