Presses Universitaires de France

  • Invités à s'exprimer au travers d'entretiens littéraires, les écrivains ont tendance à se réinventer une identité et un parcours. Déformation professionnelle ? Pas seulement : vu de plus près, on découvre qu'ils tendent tous à se rapprocher d'une image préexistante et légendaire de l'écrivain, et qui les légitimera. En étudiant les parcours respectifs des trois immenses romanciers américains que sont John Steinbeck, Ernest Hemingway et William Faulkner, l'auteure soulève le voile de la légende pour donner une description concrète de ces trois vies d'écrivains professionnels : les débuts, l'entrée dans la carrière, les succès, les échecs, les récompenses, les livres écrits les uns après les autres, l'organisation d'une vie privée qui facilite ou non cette vocation passionnée. Julia Kerninon met au jour la vie de labeur, de stratégie, de solitude et d'orgueil qui est la réalité de l'écrivain professionnel. Au-delà de la légende fascinante de l'écrivain en artiste incontrôlable et chaotique se cache la vérité d'un travail acharné et réfléchi, accompli dans le plus grand sérieux, envers et contre tous.

  • On ne résumera pas ici les contenus, qui sont ceux qu´on peut attendre d´une telle histoire de la littérature, depuis les épopées médiévales (La Chanson de Roland) jusque, pour ce premier volume de la série, aux Essais de Montaigne. L´important est de saisir l´esprit dans lequel ce livre a été élaboré.
    1. Il participe d´une histoire de la littérature française depuis les origines jusqu´à nos jours, conduite par un seul auteur - avec des collaborations de spécialistes selon les périodes considérées ; il s´agit donc d´un livre qui fait entendre une voix et présente l´histoire selon un regard.
    2. Il rend compte du rôle culturel de la littérature en présentant les auteurs dans le contexte de leur temps et de leur société, selon l´état des sensibilités et des pratiques artistiques et littéraires, dans une perspective d´anthropologie historique.
    3. Il donne à saisir la culture commune des oeuvres majeures, de façon à montrer comment celles-ci sont significatives, y compris dans leur originalité.

  • Dans la continuité du tome sur Le Moyen Âge et la Renaissance, ce deuxième volume offre un déroulé personnel de l'histoire littéraire de la France par le spécialiste qu'est Alain Viala. Accompagné de textes tirés des oeuvres les plus significatives mais aussi de documents d'époque, il se présente avant tout comme un récit dans lequel les oeuvres sont mises en relations avec les arts et les sciences. Il donne donc à voir la France de la dynastie des Bourbons au temps de son apogée, en se fondant sur les façons de penser et les modes de sociabilité, pour montrer le progrès des « lumières de la raison », de Descartes à Diderot, aussi bien que l'inventivité romanesque, depuis L'Astrée jusqu'aux Liaisons dangereuses, et la vitalité du théâtre, des tréteaux du Pont-Neuf à Beaumarchais, en passant par Molière, Racine et Marivaux.

  • L´oeuvre de Houellebecq regorge d´apparentes contradictions. L´objet de ce court essai est de les ana-lyser afin de montrer qu´elles peuvent pour une part se résoudre, notamment en puisant aux sources : les lectures de Houellebecq, ces « tiroirs » qui contiennent aussi bien des oeuvres de fiction que des écrits théoriques.
    Défilent ainsi, sur un rythme enlevé : Auguste Comte, Pierre Leroux, Tocqueville, Schopenhauer, Nietzsche, Montaigne, Victor Hugo, Camus, Balzac, Baudelaire, Proust et quelques autres.
    À quoi s´ajoutent des constats non moins stimulants, tel celui-ci : « On est arrivé à ce paradoxe que la gauche antilibérale en économie est devenue libérale en morale tandis que la droite libérale en économie s´est retrouvée antilibérale en morale. L´originalité de Houellebecq est qu´il est antilibéral en tout, ce qui le rend inclassable. »  

  • "Il ya quelque chose de démesuré et de prématuré à entreprendre une histoire de la rhétorique dans l'Europe moderne ... En France l'idée même que la rhétorique puisse être un objet d'un savoir historique et figurer parmi les méthodes d'enseignement et de recherche a rencontré et rencontre encore plus de résistances : une inertie et une indifférence générales ... Même sous des plumes autorisées, il est toujours courant de trouver le mot "rhétorique" employé dans le seul sens en usage dans notre langue depuis le XIXème siècle, celui de verbiage calculé pour voiler la vérité des sentiments de celui qui parle ou à déformer la réalité des faits dont il prétend faire état. A plus forte raison, est-il hors de question de prendre au sérieux des manuels ou une "histoire de la rhétorique". Autant faire l'histoire du mensonge ou de l'insincérité ! Comment délivrer la rhétorique de cette peau d'âne dont elle a été affublée, établir ses titres de noblesse européens et modernes, lui rendre une chance de redevenir vivante et active aujourd'hui ? Comment faire admettre que l'usage trivial du mot "rhétorique" nous cache une somme oubliée d'expérience et de connaissance des phénomènes de parole et que cet oubli nous est nuisible ? ...La meilleure manière de définir la rhétorique lorsque la résistance est si forte, est de la montrer telle qu'elle s'est manifestée, dans des époques relativement proches de la nôtre, en tout cas généalogiquement liées à la nôtre, où elle bénéficiait encore d'un statut pédagogique éminent, mais où elle était aussi la souche mère de la réflexion sur tout ce qui relie les hommes entre eux : les formes du commerce oral et écrit, les formes des arts ... La rhétorique n'a jamais été un système, mais une expérience réfléchie de la parole qui s'est appuyée sur une jurisprudence de très longue durée. Par définition, elle a une histoire, je dirais même qu'elle a des mémoires. Ses normes, quand elle en propose, s'appuient sur des exemples éprouvés qui laissent une marge généreuse à l'interprétation et à l'invention. C'est pourquoi elle a été si efficace dans la pédagogie de la parole et si mystérieuse dans les chefs d'oeuvre où elle s'accomplit en cessant de se montrer." Extrait de la Préface de Marc Fumaroli

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