• Axel Kahn est médecin généticien, entre autre ancien directeur de l'INSTITUT COCHIN puis président de l'Université Paris Descartes. Ses responsabilités à la tête de la Fondation Internationale du Handicap, du Comité d'Éthique de la Ligue du Cancer, du Comité de déontologie du Comité National Olympique et Sportif Français, ou du Comité d'éthique commun à l'INRA, au CIRAD et à l'IFREMER, lui confèrent une légitimité toute particulière en matière d'éthique. En 2019, le Parlement est appelé à débattre d'un projet de loi sur les questions de bioéthique. C'est à débroussailler les grands enjeux de cette échéance majeure, mais aussi à désacraliser un mot aux multiples significations, manifestations, questionnements, que s'emploie ce dialogue.

    Axel kahn est un scientifique, médecin généticien et essayiste français

  • Je n'ai foi que dans l'art et, sans lui, je suis perdu. Souvent, j'enferme des tableaux dans l'obscurité d'un container, durant de longues années. Que font les tableaux ainsi enfermés pendant tout ce temps, jusqu'au moment où ils se rappellent à mon souvenir en me faisant signe ? Rien ? Certainement pas, puisqu'ils ont su rassembler des forces pour attirer l'attention sur eux. Après avoir libéré la toile de l'obscurité, je la repeins et une transition s'opère vers un autre état. L'autodestruction a toujours été le but le plus intime, le plus sublime de l'art, dont la vanité devient alors perceptible. Quelle que soit la force de l'attaque, et quand bien même il sera parvenu à ses limites, l'art survivra à ses ruines.

  • L'art meurt du commentaire sur l'art. Le commentaire envahit tout - souvent, hélas, au détriment de l'oeuvre. Censée se suffire à elle-même, elle ne s'apprécie plus qu'assortie d'un discours. Pire : d'accessoire, le commentaire est devenu central - comme le pilier d'un art qui peinerait désormais à tenir debout tout seul ou qui, faute d'émouvoir, exigerait pour être senti filtres, écrans, médiations

  • Leçon inaugurale prononcée le 11 mars 2010 Chaire de Création artistique (2009-2010) Nous avons assisté depuis une quarantaine d'années à de singulières métamorphoses théâtrales : elles ont bousculé et renversé hardiment les traditions de l'art dramatique. Comment s'étonner qu'au milieu de tant de modèles divergents, le public parfois s'égare ? Que voit-il ? Est-ce encore du théâtre ? Il arrive qu'un spectacle fasse événement en divisant le public et la critique. Un camp attaque le réalisateur au nom de l'art assassiné, l'autre l'acclame au nom de l'art régénéré. Zola a donné, il y a plus d'un siècle, un conseil aux artistes : « Chaque fois qu'on voudra vous enfermer dans un code en déclarant : ceci est du théâtre, ceci n'est pas du théâtre, répondez carrément : "Le théâtre n'existe pas. Il y a des théâtres et je cherche le mien." »

  • Tout au long de son évolution architecturale et stylistique, le jardin n'a cessé de refléter une vision du monde en s'approchant d'un idéal de vie. À l'origine espace enclos, le jardin change d'échelle au xxe siècle, mû par la conscience d'une finitude écologique : il devient planétaire. Pour préserver cet espace soumis aux lois du marché et de la croissance à tout prix, le jardinier doit se mettre à l'écoute du génie naturel : imaginer, réaliser et entretenir le jardin dans son aspect dynamique, en respectant le développement des espèces et leurs migrations.

  • Les oeuvres d'art acquièrent du sens précisément parce qu'elles offrent une expérience qui nous conduit au-dehors, au-delà du périmètre de nos existences concrètes, connues et descriptibles, là où les signes n'ont pas encore été tournés en symboles et où il n'y a pas de vocabulaire descriptif ; elles frappent à la porte de la non-connaissance, mais aussi du non-connaissable. La relation étroite entre la matière, le langage et la pensée permet aux artistes de changer les formes matérielles et, ainsi, de créer des pensées et des émotions nouvelles. Ce lien essentiel est le fondement de la pratique de la sculpture ; c'est ce qui en fait une forme puissante et pertinente de l'expression artistique.

  • Que nous apprennent la physique et la chimie sur le sourire de la Joconde ? Des techniques d'analyse performantes, mobiles et non invasives, utilisant des rayons X, des lasers ou la lumière ultraviolette, visible et infrarouge, permettent aujourd'hui de mieux comprendre le rôle des matières et des techniques picturales dans la création artistique. Elles contribuent également à l'expertise et à la restauration des oeuvres, notamment pour reconstituer l'éclat des couleurs d'origine. Indissociable d'une démarche pluridisciplinaire, la physico-chimie nous fait remonter le temps et nous livre les secrets d'atelier des artistes, allant jusqu'à reconstituer le geste créateur.

  • Le travail crée et transforme le monde social. Son incarnation la moins prévisible et la plus admirée, l'invention artistique et scientifique, semble défier l'analyse causale et les régularités statistiques. Bien plus que l'exploration des processus conscients et infraconscients de l'inventivité individuelle, c'est l'écologie sociale du travail créateur qui donne prise à l'analyse sociologique. Celle que propose Pierre-Michel Menger distingue trois caractéristiques essentielles : une différenciation illimitée des productions, des mécanismes de concurrence exploitant l'incertitude de la réussite et une concentration disproportionnée des gains et des réputations.

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