Casa de Velázquez

  • Longtemps considéré comme une région périphérique en Méditerranée et dans l'Islam, le Maghreb médiéval est au contraire très tôt intégré dans des réseaux d'échanges, d'abord dans le cadre de la construction d'un espace islamique largement ouvert sur la mer, ensuite dans celui d'une Méditerranée dominée par les puissances latines européennes. Connecté à la fois à l'Orient, à l'Afrique subsaharienne et à la Méditerranée, le Maghreb islamique s'insère entre le viie et le xve siècle dans des connexions complexes qui donnent à ses ports un rôle croissant dans les échanges commerciaux, mais aussi plus largement dans la structuration de l'espace maghrébin et méditerranéen, à la fois comme pôles d'impulsion régionaux et interfaces entre des réseaux terrestres et maritimes. L'analyse des sources arabes et latines permet ainsi de montrer comment les acteurs politiques et économiques contribuent à faire évoluer ces réseaux commerciaux à différentes échelles, en premier lieu dans un espace centré sur les pays d'Islam, puis à partir du xie siècle dans une économie-monde en formation, connectant l'Afrique, l'Europe latine et l'Asie.

  • Esclavage, le mot est puissamment évocateur. S'imposent avec lui un espace, l'Atlantique ; une logique marchande, la traite ; un régime d'exploitation, la plantation ; un temps, la modernité ; une couleur, le noir. Lui adjoindre la Méditerranée éveillera sans doute une image seconde, celle des captifs de la course misérablement enchaînés dans les bagnes d'Alger, de Bougie ou de Tunis. Or, l'examiner depuis la Méditerranée et l'affirmer au pluriel, loin de sacrifier à un artifice rhétorique, situe l'ouvrage comme une interrogation de ces deux représentations singulières qui sont généralement confondues. Des rivages baltiques au Sahel, des steppes mongoles au Sahara, vers la mer Intérieure, se révèle un riche nuancier de pratiques de capture, de régimes légaux et de logiques économiques qui structurent les formes multiples et complexes de la privation de liberté : dette, course, piraterie et traites, comme autant de questions adressées à deux représentations de l'esclavage dont la prégnance même reflète ou l'ingénuité ou l'empreinte idéologique.

  • Nec plus ultra : « et pas au-delà ». Cette locution nourrie des mythes antiques entourant le détroit de Gibraltar est une création de Charles Quint, le conquérant du Nouveau Monde. Sa devise Plus oultre marquait son désir de dépasser la puissance romaine. Mais Rome a-t-elle toujours envisagé l'Extrême Occident méditerranéen comme un nec plus ultra, comme les confins immuables et indépassables de son empire ? Les espaces des colonnes d'Hercule, polarisés par Cadix et Tanger, ont moins représenté des bornes infranchissables pour les Romains que les montants d'un seuil, à la fois une protection de la mer Intérieure et une ouverture sur l'Océan. Cet Extrême Occident, ces Portes du Soir du mythe héracléen, ont donc été un enjeu crucial dans l'élaboration de l'Empire romain, des guerres puniques jusqu'à la Tétrarchie.

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