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  • Bien sûr, c´est dans A la Recherche du temps perdu que nous rencontrons le plus au loin et le plus continûment Marcel Proust.
    Mais La Recherche, comme elle ne peut s´appréhender que dans le processus circulaire de son inachèvement, doit s´appréhender dans sa genèse. C´est là que nous rencontrons Proust dans son travail d´écriture.
    Un homme de 37 ans, qui a produit des pastiches, publié quelques articles, s´est essayé à la traduction, a bâti un roman inachevé (Jean Santeuil, parce qu´il considère son parcours comme un échec, tente de se réfugier dans la critique littéraire. En s´attaquant à la figure de Sainte-Beuve, il va remonter à Flaubert, Balzac, Nerval, Baudelaire...
    Et puis l´essai aussi sera un échec. Mais c´est dans cette écriture que le glissement va se produire : « Je sais que tu ne l´aimes pas... », écrit l´essayiste au début d´un des textes sur Balzac. « Je », c´est lui-même, « tu » c´est sa mère, qui vient de mourir. Alors Proust a basculé d´un bloc dans sa Recherche, et l´essai restera inachevé.
    C´est donc du Proust dans sa quintessence qu´on trouve ici, parlant de la couleur dans Nerval, du rythme dans Flaubert, de l´illusion du réel dans Balzac. Les thèmes de la Recherche affluent en masse, voici les Guermantès, voici Combray...
    Et les deux textes sur Baudelaire : celui du Contre Sainte-Beuve, et puis celui dont il dit, petite note pour s´excuser d´éventuelles inexactitudes de citations, qu´il l´a écrit sur son lit d´hôpital, « sans livre ».
    Voici ces textes qui sont, pour nous, l´atelier de Marcel Proust. La grande séquence qui sert de préface à un des Ruskin, Journées de lecture, les essais et ébauches du Contre Sainte-Beuve, puis l´ultime article sur Baudelaire.
    Évidemment un indispensable, pour quiconque écrit. Et plus de 500 pages de Proust dans votre Sony Reader, si vous disposer d´un eBook...

    FB

  • " De quoi s'agit-il sinon d'arracher la langue aux imbéciles, aux redoutables et définitifs idiots de ce siècle, comme saint Jérôme réduisit au silence les Pélagiens de son temps ?
    Obtenir enfin le mutisme du Bourgeois, quel rêve !
    L'entreprise, je le sais bien, doit paraître fort insensée. Cependant je ne désespère pas de la démontrer d'une exécution facile et même agréable.
    Le vrai Bourgeois, c'est-à-dire, dans un sens moderne et aussi général que possible, l'homme qui ne fait aucun usage de la faculté de penser et qui vit ou paraît vivre sans avoir sollicité, un seul jour, par le besoin de comprendre quoi que ce soit, est nécessairement borné dans son langage à un très petit nombre de formules.
    Le répertoire des locutions patrimoniales qui lui suffisent est extrêmement exigu et ne va guère au delà de quelques centaines. Ah ! si on était assez béni pour lui ravir cet humble trésor, un paradisiaque silence tomberait aussitôt sur notre globe consolé ! " Léon Bloy " Léon Bloy, collectionneur de haines, dans son musée bien rempli, n'a pas exclu la bourgeoisie française. Il l'a noircie avec les couleurs sombres qui justifient le souvenir des rêves de Quevedo et de Goya ".
    Jorge Luis Borges " L'invective systématique, maniée sans aucune limite d'objets - la gifle surréaliste au cadavre d'Anatole France est bien timide auprès des profanations de Bloy - constitue d'une certaine façon une expérience radicale du langage : le bonheur de l'invective n'est qu'une variété de ce bonheur d'expression, que Maurice Blanchot a justement retourné en expression du bonheur. " Roland Barthes

  • "Visage rimbaldien, destin romantique, culture sur les marges, écriture de l'affrontement : tout a prêté, en un temps «fin de siècle» de réaction, de démenti et de disparition, à cette édification soudaine d'un mythe dont un homme et une oeuvre, surtout, éprouvent d'infinies difficultés à se démettre. Brutalement, sous les diverses formes de l'indexation au répertoire, de l'héritage, du recyclage, l'oeuvre fut récupérée au nom édulcoré de sa révolte même. Curieusement, alors qu'il est ainsi adulé par le public théâtral, les comédiens et les metteurs en scène, les étudiants, les jeunes, en France et encore davantage à l'étranger, l'auteur reste plutôt ignoré du milieu proprement littéraire. L'étonnante étanchéité contemporaine de la pensée et de la scène n'explique pas tout. De ce clivage entre le mythe et l'ignorance, il importe de finir rapidement. Contrer la rareté du livre critique et l'abondance spectaculaire des revues (leur côté parade), désenclaver l'oeuvre de Koltès d'une analyse presque exclusivement dramaturgique (ou d'une approche outrancièrement testimoniale), en élargir le champ référentiel, en faire valoir la tension poétique et la portée philosophique, permettre ainsi une ouverture de la lecture, toujours propice à la diversification des créations scéniques, telle est donc l'ambition avouée de cet essai.

    Christophe Bident"

  • Amnésie du présent

    Jacques Ancet


    Ce livre réunit un certain nombre d'essais écrits durant plus de deux décennies (1991-2014). Ils accompagnent un chemin d'écriture qui, depuis une quarantaine d'années tente difficilement, fragmentairement, de prendre conscience de lui-même dans l'après-coup du regard jeté en arrière ou dans l'accompagnement d'un certain nombre d'oeuvres aimées. Ces textes ont tous en commun d'être traversés par une interrogation insistante qui, depuis Don Quichotte, est celle de toute entreprise littéraire : qu'en est-il des rapports de l'écriture et du réel ? Laquelle ne peut engendrer que d'autres interrogations ou quelques réponses provisoires et toutes plus ou moins formulées ici ou là depuis longtemps déjà. Ce qui ne dispense personne d'essayer de les reformuler à son tour et à sa manière. « Tout ce qu'on a pensé d'intelligent, écrit Goethe, on l'a déjà pensé ; ce qui nous reste à faire, c'est de le penser de nouveau. »

  • « J'ai rêvé que Jean Paulhan avouait sur un plateau télévisé qu'il avait créé de toutes pièces le personnage de Maurice Blanchot comme incarnation de tout ce que représentait la littérature d'après-guerre : personnage kafkaïen, ubiquiste et cantonné en permanence à une chambre d'écriture/ lecture ("une espèce de chambre d'écho", disait-il). Oui c'était lui, et un petit comité d'écrivains triés sur le volet, qui avaient rédigé L'entretien infini, L'attente l'oubli ou La folie du jour. Si au départ il était quasiment seul, l'écriture est devenu de plus en plus collective au fil du temps, ce qui rendait la syntaxe (notamment) si singulière et l'emprise si importante. Nous étions dans le bureau de la rue ex-Sébastien Bottin. Il avait un gecko sur le revers de costume et trempait de temps en temps le bout de ses doigts dans un bocal d'eau verte. »
    Livre hybride, entre lecture et écriture, essai osant parfois sa part de fiction, l'enquête de Benoît Vincent vise à sonder l'incertitude voire l'ambivalence dans la production contemporaine de ces dernières décennies. En un mot, l'inquiétude. Car la littérature inquiète, dans toutes les porosités des deux versants d'une même pièce : lire et écrire.
    En marge des éclaircissements académiques généralement propres à la critique, La littérature inquiète se plonge dans les eaux profondes, supposément obscures, des écritures d'aujourd'hui, en traversant entre autres les territoires d'Arno Bertina, François Bon, Nicole Caligaris, Italo Calvino, Patrick Chatelier, Claro, Emmanuel Delaplanche, Régis Jauffret, Pierre Senges, Enrique Vila-Matas, Guillaume Vissac ou Antoine Volodine. Le tout sous les figures tutélaires que sont Paulhan, Blanchot, des Forêts et Quignard.

  • Tout en attendre. Ne rien espérer. Aller à sa rencontre comme si on tombait amoureux.

    Qu'est-ce qu'un oloé ? Un lieu quelque part où lire ou écrire ? Un état d'esprit ? Une idée, un rêve, une envie ? Un livre, pour commencer.
    Dans ce livre, Anne Savelli interroge à la fois ses propres pratiques créatives (comment se consacrer à la littérature quand on est perpétuellement en mouvement ? ) et la possibilité de faire de l'écriture, domaine de la solitude par excellence, un territoire du commun.
    À qui sommes-nous reliés quand nous lisons ? Comment n'écrit-on jamais seul quand on écrit ? Reflet de la diversité qui l'a inspiré, le néologisme "oloé" est passé dans notre langage courant. Il est utilisé par tous : des auteurs invités dans cette nouvelle édition à s'approprier le concept aux lecteurs qui pourront, grâce à plusieurs propositions d'écriture façon "atelier", prolonger l'expérience pour que chacun puisse écrire, à son tour, dans l'énergie des oloés. Élastique, forcément.

    Avec la participation de Thierry Beinstingel, Pierre Cohen-Hadria, Virginie Gautier, Maryse Hache, Olivier Hodasava, Christine Jeanney, Pierre Ménard, Juliette Mézenc, Franck Queyraud, Joachim Séné et Lucien Suel.

  • L'oeuvre de Pascal Quignard, après presque 30 ans de recherche et d'explorations continuelles, avec les larges échappées de l'oeuvre narrative, peut sembler trop complexe, trop diverse pour être abordée globalement. La force du travail de Benoît Vincent, c'est d'abord une relecture serrée, attentive, de l'ensemble des Petits traités. Lire ce voyage à travers l'oeuvre de Pascal Quignard, c'est à la fois mettre à jour et scruter la part essentielle d'invention qui gît dans la structure même, mais c'est la plus belle introduction à tous les chatoiements et bifurcations d'un travail continu, qui ne s'est jamais interdit les traversées les plus brutales, les plus surprenantes. Cet ouvrage est aussi un outil fabuleux pour tous les quignardiens.

  • Maurice Blanchot est mort en 2003, à 93 ans. Depuis des décennies, ses livres comptaient au plus essentiel de l'accès à l'écriture, comme d'un renouvellement de fond de l'approche même du littéraire. C'est peut-être donc aujourd'hui que nous commençons vraiment à lire Blanchot, dans sa clôture, dans l'infini travail qu'il représente pour notre temps même. C'est à cela, et depuis ce point de départ, que procède Benoît Vincent. Une approche libre, et ce seul mot de littérature inquiète qui en est le fil.

  • Pendant 2 ans, de 2003 à 2005, j´ai eu le privilège de proposer, à l´Ecole des Beaux Arts de Paris, l´UV littérature. En complément, pas mal de temps passé avec les étudiants, y compris pour les faire écrire. Toujours malheureux d´ailleurs que la direction de l´école n´ait pas compris l´urgence et le besoin de cette démarche :
    Rien que pour cela, lire Jérémy Liron donne le chemin de crête.
    J.L. n´a pas assisté à ces 2 ans d´atelier en petit groupe, et plusieurs sont devenus des amis, des travaux qui me sont proches, ou dont je suis à distance le chemin. Si j´ai littéralement percuté dans la peinture de Jérémy Liron, c´est probablement à cause d´un seul mot, la notion de présence.
    Une présence évidemment liée à la ville, et évidemment tissée à même le quotidien. Un banal bâtiment de trois étages en béton, un carrefour de périphérie et voilà. Mais sans qu´on sache. A l´arrangement des signes, aux géométries.
    Hopper nous a appris à venir là. Mais il y a tant de démarches qui recommencent Hopper, avec les yeux tout ronds devant le moindre pignon d´immeuble. Le risque que prenait Jérémy Liron, c´était de s´en prendre à cette peau même, là où plus rien ne peut conférer ce signe minimum, qui organise par exemple la toile chez Hopper.
    La démarche de Jérémy n´est pas isolée. J´ai connu un Julien qui s´en allait dessiner en banlieue les différentes faces des carrefours et ronds-points, ou la totalité de leurs détails, que ses dessins ne recomposaient pas. Ou Nicolas Dion explorant avec photo et dessin le point exact où, vers Roissy, se dissolvait à son avis la ville. Ou Assaf Gruber, l´Israélien, cherchant à Tel Aviv, Berlin et New York le même arrangement simple de ciment, nous forçant à nous écarter de l´espace comme singularité.
    Et pas plus que nous autres, côté plume, ne pouvons nous dispenser de l´image pour documenter le réel, eux ne peuvent se dispenser d´une pratique intentionnelle de la langue. Et ils l´agrandissent, cette langue, par leur précision de regard sur le réel, et leur techné dans la construction de ses représentations (je repense à l´instant à celui qui, pour son diplôme de fin d´étude, avait repris l´idée de Koltès d´un lieu clos suffisamment grand pour tenir l´humanité tout entière :
    Gigantesque stade modèle réduit avec 6 milliards de places répertoriées).
    Pour Jérémy Liron, il y deux autres dimensions.
    La première tient à ce que, son diplôme acquis, il a voulu s´accrocher à sa discipline : ça semble facile, quand on se souvient des ateliers de peintre au 19ème siècle. La peinture exige qu´on s´y consacre en entier. Il y a l´équivalent pour l´écriture, d´ailleurs, et pour cela que je suis un peu interloqué de voir que les nouveaux arrivants dans la littérature, si souvent, désormais, gardent leur métier d´origine. Mais les locataires des immeubles que peint Jérémy ne lui achèteraient pas ses toiles, comme Hopper vendait aux bourgeois le tableau de leur villa. Alors, depuis 3 ans, le voilà itinérant, de Valenciennes à Montluçon. Logé précairement, avec des ateliers jeunes publics, il a bénéficié de plusieurs résidences : gloire et honneur à ces villes qui les accueillent, ces jeunes plasticiens, avec 500 euros par mois, une liste d´interventions scolaires et un deux pièces avec Butagaz.
    La seconde tient à Internet. D´expo en expo, il grimpe, Liron, même si c´est aussi rude que les hivers à Montluçon. Mais, d´une expo à l´autre, c´est par le blog qu´on le suit au travers des jours. Le blog, c´est de l´écriture : et, le langage mis en réflexion du monde, ça s´appelle littérature.
    Qu´est-ce que la littérature version Jérémy Liron ? Je ne sais pas. Ce que je vois, c´est le combat d´un regard et du réel.
    Et que là, dans cette tension, viennent les livres, viennent les mots.
    Il y a assez, dans les 21 pages ci-dessus, pour que vous découvriez ce qui se joue dans ce journal. Si vous voulez lui mettre un mot, passez par son blog. Cette section de son journal fait 42 pages : on la télécharge pour le prix d´un café au comptoir. Offrez-le lui, ce café ? Un petit geste fraternel, ça ne fait pas de mal, dans les temps qui

  • La poésie doit être faite par tous, et non par un... Toute la mer ne suffirait pas à laver une tache de sang intellectuelle... Les grandes têtes molles...
    Sans même en être conscients, une grande part de ces phrases flambeau que nous associons à Lautréamont nous vient de cet ensemble trouvé longtemps après sa mort, exemplaire unique recopié par André Breton pour être publié en 1919 dans Littérature, et par quoi, dit Francis Ponge, toute la littérature est retournée comme un gant.
    Comment était-il possible d'aller plus loin que les Chants de Maldoror ? On dirait, au début, une suite d'aphorismes, de réflexions sur la morale comme on en a déjà tant vu. Et puis surgissent les énumérations, les accumulations. Et puis reviennent hanter les noms liés à l'écriture, qu'on les haïsse (Musset, Lamartine en prennent pour leur grade), qu'ils nous obsèdent (Victor Hugo) ou qu'on les respecte (alors on ne dit pas Baudelaire, mais "l'amant morbide de la Vénus hottentote". Et nous voilà traversant un vide sidéral pour buter directement contre les géants : "chaque fois que je lis Shakespeare, il me semble que je déchiquette la cervelle d'un jaguar." Mais il y a tant à lire : chaque excès rhétorique se découble et se renverse, voilà que l'auteur souhaite faire de la poésie pour jeunes filles de 14 ans, mais quel rire si vous vous faites prendre au piège.
    Depuis tant d'années ces textes sont dans mon ordinateur, tranquillement affinés. Il est bon de garder à ce texte ses caractéristiques d'époque pour les accents et certaines orthographes.
    On peut le relire une fois par an, on n'en fait jamais le tour. C'est trop puissant. Allez voir chez Michel Pierssens, le très grand et généreux passeur de Lautréamont (et ses livres) - son site Maldoror.org est une mine : Isidore Ducasse envisageait donc une suite fractionnée d'autres textes de ce type - alors comment ne pas penser à la façon dont les Chants de Maldoror s'engendrent d'eux-mêmes (là, c'est Maurice Blanchot, Lautréamont et Sade) qu'il faut rejoindre...
    Mais, dans Paris assiégé et affamé, une jeune anonyme de 24 ans, qui paraît-il composait la nuit avec un piano dans sa chambre, décède sans qu'on sache rien de plus, sinon que le patron de l'hôtel et deux autres personnes iront l'inhumer au cimetière Montmartre, probablement dans le coin des pauvres, sans trace - pour l'ambiance, lire les Goncourt. Ou cette étonnant fiction de Lautréamont traversant la mer, Isidoro.  Que ces deux premiers pans des Poésies de Lautréamont viennent ici rugir, comme en nous elles rugissent. Texte infini, et infiniment moderne : cherchez donc au mot roman...

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  • Dominique Viart a écrit sur Claude Simon (La mémoire inquiète), a proposé un tableau critique d´ensemble du champ contemporain (avec Bruno Vercier : La littérature française au présent, 2006). Il a aussi fondé ou participé à de nombreuses revues, dont Ecritures contemporaines. Et récemment publié le Folio avec dossier critique des Vies minuscules de Pierre Michon.
    Mais il est aussi professeur, et a su faire de Lille 3, avec son équipe, un lieu étonnant de recherches et de débats théoriques, nous sommes pas mal d´écrivains à y avoir été plancher et pouvoir en témoigner. Quelques anciens textes sur remue.net.
    Enfin, il y a que c´est Dominique Viart : depuis des années, et tout simplement aussi par la confiance et l´amitié qui s´établissent si vite avec lui, sa capacité d´écoute, sa façon de renvoyer la balle, il est reçu par ses collègues "vingtièmistes" du monde entier. Nous en sommes les premiers bénéficiaires, dotés maintenant d´amitiés et de contacts tout autour du monde (n´est-ce pas, Michael Sheringham et les autres...). Pourra en témoigner cet enregistrement proposé par Patrick Rebollar.
    L´an dernier, au CIEREC de Saint-Etienne, c´était mon tour, après Echenoz et Michon, d´être l´invité du colloque préparé par lui-même et Jean-Bernard Vray (et comme j´aurais aimé que mes amis universitaires - alors même que j´ai dans mon ordinateur toutes leurs interventions, polémiques, digressions, fassent choix d´une publication électronique...).
    Dès lancé ce projet publie.net, la présence de Dominique Viart était pour moi symbolique et importante. Pas seulement produire des textes, mais déchiffrer dans quel champ ils s´installent, et comment ils le travaillent.
    Dominique répond par un texte d´écart, et je vois bien un petit sourire ironique en cliquant sur envoi... Sommes-nous, côté écriture, fiction, en possession de projet ? Il ne parle pas d´oeuvre, et pas non plus d´enjeu, ou perspective. Mais bien de construction qu´on oriente, avec intention et volonté.
    Dans ce texte, on retrouvera les tentatives de la Nouvelle fiction, se démarquant mais mimant le Nouveau Roman, qui hante le fond de cette étude : la notion d´avant-garde vaut-elle pour nous autres, ou bien les auteurs plus jeunes que nous souhaitons accueillir ici ?
    On retrouvera un flash-back sur une tentative qui nous hante tous, et à laquelle j´ai énormément pensé en lançant ce projet : les 2 numéros de la Revue de littérature générale d´Olivier Cadiot et Pierre Alferi chez POL.
    On y trouvera Michel Deguy, Jean-Marie Gleize forcément (et son utlisation du terme manifeste, on y parlera du lyrisme critique de Jean-Michel Maulpoix, bien trop discret ces temps-ci.
    On parlera enfin, ou aussi, de Pascal Quignard et de Pierre Michon : et si le "non-projet" était la condition même de l´avancée contemporaine ?
    Avec Projet, nous souhaitons compléter notre rubrique voix critiques par des ensembles ouvrant à débat et recherches...

    FB

  • Le point de départ d´un texte philosophique sur l´écriture de Guyotat pourrait être la question de l´illisibilité de cette oeuvre, avec tout ce que cela implique comme attention à porter notamment sur le « dehors » du texte. L´illisibilité des textes de Guyotat fait se porter l´attention en creux sur tout le dispositif d´écriture-lecture qui borde cette écriture : en effet, étant donné que les « trames narratives » sont sapées, tout autant que la « psychologie des personnages » et que la plupart des autres caractéristiques qui font d´un roman un texte analysable, il n´y a pas d´autre choix que de s´interroger sur la façon dont ces textes en sont venus à exister. S´interroger sur l´existence de ces textes revient en quelque sorte à s´interroger sur leur matérialité, leur « vie », leur corps, leur manière de « faire corps » avec le corps de leur auteur au moment de l´écriture puis la façon dont s´opère la rupture d´avec ce corps lors de l´édition, pour enfin en arriver à une attention portée à l´acte de leur lecture, à la passivité réceptive que celui-ci implique tout autant qu´un engagement « corporel » du lecteur dans cette matière verbale rendue illisible notamment par l´excès d´affects qui la travaille.
    L´hypothèse de travail de l´approche philosophique de l´illisibilité à l´oeuvre dans l´écriture de Guyotat qui sera tentée ici est que cette illisibilité entretiendrait des liens étroits avec diverses problématiques que l´on pourrait regrouper sous la question du toucher. En effet si un texte est délibérément fait pour que son « contenu » ne soit pas maîtrisable, si ce qu´il inscrit ne fait pas sens, ne fournit pas de signification clairement identifiable, clairement « visible », en somme, pourrait se poser la question de savoir à quoi ce texte « touche ».
    Prendre la question du toucher comme fil conducteur de cette approche de l´écriture de Pierre Guyotat devrait permettre de penser la langue du point de vue de ce qui en trace les limites : il s´agira de voir en quoi l´écriture de Guyotat « touche » aux limites de la langue, et en quoi ce « toucher » est un acte, une action. Approcher l´écriture de Guyotat en tant qu´action (action de toucher), en tant que performativité (performativité de l´illisible, donc), devrait alors permettre de dégager des enjeux éthiques qui seraient communs tant à cette pratique de l´écriture qu´à ce que l´on appelle le toucher.
    Dans un premier temps il s´agira donc, après avoir introduit à l´oeuvre de Pierre Guyotat, de s´intéresser à diverses problématiques liées à la question du toucher, puisque c´est cette question du toucher qui servira de fil conducteur tout au long de l´approche de cette oeuvre. Pour ce faire, une lecture des parties du Péri Psychès d´Aristote traitant de la question du toucher servira de point de départ pour s´intéresser à certaines problématiques ouvertes par Jean-Luc Nancy et par Jacques Derrida, toujours à propos de cette problématique du toucher.
    Dégager ces problématiques générales concernant le toucher permettra alors de s´interroger plus spécifiquement sur certains aspects de la pratique d´écriture de Pierre Guyotat, tels que son rapport à l´abjection et son rapport à soi. Il s´agira alors de relier ces deux problématiques par le biais d´une approche du rire souverain tel qu´il est thématisé par Bataille, puis de voir comment il est possible d´articuler ce rire avec une approche de la caresse telle que proposée par Levinas dans Totalité et Infini.
    Cette approche du rire souverain et de la caresse devraient permettre à la fois d´approfondir les enjeux du toucher à l´oeuvre dans l´écriture de Pierre Guyotat, et d´ouvrir la problématique vers ses enjeux plus spécifiquement éthiques.
    Antoine Boute Antoine Boute vit à Bruxelles, est bilingue et propose ses lectures performances dans les deux langues française et flamande. Il a publié : aux éditions Mix (Paris) :
    « Cavales » (2005), « Blanche » (2004) et « Terrasses » (2004) ; aux éditions de l´Ane qui butine (Lille-Mouscron) : « retirer la sonde » (2007) ; aux éditions du Quartanier (Montréal) : une co-écriture avec

  • L'Amitié des voix

    Jacques Ancet

    Il ne faut pas mésestimer le poids des notes dans le parcours d'un écrivain. Qu'il s'agisse d'essais, de préfaces ou de chroniques, ces textes parallèles esquissés le long de l'oeuvre en cours en disent long sur la circonférence de ses lectures, et donc sur sa profondeur de champ. En somme, les auteurs que l'on porte en soi façonnent autant notre réalité que notre environnement direct ou notre histoire personnelle.
    Dans le premier opus de son cycle critique « L'amitié des voix », et dans le prolongement de son précédent essai Amnésie du présent, Jacques Ancet réunit moins un panthéon d'auteurs qu'une colonne vertébrale, nécessairement subjective, d'oeuvres ayant soutenu sa voie : « une géographie de préférences personnelles qui s'étend sur près de quarante ans ». Car on n'écrit pas sans l'autre, et dresser la carte de ses voix d'écriture, c'est livrer un peu de soi-même.
    Pour ce volume, à travers les siècles, nous suivons un sillon majoritairement franco-hispanique qui va de Cervantes à Claude Simon via Quevedo, Mallarmé ou Maria Zambrano, sans oublier Borges. Quant à savoir qui s'exprime en marge de ces textes, c'est à la fois le poète, l'écrivain, le professeur, le lecteur, le traducteur, tant tout est intriqué dans l'acte littéraire.

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