• Hôtel du canal

    Francis Pornon

    Dans les tourments de la guerre, la résistance est aussi celle des coeurs.








    Elle glissa à son oreille :


    - Vous êtes probablement repéré. Je dois vous intercepter. Nous sommes un couple, en route pour Toulouse...


    Calmement, il cueillit son visage entre ses mains et piqua un bécot sur ses lèvres. Puis, comme se ravisant, il plongea longuement ses yeux noirs dans le gris bleu de ceux de Rosette. Alors, il pencha la tête et lui donna un long baiser. Elle voulut recevoir la caresse froidement, les lèvres closes. Mais l´eau de toilette musquée, la tendresse de l´étreinte et surtout le manque d´amour, eurent raison de sa réserve. Elle se surprit à ouvrir la bouche à une langue chaude et humide. Le baiser dura.







    Francis Pornon narre avec élégance et sensibilité une brève idylle de deux inconnus au cours de la 2eme guerre. Dans la tourmente et l´angoisse, la pulsion de vie se révèle la plus forte quand la chair exige de vivre malgré tout.

  • Merlinette

    Francis Pornon

    Brève d´amour pour une fille d´Algérie combattant aux côtés des soldats de la liberté.



    DERRIERE LES JALOUSIES qui empêchaient de voir, on entendait parfois l´Algérie bruissant des carrioles et des ânes, des appels à la prière ou des sonneries de clairon, des disputes au marché. Angèle, une copine aussi seule dans la vie que moi, avait adouci ma dernière année de recluse en venant me rendre visite dans ma chambre avec des cigarettes. J´étais une fille sérieuse, mais avec elle j´avais découvert que de tendres caresses peuvent apaiser le mal de vivre en rendant les nuits moins sombres.


    L´écriture de Francis Pornon est toujours chargée des souvenirs d´outre-Méditerranée, c´est consubstantiel à son oeuvre. Avec délicatesse il nous livre une brève d´amour d´une engagée volontaire au sein de la troupe des vainqueurs du nazisme. Evocateur et délicat.

  • Akli

    Francis Pornon



    Les guerres ne finissent jamais vraiment. A preuve, les plaies de la guerre d'Algérie sont encore ouvertes...

    Un jeune s'est approché de moi. Akli, d'origine algérienne, pas du tout le genre loulou de banlieue, avocat de formation, conseiller au cabinet du procureur au tribunal pénal international à La Haye. J'écoutais d'abord d'une oreille distraite. Les jeunes mecs, tout dans la tchatche et rien ailleurs ! Il faisait étouffant. On sortit sur le balcon. En bas, la ville couvait, obscure vers la zone de l'usine explosée, poudrée de lucioles et d'étoiles sur les coteaux. Le vent avait tourné à l'ouest d'une caresse frigide pas nette. Je refermai mon blouson sur mon décolleté. L'air d'un regret, il laissa perdre ses yeux au loin. Des yeux vert agate.

    Francis Pornon, puisant dans son vécu la matière de ses nombreux romans, expose comment les séquelles de la guerre, entre vengeance et amour, conduisent parfois à renoncer à ses principes.

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