Les Belles Lettres éditions

  • L'autodafé symbolique a commencé. La nuit tombe sur l'esprit. Une fournaise barbare s'élève dans le pâle horizon de la culture. Le papier brûle. Les livres brûlent. Nos livres. Nos bibliothèques, emportées par la Vague numérique. Sur leurs ruines, on construit des « troisièmes lieux », des « hyperlieux », des « learning centers », des « bibliothèques 2.0 ». On ne jure que par la « dématérialisation ». Tout doit être immolé d'urgence à l'Écran Total ; et tant pis si la civilisation de l'imprimé s'effondre, tant pis si les lecteurs sont consumés par la flamme innovante. Le Progrès n'est pas nostalgique. On oubliera. On peut tout oublier. Qui regrettera le passé ? Il n'y a plus de « temples du savoir », mais des biblioparcs où l'homme moderne assouvit son besoin de distractions ; il n'y a plus de « gardiens du Livre », mais des techniciens enragés, fossoyeurs de leur propre héritage.


    Virgile Stark est bibliothécaire. Il a passé plus de dix ans à la Bibliothèque nationale de France, au coeur des grandes mutations du livre et du projet numérique.

  • Quel rôle le christianisme a-t-il joué dans l'histoire de la notion de culture ? Dans l'Antiquité chrétienne, deux attitudes se font jour. Certains chrétiens manifestent une hostilité à l'égard de la culture grecque, qui leur paraît pernicieuse et inspirée par les démons. D'autres tentent au contraire de montrer son utilité pour la formation de l'esprit et la défense, l'explication, et l'exposition de la foi. Mais au-delà de cette tension entre hostilité et attirance face à la culture grecque, se joue dans les textes chrétiens de l'Antiquité un renouvellement important de la notion même de culture. En la dissociant de toute référence à l'hellénisme et en l'élargissant à tout ce qui peut assurer à l'homme sa pleine humanité, les auteurs chrétiens des premiers siècles ont légué à la postérité un idéal culturel fondé sur le pluralisme et la diversité, dont, sous une forme sécularisée, nous sommes encore aujourd'hui les héritiers. Cet essai, écrit par un spécialiste de l'Antiquité chrétienne, conduit à revoir un certain nombre d'idées reçues sur les rapports entre monothéisme et culture. Il invite à situer l'émergence de la réflexion chrétienne dans le cadre, non seulement d'une confrontation, mais également d'une profonde continuité avec la pensée grecque, et notamment la philosophie.

  • Jean-Louis Ferrary, membre de l'Institut, directeur d'études émérite à l'École Pratique des Hautes Études, est un spécialiste des rapports entre Rome et le monde grec, et de l'évolution des cités grecques sous la domination romaine. Ses vingt-six études regroupées ici traitent successivement des idées et régimes politiques et notamment de l'évolution des démocraties grecques sous la domination romaine ; du passage des hégémonies rivales des cités grecques et des monarchies hellénistiques dans un monde multipolaire à la domination incontestée et sans rivale de la Rome républicaine puis impériale ; des principaux acteurs des rapports entre la puissance romaine et les cités grecques : patrons, ambassadeurs, Grecs honorés de la citoyenneté romaine ; de l'Asie Mineure à l'époque romaine ; enfin du philhellénisme romain et de la géographie de l'hellénisme sous l'hégémonie romaine. Toutes ces études ont été mises à jour, et enrichies d'importants compléments (sur les traités entre Rome et les cités grecques, sur l'autonomie juridictionnelle des cités libres et ses limites, etc.), en sorte qu'elles constituent une véritable somme.

  • L'interculturel est aujourd'hui partout. Dans les rapports Nord-Sud, bien sûr, mais aussi et surtout dans les rapports européens appelés à revêtir une importance croissante, jusque dans la vie quotidienne. C'est cette perspective qu'explorent les auteurs en prenant les rapports franco-allemands comme exemple privilégié. Partant d'une expérience concrète des rencontres interculturelles, ils l'éclairent en la confrontant aux acquis de la recherche en sciences humaines. Comment, dans ces rencontres qui s'inscrivent dans des contextes historiques, culturels et politiques spécifiques, véhiculant des représentations stéréotypées de l'« autre », une communication véritablement interculturelle peut-elle s'instaurer ? Comment s'« entendre » lorsqu'on parle des langues différentes ? Car prêter une langue, n'est-ce pas porter toute une culture, au risque d'en être prisonnier ? Mais aussi, quel impact ces différences ont-elles sur la communication ? Nos identités culturelles existent-elles indépendamment de la rencontre qui les met en relation ? Autant de questions que les auteurs abordent dans une démarche originale de « recherche-action », qui font l'objet d'analyses sémiotiques et idéologiques, et autant de raisons d'affirmer l'urgence d'une réflexion et d'une pédagogie de l'interculturel.

  • Les mythes grecs, comme les mythes en général, trouvent leur existence avant tout dans les différentes formes poétiques et iconographiques qui les adressent à un public particulier. Par leurs effets esthétiques, émotionnels et intellectuels, poèmes chantés et images actualisent ces récits mettant en scène dieux et héros, ils les rendent efficaces pour des circonstances singulières, sociales, rituelles et culturelles, souvent politiques. En conférant ainsi une dimension pragmatique forte aux récits « mythiques », poèmes et iconographie les constituent, pour chaque cité, en mémoires culturelles dynamiques, en relation avec une conjecture historique, religieuse et idéologique en constant mouvement. Avec des approches et des angles d'attaque variés, les spécialistes de la poétique, des images et de la religion grecques qui ont contribué à ce livre, développent, de l'épopée à l'érudition impériale, en passant par la poésie mélique et la tragédie, cette perspective novatrice sur l'énonciation du mythe dans la performance rituelle.

empty