Presses universitaires de Lyon

  • Au xixe siècle, les poètes s'interrogent avec insistance sur la part féminine nécessaire à la création, dans une période d'intense renouvellement de la poésie, mais aussi de redéfinition de la place des femmes dans la société cl la culture. « Elle était la poésie sans lyre », dit Raphaël chez Lamartine, à propos de la tomme aimée. « Sans une espèce d'androgynéité », écrit Baudelaire, « le génie le plus âpre et le plus viril reste, relativement à la perfection dans l'art, un être incomplet ». Pour Rimbaud : « La femme sera poète, elle aussi ! La femme trouvera de l'inconnu ! » Tandis que dans les Cinq grandes odes de Claudel, la Muse rappelle au Poète que « ce n'est pas avec l'encre et la plume que l'on fait une parole vivante ! », et lui demande : « Quel compte donc fais-tu des femmes ? » De Musset à Claudel, c'est en effet dans le dialogue avec une Muse désormais au singulier que le Poète se représente. Pourtant, dans le même moment, les évocations poétiques de figures féminines et de l'amour se font souvent ironiques, violentes, transgressées et dérangeantes. Pourtant, très peu de femmes poètes sont retenues par l'histoire littéraire pour ce même xixe siècle. Les contributions réunies ici s'attachent à relire l'histoire poétique du xixe siècle le du point de vue de la différence des sexes, et envisagent l'ensemble des aspects de la relation masculin/féminin dans ses implications poétiques, culturelles, sociales et idéologiques. On trouvera, après des réflexions générales sur le traitement de la différence des sexes dans la langue, dans la réception critique et dans l'écriture poétique, des études de figures mythiques comme celle de la Muse, ainsi que d'oeuvres et de situations singulières d'écrivains hommes et femmes, dans un parcours allant d'un tournant du siècle à l'autre, des poétesses de l'Almanach des Muses à Guillaume Apollinaire.

  • L'événement, naguère exclu de l'historiographie, est depuis quelques années réhabilité par les spécialistes des communications de masse, les sociologues et les historiens du présent. Les approches nouvelles, suscitées par l'analyse de la presse moderne et de la télévision, peuvent-elles être tentées sur un événement ancien ? Le « coup de canif » porté par Damiens à Louis XV le 5 janvier 1757 a déclenché, dans la France de l'époque, une réponse sociale, un ensemble de réactions dont les gazettes politiques, les gravures, les pièces imprimées ou manuscrites parues à cette occasion, les correspondances et les mémoires des contemporains nous conservent la trace. L'analyse aussi exhaustive que possible de ce texte riche et multiforme permet l'observation clinique d'une société dans un moment de crise. L'événement cesse d'être cet énoncé objectif qui paraît s'imposer, depuis son irruption dans le temps, à une mémoire simplifiée. Il redevient, saisi dans son origine et son développement, ce qu'il a d'abord été, la production des divers discours qui l'investissent, le narrent, l'interprètent et finalement l'absorbent. On ne veut donc pas ici élucider un fait historique, mais dégager les conditions dans lesquelles les moyens d'information courants, au xviiie siècle, toutes les instances de la parole sociale traitent et disent l'événement, les contraintes narratives, idéologiques, qui l'informent et en rendent l'énonciation possible. A l'occasion de l'attentat de Damiens, un coup de sonde dans la France d'Ancien Régime : les stéréotypes de sa vérité officielle, mais aussi la violence secrète qui la travaille, l'obsession refoulée de la mort du Roi.

  • Tout au long du xixe siècle, les femmes consacrèrent d'innombrables ouvrages de fiction à un jeune lectorat féminin. Assumant de la sorte les responsabilités éducatives qui leur étaient conférées, elles firent des écrits pour l'enfance et la jeunesse le domaine privilégié de l'activité littéraire féminine. Devoirs d'écriture est la première étude critique d'ensemble consacrée à ce pan d'une histoire littéraire méconnue qui mérite d'être abordée non seulement pour les liens qu'elle entretient avec l'histoire de l'éducation ou celle du livre et de la lecture, mais surtout pour ce qu'elle révèle d'une histoire des femmes qu'elle contribue à transformer. L'ouvrage rend compte des modes d'écriture les plus représentatifs de ce vaste corpus et, ce faisant, propose une réflexion sur les phénomènes de sexuation à l'oeuvre dans une production littéraire à la fois normative et déstabilisatrice. Robinsonnades et des récits de voyages imaginaires révèlent la difficulté à maintenir les héroïnes dans les confins d'univers domestiques. Les récits à la première personne signalent la difficulté qu'il y a à faire parler la petite fille, et plus encore la jeune fille, sans invoquer des processus d'individuation qui vont à l'encontre des modèles prescrits du comportement des femmes et des filles. Par ailleurs, les contes ou petits romans témoignent de l'existence d'échappées ludiques et de projets esthétiques novateurs. Les romans, quant à eux, soumis à des fins édificatrices censées conjurer les dangers de la lecture, présentent aux lectrices des parcours de vie aux scénarios limités. Et pourtant, comme le montre l'analyse des romans de Zénaïde Fleuriot qui clôt cette étude, les méandres de la fiction au long cours mettent en lumière les paradoxes et les aspirations qui constituent les univers des femmes au xixe siècle. Si ces ouvrages de fiction offrent des modèles d'écriture prescriptifs, ils cultivent aussi le détachement critique dans des jeux de représentations dont Devoirs d'écriture souligne l'importance pour l'histoire des femmes au xixe siècle.

  • Au tournant des xviiie et xixe siècles, l'apprentissage des savoirs se transforme considérablement et s'accompagne d'une redistribution des champs de la connaissance. La notion de « savoirs » s'en trouve par là-même modifiée. Cet ouvrage étudie l'évolution des savoirs, à la fois dans le domaine des sciences humaines qui émergent alors, comme l'anthropologie ou la géographie, et à partir de connaissances plus diffuses, à la limite parfois du scientifique et du magique, telles les expérimentations faites sur l'électricité. Le xviiie siècle, qualifié avec raison d'âge des dictionnaires, est une période où l'on se passionne pour la mise en ordre de l'univers et pour l'établissement de nomenclatures. L'Encyclopédie de Diderot est le témoignage le plus brillant de ce nouvel état d'esprit. Au xixe, cet encyclopédisme raisonné continuera de nourrir les principaux courants intellectuels, des saint-simoniens aux penseurs catholiques.

  • L'ensemble des articles composant cet ouvrage concerne l'idéologie et la mythologie de la femme au xixe siècle. La première partie résulte des travaux, à la fois personnels et collectifs, du Centre d'Études « Littérature et idéologies au xixe siècle » de l'Université de Lyon II, qui s'est intéressé plus particulièrement à l'idéologie de la femme dans l'histoire écrite, dans la littérature et dans le journalisme ; la seconde partie est liée à l'enseignement donné en Licence à l'Université de Lyon II : elle retrouve les mêmes thèmes, mais transmués dans l'ordre du discours romanesque balzacien (La Fille aux yeux d'or).

  • Comment la lecture d'un roman peut-elle intervenir dans nos émotions, nos systèmes de valeurs, nos relations privées ? Comment la critique littéraire nous y prédispose-telle ? Quelles images attendons-nous et rencontrons-nous dans le texte d'une fiction et en quoi contient-il un message ? Ce sont quelques-unes des questions qu'envisage cet ouvrage à partir de documents largement cités (correspondances privées, presse littéraire, textes polémiques, illustrations, etc.) et à propos d'un livre qui fit fureur à l'époque des Lumières : La Nouvelle Héloïse de J.J. Rousseau. L'enquête se place du point de vue de la communication et de la réception. Elle propose les éléments d'une théorie de la lecture.

  • Dans la seconde moitié du xviiie siècle, en Grande-Bretagne, sous l'influence des travaux des philosophes empiristes et des théoriciens du sublime, une partie de l'ancienne rhétorique se recompose, à travers le questionnement des figures, en une nouvelle « poétique des passions » de laquelle sortira le « premier romantisme ». Pour comprendre cette évolution, Catherine Bois nous fait voir les connexions denses et complexes qui, dans les textes littéraires et critiques, lient langage, raison et passion en un réseau où se réarticulent des enjeux rhétoriques essentiels depuis l'Antiquité. Pour elle, le langage lyrique investi par l'affect conserve, tout en les modifiant, certains usages et principes de la rhétorique générale. Organisé chronologiquement, l'ouvrage présente les sources théoriques de l'analyse, puis les confronte aux oeuvres poétiques de Thomas Gray, William Collins, William Blake, William Wordsworth, et de plusieurs poétesses britanniques du XVIIIe siècle.

  • « ... je ne te sais nul gré de faire de beaux vers. Tu les ponds comme une poule les oeufs, sans en avoir conscience (c'est dans ta nature, c'est le bon Dieu qui t'a faite comme ça) ». G. Flaubert à Louise Colet, 18 décembre 1853. « Ce poème (« La Servante ») est une mauvaise action, et tu en as été punie, car c'est une mauvaise oeuvre (...) tu as fait de l'art un déversoir à passions, une espèce de pot-de-chambre où le trop-plein de je ne sais quoi a coulé. Cela ne sent pas bon. Cela sent la haine ». G. Flaubert à Louise Colet, 9-10 janvier 1854. « Il ne faut se fier aux femmes (en fait de littérature) que pour les choses de la délicatesse et de la nervosité. Mais tout ce qui est vraiment élevé et haut leur échappe (...) En résumé, ne t'en rapporte jamais à ce qu'elles diront d'un livre ». G. Flaubert à Ernest Feydeau, 11 janvier 1859.

  • L'objet de ce livre est d'étudier les étapes de la transmission des connaissances aux xviiie et xixe siècles et d'observer dans quelle mesure elle s'est effectuée dans et par la littérature. Le xviiie siècle s'est intéressé aux sciences, mais cet intérêt était souvent associé à des pratiques de sociabilité mondaine et aristocratique. Rendre la science « populaire », c'était être capable de la rendre aimable auprès des gens du monde. L'intérêt pour les sciences est évidemment aussi l'une des grandes caractéristiques de la pensée des Lumières. Or l'étude de la diffusion des savoirs permet de voir à quel point le grand rêve encyclopédique initié en 1751 par Diderot et d'Alembert, se prolonge tout au long du xixe siècle. La Révolution ne marque pas un temps d'arrêt dans ce domaine. Bien qu'il existe pendant la Terreur une méfiance à l'égard du monde savant, la Révolution est surtout le moment où l'utopie d'une pédagogie des sciences destinée à tous, telle que l'avaient rêvée certains philosophes des Lumières, devient réalité. Les écrits de Condorcet consacrant la prééminence des sciences sur les belles-lettres, la fondation de l'École polytechnique et du Conservatoire des arts et métiers, la création de l'Institut en 1795, tout converge alors pour installer le savant au coeur de la cité et lui faire jouer un rôle social de premier plan. Bientôt se développent des journaux et des collections spécialisés dans la diffusion des sciences et des techniques pour le grand public. Le cercle de la transmission s'élargit considérablement : les amateurs éclairés du xviiie siècle cèdent la place à tous ceux, enfants, femmes et autodidactes issus des élites ouvrières, qui considèrent que l'émancipation sociale passe par le combat contre l'ignorance. De cet élan, de la conviction que le progrès des sciences entraîne le progrès moral et conduit au bonheur de l'humanité, la littérature se fait largement l'écho. Au xviiie siècle, on en trouve les premiers signes chez des écrivains comme Sade. Révéroni Saint-Cyr et Louis-Sébastien Mercier. Mais c'est au xixe siècle que la science entre vraiment dans les romans, d'abord par l'apparition de personnages de médecins, d'ingénieurs et de savants, puis par l'intrusion du discours savant dans le discours littéraire et, à l'inverse, du discours littéraire dans le discours savant. Nous avons donc analysé les modalités du discours permettant de relever les points de recoupement entre ces deux registres. Nous avons étudié les formes de la vulgarisation sur des exemples tirés des textes de presse, des correspondances privées et de la littérature enfantine. Et nous nous sommes attachés à quelques études de cas pour les domaines privilégiés de la vulgarisation scientifique : sciences naturelles, médecine et astronomie.

  • Cet ouvrage est issu du Colloque sur « Le Livre d'aventures dans la littérature populaire » (dont l'idée, à vrai dire, fut un héritage accepté), qui s'est tenu les 10 et 11 mars 1983 à l'École Nationale Supérieure des Bibliothèques de Villeurbanne. On verra que l'ouvrage développe l'idée d'aventure et son écriture dans le livre depuis le xviiie siècle jusqu'à la fin du xixe siècle. Ce champ limité était déjà fort vaste, et le xixe siècle du livre d'aventures le plus extensif ne pouvait qu'occuper une place primordiale. On ne s'étonnera donc pas que les aspects visuels et illustrés de l'aventure jalonnent cet ouvrage. L'aventure du roman d'aventures au xixe siècle n'est pas identifiable à celle de l'idée d'aventure ; l'idée d'aventure elle-même, dans son histoire écrite, n'est jamais tout-à-fait séparée de l'histoire du xixe siècle : on le verra peut-être. C'est assez dire que l'ensemble de ces études ne représente qu'un essai pour saisir conjointement l'idée d'aventure et l'idée de littérature populaire dans l'aventure du Livre au xixe siècle.

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