Presses Universitaires du Septentrion

  • Quoi de plus banal que l'acte de manger... et pourtant, que l'on soit d'ici ou d'ailleurs, l'acte de manger est un acte hautement culturel, symbolique et social parce qu'il présuppose, avant même que la nourriture soit consommée, un véritable travail de mise en culture alimentaire, c'est-à-dire un travail matériel, social et culturel par lequel la communauté des hommes désigne ce qui est bon ou non à manger, les modalités par lesquelles ces biens nourriciers doivent être fabriqués, comment ils doivent être consommés (quand, où, avec qui) et pour quelles raisons (sanitaires, ludiques, politiques ou religieuses). Et, en la matière, n'en doutons point : l'Homo sapiens a inventé et continue d'inventer des formes variées de se nourrir qui sont autant de grammaires du manger nous permettant de comprendre combien manger est avant tout une manière de faire société. Cet ouvrage nous invite ainsi à un voyage dans la diversité des manières de manger, autrement dit dans la diversité des façons de faire société, ici et ailleurs, hier et aujourd'hui, entre jeunes et moins jeunes, seul, en famille ou entre pairs. Pour ce faire, il est construit en trois temps, de la terre à la table en passant par l'assiette, au prisme de trois grands thèmes qui intéressent les sciences sociales : l'innovation alimentaire, les goûts (et les dégoûts) et la commensalité.

  • La figure de l'artiste tiraillé entre la création et les contingences d'un travail alimentaire n'épuise pas la réalité de la pluriactivité dans les mondes de l'art et de la culture. Aujourd'hui, vivre de son art implique souvent de vivre aussi grâce à l'art, en tant qu'enseignant, administrateur, technicien, animateur d'atelier, médiateur ou critique, voire comme chercheur en sciences sociales. Mais quel est le sens et la portée de cette diversification ? En quoi est-elle un régulateur des marchés du travail artistique ? Revêt-elle les mêmes formes d'une discipline artistique à l'autre ? Y a-t-il complémentarité ou concurrence entre les activités que les professionnels tentent de mener de front ? Voici quelques unes des questions auxquelles les contributions de cet ouvrage collectif, fruit d'un séminaire organisé par le Centre d'études de l'emploi entre 2003 et 2006, tentent de répondre. Que ce soit dans la musique, la danse, le théâtre ou les arts plastiques, les compétences créatrices se révèlent insuffisantes pour l'exercice d'un métier artistique. Depuis vingt ans, les artistes investissent massivement la formation, la médiation et le travail social, ces champs du « travail sur autrui » où la concurrence est rude. Désormais, l'enjeu est sans doute dans la définition des nouveaux faisceaux de tâches qui constituent les métiers d'artistes et dans leur reconnaissance par les acteurs sociaux.

  • La banlieue est un thème permanent de débat avec les polémiques qui se succèdent depuis plus de trente ans à propos de l'action à y mener. C'est cette action concrète auprès des populations, notamment à partir des dispositifs de la politique de la ville, engageant des services publics et des associations, des professionnels et des bénévoles, qui est mise en question ici. Les interventions opérées par des acteurs du secteur culturel, du logement social ou du travail social sont analysées sur un double registre : celui de la conception, alors que chacun est incité à travailler en relation avec les autres intervenants qui agissent dans d'autres domaines que le sien, mais dans les mêmes lieux, ou auprès des mêmes populations ; celui de l'assurance ou de l'autorité suffisante pour agir, notamment avec des publics considérés difficiles, lorsqu'il faut expérimenter et donc faire avec une part plus ou moins grande d'incertitude. L'action publique est ainsi mise en question par l'analyse des interventions, des ajustements organisationnels qui les accompagnent et des ressources propres aux intervenants. L'action garde l'empreinte des procédures à partir desquelles elle naît, mais l'engagement personnel et les capacités de chacun à recycler des expériences ou des familiarités en compétences prennent une plus grande place. Chacun se voit plus ou moins contraint de puiser dans ses ressources personnelles pour agir et pour certains, la connaissance familière des populations ou du quartier deviennent des atouts. Pour d'autres, c'est leur sens stratégique notamment pour gérer la relation avec les plus jeunes qui se révèle être une ressource indispensable.

  • À la fin de 1941, à Nice, Aragon rencontre Matisse dans des circonstances qui conduiront à une collaboration suivie où chacun des deux artistes trouve son compte. Henri Matisse, roman, publié en 1971, est l'ultime et flamboyant témoignage de ces échanges. Prodigieux assemblages de textes écrits sur trente ans, le livre d'Aragon est à la fois un témoignage non-fictionnel sur un peintre - entre biographie, autobiographie et critique d'art -, une composition "romanesque" qui mélange les genres littéraires (poème, articles, essais, rêveries sur Matisse) et l'expérience matérielle d'un livre de luxe richement illustré qui définit son propre espace visuel. La présente étude se propose de poser les fondements d'une poétique de la composition qui va bien au-delà de la pratique éditoriale du recueil. Cet espace livresque sans grand équivalent dans l'histoire de la littérature interroge en profondeur les frontières de la représentation dans l'exhibition permanente des éléments de la présentation. La relation critique du peintre et du poète, du visible et du lisible conduit à une interrogation en acte sur les modalités de l'écriture - sujet, temps, espace - et de la lecture. L'analyse proposée tente de rendre sensibles les coordonnées d'une expérience de la création littéraire confrontée à son alter ego, et celles d'une expérience à la fois du pouvoir et de la fragilité des critères d'identification de l'objet littéraire : sujet et objet, fictionnel et référentiel, récit et discours. Lire Henri Matisse, roman, c'est éprouver en même temps l'éclatement de l'écrit dans son contact avec l'inassimilable, et la persistance, au delà des ruptures, d'un discours inspiré. Le livre rassemble les décombres d'un grand édifice national et les transforme en chantier d'une oeuvre littéraire désormais impossible.

  • Que se joue-t-il dans l'espace psychique de l'échange entre soignant et patient, qui ouvre à la création ? Quelles formes différentes les oeuvres qui en sont issues peuvent-elles prendre ? Quelles significations leur donner ? Ce livre interroge les frontières entre art et thérapie au travers d'une réflexion globale, mobilisant différentes disciplines : littérature, histoire et histoire de l'art, psychologie et arts plastiques. Cet espace de questionnement est ouvert par la rencontre entre Henry Bauchau, écrivain et thérapeute, et Lionel, patient et artiste. La relation qui les unit qui se déplaça, au cours des années, du champ thérapeutique à l'espace artistique : encouragé par Henry Bauchau, Lionel a commencé à dessiner, peindre et sculpter, tandis que l'écrivain mûrissait lentement le roman L'Enfant bleu. La notion de rencontre conduit à repenser l'art-thérapie, ainsi que le concept d'art brut. Comme l'oeuvre de Lionel se révèle inclassable, échappant aux catégories communément admises que sont l'art naïf, l'art brut, l'art académique ou l'art contemporain, les parcours entrecroisés de Lionel et de Bauchau bouleversent les frontières entre les genres et les pratiques. Ils révèlent l'essentielle richesse de la rencontre thérapeutique et ouvrent une réflexion sur d'autres histoires, d'autres époques, d'autres artistes, d'autres oeuvres et d'autres méthodes. De la création littéraire au travail collectif en atelier en passant par le travail analytique, du xixe au xxie siècle, de la France à la Suède, on explorera donc différentes modalités d'échanges et de confrontations dans ces pratiques de création.

  • Il n'existait pas jusqu'à présent d'ouvrage de synthèse portant sur les regroupements et les collaborations entre artistes au cours de la période allant de la Renaissance au milieu du xxe siècle. Ce livre comble cette lacune et invente ainsi un nouvel objet, qui met en perspective les pratiques coopératives et collaboratives des artistes d'hier et d'aujourd'hui et étudie diverses formes de sociabilité élaborées avant les actuels duos ou collectifs d'artistes : ateliers de production et de reproduction, académies et contre-académies, confréries, villages et colonies, sociétés d'artistes, coopératives, communautés, clubs, écoles, mouvements. Il fait également apparaître les gestes et les activités qui opèrent au coeur de certaines oeuvres collaboratives (le don, le jeu ou la fête) et montre comment nombre des artistes concernés ont conçu de nouvelles modalités du travail à plusieurs qui trouvent des échos dans les récents appels au travail collaboratif. OEuvrer à plusieurs, en effet, dans le champ de l'art et en dehors, interroge notre temps, questionne les relations entre individu et groupe, entre petite et grande société, et suggère plusieurs modèles - fusionnel, économique et coopératif, politique et critique, expérimental - pour définir les relations entre les membres de ces regroupements. Situé entre histoire de l'art, histoire culturelle et anthropologie, critique à l'égard d'une histoire qui privilégie le devenir autonome de l'art, le présent ouvrage tente d'ouvrir une réflexion sur les pratiques collaboratives contemporaines et sur leurs postulats souvent demeurés implicites.

  • Le journal quotidien L'Action française ne se contenta pas, de 1908 à 1944, de véhiculer les positions traditionalistes, nationalistes et monarchistes de Maurras ; mais, ses pages hebdomadaires intitulées "La vie littéraire" ainsi que d'autres articles rendaient compte de la littérature. Une doxa s'est imposée, selon laquelle cette critique serait éclectique et ferait fi des thèses conservatrices ou extrémistes du journal. Or, Maurras, Léon Daudet, Brasillach, Maulnier et leurs confrères, dans leur panorama de la littérature française, placent le xviie siècle sur un piédestal et considèrent les siècles suivants comme des degrés vers une décadence progressive. Leurs critères d'appréciation relèvent de l'idéologie et de la politique : nationalisme intégral et souvent xénophobe, défense des valeurs traditionnelles, haine de la République. Sauf en de rares exceptions (chez Daudet et Maulnier), ils passent à côté des grands noms de la modernité littéraire. Or, cette critique (étudiée dans cet ouvrage de 1931 à 1944), anachronique à nos yeux, refléta l'esprit de son époque et elle agit sur lui ; elle se trouva, par exemple, en synchronie avec la présentation de la littérature dans les manuels scolaires, et ce d'une manière durable.

  • L'ouvrage fait le point théorique sur la prise en compte des différents contextes socioculturels auxquels sont soumis l'enseignement et l'apprentissage du français. Après une approche épistémologique ou historique permettant de cerner la définition du socioculturel, l'ouvrage interroge le rôle que jouent les contextes socioculturels sur la construction des contenus d'enseignement et leur influence sur les pratiques de classe. Les contributeurs sont des spécialistes reconnus dans plusieurs champs de la recherche sur l'enseignement et l'apprentissage, dont la didactique du français. Cela fait de l'ouvrage une référence sur la question.

empty