ENS Éditions

  • L'affaire Bomarzo est une histoire de censure : la censure, par la dictature argentine en 1967, d'un opéra d'Alberto Ginastera et Manuel Mujica Lainez, accusé de « référence obsessionnelle au sexe, à la violence et à l'hallucination ». Ainsi, Bomarzo reste å ce jour l'emblème des persécutions idéologiques de la dictature militaire. D'abord soutenue par le général Onganía lors de sa création å Washington, cette oeuvre de musique contemporaine est, quelques mois plus tard, brutalement exclue de la scène musicale de Buenos Aires par ce même régime. Ses auteurs, pourtant plutôt conservateurs, sont rejetés, condamnés, traités de pervers. Aussi haletante qu'un thriller, la chronique de ce scandale nous fait revivre l'ampleur et la complexité du débat suscité par l'interdiction, et interroge le rôle de l'Église et de l'État comme régulateurs des rapports entre l'art et la morale. En observant le comportement des artistes et des intellectuels pendant ces années sombres, Esteban Buch dévoile les engagements et les compromissions de l'ensemble de la société argentine et, plus largement, éclaire les rapports entre musique et politique au xxe siècle.

  • Le « mal », impensé collectif, prend corps au gré de diverses représentations mythiques, poétiques, graphiques, musicales. Sorcières, guérisseuses, Machiavels, Antéchrists, voire bestiaire infernal, incarnent au théâtre ou dans la littérature pamphlétaire des xvie et xviie siècles ces « agents du diable » censés rendre visibles les dangers de l'invisible, mais que seuls leurs masques permettent de démasquer. La « diabolisation » de l'adversaire politique autorise une «chasse aux sorcières» qui n'a rien de métaphorique, mais au théâtre comme sur la scène politique, elle permet aussi la mise en évidence des jeux pervers du discours, le mal aux prises avec les mots, masque de l' « équivoque » qui ne parle pas seulement par la voix des sorcières comme dans Macbeth, mais inscrit l'ambivalence, menace de dévotement, comme mal au coeur de tout discours. L'ambivalence contient en elle la parodie, qui ne retient de l'invisible que le risible, mais elle permet aussi toutes les ruses de l'imaginaire pour surmonter les traumatismes du corps et de l'esprit, comme chez Graves ou Coleridge. Le théâtre lyrique, « chant des Enfers », témoigne aussi de cette « double voix ». Divertissement entre éthique et esthétique avec Purcell, ou affrontement idéologique entre choeurs des opprimés et choeurs des oppresseurs chez Haendel, il peut aussi prendre le relais du tragique : l'amalgame sensationnel, « théâtral », entre les monstres des enfers païens et l'enfer chrétien prive ce lieu par excellence du mal de toute référence métaphysique, pour mieux isoler comme nouveau « mal » le seul malheur de la passion trop humaine. L'enfer traditionnel se réduit à ses propres représentations parodiques, combien moins angoissantes que l'ontologie infernale proposée dans le Faust de Marlowe, égale à la contingence de l'être-là sans lieu ni durée définis.

  • Composé de quinze études inédites, et s'articulant autour de deux grands axes, cet ouvrage interroge la notion de détail dans une perspective résolument interdisciplinaire. Tantôt le détail s'impose essentiellement comme un objet lisible : telle est la question abordée dans la première partie de l'ouvrage, circonscrite au domaine de la littérature. Tantôt le détail s'impose comme un objet visible : la deuxième partie de l'ouvrage explore, en fonction d'un schéma ouvert, mais rigoureux, les territoires respectifs de la philosophie, de l'histoire de l'art, de la peinture, de la photographie et du cinéma. Extrêmement diversifiées dans leurs objets et leurs questionnements, ces différentes études se rejoignent sur un point crucial : elles invitent à considérer le détail, non comme un objet, mais comme un processus, mettant à contribution, à des degrés divers, la collaboration du lecteur ou du spectateur de l'oeuvre.

  • La traduction dite « littéraire » est l'espace d'un double travail, celui des langues sur les littératures, celui des littératures sur les langues. À l'âge de la mondialisation, et d'une emprise économique et technique sans précédent, la tentative indéfiniment recommencée entre le texte original et ses multiples transferts ne peut plus se penser dans l'improbable périmètre de son objet. Force née de l'hybridité de son faire, traduire-écrire est un geste qui a le pouvoir, d'après Victor Hugo dans William Shakespeare, de jeter « un pont entre les peuples » et de servir de « passage des idées ». Ses enjeux ne sont pas seulement formels mais également éthiques. En son instabilité créatrice, la traduction relie étroitement la production de la valeur (la qualité artistique des oeuvres) à la réinvention des valeurs dans l'espace collectif. Échange et métissage, cette activité de décentrement y déploie chaque fois une pensée spécifique de l'altérité et de la culture. La tâche du traducteur apparaît ainsi inséparablement poétique et politique. Illustration : M. C. E scher's « Drawing Hands » © 2014 The M. C. E scher Company- The Netherlands. Tous droits réservés. www.mcescher.com

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