Presses universitaires de Strasbourg

  • « Un événement n'est pas ce qu'on peut voir ou savoir de lui, mais ce qu'il devient ». Comme le suggérait Michel de Certeau dans La Prise de parole, les événements historiques sont de plus en plus souvent abordés à partir de leurs traces mémorielles, qui contribuent à construire et déconstruire leurs interprétations. Ce livre étudie la manière dont les oeuvres littéraires et cinématographiques enregistrent, transposent et transmettent des événements historiques en privilégiant avant tout la fiction. Les contributions réunies dans ce volume portent majoritairement sur les littératures française et francophone des xixe, xxe et xxie siècles, et traitent d'événements historiques comme les révolutions politiques, les répressions coloniales, les crimes contre l'humanité (traite, génocide) et les luttes sociales contemporaines.

  • L'un des signes distinctifs du xxe siècle est l'émancipation du silence dans l'écriture, le désir de comprendre l'écriture hors de la domination du logos. Il y va d'une métamorphose du silence dans l'écriture du xxe siècle et d'une métamorphose de l'écriture du xxe siècle par la densité nouvelle du silence. L'enjeu est celui d'une critique de l'écriture par le silence en vue d'une façon neuve de penser l'écriture. Cette recherche engage une tentative de définition de l'écriture au xxe siècle en termes de tension entre le mot et le silence. Les questions soumises au travail collectif sont nombreuses : quelle est l'origine (onto logique, métaphysique, historique) de l'ascendant du silence dans l'écriture du xxe siècle ? Quelle est la nature et la fonction de ce silence ? Pourquoi le silence tend-il à être, au xxe siècle, une limite à laquelle l'écrire ne cesse de se heurter et de se mesurer ? En quoi la question du silence pose-t-elle celle de la légitimité de l'écriture au xxe siècle ? Comment le silence s'incarne-t-il dans la matière verbale ? Une architecture bâtie en fonction des genres littéraires a paru la plus apte à mettre en relief la remarquable polysémie du silence inentendue jusque-là : est tour à tour étudié l'échange de substance entre roman et silence, théâtre et silence, poésie et silence. L'élargissement de la réflexion à la musique et à la danse s'impose de lui-même tant le silence acquiert au xxe siècle une valeur et une fécondité musicales et chorégraphiques fondamentales. S'impose aussi l'élargissement de la recherche au cinéma qui est indissociable d'une exploration des possibles du silence.

  • Destin extraordinaire que celui du mystère ! Secret à ses origines, puis extrêmement populaire au Moyen Âge et de ce fait interdit en France. Quasi oublié dans les siècles qui suivent, toujours repris, souvent trahi, le genre du mystère ressurgit en force à la fin du xixe siècle un peu partout en Europe, et semble toujours bien vivace en ce début du xxie siècle. Mais les spectacles pluriels qu'il désigne, les pratiques théâtrales qu'il implique, n'affichent plus qu'un lointain rapport avec les modèles antique et médiéval. De Dumas à Castellucci, de Lorca à Pommerat, de Claudel à Dario Fo, de Barnes à Tabori, quel sens faut-il donc donner au mot mystère ? Les formes modernes qui se développent depuis la fin du xixe siècle relèvent-elles du genre du mystère ? Et d'ailleurs, est-on fondé à parler de genre ? Si les mystères antiques, réservés aux seuls initiés, ont gardé nombre de leurs secrets, les travaux des spécialistes du Moyen Âge ont éclairé les formes et les enjeux didactiques et spectaculaires des mystères médiévaux. Il manquait une étude générale sur les formes modernes, voire contemporaines, du mystère en Europe. C'est désormais chose faite. Des chercheurs français et étrangers issus de plusieurs disciplines, des praticiens du théâtre, des romanciers se sont attachés à comprendre la pérennité du mystère jusqu'à nos jours, à en cerner les déclinaisons et réinvestissements, tout en faisant apparaître les enjeux que lui confère la modernité.

  • Le xixe siècle, siècle de la gastronomie ? La Révolution qui lui donne naissance est, quoi qu'il en soit, également culinaire. Le Bourgeois s'empare de la table laissée vacante par l'Émigré, et fait du « ventre en majesté » l'indice de sa conquête sociale. Aiguillé par le nouveau discours gastronome et la diététique qui en découle, l'artiste - et en premier l'homme de lettres - semble quant à lui considérer sous un jour nouveau l'innutrition à l'origine de ses oeuvres. Des Carnets de Joseph Joubert aux variations littéraires autour du Hungerkünstler, du Traité des excitants modernes de Balzac à la « gourmandise » salvatrice de Gide, l'art du xxie siècle interroge le lien entre rythme de la création et rythme de la nutrition. Parallèlement, la « physiologie du goût » inspire le discours critique, et fournit un nouveau paradigme pour dire le Beau en l'associant au Savoureux, louer ou disqualifier les oeuvres en fonction de leur rapport à la nourriture. C'est cette « cuisine de l'oeuvre » qu'abordent ici spécialistes de la littérature et historiens de l'art, en tentant de cerner un art de se nourrir où dialoguent discours esthétique, médical et politique.

  • Proposer un panorama des virtualités allégoriques de l'estomac au xixe siècle : tel est l'objectif de cet ouvrage collectif qui, à l'opposé d'une exhaustivité potentiellement redondante, fait le pari de l'ouverture suscitée par des approches différenciées. Les contributions de chercheurs en littérature, philosophie, histoire et histoire de l'art mettent en lumière ce que l'estomac pouvait incarner et pourquoi il pouvait constituer un trope privilégié pour dire le xixe siècle. De cette enquête ressort la profonde ambivalence axiologique de l'estomac, mais aussi sa « plasticité argumentative », caractéristique, selon Judith Schlanger, des représentations organicistes. Emblème de la caricature et support de la satire, l'estomac est également une figure clé dans la formulation d'un système de pensée ou dans l'élaboration d'une poétique, au point d'apparaître comme une figure caractéristique d'un siècle que l'on qualifie volontiers de matérialiste.

  • Les auteurs de ce recueil cherchent à mesurer l'apport et à interroger les principaux acquis de deux décennies de recherches sur l'expérience des femmes voyageuses et sur leurs différents témoignages littéraires, qu'ils relèvent de la production imprimée ou des écritures intimes. L'analyse porte d'abord sur les ambiguïtés du regard féminin, à la fois caractérisé par une forme d'empathie pour l'Autre, spécialement pour la femme autochtone ou indigène, et simultanément porteur de préjugés de type national ou de type colonial sur les pays visités et sur leur société. Se trouve questionnée ensuite la manière dont ces femmes accèdent, au sein de l'espace public, à une visibilité et à une dignité nouvelles, en tant que femmes auteurs et en tant que sujets, grâce à des formes renouvelées de l'écriture viatique (qu'elle soit simple passe-temps ou témoignage élaboré) et grâce aux épreuves et aux difficultés que suppose la pratique même des voyages. Les sujets choisis concernent la période contemporaine, depuis les Lumières et le romantisme jusqu'au milieu du xxe siècle, et traitent le voyage comme démarche d'émancipation (comtesse d'Agoult ou personnages féminins des romans de George Sand) et comme démarche de connaissance (regard des Anglaises sur l'Algérie coloniale, reportages aux États-Unis de journalistes ou d'enseignantes), avec ses succès et aussi ses faux-semblants.

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