Presses universitaires de Paris Nanterre

  • Maurice Blanchot et Emmanuel Lévinas ont marqué toute une génération d´intellectuels comme Gilles Deleuze, Michel Foucault ou Jacques Derrida. À travers la question du corps, de l´éthique, de l´amitié, du judaïsme, et du langage philosophique et littéraire, cet ouvrage tente de mieux faire comprendre la complexité de leurs questionnements et l´influence qu´ils ont pu exercer sur la pensée française du XXe siècle. Au-delà de l´hommage lié aux centenaires des naissances de Lévinas (1906) et de Blanchot (1907), c´est toute la question des points de convergences et de dissemblances entre ces deux penseurs qui est abordée ici. Cet ouvrage a été particulièrement soutenu par l´Association pour la Célébration du Centenaire Emmanuel Lévinas (ACCEL), le Ministère de la Culture et par l´UNESCO dans le cadre de la Journée mondiale de la Philosophie organisée en novembre 2006.

  • La collection est l´une des grandes passions du XIXe siècle. Elle prend les formes les plus diverses : accumulations sérielles souvent qualifiées de manies (des porcelaines aux timbres-poste) ; collections de livres, d´autographes, d´estampes, à visée plus érudite ; collections sélectives d´objets d´art ; compositions décoratives fondées sur le seul goût personnel. L´essor et la démultiplication des pratiques de la collection manifestent l´évolution du rapport que l´individu entretient avec les objets (la prolifération des artefacts est contrebalancée par la valorisation symbolique d´un petit nombre d´entre eux), et témoignent aussi d´une inscription repensée dans l´histoire, à travers la reconfiguration de ses traces. Des compilations documentaires établies par les historiens romantiques au symbolisme fin de siècle, l´histoire des genres littéraires permet d´esquisser une véritable poétique de la collection au XIXe siècle. En relation avec les pratiques connexes de la bibliophilie et de l´archéologie, l´évolution de l´histoire se fonde sur l´élargissement de la notion de « document », jusqu´au « document humain » des écrivains naturalistes. L´étude d´un vaste corpus de romans (Balzac, Champfleury, Flaubert, les Goncourt, Zola, Husysmans) permet par ailleurs de voir comment s´opère la gestion de larges systèmes d´objets : atrophie de l´intrigue au profit de structures sérielles, stylistique descriptive de la liste, dont on esquisse ici une typologie. Enfin, à partir de la révolution du poème en prose, la poésie moderne reflète une esthétique du décoratif où l´attention se déporte du sujet lyrique vers l´espace ornemental qu´il habite : précieuse grotte de l´intimité où rayonne finalement le mot bibelotisé (Baudelaire, Mallarmé, Montesquiou, Rodenbach).

  • Dans Le Pas au-delà, Maurice Blanchot fait le constat suivant : « Derrière le discours parle le refus de discourir, comme derrière la philosophie parlerait le refus de philosopher : parole non parlante, violente, se dérobant, ne disant rien et tout à coup criant. » Cette résistance de Blanchot à l´égard de la philosophie montre les limites de la qualification d´une oeuvre, qu´elle soit philosophique, littéraire ou poétique. L´écriture philosophique est-elle plus ou moins philosophique dans le fragment d´Héraclite, le système d´Hegel ou l´aphorisme de Nietzsche ? De tout cela, Blanchot semble se moquer. Et qu´importe de savoir si Blanchot est philosophe. Notre intention dans cet ouvrage est ailleurs. Elle est dans le souhait d´interroger le « et », chacun avec ses lectures et ses convictions. Ce « et » dans Blanchot et la philosophie, faut-il l´envisager comme une addition, une disjonction, une impossibilité, un ou bien ou bien, un ni ni, une localisation... ? Où est Blanchot en fin de compte ?

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