• «Il arrive qu'un instant sans durée concentre en lui-même la valeur d'un long intervalle et fasse tenir le maximum de ferveur dans le minimum de temps. Il arrive qu'une jouissance continuée et plus ou moins diluée se ramasse au foyer d'une joie-éclair. [...] Or qu'est-ce que la vie entière perdue dans l'océan de l'éternité, sinon « un grand instant » ? . Cet extrait de La Mort de Jankelevitch, dans un chapitre intitulé «La vie brève», circonscrit le point d'attention réunissant des poèmes remontant à des époques diverses (enfance et jeunesse, temps présent) mais pour tenter d'en restituer et déplier l'intensité particulière, seul trait qui les rassemble, et pourrait faire de la vie reparcourue par coups de sondes un grand instant.

    Olivier Barbarant, ancien élève de l'École normale supérieure de Saint-Cloud, agrégé de Lettres Modernes et docteur ès lettres à l'Université Paris-VII. Il vit à Saint-Quentin, dans l'Aisne. Il est nommé en 2012 inspecteur général de l'Éducation nationale dans le groupe Lettres2. Tous ses recueils (le dernier Elégies étranglées, 2013) sont publiés chez Champ Vallon. Il a dirigé le volume de la Pléiade consacré à l'oeuvre poétique de Louis Aragon.

  • Quand on vit près de la mer, dans le Dorset, écrit Llewelyn Powys, il est remarquable, à l'heure qui précède l'aube, d'écouter les goélands déchirer le majestueux silence des collines de leurs cris perçants sauvagement réitérés. C'est une musique qui oblige l'imagination à sortir des limites du monde contemporain et force l'esprit à se remémorer le long travail de la planète, un travail entamé à une époque inconcevablement éloignée de la nôtre et qui se poursuivra longtemps après que nous serons poussière. Préfaçant les Essais de son frère, John Cowper Powys avoue : « Il y a dans les essais de Llewelyn un courant souterrain constant semblable à un bruit d'ailes dans les airs, au bris des vagues dans l'eau, aux craquements d'un feu sur la lande, aux sifflements des herbes que l'on brûle dans le jardin, au son des cloches dans les beffrois (...) Le style de Llewelyn est celui de nos pensées quand un long rêve diurne nous enveloppe soudain merveilleusement, sur une lande, une terrasse, une balustrade, un coin de mer familier depuis l'enfance. » Traduit de l'anglais et préfacé par Patrick Reumaux. Illustrations de Bernard Duhem.

  • Gravitation

    Sandrine Davin

    « Dans le noir Des ombres passent Au-dessus de la tête. Les silences Meurent enfin. ... La tête tourne Dans tous les sens Il se fait tard, Les ombres passent... » Tout tourne autour de nous et tout va si vite... Des ombres aux personnes disparues, il n'y a qu'un pas. Le ciel n'est pas loin de nous tomber sur la tête... « Gravitation » en est l'exemple parfait !

  • Aujourd´hui est un jour comme un autre.
    Ou peut-être non, à cause de l´été précoce. Globalement, pas de raisons de se réjouir (petits malaises, grèves, guerres, massacres), mais le matin ressemble à l´enfance. Aux matins de l´enfance, je veux dire. Avec cette légèreté du ciel plus vif dans les arbres ou près du rouge des géraniums entrevus à une fenêtre d´un dernier étage. La fenêtre était ouverte. J´ai pensé que toute une histoire pourrait s´écrire à partir de cette seule fenêtre ouverte. Ce qui se passerait dedans, dans l´obscur de l´encadrement. Aucun drame. La vie, simplement, avec ses hauts et ses bas. Ce qu´on ne peut jamais dire...

    Voici comment Jacques Ancet présente Le silence des chiens, une seule phrase de 160 pages.
    Mais aucune prouesse, aucun passage en force : juste cette très souple tension entre la phrase et ce qu´elle nomme, parfois la phrase suscite le monde, parfois le monde appelle la phrase, parfois s´écartant à quelque distance, la voix apostrophant le narrateur ou s´occupant de quelque problème de compte, ou s´en allant basculer dans d´autres registres de l´oralité, la langue espagnole, les expressions usuelles du quotidien.
    Parce que c´est bien la voix, qui est centrale. On avance, on est entraîné, poussé, bien sûr parce qu´à chaque instant il y a récit, il y a histoire. Mais c´est la voix qui est l´événement, la dynamique, les renversements.
    Comment nommer la profusion du monde, et son hostilité comme sa tendresse ? Comment nommer non pas le bruit rêche des villes, et les haines ou les guerres (elles y sont aussi), mais ce lien bien plus exigeant à dire, qui est la parole comme on l´entend, des proches et de la mémoire, et cette façon qu´a le réel, pour se constituer tel, de venir jusqu´à vous se faire présence ?
    C´est un livre de Jacques Ancet.
    L´oeuvre de Jacques Ancet est le parcours d´une vie. Pour ceux de ma génération, on les découvrait en avant de nous, nous désignant non pas un chemin - le poète qu´il est s´en moque bien -, mais un possible. Ainsi, ce très grand texte qu´est L´Incessant. Ainsi, paru chez Ubacs en 1990, ce Silence des chiens.

    Entre les voix, les gestes, un blanc. Une césure où tout vacille. Comme passant de l´ombre à la lumière -- ou l´inverse. Tu vois sans voir : table, chaises, mouche, bouquet. Comme en négatif. Blanc sur noir ou l´inverse. Plus tu veux dire moins tu dis. Tu bafouilles. Le jour voyage. La douleur fait tache, parfois, sur l´herbe jaune. Le chat dresse l´oreille, se lèche, disparaît. Le vent souffle toujours. Ou tombe brusquement. Entre les deux, cet instant. Je ne le dis pas, j´y suis. Je n´y suis plus. Mais où ? Là, genoux contre le bois, main arrêtée, corps perdu -- perdu.

    C´est la rançon de la littérature exigeante : Jacques Ancet a mené droit sa barque d´auteur. On le connaît comme traducteur, de Saint-Jean de la Croix jusqu´à Jose Angel Valente, ou actuellement la reprise des poèmes de Borges, et tant d´autres.
    Il avait bien voulu nous confier, dès le début de l´aventure publie.net, ces Voix de la mer. La prochaine mise en ligne rassemblera un vaste ensemble de textes critiques, et ce sera - la voix, la voix - L´Amitié des voix.
    Dans cette lumière et cette rigueur, l´entreprise d´écriture n´a pas d´âge ni de temps. Elle est une prise nouvelle à chaque nouvelle lecture, pour quiconque s´y risque. Jacques Ancet appelle Obéissance au vent l´ensemble que constituent L´Incessant, La mémoire des visages et Le silence des chiens.
    C´est beaucoup plus que dire : voilà un texte important, assurons sa continuité, sa disponibilité. Ce que je voudrais, c´est qu´on interroge l´écriture même. La tension entre prose et poésie.
    La tension entre écriture et monde. La tension entre voix et silence. La tension entre narration et épiphanie. La notion de continu, qu´a si bien développée Jean-Paul Goux.
    C´est un texte pour maintenant. Aussi parce qu´il interroge le geste d´écrire dans ce que nos outils et supports d´aujourd´hui le rendent à la fois infiniment plus fragile, et infiniment plus proche peut-être, par ce découplage du temps, de ce sentiment de présence au

  • Jusqu´à ce que...

    J Y

    C´est un voyage : non dans l´espace, mais dans le temps et la mémoire d´un homme. Lui parlera, immobile, pour dire sa traversée d´hier, d´aujourd´hui, de demain. Il parlera jusqu´à l´essoufflement. Quand il cesse de parler, une femme est là comme en chaque moment de sa vie, pour dire ce moment, ou nommer ce qui a lieu. La femme en bleu, la femme en blanc, la femme en noir. Dans ce ballet des voix et des corps, cet homme seul au milieu de sa vie traversée par trois femmes, se donne à entendre le prix de cette traversée, dans le souffle d´une voix qui tente d´aller jusqu´au bout de lui, jusqu´à ce que...
    C´est le premier texte de théâtre de JY. Préface de Claude Régy.
    Directeur de collection et préparation éditoriale : Arnaud Maïsetti - L'auteur Confondu à la maternité avec un autre, JY. a grandi dans un « foyer » d´adoption auprès d´un père qui fit son coming out au moment de son adolescence et d´une mère qui opta pour des missions humanitaires à la même période. Heureux, livré à lui-même, il découvre la bibliothèque familiale : les ouvrages sur la chasse, les Tout l´Univers du bricolage, les dix leçons de la pêche à la petite cuillère, les recettes exotiques éditées par les fabricants de robots ménagers et La Pertinence de Sperber et Wilson. La double étagère ne suffisant plus, et le goût de la lecture développé, il fréquente alors les points Relay. Les têtes de gondoles l´ouvrent à une représentation du monde et, dans la foulée, il s´inscrit en linguistique. Il décroche un doctorat et sans faire de manière devient professeur à l´université, en études théâtrales.

    À 51 ans, il casse sa pipe. C´est là qu´il commence à fulminer contre lui-même et contre les autres. JY. reprend tout à zéro et découvre qu´il a un jumeau. Après Alcméon ou la solitude de la Raison qu´il offre à son ami Robert Misrahi, il écrit Jusqu´à ce que. Pièce qu´il adresse à Claude Régy qu´il connaît depuis plus de vingt ans. JY. choisit ses lecteurs à la différence des éditeurs. Il écrit aujourd´hui sous un pseudo. À sa mort, il souhaite être enterré à côté de D. Slakta et il aimerait l´épitaphe suivante « Il y a des incompatibilités ».

  • Figures nues

    Amin Erfani

    Figures Nues est un recueil de quatre brefs et denses monologues : Des Voix sourdes, Figures Nues, La Fabrique de poup é es, et Poup é e plastique sont autant de d é fis à l ´é criture th éâ trale, qu ´ ils traversent comme une mat é rialit é vive, plastique, tactile. Quatre monologues o ù l ´ adresse est une fa ç on de raconter des fa ç ons d ´ habiter le corps et de se d é faire de ses limites, quatre voix o ù la parole est une langue, celle qui frotte sur la peau s è che du monde.
    Directeur de collection et préparation éditoriale : Arnaud Maïsetti. Préface de Valère Novarina.
    - L'auteur Amin Erfani est écrivain, traducteur et professeur de lettres et langue française à New York.
    Ses écrits littéraires sont parus des deux côtés de l´Atlantique, chez Publie.net et Nerval.fr., ainsi que sur l´Unsaid Literary Magazine, qui lui a discerné le prix "Ivory-Billed Woodpecker Award for Fiction" faisant valoir l´émergence de nouvelles écritures expérimentales.
    Le texte Be Not Afraid of The Clown est à paraitre en juillet 2015 dans le journal Digging Through The Fat. Il a, entre autres, traduit en américain La Nuit juste avant les forêts, de Bernard-Marie Koltès ; L´Animal du temps et Une Langue maternelle incompréhensible de Valère Novarina, textes publiés et mis en scène en France et aux États-Unis.
    Il a reçu son doctorat en littérature française, spécialisations en théâtre, théories littéraires, et psychanalyse, à l´université d´Emory, Atlanta. Sa thèse portait sur les « écritures théâtrales » de Beckett, Koltès, Novarina et Derrida.

  • Elles s'appelaient Julie, Pépa, Laure, et bien sûr George Sand. Elles étaient françaises ou andalouses. Elles ont fait battre le coeur du poète, il les a immortalisées sous sa plume. Voici ici repris une quinzaine de poèmes de Musset, dédiés à des femmes. Souvent jugés trop légers par les pairs de l'artiste, ils témoignent pourtant d'une réelle volonté de comprendre l'autre, jusqu'à se fondre en lui - ou bien plutôt en elle.

  • Voix de l'écrivain ou voix de celui qui tente d'en rendre compte, il est clair qu'il s'agit là d'un sujet brûlant dont les enjeux se lisent en termes de vie et de mort. « [finding] a voice that is unmistakingly yours, [...] you saved your life and now you can die », dit à peu près Joseph Mc Elroy, et le caractère causal, mécaniste, et non imagé de cette formulation exempte de toute coquetterie rhétorique en trahit le lyrisme brutal.[...] Je voudrais parvenir à trouver les stigmates textuelles de cet obscur combat qui se joue entre l'homme et son destin dans l'émergence de la voix, combat que certains ont su théoriser dans des formules décisives qui se veulent (presque) non métaphoriques : Barthes (encore lui) : « La voix est toujours déjà morte et c'est par dénégation désespérée que nous l'appelons vivante ». Je pourrais ajouter à ces expressions réitérées d'une terreur ontologique, ce que dit Jacques Derrida commentant les préceptes du Théâtre de la cruauté d'Antonin Artaud : « Le mot est le cadavre de la parole psychique et il faut retrouver avec le langage de la vie elle-même, `la Parole d'avant les mots' ».

  • Ce recueil comporte onze nouvelles : pianissimo, la cabine, la conférence, etc. L'auteur y poursuit son interrogation sur le temps et le rêve commencée avec le roman « Chemin de halage » et le recueil de nouvelles « Rires inachevés ». Ces nouvelles peuvent être lues comme autant de petites histoires surréalistes.

    "Il venait de jouer l'ultime morceau du programme, un prélude de Chopin. Il baissa le couvercle du piano, se leva de son tabouret, salua le public avec grâce et courtoisie, et lorsque les applaudissements commencèrent à mollir, il disparut dans les coulisses et on ne le revit plus. C´était la dernière fois qu´il s'affichait dans une salle de concert."

  • Un

    Salome Assor

    Livre insaisissable, quelque part
    entre le monologue, le récit et la poésie, Un offre une parole lancée d'un seul souffle qui se débat contre cette condition si humaine qu'est la solitude. Avec une écriture bouleversante d'exactitude, Salomé Assor nous emmène au plus profond du mal-être pour en faire jaillir une beauté insoupçonnée.

    Avec ce roman qui rappelle l'univers de Samuel Beckett, Salomé Assor signe son premier livre.

  • Natif de Gascogne et bourgeois de Genève, médecin et chimiste, calviniste et paracelsien, conseiller d'Henri IV et ami de Du Bartas, Joseph Du Chesne, seigneur de La Violette (1544-1609) était aussi poète. Les cent «octonaires» sur la vanité du monde de La Morocosmie, suivis des stances des deux Chants Doriques, constituent un ­ensemble remarquable, représentatif de la poésie protestante, hélas jusqu'ici méconnu. La ­première édition critique du recueil de 1583, que donne Lucile Gibert, révèle un lyrisme raffiné, un ton polémique énergique et parfois animé par un souffle mystique. Elle contribue par ailleurs à la connaissance du paracelsisme, ce mouvement dont les ­principes ont durablement marqué l'inspiration de Du Chesne. Grâce à l'introduction et aux notes que lui consacre Lucile Gibert, La Morocosmie recouvre son ­contexte, notamment le milieu intellectuel genevois de la fin du XVIe siècle ; sa genèse, les influences qui la nourrissent et son originalité sont examinées ; enfin une place dans l'histoire des genres littéraires, et dans celle de la spiritualité réformée, lui est faite.

  • La chèvre noire

    Rannou-F

     C'est l'animal du sacrifice. Au point de départ, le roman familial, l'approche de la mère.  François Rannou compose son travail comme une suite, avec la liberté du jazz, mais une musique atonale, avec l'excès du cri, la rémanence des phrases orales, la violence qu'est toute enfance, et le décor du monde qui lui sert d'échappée, le rock contre l'eau de Javel.  Alors cette tension de la forme pour approcher plus près les corps, dans le fracs d'images minuscules qui sont celles de l'enfance. Poésie par le lyrisme, prose et roman par la déchirure, et la raçon dont reviennent les histoires, la voix d'auteur qui s'y mêle par l'audio, les prénoms, les guerres, les voyages, la façon dont peu à peu se dessine à même le texte sa prise d'écriture...  C'est cette violence et cette netteté des images qui resteraient à la fin, prises dans la scansion de la voix, et qui se feraient l'héritage commun. Reste cette figure en avant du texte, l'animal qu'on sacrifie, dit François Rannou, pour "faire remonter du vent aveugle la parole qui libère".
    FB ebookdesign et création graphique Roxane Lecomte pour Chapal&Panoz

  • Ces poésies au lyrisme prenant, plaisant et harmonieux, invitent au rêve, à l'évasion, un ailleurs attractif. Des mots bien choisis qui suggèrent images et sensations tout en finesse, évoquent et font partager les sentiments profonds de l'auteur, prennent à partie le lecteur en parlant à sa sensibilité, ajoutant au charme de la lecture. "Ascension fulgurante Et au bout du chemin Sur le toit du monde Rien ne nous atteint"

  • La Neuvaine d'un Peintre Raté... revisite des moments qui nous marquent à jamais, qui nous guident, ou nous détraquent, tout au long de notre vie. Par le biais et la souplesse de la fiction, ce recueil de nouvelles, cependant cousu d'éléments autobiographiques et de réflexions personnelles, taille le personnage à facettes que nous sommes devenu. Façonnée en imagerie tel un tableau lyrique, chaque histoire dévoile sa nature profondément humaine, met en avant toute sa miséricorde, ainsi que toute sa turpitude. Est-ce que l'humanité peut trouver l'apaisement ou serait-ce son destin de souffrir éternellement de ses passions et de ses idéaux ?

  • éperdument

    Abelia

    Alors ? C'est cela, une vie ? Se faire, se défaire, se refaire, jusqu'à l'extinction des forces ? Une vie faite de chaos, entre espoir avec, peut-être, l'approche d'un éventuel bonheur et désespoir avec son lot de questions, ses chagrins tellement puissants qu'ils poussent parfois jusqu'au rejet de la vie ? Une vie faite de rencontres inopportunes de deux êtres mal assortis, l'un superficiel et matérialiste, l'autre profond et idéaliste qui sortira laminé par les expériences, entre autres, amoureuses toujours rêvées, jamais achevées, pour finir « Le coeur aux arrêts » devant « La cheminée » qui « sue de haine et de froid » avec « Plus de feu Plus jamais » ? C'est mal connaître le poète qui s'autogénère en exsudant sa souffrance à travers des mots qui le sauvent, des mots qui font office de vaccin contre la déliquescence, tant corporelle que spirituelle, des mots que l'auteur sait admirablement bien trouver puisqu'ils provoquent, chez le lecteur, empathie et communion.

  • Exil

    Fernand Viegas

    «?L'arbre de la transmission a brûlé ! Mes yeux sont fixés dans le vide De la société de consommation. Des cadavres voyagent Dans un fleuve de sang. La sécheresse guette l'Homme La pensée égoïste pense ! Dans l'heure de l'adolescent La vie s'évanouit "L'amour" dit : pars ! Oh ! Enfant de l'Homme, ...

  • Les neuf muses, qui recueille des poèmes et proses, lyriquement et homériquement composés, est si l'on peut dire l'éveil de longues méditations, de plusieurs songes et réminiscences dont émanent des passions, des émotions, des compassions et des contemplations de la beauté terrestre et céleste, pour ainsi dire naturelle et surnaturelle, qui ont dû marquer la vie de l'auteur. Affirmons, pour ne pas remettre la lecture de ces vers et versets orphiques aux calendes grecques, que quand la poésie et la prose se situent à la voie lactée du classicisme et du modernisme, cela non seulement s'apprécie en « Tout beau tout nouveau » précédé d'un « Bravo ! » approbateur, mais en des études exhaustives du style plein d'esthétisme, de magnificence et de nuance, de métaphore et de symbole, qui émeuvent le lecteur.

  • Parenthèses éphémères de vie
    Les Eternels. Hors du temps, la réalité se cache, s'efface. Elle plisse sous la couverture du néant. Les mots surgissent dans l'abondance du coeur.
    Rêves et espoirs... Sagesse ou vérité... Les mots fleurent l'excellence du moment présent. Éternellement la palette du temps est une alliée ou un couperet. Elle offre des tons d'amour et de désespoir en camaïeu et en rouge opalescent. La nature est en feu et l'auteur ne dispose pour la peindre que de ses vers qu'il vous faut entendre au fond de votre âme comme autant d'étincelles sur la palissade des émotions.

  • « Face à l'amalgame de la vie, de l'amour et de la nature. Ces expressions poétiques éveillent l'espérance et une conscience de la vision de ce bas monde, transcrit sous des métaphores spirituelles, entre le jour et la nuit, le réel à l'irréel. S'exposant à la traversée du miroir, relevant de notre souveraineté providentielle un sens illustrant nos oeuvres lyriques remises en ouvrage sur une mystérieuse idée de la vie. » Les citations et les expressions lyriques en prose rassemblées dans le recueil de Farid Gherbi montrent une grande maîtrise de la langue et une sensibilité extrême. Grâce au processus d'écriture, le poète parvient à saisir la fugacité de l'instant et à combler le vide laissé par la disparition de l'être aimé. Il puise la source de son inspiration dans les aléas du sentiment amoureux et la beauté éphémère du monde. Avec effusion, l'homme esseulé chante les louanges de celle qu'il considère comme son âme soeur et sa muse. Il compose également une ode vibrante à la nature qui apaise sa peine en lui permettant de se ressourcer au rythme des quatre saisons.

  • La puissance fulgurante des Tragiques a longtemps éclipsé l'étrange beauté du Printemps. Maintenu sous le boisseau jusqu'au XIXe siècle, condamné depuis à des publications tronquées, le grand recueil profane d'Agrippa d'Aubigné a souffert d'une histoire éditoriale parcellaire autant que de la trop forte personnalité de son puîné. Pourtant, Le Printemps procède d'un épisode cardinal de la vie de l'auteur : sa brève histoire d'amour avec Diane Salviati (1571-1573) consacre son avènement poétique en lui donnant l'opportunité de prendre rang dans une tradition lyrique où il s'impose avec son style à rebours, entre rage et mignardise, fureur et ingéniosité, tragique et satire. Comme le Canzoniere de Pétrarque, Le Printemps accompagne la vie du poète, dont il enregistre les secousses et les changements : jusqu'à sa mort, il écrit, réécrit, complète et corrige ses pièces profanes qu'il envisage sur le tard de rassembler en recueil sans pouvoir mener à terme son projet.
    À partir des manuscrits conservés à Genève, la présente édition propose une hypothèse herméneutique, dûment étayée, qui permet d'embrasser la production amoureuse d'Agrippa d'Aubigné et d'apprécier son insolente variété. Conformément aux principes de la collection, elle met à la disposition du lecteur deux versions du texte : à droite, le poème restitué dans son orthographe d'origine et sans ponctuation ; à gauche, les vers modernisés et ponctués.

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