Robert Laffont

  • Somerset Maugham peut être considéré comme le plus français des grands écrivains anglais du XXe siècle. Il s'est illustré dans tous les genres littéraires et particulièrement dans des nouvelles qui, au dire de Patricia Highsmith, « semblent englober toute l'expérience humaine en l'espace de quelques pages. » Les Trois Grosses Dames d'Antibesest le premier de quatre recueils à paraître dans la collection « Pavillons poche » qui rassemblent les nouvelles de Somerset Maugham. On y découvre l'univers de l'auteur : l'Empire britannique, cet ailleurs colonial que l'auteur chérit et qui le fait rêver ; l'Espagne, un autre ailleurs parfois idéalisé ; et la France, où il a passé son enfance. Abordant dans un anticonformisme avoué ses thèmes de prédilection littéralement amoraux, ces courts récits mettent notamment en scène des fils de bonne famille qui se mettent à jouer et fréquenter des femmes, un repris de justice qui part dans le Pacifique, devient bigame et goûte enfin au bonheur... Autant de personnages dépeints avec ironie et tendresse.
    Les nouvelles, parfois cruelles, dénoncent avec un esprit décapant le monde étriqué de la bourgeoisie et de ses préoccupations, et l'univers désuet de l'aristocratie. Souvent drôle, plein de fantaisie et empreint d'une certaine nostalgie, ce volume est celui d'un monde en train de disparaître, celui de la jeunesse de l'auteur.

  • Comme son adaptation au cinéma sous le titre Chambre avec vue l'a montré, le charme qui se dégage de ce roman d'apprentissage amoureux, écrit par le grand écrivain britannique E. M. Forster (1879 - 1970), n'a rien perdu de son intensité au fil du temps. C'est que l'initiation à l'amour est un thème éternel, et lorsqu'il est traité avec l'humour et la fine psychologie de l'auteur de Route des Indes, il n'est pas près de passer de mode. C'est ainsi qu'entre un baiser volé parmi les cataractes de violettes sur les ravins de Fiesole, un autre baiser raté par un fiancé au pince-nez d'or et un troisième arraché par un amoureux passionné sur un sentier étroit, la jeune Lucy va se libérer du carcan victorien de son milieu pour devenir une héroïne qui fait rêver aujourd'hui encore, comme elle a enchanté et enthousiasmé ses lecteurs voici un siècle.

  • La Sourcen´est pas seulement l´histoire passionnante de la Terre Sainte et de son peuple, mais aussi une saga qui retrace le développement des civilisations occidentales et des grands concepts religieux et culturels qui ont façonné le monde.« Ceci est un roman. Le roi David et Abisag la Sulamite, Hérode le Grand, le général Petrone, Vespasien et Titus, Flavius Josèphe et Maïmonidès ont vécu. Acre, Zefat et Tibériade sont toujours debout en Galilée. Les descriptions que nous en donnons sont exactes : mais Makor (la source en hébreu), son site, son histoire et ses fouilles sont purement imaginaires » (note de l´auteur). En 1964, grâce au financement d´un multimillionnaire américain, quatre archéologues entreprennent des fouilles sur le site de Makor en Israël. Ils mettent au jour des vestiges témoignant d´une présence humaine millénaire sur cette terre. Ces chercheurs sont les héros contemporains du roman, qui en compte bien davantage. En effet, à chacune de leurs découvertes, Michener nous entraîne à la suite des générations d´hommes et des femmes de Makor, depuis la préhistoire jusqu´à la création de l´État d´Israël, en 1948. Makor, ou « la source » en hébreu. Les fouilles nous rapprochent toujours plus de cette source d´origine et chaque strate du site mise au jour amène l´évocation des temps forts de l´histoire d´Israël : la vie des premiers Hébreux, l´émergence d´un sens de Dieu et l´apparition du monothéisme, la conquête de Canaan, la lutte contre les envahisseurs au temps du roi David, l'occupation romaine, l´avènement du christianisme, les croisades, l'arrivée des Arabes, la fondation de l´État juif...

    James A. Michener a conçu cette saga titanesque d´après ses minutieuses recherches sur le terrain. De cette somme considérable de connaissances, il tire un récit vivant, extrêmement réaliste et précis. Servi par une écriture poignante et exaltante, La Source est un roman haletant qui retrace dans un doux vertige un pan fondateur de l´histoire mondiale.

  • Maddaddam

    Margaret Atwood

    Une peste créée par l'homme a ravagé la Terre. Les rares survivants forment une communauté avec une espèce inoffensive, fabriquée pour remplacer les humains, les Crakers. À sa tête, un couple au passé tumultueux, Toby, experte en champignons et abeilles, et Zeb, mangeur d'ours et fils d'un prêcheur maléfique. Dépositaire et garante de la mémoire, Toby transmet aux Crakers, curieux comme des enfants et avides de légendes, l'histoire des hommes. Au contact les uns des autres, humains et Crakers posent les fondements d'un nouveau monde...
    Avec une verve extraordinaire, une imagination et une inventivité d'écriture sans limites, un humour décapant, Margaret Atwood joue de la dystopie pour bâtir un conte d'un genre unique. Mêlant tout à la fois récit d'aventures et histoire d'amour, pamphlet politique et écologique, réflexion sur la science et la religion, la sexualité et le pouvoir, elle nous offre ici une oeuvre d'une grande maturité, un " roman total " qui conclut magnifiquement le cycle commencé avec Le Dernier Homme et Le Temple du déluge.

  • C'est dans ses innombrables et incessants déplacements que Graham Greene, voyageur, homme d'action et d'écriture, a puisé le matériau et l'atmosphère si souvent exotiques de ses romans. Dans Notre agent à La Havane (1958), Graham Greene plante son décor à Cuba juste avant la révolution castriste dont on peut voir la prémonition en filigrane dans son récit. Acuité du regard d'un ex-reporter et rédacteur au Times ! Quant à l'histoire, elle est ébouriffante : c'est celle d'un citoyen britannique ordinaire, marchand d'aspirateurs à La Havane, qu'un agent secret de l'Intelligence Service recrute sur sa seule bonne mine et son naïf patriotisme, pour lui confier la mission de créer un réseau d'espions imaginaires...
    Cette aventure tragique et burlesque à la fois, cruelle aussi dans son dénouement, inspira aussitôt à Carol Reed un classique du cinéma - occasion, pour Alec Guinness, d'un de ses inoubliables numéros d'acteur.

  • En tout cas, c´est le projet d´Éric, comptable, marié et père de deux enfants. Alors qu´il fête son anniversaire au pub, entouré de ses amis, il prend soudain conscience que le camping sera pour lui la façon idéale de passer quinze jours de vacances en famille et de ré-flé-chir. Mais c´est en vacances que les problèmes sérieux commencent.
    Éric y croyait pourtant tellement à ce ressourcement... Il n´avait rien laissé au hasard. Il avait même commencé à rédiger un journal où les considérations météorologiques côtoyaient de profondes réflexions philosophiques. Mais rien ne se passe comme prévu, du moins comme il l´aurait souhaité : sa femme est prise de pulsions sexuelles irrépressibles, sa fille traverse une crise de mysticisme et son fils décide de retourner à l´état de nature. Sans parler des autres vacanciers plus étranges les uns que les autres.


    Geoff Nicholson manie avec talent l´art de la satire et du burlesque. Dans cette comédie grinçante et cruelle, il jongle subtilement avec le second degré en un tourbillon de situations cocasses, et parfois surréalistes.

  • Portée par une prose électrique, cette grande fresque en 3D de la vie à Miami est un miroir de l´Amérique des années 2010, comme le fut pour les années 1990 le New York du Bûcher des vanités.
    Brillant, culotté, à l´humour corrosif : un Tom Wolfe très grand cru.« Une invasion armée, c´est une chose, évidemment. Mais Miami est la seule ville d´Amérique - et même du monde, à ma connaissance - où une population venue d´un pays étranger, dotée d´une langue et d´une culture étrangères, a immigré et établi sa domination en l´espace d´une génération à peine - par la voie des urnes. Je veux parler des Cubains de Miami. Dès que j´ai pris conscience de cette réalité, j´ai trépigné d´impatience : il fallait que j´y aille. C´est ainsi que j´ai passé deux ans et demi dans la mêlée, en plein coeur de l´immense foire d´empoigne qu´est Miami. Il faut le voir pour le croire ; ou bien (oserais-je le suggérer ?) le lire dans Bloody Miami. Dans ce livre - où il n´est pas question d´hémoglobine, mais de lignées -, Nestor, un policier cubain de vingt-six ans, se retrouve exilé par son propre peuple de la ville d´Hialeah, la véritable « Little Havana » de Miami, pour avoir sauvé de la noyade un misérable émigrant clandestin de La Havane ; Magdalena, sa ravissante petite amie de vingt-quatre ans, leur tourne le dos, à Hialeah et à lui, pour des horizons plus glamour en devenant la maîtresse d´abord d´un psychiatre, star des plateaux télé et spécialiste de l´addiction à la pornographie, puis d´un « oligarque » russe dont le plus grand titre de gloire est d´avoir donné son nom au Musée des beaux-arts de Miami (en lui vendant des faux pour soixante-dix millions de dollars...) ; un professeur haïtien risque la ruine pour que ses enfants mulâtres soient pris pour des Blancs ; un chef de la police noir décide qu´il en a assez de servir d´alibi à la politique raciale du maire cubain ; le rédacteur en chef WASP de l´unique quotidien anglophone encore publié à Miami, certes diplômé de Yale mais qui ne comprend rien aux contradictions intrinsèques et complètement cinglées de cette ville, meurt de peur de perdre sa place - et ses privilèges ; tandis que son jeune reporter vedette, également sorti de Yale - mais qui, lui, a tout compris -, s´échine (avec succès et avec l´aide de Nestor, notre jeune policier cubain) à traquer le scoop qui lui permettra de se faire une place à la hauteur de son ambition... et je n´évoque là que neuf des personnages de Bloody Miami, qui couvre tout le spectre social de cette mégapole multiethnique. J´espère qu´ils vous plairont. C´est un roman, mais je ne peux m´empêcher de me poser cette question : et si nous étions en train d´y contempler l´aurore de l´avenir de l´Amérique ? » Tom Wolfe

  • ««Depuis l´époque où, jeune recrue, il était entré dans la "Boîte", il y avait de cela plus de trente ans, Castle prenait son déjeuner dans un pub situé derrière Saint James´s Street, non loin du bureau. Si on lui avait demandé pourquoi, il eût répondu que c´était à cause de l´excellence des saucisses; peut-être aurait-il préféré à la Watney une autre marque de bière amère, mais la qualité des saucisses l´emportait sur la bière. Il était toujours prêt à rendre compte de ses actes, même les plus innocents; il était toujours aussi d´une grande ponctualité.»Une fuite est découverte dans un sous-département des services secrets britanniques, entraînant une opération de contrôle. Dans l´atmosphère lourde de suspicion qui en découle, les personnages sortent peu à peu de l´ombre... Graham Greene retourne ici à ce monde des services secrets qu´il a bien connu et pour lequel il a certainement gardé une fascination ironique. Mais l´espionnage et ses péripéties sont aussi le moyen d´illustrer de façon aiguë et parfois tragique que la rigidité obtuse des raisons d´État est souvent trop oublieuse du facteur humain...

  • Après Les Trois Grosses Dames d'Antibes, on retrouve avec bonheur dans ces vingt-quatre histoires très différentes les unes des autres l´univers singulier de Somerset Maugham.
    Écriture, fragilité du pouvoir, tragédie de l´existence, haine des conventions sont quelques-uns des thèmes qui baignent ces nouvelles, et que Maugham décline dans un style à la fois incisif et empreint d´une grande tendresse. L'Angleterre, bien sûr, l'Europe, mais surtout les voyages et les colonies ont la part belle dans ce recueil, et sont évoqués au travers de portraits au scalpel de ceux qui ont fait le choix des îles.
    On découvre ou redécouvre au fil de ces histoires la morale immoraliste de l´auteur, pour qui les mariages légitimes sont souvent boiteux, tandis que les couples socialement mal assemblés sont parfaitement heureux. Ainsi cette nouvelle où une veuve vieillissante épouse, au grand dam de son milieu, un jeune homme de vingt-sept ans son cadet, et qui lui brisera le coeur quand elle décidera de divorcer : ce texte comme tant d'autres est ancré dans un anticonformisme radical, que Maugham affiche comme sien avec insolence et légéreté.
    Souvent drôles, pleines de fantaisie et empreintes d´une certaine nostalgie, ces nouvelles parlent aussi de ce monde ancien qui est celui de Maugham, et qui est sur le point de basculer et de disparaître.

  • Élevé par sa grand-mère à la suite de tragédies familiales multiples, Grady Tripp grandit dans la fascination de son voisin, Albert Vetch, auteur de romans d´épouvante et inspirateur de sa future vocation.
    Devenu adulte et professeur de lettres à l´université de Pittsburg, Grady travaille, ou plutôt se débat depuis près d´une décennie avec son nouveau roman, un manuscrit proche de l´absurde et bourré d´inutiles digressions de plus de deux mille pages, intitulé Des garçons épatants. La vie de Grady est aussi peu linéaire que son roman. Tout juste quitté par sa femme, il vient d´apprendre que sa maîtresse Sara, la présidente de son université, la femme de son supérieur hiérarchique, est enceinte de lui. Et comme si cela ne suffisait pas, Grady se convainc qu´il est passionnément amoureux d´une de ses étudiantes, la jeune Hannah...
    Autour de Grady gravitent deux autres personnages principaux : Terry Grabtree, flamboyant et cynique explorateur de diverses drogues et autres plaisirs, qui vient de se faire virer de son poste d´éditeur, et James Leer, un des plus fervents disciples de Grady, jeune homme anxieux et fragile, mythomane avéré et atteint d´une attirance morbide pour les suicides de stars hollywoodiennes.
    Ces trois paumés magnifiques, pour ne pas dire ces trois garçons épatants, nous embarquent dans une aventure aussi noire qu´hilarante, une comédie rocambolesque, émouvante et cynique, qui a révélé Michael Chabon comme l´un des auteurs les plus talentueux de sa génération.

  • Après les deux premiers volumes des nouvelles qui ont permis de redécouvrir la plume cinglante du plus français des grands écrivains anglais du XXe siècle, ce troisième volet est l'occasion de retrouver l'univers anticonformiste et cosmopolite de Maugham.
    D'abord paru sous une forme romanesque, Mr. Ashenden, agent secret se déploie, une fois n'est pas coutume, autour d'un même thème, le contre-espionnage, et d'un même personnage, Mr. Ashenden, inspiré de la propre expérience de Maugham dans les services secrets anglais pendant la Première Guerre mondiale. Somptueusement écrites, riches de descriptions et de poésie, ces nouvelles nous emmènent d'un pays à l'autre de l'Europe en guerre, et brosse les portraits corrosifs et drôles des personnages qu'Ashenden croise au gré de ses aventures, et qui se révèlent être tous espions - ou presque.
    Sans rien ignorer des lois du genre, Maugham évite soigneusement les pièges du pittoresque de convention et joue, ironique et mordant avec les codes et méthodes de l'Intelligence Service, marquant la naissance du roman d'espionnage moderne, et assumant la paternité de célèbres espions à venir, au nombre desquels James Bond et son humour so british.

  • " Je crois que je n'ai jamais rien écrit de mieux ", a dit Graham Greene à propos de ses nouvelles.
    Pour la première fois, les voici réunies intégralement en deux volumes.
    Si Graham Greene a été acclamé pour ses romans, il fut un nouvelliste tout aussi virtuose. Ses nouvelles, écrites entre 1929 et 1990, ont été publiées dans divers recueils - " Un certain sens du réel ", " Pouvez-vous nous prêter votre mari ? ", " Seize nouvelles " - et à la suite de certains de ses romans, mais n'avaient jamais été réunies en une seule édition. La collection " Pavillons Poche " les rassemble donc pour la première fois en deux volumes et les présente dans l'ordre chronologique. Cette édition compte également les nouvelles inédites parues dans la collection " Bouquins " en 2011 dans La Chaise vide et autres récits inédits.
    Dans ces quelque cinquante-deux textes, pareils à des instantanés photographiques collectés dans un album, Greene offre un tableau cynique et réaliste de la société qui l'entoure. Les sentiments humains y sont disséqués et décrits avec un humour féroce et parfois nostalgique. Trahison, obsession, ardeur, fantastique, rêve, peur, pitié, violence, déchéance... tels sont les nombreux thèmes abordés.
    Dans " L'homme qui vola la tour Eiffel ", qui donne son titre au second recueil (le premier, Mr Lever court sa chance, a paru en avril 2013 dans la même collection), Greene montre la superficialité des hommes et leur indifférence à l'égard de ce qui les entoure : un homme, passionné par la tour Eiffel, la vole durant quelques jours pour l'emmener faire un tour à la campagne. Or, personne ne remarque l'absence du monument.

  • Les trente nouvelles qui composent ce recueil, écrites par Somerset Maugham avant la Seconde Guerre mondiale, ont pour cadre la Malaisie, à l´époque de l´Empire colonial anglais. Une fois de plus, Maugham fait la part belle aux voyages et aux colonies et dépeint, au travers de portraits au scalpel, ceux qui ont fait le choix des îles, ces « Européens, [ces] fonctionnaires, planteurs, commerçants qui passaient en Malaisie leurs années actives ». L´auteur prend toujours le soin d´affubler ces personnages ordinaires d´un trait psychologique qui va bouleverser leur vie, d´inclure à son histoire un événement fortuit qui va irrémédiablement changer le cours des choses. Ainsi, les passions peuvent éclater et faire des ravages... On croise alors le chemin de ces quatre Hollandais, ces marins qui parcourent les mers du Pacifique et dont l´amitié à toute épreuve fait l´admiration de tous, jusqu´à l´arrivée d´une jeune Malaise à bord de leur navire... Ici et dans les nouvelles qui suivent, Somerset Maugham se fait l´analyste impitoyable de tous les secrets que peuvent receler le coeur humain.

  • Le château du village de Bellingford, au coeur de la campagne anglaise, vient d´être vendu. Ses mystérieux acquéreurs sont deux messieurs de la ville, sans lien de parenté... De quoi exciter la curiosité des habitants de cette bourgade sans histoires. Lorsqu´ils réalisent que Richard, riche producteur de théâtre de soixante-dix ans, et Bless, son jeune amant, ont choisi cet écrin de verdure pour vivre leur histoire d´amour, ils sont tous embarqués dans un tourbillon de situations inattendues et cocasses. Selon certains habitants hostiles à tout ce qui sort de l´ordinaire, comme le général Jerrold, les nouveaux occupants du château ont des moeurs « contre nature » et côtoient des personnages étranges et pour le moins extravagants. Un vent de folie souffle alors sur le village jusqu´alors tranquille, et les malentendus, quiproquos et situations absurdes se succèdent à une allure vertigineuse. C´est sur le mode de l´humour joyeux et bon enfant que William Corlett choisit de raconter la confrontation entre deux univers que tout oppose. Mais ce roman drôle et vaudevillesque est aussi bourré de tendresse. Les différences s´estompent peu à peu, et parfois même les masques tombent...

  • En 1947, sur les conseils de sa tante Patience, une redoutable vieille fille, Margaret Durrell l'aventurière ouvre une pension de famille prétendument BCBG à Bornemouth, ville respectable du bord de mer britannique. Un divorce, deux enfants àélever, la menace d'un désastre financier : c'est assez pour tenter l'aventure, malgré les sarcasmes de ses frères. Au seuil de cette maisonnée, les péripéties et les quiproquos des locataires vont succéder aux aventures hilarantes : calme et bonnes manières ne seront plus qu'illusion. Ce portrait d'une fine équipe est un condensé d'humour anglais : le peintre Edward et son modèle, le beau Gordon, une schizophrène, les infirmières Blanche et Judy, deux musiciens de jazz, un bigame basané, une femme battue et son fils obèse. Sous le regard narquois des voisins, la pension de famille de Margo tourne à la ménagerie humaine. S'ajoutent à ce joyeux désordre les visites de Gérald, son frère, qui ramène une troupe de singes et un énorme python. Elle ne se laissera pas démonter pour si peu... et s'embarque même dans une histoire d'amour clandestine avec un joueur de trombone.

  • " Voilà une lecture qui réchauffe le coeur. " USA Today " Grisham pourrait bien être le plus grand romancier américain contemporain. " The Philadelphia Inquirer Paul Tracey vit paisiblement à Santa Fe avec sa femme et leurs trois filles. Jusqu'au jour où il apprend que son père, Warren, avec lequel il a rompu tout lien, est atteint d'un cancer incurable. À la fin des années 60, Warren Tracey, joueur de base-ball professionnel, a connu sa brève heure de gloire dans la célèbre équipe des Mets de New-York. Arrogant et sournois, il a tristement marqué les annales du base-ball en visant à la tête un fabuleux joueur en pleine ascension, " Calico " Joe, lors d'un match crucial de 1973. Après des mois d'hospitalisation consécutifs à une attaque cérébrale, Joe s'est retrouvé handicapé et aveugle d'un oeil. Sa carrière s'est brisée net, alors qu'il était sur le point de devenir le Di Maggio de sa génération. Âgé de onze ans, Paul, dont Joe était l'idole, a été témoin du lancer déloyal de son père. Depuis ce jour, il ne lui a plus inspiré que du dégoût. Père absent et époux infidèle, Warren a divorcé de sa femme puis s'est remarié plusieurs fois et a médiocrement fini sa carrière. Paul s'est éloigné de lui, au point de ne plus le voir que tous les dix ans. La mort annoncée de ce père détestable le pousse soudain à assouvir un besoin de réparation qui l'habite depuis plus de trois décennies. Joe vit désormais à Calico, sa ville natale, en Arkansas. Sans savoir ce qu'est devenu ce malheureux, Paul rêve que Warren lui rend visite pour lui demander pardon. Mais comment s'y prendre pour qu'une fois, au moins, avant de disparaître, son père reconnaisse un de ses torts et tente de se racheter ? Paul projette alors de lui soumettre un marché en forme de chantage...

  • Dans l´Espagne postfranquiste, le père Quichotte se lie d´amitié avec Zancas, le maire communiste de sa ville, qu´il appelle affectueusement Sancho. Le supérieur du prêtre, un évêque dépité par la mort de Franco et par la transition politique qui a suivi, voit cette amitié d´un très mauvais oeil. Aussi, lorsque Quichotte est nommé« Monsignore » par le Pape, l´évêque saute sur l´occasion et l´envoie en congé dans le but de le remplacer par un prêtre affiliéà l'Opus Dei. Au même moment, le maire perd les élections et décide de quitter le village. Le prêtre catholique et le maire communiste, devenus des compagnons de voyage pour le moins saugrenus, s´embarquent ensemble sur les routes d´Espagne. Leur parcours initiatique est un long dialogue sur la foi et la politique, traversé par les doutes et l´incertitude des deux personnages sur leurs idéologies respectives. Munis de caisses de vin et de bon fromage, les deux hommes vivent des aventures rocambolesques et souvent hilarantes. Graham Greene signe un roman savoureux, plein de rebondissements, dont le ton léger sert au mieux le sujet philosophique plus grave qui reste le fil rouge de l´histoire.

  • La mer

    John Banville

    Peu de temps après la mort de sa femme Anna, Max revient dans le village où enfant, il a passé l´été qui a façonné sa vie.
    Ce retour dans la petite station balnéaire de Ballyless, c´est une retraite contre le chagrin, la colère et la douleur de la vie sans Anna.
    Mais c´est aussi un retour sur les lieux où, cinquante ans plus tôt, Max rencontra la famille Grace : cette riche famille bourgeoise qui, cet été-là, avait loué la villa des Cèdres qui subjuguait le garçon pauvre qu´il était alors ; cette riche famille bourgeoise dont il se rapprocha et avec laquelle il expérimenta, pour la première fois, l´étrange soudaineté de l´amour et de la mort mêlés...
    /> Constance, la mère séductrice ; Carlo, le père autocrate ; Rose, la gouvernante ; et puis les mystérieux jumeaux, Chloé et Myles, le garçon muet... Chacun d´eux est l´un des acteurs des souvenirs d´enfance de Max. Et tandis qu´il revient, parce qu´il a perdu son dernier amour, sur les traces du premier (Chloé), ces souvenirs remontent à vif, à peine supportables. Car cet été-là s´est terminé sur une tragédie...
    Entremêlés à l´histoire de cet été dont il va peu à peu comprendre, un demi-siècle après ce qui s´y est passé, l´influence déterminante qu´il a eu sur son existence d´homme, il y a ses souvenirs de sa femme, de leur vie ensemble, de sa maladie et de la longue année de souffrance qui a fini par l´emporter. Il y a aussi les liens de sa vie présente : avec sa fille Claire, âgée de vingt ans, qui s´inquiète pour lui ; avec les autres locataires des Cèdres qui ont eux aussi leurs secrets.
    De même que le mouvement de la mer sans cesse se renouvelle, ce flux et ce reflux de souvenirs mêlés au présent du narrateur ouvrent chez le lecteur des échos infinis... Magistralement composé et écrit, La Mer est un roman d´une beauté envoûtante, mélancolique et sensuelle, sur l´amour, la perte et le pouvoir de la mémoire.

  • Pinkie Brown, redoutable petite frappe de dix-sept ans, tourmenté, sexuellement inhibé et déjà mégalomane, veut venger le meurtre de Kite, son chef de gang et, par la même occasion, s'imposer comme leader.
    Fred Hale, journaliste auDaily Messenger, soupçonné par Pinkie d'avoir assassiné Kite, séduit Ida Arnold dans un bar pour ne pas se retrouver seul face au dangereux gangster. Alors qu'elle s'éloigne de lui un court instant, il disparaît. Lorsque la police découvre le cadavre de Fred Hale et conclut à une crise cardiaque, Ida, mondaine épanouie et pleine d'humanité, craint qu'il y ait anguille sous roche et décide de mener son enquête.
    À cause de la maladresse d'un de ses complices, Pinkie a peur d'être dénoncé par Rose, jeune serveuse malheureuse et sans grâce. Celle-ci tombe facilement sous le charme envoûtant de l'odieux assassin qui l'épouse pour qu'elle ne puisse jamais témoigner contre lui.
    C'est une course contre la montre qui a commencé pour Ida dont le seul but sera de rétablir la vérité et de stopper les agissements meurtriers de Pinkie.

    Rocher de Brightoncommence comme un polar au charme désuet mais se transforme vite en un roman plus ambitieux et ambigu sur le Bien et le Mal.

  • « Ce livre merveilleux m´a tenue éveillée jusqu´au petit matin, moi qui jamais ne me couche après 10 heures du soir. » Carson McCullersCassandra et Judith Edwards, deux soeurs jumelles identiques physiquement mais aux caractères très opposés, s´apprêtent à vivre une journée charnière dans leur relation fusionnelle : le jour du mariage de Judith. Après une année désespérante de solitude, Cassandra, étudiante de Berkeley brillante mais névrosée, revient auprès de sa famille pour cet événement qui la plonge dans une angoisse profonde. En voiture vers le ranch familial au pied des Sierras, elle pense à tous les subterfuges qu´elle pourrait mettre en oeuvre pour saboter le mariage.

    Le roman de Dorothy Baker suit un cours d´événements inattendus dans lequel son héroïne principale apparaît intrigante, égoïste et désespérée mais aussi très attachante. Tout au long du récit, Cassandra explore sans faux-semblants les sentiments complexes qu´elle éprouve à l´égard de sa soeur, les relations qu´elle entretient avec son père, professeur de philosophie alcoolique à la retraite, et ses propres souvenirs, hantés par le fantôme de sa mère, disparue trop tôt.

    Publié pour la première fois en 1962, Cassandra au mariage est un roman universel et intemporel qui maîtrise parfaitement les errances du coeur et de l´esprit.

  • Du général Custer à Sitting Bull, du mont Rushmore au pont de Brooklyn, le grand roman de l'Amérique de Dan Simmons.
    Indien lakota, Paha Sapa alias " Collines noires " possède un don remarquable : il lui suffit de toucher un être humain pour pénétrer sa conscience et lire dans son passé comme dans son avenir. C'est en 1876, lors de la bataille de Little Big Horn, qui oppose une coalition de tribus indiennes aux tuniques bleues du général Custer, que le jeune Indien alors âgé de onze ans découvre ses pouvoirs visionnaires et divinatoires. Entré fugitivement en contact avec Custer, Collines noires est aussitôt envahi par les pensées du chef de guerre américain, tombé au champ d'honneur. Il va devoir désormais cohabiter avec cet esprit étranger qui loge en lui.
    Les Collines noires (en anglais, Black Hills), c'est également le nom que les Blancs ont donné au territoire sacré des Indiens, dans le Dakota du Sud. Un lieu où, dans les années 1930, ils ont décidé d'édifier une oeuvre monumentale à la gloire des Pères fondateurs de la nation américaine : les quatre célèbres statues sculptées sur le mont Rushmore, au coeur même de ce sanctuaire. C'est là que, devenu vieux, Collines noires travaille en tant que dynamiteur - caressant le rêve fou de réduire un jour en poussière ces symboles infamants de la suprématie autoproclamée de l'Homme blanc.
    Figure emblématique de la science-fiction, Dan Simmons se mue, avec Collines noires, en historiographe. À l'instar de son héros Collines noires, dont il narre le destin prodigieux - depuis son enfance au côté de Sitting Bull et Crazy Horse jusqu'à la fin de sa vie au mont Rushmore, en passant par ses années au sein de la troupe de Buffalo Bill, la rencontre de l'amour lors de l'Exposition universelle de Chicago de 1893 ou ses souvenirs de la construction du pont de Brooklyn -, Simmons nous invite à pénétrer la psyché des Amérindiens. Il en tire un plaidoyer vibrant en faveur d'une civilisation à la richesse incomparable, impitoyablement ruinée par le cours de l'Histoire.

  • Recueil de sept nouvelles,Chroniques de Ford Countyest sans nul doute le livre le plus personnel et le plus littéraire de Grisham. Toutes les histoires se déroulent dans ce comté du Mississippi où se tenait déjà l'intrigue de son premier roman,Non coupable. Dans cette peinture réaliste du sud des Etats-Unis et de ses petites villes enclavées, le cadre offre, bien plus qu´un décor, un climat, un fil conducteur, presque un personnage à part entière.
    Grisham donne ici un aperçu de la vie ordinaire, et moins ordinaire, des petites gens. Il ouvre le recueil avec un récit à l´humour noir féroce, « Collecte sanglante », dans lequel trois hommes partis en virée pour faire un don de sang à un ami hospitalisé s´arrêtent dans un club de strip-tease et finissent en prison, puis termine sur une note beaucoup plus touchante avec l´histoire d´un « Drôle de garçon », un homosexuel blanc atteint du sida et soigné jusqu´à sa mort par une vieille femme noire.
    Entre les deux, Grisham s'arrête sur les parcours chaotiques de plusieurs citoyens, confrontés chacun à leur façon à la tentation de l´illégal : un avocat frustré qui détourne les dommages-intérêts, un arnaqueur qui se prétend en partie amérindien pour ouvrir un casino, un surveillant dans une maison de retraite qui manipule les patients et le personnel... Tantôt captivantes, tantôt émouvantes, ces histoires décrivent les bribes de vie d'une certaine souche de la société américaine. Elles démontrent, s'il en était encore besoin, le talent de conteur de John Grisham.

  • Rick Dockery, quarterback pour les Cleveland Browns, s´est fait virer de son équipe après avoir en un minimum de temps accumulé un maximum de fautes catastrophiques. Plus personne, aux États-Unis, ne veut de lui mais il n´imagine pas d´abandonner le football, qui est toute sa vie. Il supplie Arnie, son agent, de lui trouver une place, n´importe où... La première surprise de Rick est de découvrir qu´il existe une ligue de football américain en Italie, la deuxième est que l´improbable équipe des Panthers de Parme rêve d´un quarterback américain. Les autres surprises vont s´enchaîner sur un rythme d´enfer.
    Efficace et généreux, La Revanche est, autant qu´un livre de sport, une réjouissante comédie burlesque avec d´un côté un Américain sympathique et naïf qui ne sait rien de l´Europe et encore moins de l´Italie ; et de l´autre des Italiens fous de vins, de cuisine, d´amour et de football. Quand Grisham utilise sa virtuosité pour parler de ce qu´il aime, cela donne un livre léger et savoureux, aussi savoureux que le culatello parmesan - dont il décrit complaisamment la recette. Bâti tout en portraits rapides, dialogues frénétiques et actions fulgurantes, La Revanche a tout pour devenir un scénario de film-culte.

  • Indonésie, 1964 : « l´année de tous les dangers ». La vie d´Adam, un jeune Indonésien de 16 ans, bascule le jour où son père adoptif, Karl, peintre d´origine hollandaise, est enlevé par les hommes du président Sukarno. Adam, déjà hanté par le souvenir de son frère Johan, dont il a été séparéà l´orphelinat, quitte alors son île idyllique et se rend à Jakarta pour retrouver celui qu´il considère comme son vrai père. Il est aidé dans sa quête par une universitaire américaine, Margaret, le grand amour de jeunesse de Karl, qui, à l´instar de ce dernier, se sent aussi chez elle dans ce pays, que Sukarno veut pourtant purger par le feu et le sang de toutes traces du passé colonial.

    L´auteur nous emmène dans les rues de Jakarta de plus en plus gagné par le chaos, en compagnie de personnages hantés par cette question lancinante, « Où est ma maison ? ». Passé et présent s´entremêlent dans ce roman, épique lorsqu´il retrace l´histoire de l´Indonésie, et intime lorsqu´il révèle avec sensibilité le passé des protagonistes. Si La Carte du monde invisible est un grand roman de la littérature postcoloniale, les thèmes qu´il aborde - l´identité, la mémoire - sont universels.

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