• Buczacz est une petite ville de Galicie (aujourd'hui en Ukraine). Pendant plus de 400 ans, des communautés diverses y ont vécu plus ou moins ensemble ; jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale, qui a vu la disparition de toute sa population juive. En se concentrant sur ce seul lieu, étudié depuis l'avant-Première Guerre mondiale, Omer Bartov reconstitue une évolution polarisée par l'avènement des nationalismes polonais et ukrainien, et la lutte entre les deux communautés, tandis que l'antisémitisme s'accroît. À partir d'archives récoltées pendant plus de 20 ans, d'une documentation considérable, de journaux intimes, de rapports politiques, milliers d'archives rarement analysées jusqu'à aujourd'hui, il retrace le chemin précis qui a mené à la Shoah.
    Il renouvelle en profondeur notre regard sur les ressorts sociaux et intimes de la destruction des Juifs d'Europe.
    Omer Bartov est professeur d'histoire européenne à Brown University (États-Unis). Il est l'auteur de plusieurs livres importants, dont un seul, jusque-là, a été traduit en français (L'Armée d'Hitler, Hachette, 1999). Anatomie d'un génocide a été célébré par Jan Gross, Tom Segev, Christopher Browning, Saul Friedlander, Philip Sands...

  • Génial et enfantin, lucide et menteur, attachant et insupportable,
    tel est l'éblouissant portrait que brosse Soma
    Morgenstern de son ami Joseph Roth. Une amitié commencée
    à Vienne en 1913, et qui s'achèvera dans un petit hôtel de la
    rue de Tournon, à Paris, un malheureux jour de printemps 1939.
    Émaillé de mille anecdotes sur l'écrivain et sur la vie culturelle
    de l'entre-deux-guerres, à Berlin, Vienne et Paris, ce document
    exceptionnel se dévore comme un roman.

  • « Quelque chose d'immense et d'insaisissable va bientôt prendre une inspiration, s'étirer doucement et se réveiller. »
    Felix Austria se déroule à Stanislaviv, l'actuelle Ivano-Frankivsk, autour de 1900. Nous sommes dans l'une des capitales culturelles de la Galicie, province de l'Empire d'Autriche-Hongrie. La vie de cette paisible ville des confins est vue à travers les yeux d'une jeune femme engagée comme cuisinière dans une famille aisée. Le récit explore les destins entrecroisés de Stefania et Adèle, la domestique et sa maîtresse, empêtrées dans une relation fusionnelle qui tournera mal.
    Dans sa transition vers la modernité, si bien décrite par Musil ou Stefan Zweig, ce monde s'avère à la fois hermétique et incroyablement divers, un brassage d'ethnies, de langues et de religions. À Stanislaviv, les habitants mènent leurs petites affaires : ils éprouvent des amours non partagées, dissimulent leurs secrets dans des armoires, se passionnent pour les sciences ou des spectacles de magie, s'amusent dans les bals et les carnavals. Cependant, malgré sa prospérité et sa stabilité apparentes, cette société porte les ferments de sa propre dissolution.
    Pour Sofia Andrukhovych, le mythe de la Felix Austria (« Autriche heureuse ») évoque un monde disparu, une société tolérante, prospère et multiculturelle. Une plongée dans l'Europe centrale d'avant 1914 - où l'on pressent les bouleversements du siècle à venir.
    Née en 1982 à Ivano-Frankivsk, Sofia Andrukhovych, auteur de plusieurs essais et romans, est la fille de l'écrivain Yuri Andrukhovych (publié aux Éditions Noir sur Blanc). Journaliste, traductrice du polonais et de l'anglais, Sofia Andrukhovych a été récompensée par de nombreux prix littéraires, dont le « Livre de l'année de la BBC 2014 » pour Felix Austria et le prix Conrad 2015 pour l'ensemble de son oeuvre. Felix Austria est son premier livre traduit en français.

  • LA GALICIE, territoire annexé par la monarchie autrichienne à la faveur des partages de la Pologne (de 1772 à 1795), fut à la fois une terre de conflits (répression du mouvement national polonais dans la première moitié du XIXe siècle, tensions entre Polonais et Ruthènes ou Ukrainiens à l'époque de l'Empire libéral, antisémitisme, problèmes sociaux liés à la légendaire misère galicienne...) et un microcosme pacifié et « civilisé » par la politique habsbourgeoise. Le « mythe habsbourgeois » de la coexistence harmonieuse des peuples, des langues et des confessions, dont le romancier Joseph Roth donnera rétrospectivement une des versions les plus nostalgiques, a transfiguré la réalité historique. La civilisation multiculturelle de la Galicie a été détruite par les deux guerres mondiales, par la shoah, puis par le stalinisme, mais ce territoire aujourd'hui partagé entre la Pologne et l'Ukraine est un lieu de mémoire toujours vivant et fascinant de l'Europe centrale.

  • Au dela du boug

    Szuba Annie

    Le destin de Karolina
    Karolina a seize ans lorsque ses parents disparaissent dans le naufrage du Titanic.
    Orpheline, elle accepte de répondre à l'invitation d'un parent qui vit en Galicie, province lointaine de l'empire austro-hongrois. Elle découvre alors le pays de ses ancêtres et rencontre son mari, fervent défenseur de la renaissancede la Pologne.
    Lorsqu'éclate la première guerre mondiale, sa vie bascule et la paix revenue, elle doit quitter ce pays tant aimé, ravagé par la guerre. Elle croise alors la route d'un aventurier américain, qui la conduit en France. Mais les souvenirs et son amour pour la Galicie sont plus forts et la conduisent à nouveau au delà du Boug, où elle poursuit son destin.
    Le sens de l'histoire et la force de la romance. Voilà ce que nous offre Annie Szuba dans son nouveau roman, fiction historique qui raconte avec la renaissance de la Pologne, la fin de l'empire austro-hongrois et la révolution russe.

  • L'histoire de cet homme est à la fois simple et terrible. Il n'a eu que deux périodes dans sa vie, mais deux périodes de misère. Soldat de l'empire, dans les plus terribles guerres, il ne s'est pas amusé à être un héros ; mais, en revanche, il a été prisonnier deux fois : la première fois, sur les pontons espagnols, dans l'île de Cabréra ; la seconde fois, en Russie, pendant la mémorable campagne de 1812. Ainsi, encore tout brûlé sous le sable, il a été enseveli sous la glace. Le récit de cet homme est le plus atroce et le plus intéressant cauchemar qui se puisse entendre ; il n'y a pas de romancier qui se soit élevé à la hauteur de tant de misère. Pendant tout le cours du récit, le soleil et la glace, la soif brûlante, la faim qui dévore, les coups de sabre et les coups de bâton, la cohabitation forcée avec des cadavres, les haillons et les membres gelés, l'hôpital pour tout repos, la captivité pour toute consolation, un morceau de cheval cru pour tout repas, la mort pour tout espoir, le spectacle d'une armée entière, et qu'elle armée ! ensevelie sous le sable et sous la glace, voilà ce livre ». Initialement publié en 1833, voici une nouvelle édition, entièrement recomposée de la suite des aventures quasi inconcevable de ce coriace marin de la Garde Impériale qui finira pourtant quasi centenaire !
    Henri Ducor (1789-1877) s'engage comme marin dès 1801, est fait prisonnier à Cadix en 1808, déporté à Cabrera en 1809, il s'évade en 1811 ; il entre alors dans le corps des marins de la Garde Impériale et fait la campagne de Russie de 1812. Prisonnier des Russes, puis des Autrichiens, il ne sera libéré qu'en 1814, reprendra encore les armes en 1815 jusqu'à la bataille de Waterloo.

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