P.O.L

  • Le fait d'être humain ne procède pas uniquement de nous-mêmes, comme le fait d'être d'une culture, d'une histoire ne procède pas d'un seul autre, ou d'un seul semblable, mais de l'ensemble des autres, de tous les semblables, et plus loin encore de l'autre à venir, du dissemblable, de l'étranger, de l'autre culture, de l'autre histoire.

    Où et comment se pose la question de l'honneur à cet instant ? N'est-ce pas à cette pliure que fait courir à l'espèce le mépris, l'incompréhension, le refus de l'autre ?

    Aujourd'hui nous devons faire face. Et savoir d'instinct, savoir sans le comprendre que la seule force, la seule valeur, la seule dignité, c'est de ne pas comprendre si comprendre nous fait renoncer à l'amour de l'autre. Voilà ce qui fonde, voilà ce qui fait la légitimité non seulement d'une existence mais de toute communauté.

  • Il y a bien eu, dans le refus d'un culte des images en Europe latine, la construction d'un dogme des images portant prescription de leur usage conforme à leur pouvoir d'évocation du passé (un art de mémoire), aux manipulations de figures dans la machinerie des rêves. La théologie et les philosophies en ont fait l'instrument approché de toute connaissance conçue comme la lecture d'un tableau, possible parce que nous en participons par notre nature. Que signifient les formules de la création : l'homme a été fait comme une image - l'homme a été créé selon le mode des images - Dieu a créé l'homme à son image, ou encore, il l'a fabriqué par une image ?

  • Le Motif dans le tapis de James, Citizen Kane de Welles, Vertigo d'Hitchcock, Blow up d'Antonioni, et d'autres encore : tous les films, tous les romans étudiés ici reposent sur une énigme qu'ils n'élucident pas tout à fait. Ils résistent aux questions qu'on leur pose. Pourquoi aime-t-on croire que la vérité réside dans des objets d'art - modestes (un jouet, un tapis), ou prestigieux (tableaux, dessins, photographies prêtés à des artistes fictifs) ? Qu'est-ce qui, au juste, leur confère la valeur d'objets d'art ? Est-ce le secret qu'ils sont supposés recéler, et exhiber, et qu'ils gardent pourtant ? Reflètent-ils une autre vérité ? Celle des oeuvres qui les contiennent ? Montrent-ils, en suspendant indéfiniment la révélation du sens, que seul compte le plaisir de sa quête ?

    À défaut de réponses, ce parcours permet de découvrir des correspondances. Toutes ces oeuvres sont des enquêtes dont l'objet est une vérité qui se cache, et parfois se révèle dans une image ; leur sujet est leur inachèvement. Cet essai est une enquête dont l'objet est une vérité qui se cache, et parfois se révèle dans une image ; son sujet est son inachèvement.

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