Presses de l´Université Saint-Louis

  • L'épreuve qui sous-tend la tragédie spécifique a notre temps est celle que les philosophes nomment la « séparation ». Cette épreuve marque, entre autres choses, l'arrachement de l'agir humain aux sources où celui-ci puise, de manière participative, son pouvoir de création. Elle est aujourd'hui à l'origine de l'impuissance de cet agir, face aux défis éthiques et historiques, à faire « oeuvre » de l'existence, c'est-à-dire à convertir la profondeur de sa béance en une profondeur habitée. L'art - qui est le paradigme de tout agir à l'oeuvre - annonce cette inéluctable « perte de fond », en dit la souffrance, et tente de l'assumer en une ultime reprise. La pensée, de même, a pour tâche, non pas seulement de faire de la séparation une nécessité, mais d'en opérer la genèse et de tracer la voie de son dépassement critique. L'auteur se propose, â travers l'interprétation de grands textes philosophiques, centrés sur la problématique de l'imagination, de renouveler la compréhension de l'enracinement fondamental de l'agir et des modalités de son ontologie.

  • On s'accordait naguère pour reconnaître à la radio et à la télévision trois missions : dans l'ordre, éduquer, informer et distraire. Qu'en était-il en réalité ? La fonction éducatrice a-t-elle un jour été effectivement la première ? Il est permis d'en douter. Aujourd'hui, il semble acquis que la radio et, davantage encore la télévision, c'est du divertissement avant tout. En soi, il n'y a pas lieu de s'en offusquer. Mais cela ne justifie pas pour autant que l'on cesse de s'interroger sur le rôle de la culture dans l'audiovisuel. S'il n'est pas douteux que le débat sur le contenu culturel des émissions est d'abord idéologique et politique, il ne faudrait pas ignorer qu'il comprend aussi des données juridiques. Quelles sont les règles de droit interne et européen qui sont censées déterminer la place de la culture à la radio et à la télévision ? Quelles véritables contraintes ces règles imposent-elles aux pouvoirs publics et aux différents organismes de télévision ? C'est à l'examen critique et interdisciplinaire de ces questions que le présent ouvrage est consacré. Dans une première partie, le livre offre un éclairage sur le concept de culture à l'aide des points de vue philosophique et sociologique. Les analyses juridiques rassemblées dans la seconde partie s'efforcent d'identifier les normes applicables et les balises qui pourraient conduire à une politique de préférence ou d'exception culturelle. Enfin, la troisième partie qui reprend les prises de position de divers acteurs de la vie politique et culturelle élargit le débat, tout en le resituant dans le contexte de la communauté française. En dernière instance, le présent ouvrage pourrait contribuer à la recherche d'une ou de plusieurs définitions normatives de la culture que le droit pourrait reprendre utilement à son compte.

  • Qu'est-ce que la psychologie ? D'où proviennent ses insurmontables ambiguïtés ? Comment évaluer ses apparents succès ? Comment rendre compte des suspicions qu'elle soulève ? La critique épistémologique, confirmée par la critique de la généalogie des sciences humaines et par la critique psychanalytique, permet d'apercevoir que cette psychologie moderne occupe une place à la fois symptomatique et fonctionnelle dans notre culture. Les savoirs psychologiques sont inconcevables hors de leurs relations, souvent méconnues avec les productions de l'art, les pratiques juridiques et politiques, les développements de la médecine. Ce livre tente de reformuler ces questions à partir d'une série d'interrogations issues de la pratique de l'enseignement d'une « psychologie » à l'usage de non-psychologues et de la pratique de la psychanalyse. Le fil conducteur de l'ensemble de ces essais, issu de l'expérience de la psychanalyse, est une mise à l'épreuve de ces savoirs dits « psy », au regard d'une visée éthique fondée sur l'ouverture que la reconnaissance de l'inconscient exige de maintenir dans tout savoir, y compris celui de la psychanalyse.

  • Le présent ouvrage étudie la genèse, la formulation et l'application du principe de pluralisme idéologique et philosophique dans le droit public belge de la culture. Ce principe est lié à celui de l'autonomie culturelle. En effet, si les Communautés française et flamande de Belgique ont reçu, dès 1970, le pouvoir de légiférer dans les matières culturelles, la Constitution a limité aussitôt leur autonomie en les obligeant à respecter quelques règles communes destinées à garantir précisément le pluralisme. Ces règles sont explicitées dans la loi du 16 juillet 1973 (dite du pacte culturel) garantissant la protection des tendances idéologiques et philosophiques. Avant de fournir une analyse approfondie de cette loi qui est très contestée aujourd'hui, l'auteur montre que le pluralisme idéologique et le lien qui l'unit à l'autonomie culturelle gagnent à être compris à la lumière de l'histoire. En effet, les premières manifestations juridiques des deux principes remontent au début du siècle, tandis que leurs racines socio-politiques conduisent au coeur du XIXe. L'étude est ainsi divisée en deux parties. La première (volume I) explore les rétroactes. Chemin faisant, elle retrace l'histoire des premières politiques culturelles et des règles de droit public qui les régissent entre 1830 et 1970. La deuxième partie (volume II) couvre la période contemporaine entre 1970 et 1993. Elle est centrée sur la loi du pacte culturel. Elle articule une analyse juridique avec, d'une part, une sociologie de l'élaboration et de l'application de la loi et, d'autre part, une réflexion éthique sur le pluralisme et le fédéralisme tels qu'ils sont conçus en Belgique. L'auteur montre ainsi que l'ensemble du processus d'élaboration et d'application du principe de pluralisme est un exemple particulièrement révélateur, un véritable paradigme, de la « raison juridique » qui sous-tend les aspects les plus originaux - les plus convaincants comme les plus critiquables - du système constitutionnel belge. La méthode mise en oeuvre pour démontrer cette thèse est résolument interdisciplinaire. Elle s'appuie en particulier sur un concept que l'auteur construit et dont il prouve la fécondité : la « para-légalité ». L'ouvrage mérite de retenir l'attention des publicistes, des théoriciens du droit, des sociologues, des historiens, et aussi des professionnels de la culture, des associations socio-culturelles, des administrations culturelles et des partis politiques.

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