Les presses du réel

  • Voici le récit, par son ami Francesco Bonami, du parcours de l'artiste italien, une des plus grandes figures du monde de l'art. De ses débuts dans les milieux populaires de Padoue, dans les années 1960, à l'annonce de la fin de sa carrière d'artiste, associée à la rétrospective qui lui a été consacrée en 2011 au Guggenheim, à New York, sont évoquées la genèse de ses grandes oeuvres et sa propre réaction au monde de l'art, et aux exigences liées à l'identité d'artiste.


    « Je suis Maurizio Cattelan » a déjà eu de multiples occurrences, quand tel ou tel endossait, pour des entretiens ou des conférences, la « personna » de cet artiste italien abonné des magazines, des collectionneurs et des rumeurs les plus enthousiastes du monde de l'art.

    Francesco Bonami a pris les commandes - comme un pirate qui détourne l'avion en vol - du jet(set) de la Cattelan Air, pour une autobiographie non autorisée, où le rusé commissaire d'exposition tient le « je » de l'artiste en haute estime au point d'écrire sans filet ses faits et gestes depuis l'enfance à Padoue jusqu'à sa récente démission de l'art après une rétrospective magistrale au musée Gugenheim de New York.

    à 52 ans, Cattelan met un point final (?) à une carrière brillante, ponctuée d'oeuvres dérangeantes, polémiques et poétiques à la fois.

    Bonami, son ami, le considère pour ce qu'il est ; un artiste né pauvre dont la success story est restée sous contrôle - hinterland italien aidant.

    « J'ai été Maurizio Cattelan » le temps d'un court livre qui dévoile des moments furieux quand j'ai dû faire le choix du gendarme ou du voleur, de la maman ou de la putain, du clown blanc ou de l'amuseur public, quand j'ai eu l'idée de devenir artiste d'art contemporain - cette discipline qui permet tout et son contraire, qui autorise, parfois, tout un chacun à frôler les sommets sans périr foudroyé, qui a su, il y a si longtemps, créer les conditions d'un bouleversement du monde, et qui a échoué en fin de compte.

    Heureusement...

    « Je deviendrai Maurizio Cattelan » si Dieu le veut et si Francesco Bonami le souhaite encore. Le reste est déjà une légende urbaine qui s'étudie dans les classes propédeutiques.

    Il aurait pu s'endormir dans les délices de Padoue, il en a juré autrement ; aujourd'hui, Maurizio Cattelan, qui a repris son nom véritable, officie incognito aux commandes de la plus belle boutique de la ville ; un magasin général.


     

  • Gerhard Richter est un immense artiste. C'est surtout un grand peintre d'Histoire dont l'oeuvre, déjà si accomplie, sort régénérée de la lecture de ce livre. Soit une enquête au coeur du système nazi de stérilisation et d'euthanasie des « faibles d'esprit » : une entreprise criminelle épouvantable dont sera victime la jeune tante du peintre. Celle-là même avec qui il figure, à l'âge de quatre mois, dans son célèbre tableau Tante Marianne peint en 1965 à partir d'une photographie prise en juin 1932, déclarée schizophrène et à l'élimination de laquelle participera comme médecin accoucheur et SS-Obersturmbannfürher le futur beau-père de Richter, Heinrich Eufinger, dont il épousera la fille Ema en 1957 - sans conscience ou connaissance de l'extraordinaire entrelacement des faits que relate l'ouvrage.

    Voilà Richter rattrapé aussi par l'histoire : songeons à l'exil forcé de David ou à la fuite économique contrainte de Courbet, l'homme des allégories réelles, à qui l'on facture abusivement le rétablissement de la colonne Vendôme. Le premier est déclaré régicide, le second est un actif sympathisant de la Commune : c'est leur personne et la fin de leur carrière artistique qui sont concernées. Alors qu'avec Richter, à qui l'on doit en 1988 le fulgurant cycle pictural chroniquant à distance la fin des chefs de la Fraction Armée Rouge à la prison de Stammheim, c'est sa production de tableaux du milieu des années 1960 qui se voit reprise, obligeant salutairement à revoir l'approche de la totalité d'un travail qui n'est sûrement pas réductible à un discours conceptuel sur les styles ou à la seule délectation formelle.

  • Autoportrait

    Hans Hartung

    Quand il est publié en 1976, le récit autobiographique du peintre abstrait franco-allemand Hans Hartung (1904-1989) intitulé Autoportrait donne le sentiment d'un recueil vivant et parfois un peu décousu de souvenirs personnels et de propos esthétiques. Le livre, qui ne connaît pas en France le succès escompté, est très vite soldé et disparaît des librairies... Cependant, il continue de faire son chemin parmi les spécialistes et les amateurs de Hartung ainsi que parmi les historiens de l'art, lesquels se passionnent pour une vie extraordinaire et romanesque, avec ses échecs initiaux et ses succès mondiaux, ses intuitions picturales visionnaires, ses traumatismes de guerre, sa puissante relation avec Anna-Eva Bergman et bien d'autres choses encore. L'Autoportrait sert obstinément de référence et de source. Si sincères soient-elles, ces mémoires rédigées alors que l'artiste a plus de 70 ans ne sont pourtant pas toujours fiables, loin de là. Il était donc urgent de publier à nouveau ce texte avec un appareil de notes qui l'éclaire, l'affine, le contredit parfois. Cette édition critique s'appuie principalement sur l'étude et le traitement du gigantesque fonds d'archives sur Hartung, conservé à Antibes, dans la Fondation qu'il avait lui-même appelée de ses voeux. C'est son équipe - Marianne Le Galliard, Elsa Hougue, Thomas Schlesser, Jean-Luc Uro - qui a mené cette enquête, afin de mieux cerner l'existence et l'oeuvre d'une des plus singulières figures d'artiste du XXe siècle.

  • Bien que Richter se soit exprimé à maintes reprises par la parole et l'écrit, jusqu'à présent il s'est toujours montré réservé quant à la publication de ses textes. Hormis de nombreuses interviews, seuls quelques fragments de textes isolés ont été publiés ici et là.

    Outre ses notes et extraits de journal écrits au fil des mots, trouvera-t-on des essais, des lettres, prises de positions et déclarations, manifestes, entretiens, conversations et dialogues.

    Les notes écrites de Richter accompagnent l'acte de peindre, elles le mettent en question et subissent même son correctif. Au lieu d'un texte anticipatoire et explicite, apparaissent une pensée synchrone et une réflexion ultérieure, raisonnée au sens le plus littéral du terme, où le réfléchir sur soi-même est le prolongement du doute.

    Comme nul autre artiste contemporain, Richter s'interroge sur le possible et l'impossible, sur la fonction et l'autonomie de l'art actuel.

  • Stefan Banz rassemble des preuves et des documents jusqu'alors inconnus sur l'émergence, la disparition et la réception du célèbre readymade de Marcel Duchamp, Fontaine, et offre une perspective nouvelle sur cette oeuvre qui apparaît comme la plus importante du XXe siècle.
    Stefan Banz examine en détail les cinq différentes répliques de Fountain réalisées en 1918, 1938, 1950, 1963 et 1964. Cette oeuvre questionne la question de l'auteur et elle est posée pour la première fois dans l'histoire par des moyens artistiques.
    On découvre dans son étude que l'urinoir des deux photographies de Roché de 1918 n'est pas le même modèle que celui de la célèbre photographie de Stieglitz de 1917 : l'urinoir des photographies de Roché peut être clairement identifié à un modèle commercial, tandis que celui de la photographie de Stieglitz ne peut être identifié à aucun modèle industriel. Dans ce contexte, l'auteur propose également une nouvelle théorie sur l'origine réelle de cet urinoir qui est aujourd'hui considéré comme le célèbre « original » disparu de Fountain.
    On y trouve aussi des indices sur la raison pour laquelle Duchamp a signé cette oeuvre avec le pseudonyme R. Mutt.
    Les sources et les documents de cet ouvrage prouvent aussi que la proposition d'Irene Gammel, de Glyn Thompson et surtout de Siri Hustvedt concernant l'implication de La Baronne von Freytag-Loringhoven dans la conception de Fountain est plus qu'improbable.
    Curieusement c'est Francis Naumann, le plus célèbre spécialiste américain de Duchamp, qui s'est involontairement trouvé à la base de cette fausse nouvelle, en essayant, en 1994, d'améliorer le travail artistique de la Baronne dans son célèbre livre New York Dada 1915-23 (également par intérêt personnel, car il est aussi marchand d'art et possédait de nombreuses oeuvres de la Baronne). Il lui a attribué par exemple, comme co-autrice, le Readymade God de Morton Schamberg de 1917 (aujourd'hui au Philadelphia Museum of Art), qui représente en quelque sorte une réaction à Fountain.
    Quand Irene Gammel (qui a écrit une monographie sur la La Baronne von Freytag-Loringhoven) a lu ce texte en 2001, elle a poussé l'allégation jusqu'à à prétendre (sans avoir de preuve) que la Baronne pourrait aussi être l'auteur de Fountain de Duchamp. Et l'idée fait son chemin, reprise entre autres par la femme d'une superstar (Paul Auster), et la fausse nouvelle se répand sur Internet, appuyée par la vague de #metoo.

  • Première édition critique des écrits de Lucio Fontana (1899-1968), figure incontournable de l'art italien des années 1950 et 1960, fondateur du spatialisme et auteur des Concetti spaziali (Concepts spatiaux), cette anthologie inédite réunit les manifestes, textes et entretiens de l'artiste. Chaque écrit est contextualisé par une introduction et annoté afin de donner au lecteur des clefs de compréhension.

    Cette édition est précédée d'un essai qui s'attache à analyser et à relire l'oeuvre de Lucio Fontana en mettant en dialogue sa part textuelle et ses réalisations plastiques dans la perspective de saisir la diversité de ses modes d'expression (peinture, sculpture, céramique, environnement) dans le contexte de la création européenne et américaine de la seconde moitié du XXe siècle.

  • God is a well-known assemblage from 1917 by Morton L. Schamberg, an artist who is largely forgotten today and who died of the Spanish flu just about one year after it was created, at the age of 37. The work itself probably only survived because it somehow found its way into the famous collection of Louise and Walter Arensberg and thus finally came into the possession of the Philadelphia Museum of Art in 1954, where it was exhibited for the very first time that same year. Schamberg's authorship of this unusual object, which consists of a drain pipe screwed onto a miter box, was only questioned when the well-known Dada scholar Francis M. Naumann suddenly speculated in 1994 in his book classic New York Dada 1915-23 that this readymade, as Marcel Duchamp called it, was more a work of Baroness Elsa von Freytag-Loringhoven than one of Morton L. Schamberg. In doing so, he had brought a whole phalanx of feminist forces to the scene, who also took his arguments as a starting point to deny Marcel Duchamp the authorship of his most famous readymade Fountain by Richard Mutt and at the same time tried with a great deal of imagination to ascribe this to the Baroness as well. The present study now attempts to put the authorship of God back into perspective with the help of new sources and to explain why this is actually a work by Morton L. Schamberg.

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