• « Que fait la parole ? » se demandent les auteurs de ce dossier de Voix et Images. Ce dernier aborde la parole dans l'écrit, au sens d'une « pratique littéraire qui insuffle rythme et corps au texte et, de ce fait, module et infléchit son discours ». Il vise autre chose que la transposition de la langue parlée, et s'attache plutôt à des oeuvres et des pratiques d'écriture où l'acte de parole et ses effets sont reconnus comme centraux, voire fondateurs. Lisez l'entretien avec Mathieu Arsenault et Hervé Bouchard, puis Anne Élaine Cliche sur Victor Lévy-Beaulieu, Jacques Ferron et Gilbert La Rocque; Louis-Daniel Godin sur la fonction de la parole dans Mailloux d'Hervé Bouchard; Laurance Ouellet Tremblay sur le scénario commenté de La bête lumineuse de Pierre Perreault; Lucie Robert sur La peau d'Élisa de Carole Fréchette; et Catherine Cyr sur les pièces Yukonstyle de Sarah Berthiaume et Nacre C de Dominick Parenteau-Lebeuf.

  • Si l'entre-deux-guerres constitue le point de bascule de la littérature canadienne-française dans la modernité, cela s'explique en partie par la présence de plus en plus marquée des femmes dans la vie littéraire. Dans les années 1930, nombreuses sont celles qui publient des romans, souvent au grand dam de la critique de l'époque. Bouleversant les conventions sociales et littéraires, leurs oeuvres évoquent l'amour et la désillusion, mais également la sensualité, la folie et la nostalgie ; autant d'échos perceptibles des inquiétudes et des espoirs qui parcourent la décennie de la Crise au Québec. C'est à ces écrivaines aujourd'hui tombées dans l'oubli que ce livre est notamment consacré : Jovette-Alice Bernier, Éva Senécal et Michelle Le Normand.

    L'auteur, conciliant avec enthousiasme et érudition l'approche sociologique avec la poétique des textes, analyse finement les stratégies d'écriture de ces romancières qui ont ouvert durablement la voie aux femmes dans la littérature et dans la société canadiennes-françaises. Ce faisant, il éclaire d'un jour nouveau une époque que Fernand Dumont a justement qualifiée de « première Révolution tranquille ».

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