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  • Plus que l'histoire du salut de l'humanité, c'est l'histoire d'un homme qui est donnée ici à lire. Ou plutôt sa mort. Celle de Jésus de Nazareth, que l'auteur se refuse à confondre avec le Messie, et dont il étudie, analyse et dissèque les faits et gestes en s'appuyant sur la lecture de l'évangile de Luc, ses connaissances en linguistique et des écrits de la Grèce antique. Ou, pour mieux dire, en reprenant les termes de l'auteur : « Jésus de Nazareth est-il réductible à Jésus Christ ? » Refusant l'exégèse dont il n'est pas spécialiste, André Sauge, préoccupé de l'humain plus que du divin comme il se plaît à le souligner, fait appel à des outils originaux (la linguistique et l'étude des textes grecs anciens) pour éclairer d'un jour nouveau la figure de Jésus de Nazareth : spécialistes du sujet, historiens en herbe ou simples curieux, tous devraient trouver dans cette étude pointue et fouillée matière à réflexion.

  • Dans cet ouvrage en deux parties, André Sauge reprend, dans un premier temps et de manière succincte, l'argumentation et les conclusions des recherches menées dans « Jésus de Nazareth contre Jésus-Christ » à partir de l'étude des textes du christianisme primitif, et propose à sa suite, pour poursuivre la réflexion, la traduction en français des « Actes et Paroles de Jésus de Nazareth », faite sur un texte grec à l'établissement duquel l'auteur a lui-même procédé. Sous forme d'essai et de somme, André Sauge, à l'issue d'une confrontation des textes du Nouveau Testament avec les documents les plus anciens du christianisme, à l'appui d'analyses empruntant à la linguistique du texte l'essentiel de ses outils, propose ici les résultats d'une enquête qui lui a permis, d'une part, de reconstituer les origines du christianisme, d'autre part de libérer la parole d'un homme que la Parole de Dieu, en fin de compte, n'a pas réussi à étouffer.

  • « Il ne peut s'empêcher de se mettre en colère contre les servantes prêtes à tout, qui grouillent aux alentours des casernes. Une sorte d'exutoire. Le soleil levant doit le trouver pur de toute volonté de révolte. Punaises, cafards, mille-pattes, cloportes, scorpions, les baptise-t-il. À leur image, une autre vermine, attirée par le sang, a dû envahir les plaies de son dos. Les démangeaisons l'obsèdent. Bientôt, il faudra qu'il se gratte. Elles resteraient supportables s'il n'y avait pas les mouches. Des milliers de mouches. Par expérience, il les différencie grâce à la fréquence des vibrations discontinues de leurs ailes. Leurs pattes fourmillent sur ses lèvres, autour de sa bouche, dans ses oreilles, explorant chaque recoin humide de son corps. Les plus intrépides viennent en bande sucer ses larmes, jusque dans les yeux, malgré l'acharnement nerveux des paupières. Il n'en peut plus. Au bord de la crise de nerfs, il lève la tête, et, les mains attachées dans le dos, essaie de les chasser de son visage avant de devenir fou. » Dans une ville du Sud, construite sur deux collines, un condamné à mort marche lentement vers le lieu de son exécution. Tout au long du chemin qu'il doit parcourir, sa mère, les femmes qui l'ont suivi depuis sa province natale, quelques compagnons de route, les soldats, leurs officiers, le gouverneur, sa femme, les représentants du pouvoir religieux, les leaders du commerce local comme la foule massée sur les trottoirs, vivent, avec lui, chacun de ses pas... Le héros ne dit pas son nom, toute précision est inutile : Gilbert Dausse réussit pourtant le tour de force à nous faire vivre ou revivre ces instants que chacun connaît. Un parti pris audacieux, où, sans lieux ni noms, le récit, d'une force de chaque instant, parvient à toucher l'universel : quoi de plus réussi pour évoquer celui qu'on dit mort par amour pour nous ?

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