Manucius

  • Si l'importance de la rupture artistique apportée par Yves Klein (1928-1962) avec sa «révolution bleue», est largement reconnue, les interprétations de sa démarche se multiplient et se perdent bien souvent dans les méandres de la psychologie, de la religion, voire de l'obscurantisme. Alors que le projet de l'artiste s'éclaire si on veut bien analyser son oeuvre fulgurante et ses écrits multiples, et les inscrire dans leurs rapports à l'histoire de l'art. Cet ouvrage défend une thèse forte, à savoir que l'oeuvre de Yves Klein achève la déconstruction du dispositif de la représentation et de la perspective héritée du Quattrocento, déconstruction commencée avec l'impressionnisme. Yves Klein clôture cette critique en immatérialisant le tableau, cette «geôle» des couleurs et cette prison de la sensibilité. Du même coup, il abandonne la structure ternaire (modèle/toile/regard) qui soutient tout le dispositif de la représentation, au profit d'une structure binaire, celle du Vide et de la Vie ou de la Nature et du Sujet. En mettant fin de façon radicale à la représentation, Klein inaugure l'ère de l'a-représentation, de la post-représentation. Il invite à la construction d'une nouvelle forme symbolique en art, voire au-delà, et en explore les multiples potentialités avec le théâtre du Vide, l'immatériel ou l'architecture de l'air et du feu.

  • Le souci de l'art tel que Levinas nous invite précisément à le penser dans ses formes héritières du chaos, à peine pensables, à peine avouables, représente un moment décisif de la réflexion esthétique de la seconde moitié du XXe siècle. À la fois témoignage, philosophie critique et horizon de vérité qui viendraient comme dissimulés sous les oripeaux de l'intériorité. Les textes réunis dans ce volume tentent chacun une incursion dans une région de la pensée de Levinas qui ne se laisse pas réduire à des figures ou à une théorie critique. Nous avons tenu à ce que figurent des textes portant autant sur la littérature et la poésie que sur la peinture, voire la musique, tant deux de ces domaines - la littérature et la poésie - échappent pour Levinas au jugement sévère et à la méfiance éthique qu'il affiche dès lors qu'il est question d'art, comme objet qui s'érige en vrai sans le recours au verbe et à la parole.

  • Cinéma

    Elie Faure

    Elie Faure [1873-1937] médecin, historien, essayiste, est surtout connu pour sa monumentale Histoire de lart en sept tomes (1909-1927). Mais il était aussi attentif au devenir prochain de notre civilisation quil voyait entrer sous lemprise définitive de la machine, destin quil ne déplorait pas, bien au contraire, il y saisissait laurore dun nouveau cycle civilisationnel - fin de lindividualisme et entrée dans un modèle plus collectif dont la machine fournira le modèle et les moyens - et dont le cinéma pourrait en devenir lart emblématique de par sa proximité native avec la machine et de par le caractère essentiellement massif de sa diffusion. Il fut lauteur du premier grand article théorique sur le septième art en 1920: «De la cinéplastique».
    /> Ses écrits sur le cinéma, bien connus des cinéphiles et abondamment cités dans la littérature spécialisée, sont disséminés dans lensemble de ses textes.
    Ils furent partiellement réunis, seize ans après sa mort, en 1953, sous le titre Fonction du cinéma, aux éditions Plon, puis réédités (revus et augmentés) par les éditions Gonthiers, «Bibliothèque Médiations», sous le même titre en 1964. Depuis lépuisement de cette dernière édition, les écrits sur le cinéma dÉlie Faure nétaient plus disponibles, sauf pour De la cinéplastique, paru aux éditions Séguier en 1993.

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