Arts et spectacles

  • Peintres, écrivains, poètes, musiciens... Les créateurs nous parlent de leur art et de leur vie. Organisés par thème, leurs mots nous proposent un voyage, celui de la création, fait de joie, de souffrance et d'engagement. Des coulisses de l'acte créateur aux partenaires du monde artistique, en passant par la place de l'artiste dans l'histoire et la société, ce guide nous familiarise avec les principaux courants, les grandes figures et les oeuvres majeures.

    L'intervention d'un spécialiste Plus de 300 citations Tous les domaines du monde artistique

  • L´art peut-il se soustraire à la question de la tyrannie ? La servitude volontaire résulte d´effets d´hypnose, elle procède d'un assoupissement de la vigilance du spectateur, entretenu par la croyance en l´image. Il incombe dès lors au philosophe d´en démonter le piège, de départir le plaisir de la représentation du leurre qu´elle produit. En posant le regard sur l´oeuvre de Gustave Courbet, Pierre-Joseph Proudhon, l´anti-tyran, investit cette problématique, qui, d´emblée, est nécessairement celle du rapport au réel. Qu´est-ce qu´une ligne ? Peinture et écriture révèlent, dans leur entrelacement, dans la relation spéculaire de leur tracé, que l´enjeu de l´acte créateur est la liberté, question de vie et de mort. En ce sens, s´il a une destination sociale, l´art ressortit au politique et à la médecine. Ainsi semble-t-il indispensable de repérer l´imaginaire médical et de le définir en tant que moteur de la pensée esthétique de Proudhon. L´examen de la dépendance de l´art au public et à l´espace public peut-il échapper au discours oraculaire ? Comment décider de l´écart entre destin et destination ? Reprenant ce questionnement à la suite de Kant, Proudhon trouve dans le symbole qu´il appelle " plus ou moins mythique " la seule figure possible d´un avenir qui, dans sa plénitude, se dérobera inévitablement. A l´instar de Saturne, Proudhon tranche. En tranchant, il trace. En traçant, il tranche.

  • Le génie de Léonard de Vinci, celui de Michel-Ange ressortent mieux sur le fond révélateur de l´Académie de Careggi, où Marsile Ficin règne en maître, évoquant sinon invoquant Platon. La culture platonicienne entretenue par Ficin - mais Cristoforo Landino ou Ange Politien sont tour à tour convoqués - délimite le contour d´un nouvel ordre artistique dont André Chastel, dans un travail de jeunesse qui engage déjà ses subtiles analyses d´histoire de l´art et des idées, rend raison avec passion. En quelques pages lumineuses, Jean Wirth donne à ce maître livre sa juste place dans une tradition historiographique qu´il a contribué à renouveler.

  • Le comte Harry Kessler (1868-1937) est une figure essentielle de la vie des arts en Europe à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Sa triple éducation allemande, anglaise et française le voue dès l'origine à une mobilité qui devient bientôt le maître-mot de son existence de collectionneur et de mécène, de critique, de directeur de musée. Resté longtemps inédit, le Journal qu'il a tenu pendant près de soixante ans en est le dépôt et le témoin assidu. Les quelque dix mille pages manuscrites de ses carnets livrent un document exceptionnel, le miroir alerte et sensible où Kessler capte sur le vif les mouvements qui ont agité les idées, la société, la politique et les arts à Paris, Berlin, Londres ou Bruxelles entre 1890 et la veille de la Seconde Guerre mondiale. La présente édition s'attache en particulier aux considérations et aux propos sur l'art et les artistes de son temps. Lecteur de Nietzsche, Kessler a toujours vu dans l'art « le grand stimulant de la vie », il veut en faire le ferment et le levier, sinon d'une révolution, du moins d'une réforme et d'un progrès des esprits. À cette fin, il s'engage avec passion dans les débats esthétiques d'une époque aussi inquiète que féconde, il visite les ateliers, fréquente les artistes, les soutient et les impose contre le carcan des académismes, le conservatisme de la politique impériale et les idéologies délétères de la République de Weimar. Dans ce combat, l'art et les artistes français tiennent la vedette. Kessler en est l'infatigable champion, le passeur diligent et avisé, au moment où s'invente en Allemagne, avec Hugo von Tschudi à Berlin ou Alfred Lichtwark à Hambourg, l'idée même du musée moderne. Cette traduction française du Journal du comte Harry Kessler couvre une période qui va de 1889 à 1937. L'Exposition universelle de Paris y est le prélude à l'éclosion rapide d'un regard. Kessler ne tarde pas à s'enthousiasmer pour les oeuvres néo-impressionnistes. Achetées dès 1897, Les Poseuses de Seurat sont au fondement d'une collection qui s'enrichit à la faveur de sa collaboration à la revue PAN et des liens que Kessler tisse alors avec Auguste Rodin, Paul Signac, Maurice Denis, les galeristes Paul Durand-Ruel, Ambroise Vollard, Eugène Druet ou Bernheim-Jeune à Paris, avec Edvard Munch, Max Klinger, Max Liebermann, le marchand d'art Paul Cassirer à Berlin. Autant de noms qui deviendront de prestigieux alliés dans l'aventure du « nouveau Weimar », que Kessler a l'ambition de transformer, avec l'aide d'Henry Van de Velde, en fer de lance d'une modernité où les arts décoratifs tiennent une place cardinale. Le « scandale Rodin » en sanctionne pourtant l'échec en 1906. Kessler privilégie dès lors les rapports personnels avec les artistes, qu'ils soient sécessionnistes en Allemagne, où il a oeuvré à la fondation du Künstlerbund, ou peintres nabis comme Édouard Vuillard et Pierre Bonnard à Paris. En 1904, il rencontre Aristide Maillol, dont il se fait aussitôt le collectionneur et le mécène. En 1907, Kessler lui passe commande du Cycliste et du Désir, dont il suit et documente la réalisation dans l'atelier du sculpteur. De même, des photographies illustrent le voyage qu'il entreprend un an plus tard en Grèce avec Maillol et Hugo von Hofmannsthal. Après 1910, une fièvre artistique saisit l'Europe et les Ballets russes sont peut-être la manifestation la plus aiguë de cette protestation contre une catastrophe imminente. La Légende de Joseph, dont Kessler a écrit avec Hofmannsthal le livret, est créée à Paris puis à Londres en mai 1914, juste avant le conflit. Ébranlé par la boucherie de Verdun, Kessler est envoyé en Suisse, où il dirige la propagande artistique allemande. La Première Guerre opère cependant une césure irrévocable dans son existence : après 1918, il se tourne vers la politique, milite pour la paix et le progrès social, défend des artistes comme George Grosz ou John Heartfield, ce qui lui vaut bientôt le surnom de « comte rouge ». Le goût de la bibliophilie développ...

  • Une ancienne légende fait remonter l´origine de la peinture à l´initiative d´une jeune fille qui circonscrivit sur un mur l´ombre de l´homme qu´elle aimait avant qu´il ne parte pour un long voyage. Cette naissance "en négatif" de la représentation artistique occidentale est sans doute significative. En effet, la peinture fait son apparition sous le signe de la dialectique absence/présence (absence du corps/présence de sa projection). Cet ouvrage, situé au point de rencontre de la représentation artistique et de la philosophie de la représentation, se propose de poser les jalons de cette histoire qui conduit du mythe des origines à la photographie et au cinéma, à travers les expériences les plus significatives de l´utilisation de l´ombre dans l´art occidental.

  • A-t-il existé une statuaire carolingienne ? Les chefs-d´oeuvre de la sculpture romane auvergnate datent-ils bien du XIIe siècle ? La sculpture saxonne du XIIIe siècle dérive-t-elle vraiment de modèles français ? Quand a-t-on construit le porche de Moissac, le tympan de Conques, la façade de la cathédrale de Reims ? Ces questions et beaucoup d´autres reçoivent trop souvent, dans les études spécialisées et à plus forte raison dans les manuels, des réponses péremptoires qui dissimulent les difficultés, les raisonnements approximatifs et le refus des remises en cause. Examinant l´une après l´autre les méthodes dont nous disposons pour dater les oeuvres, de l´analyse de laboratoire au jugement stylistique en passant par l´interprétation des documents écrits, Jean Wirth évalue les apports et les limites de chacune d´elles. Il montre à partir d´exemples concrets quelles dérives les menacent et comment en faire le meilleur usage. Parfaitement conscient des faiblesses de l´histoire de l´art, mais amoureux de sa discipline, il en propose une critique radicale et constructive. Dater une oeuvre quelques décennies voire quelques années plus tôt ou plus tard n´est pas un petit jeu stérile, mais peut en modifier entièrement la signification artistique et le message. Si la statue-reliquaire de sainte Foy à Conques était réellement une oeuvre carolingienne, cela signifierait que le refus par Charlemagne du culte des images était irréaliste. Situés au milieu du XIIe siècle, les chapiteaux du maître auvergnat de Mozat sont des excentricités incompréhensibles. En les replaçant dans le contexte du XIe siècle, on s´aperçoit qu´ils constituent une étape majeure du développement de la sculpture romane et qu´ils ont été imités jusqu´à Compostelle. Enfin, comme le montre Jean Wirth, la datation précise des oeuvres est indispensable pour dégager l´individualité et l´influence des grands artistes médiévaux, au lieu de les dissoudre dans des écoles et des ateliers aux contours indistincts. Auteur de nombreux travaux sur l´image médiévale, Jean Wirth est archiviste-paléographe et professeur d´histoire de l´art à l´Université de Genève.

  • Proposer un panorama des virtualités allégoriques de l'estomac au xixe siècle : tel est l'objectif de cet ouvrage collectif qui, à l'opposé d'une exhaustivité potentiellement redondante, fait le pari de l'ouverture suscitée par des approches différenciées. Les contributions de chercheurs en littérature, philosophie, histoire et histoire de l'art mettent en lumière ce que l'estomac pouvait incarner et pourquoi il pouvait constituer un trope privilégié pour dire le xixe siècle. De cette enquête ressort la profonde ambivalence axiologique de l'estomac, mais aussi sa « plasticité argumentative », caractéristique, selon Judith Schlanger, des représentations organicistes. Emblème de la caricature et support de la satire, l'estomac est également une figure clé dans la formulation d'un système de pensée ou dans l'élaboration d'une poétique, au point d'apparaître comme une figure caractéristique d'un siècle que l'on qualifie volontiers de matérialiste.

  • Les chrétiens de la fin du Moyen Age considéraient-ils sainte Anne, la mère de la Vierge, comme une sorcière? Y avait-il de véritables athées au temps de Rabelais? La destruction des images saintes par la Réforme a-t-elle vraiment traumatisé les croyants? Pour répondre à ces questions, Jean Wirth réfute les facilités d´une histoire des mentalités et de l´imaginaire qui réduit les hommes du passé aux produits d´un conditionnement religieux dont nous nous serions progressivement dégagés. Il y substitue une sémantique historique qui traque le changement de signification des concepts derrière l´identité trompeuse des mots. D´un essai à l´autre, les notions dont se sert l´historien pour comprendre le passé, à commencer par celles de croyance ou de religion, perdent leur évidence et apparaissent elles-mêmes comme historiquement datées. Le terme de «croyance» n´a pas de véritable équivalent dans les langues médiévales et celui de «religion» y désigne normalement le mode de vie des clercs réguliers. Rien ne traduit mieux le succès de la Réforme et de la Contre-Réforme que le bouleversement du vocabulaire dont l´usage actuel est issu : le sens moderne de «croyance» et de «religion» apparaît lorsqu´il devient possible et même nécessaire de choisir entre des Eglises rivales. Il enregistre un changement social. Il est donc assez paradoxal d´expliquer le comportement des hommes du Moyen Age et même de ceux qui ont fait la Réforme par des croyances. Le procédé est commode, en ce qu´il permet d´assimiler la créativité en matière religieuse à une attitude passive, comme si les religions venaient du ciel.

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