Éditions de la Maison des sciences de l'homme

  • Au début des années 2000, le musée des Beaux-Arts de la Ville de Strasbourg eut à répondre à plusieurs demandes de restitution. C'est dans le sillage de ces affaires que l'institution entama un travail pionnier de recherche sur la provenance des oeuvres conservées dans sa collection. Après sa phase de création et sa refondation soutenue par Wilhelm von Bode de 1889 à 1918, puis la période de l'Alsacien francophile Hans Haug entre les deux guerres, les années 1940 à 1944 ont marqué en effet une étape cruciale dans la constitution de ses fonds artistiques. Le régime nazi confie alors la direction du musée à l'historien de l'art Kurt Martin : déjà à la tête de la Kunsthalle de Karlsruhe depuis 1934, il est nommé administrateur général des musées d'Alsace et de Bade en 1940. C'est le parcours de cette personnalité complexe à travers une époque régie par la contrainte et l'idéologie que Tessa Friederike Rosebrock s'attache à éclairer ici, tout en analysant l'ambitieuse politique d'acquisitions qu'il mit en oeuvre à Strasbourg au cours de la Seconde Guerre mondiale. Dans le portrait d'un homme et de ses actions, l'histoire tourmentée des institutions artistiques de part et d'autre du Rhin dans les années 1940 et l'immédiat après-guerre se fait jour. Sources et documents inédits racontent dans le détail la vie du musée, les achats et les réseaux sur lesquels Kurt Martin s'appuie, le transfert de la collection dans des dépôts sécurisés allemands à la fin de la guerre et sa réinstallation au palais Rohan à Strasbourg après 1945. Cet ouvrage nous invite donc à porter un regard neuf sur l'histoire et les histoires dans lesquelles toute oeuvre de musée se trouve prise.

  • Depuis une vingtaine d'années, le tatouage est devenu omniprésent dans les sociétés occidentales : il décore les peaux, défraie la chronique, préoccupe les chercheurs. Or les études de ces derniers font la part belle aux significations que les personnes tatouées attribuent à leur modification corporelle sans jamais se pencher sur le pendant professionnel de cet engouement, pourtant visible à travers l'efflorescence des studios de tatouage. Qui sont les tatoueurs ? Des artistes ? Des artisans ? Leur travail répond toujours à une double nécessité : satisfaire les désirs d'une clientèle désormais majoritairement profane tout en réalisant les « plus beaux » tatouages. Mais quels critères, notamment esthétiques, guident la réalisation et l'exécution d'une image encrée ? Comment les professionnels de l'encrage négocient-ils avec les hommes et les femmes qui viennent leur soumettre leur projet ? En examinant les processus de production des tatouages, cet ouvrage met au jour la manière dont s'apprend, se reproduit et se renouvelle cet univers visuel. Il dévoile les qualités dont doivent faire preuve les aspirants pour gagner leur place dans ce monde et y construire une réputation d'« artiste-tatoueur ».

  • Tracts, affiches, prospectus, pamphlets... Nombreux sont les éphémères qui accompagnent les événements collectifs, qu'il s'agisse de manifestations officielles, de crises politiques et religieuses, ou de simples faits divers. Mais les éphémères scandent aussi les événements de l'existence individuelle et quotidienne : bons points, images pieuses, menus, faire-part constituent autant de jalons qui façonnent notre mémoire et associent la vie privée aux rites sociaux. Comment les éphémères s'articulent-ils à l'événement politique, artistique, culturel ou familial ? En sont-ils la trace, le reflet, ou ce qui contribue à le construire comme tel ? Dans quelle mesure nous permettent-ils de mettre en rapport une histoire de l'événement et une histoire du quotidien ? Quelle valeur peuvent prendre, loin de leur contexte d'origine, ces documents qui en sont si fortement tributaires ? Telles sont les questions qui rassemblent ici des spécialistes venus d'horizons variés (conservateurs, chercheurs en lettres, histoire et histoire de l'art) pour montrer combien les éphémères ponctuent nos vies. Ce volume est publié dans le cadre du programme de recherche PatrimEph - La patrimonialisation des éphémères, soutenu par la Fondation des Sciences du Patrimoine.

  • Tout tableau est un fragment. Mais qui, du cadre ou du mur, construit le lieu de la peinture ? Que s'est-il passé lorsque cette énigme occidentale fut confrontée à l'époque moderne à une autre représentation du monde ? Si l'Europe des Lumières est souvent caractérisée par les chinoiseries et l'ornement rocaille, c'est un nouveau regard sur l'Extrême-Orient qui est analysé ici, celui qui lie l'histoire du tableau à une idée de l'espace transmise par les décors des objets venus d'Asie. Dans quelle mesure la présence réelle ou fantasmée de l'Orient a-t-elle modifié le rapport de la peinture au support qui la donne à voir ? Tel est l'objet de ce livre qui présente le changement de paradigme dans la construction du goût suscité par les notions orientales de paysage, de lointain et de vide, pour que le sort de la peinture se transforme. D'où vient la place particulière qu'elle acquiert au xviiie siècle ? De quelle façon fut bouleversée son exposition pour qu'elle devienne le tableau que nous connaissons aujourd'hui ?

  • Qu'est-ce qu'un bourgeois ? Admettant avec B. Groethuysen que l'intéressé est assez grand pour le dire lui-même, Béatrix Le Wita préfère poser la question : qu'est-ce qui fait aujourd'hui un bourgeois ? Sa réponse : tout ce qui, paroles, gestes, objets, définit au jour le jour moins un état qu'une culture. C'est, ici comme ailleurs, ...

  • Savoir faire ne veut pas dire pouvoir transmettre : informels, non codifiés, les savoir-faire ne se dérobent-ils pas sans cesse à toute transmission organisée, à toute politique d'apprentissage ? N'en vient-on pas parfois à douter de la possibilité même de leur transmission ? Si l'inventaire des installations, des sites et des techniques, ...

  • Les textes réunis dans ce livre tournent autour des réflexions sur la traduction touchant entre autres à la sociologie, à l'histoire, à la traductologie, la linguistique et la musique. En tant que chercheurs, enseignants et/ou traducteurs, les auteurs se trouvent régulièrement confrontés aux problèmes posés par la traduction. Ces expériences personnelles ont donné lieu à des raisonnements et des argumentations multiples.

  • Quels sont les rapports entre les temps, les rythmes sociaux et les pratiques liées à l'alimentation ? Dans quelle mesure celles-ci contribuent-elles à l'organisation du temps quotidien et des calendriers ? Dans quelle mesure sont-elles, en retour, réglées par les contraintes du temps ? On ne peut répondre à ces questions sans embrasser la diversité anthropologique, historique et sociale des conceptions et des usages du temps. Les études réunies dans ce volume invitent à des approches croisées : par exemple entre le temps des consommateurs et celui des producteurs, entre le temps des cultures sans horloge et le temps des sociétés hyperponctuelles, entre les civilisations qui associent temps linéaire et temps cyclique et celles qui ne croient qu'à un seul temps. Traiter du temps sous l'angle de l'alimentation aide, en spécifiant une notion spontanément concédée à la physique et à la philosophie, à la faire entrer dans le champ des sciences humaines.

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