Littérature générale

  • Dans la famille Ezechiel, c'est Antoine qui mène le jeu. Avec son « nom de savane », choisi pour embrouiller les mauvais esprits, ses croyances baroques et son sens de l'indépendance, elle est la plus indomptable de la fratrie. Ni Lucinde ni Petit-Frère ne sont jamais parvenus à lui tenir tête. Sa mémoire est comme une mine d'or. En jaillissent mille souvenirs-pépites que la nièce, une jeune femme née en banlieue parisienne et tiraillée par son identité métisse, recueille avidement. Au fil des conversations, Antoine fait revivre pour elle l'histoire familiale qui épouse celle de la Guadeloupe depuis la fin des années 40 : l'enfance au fin fond de la campagne, les splendeurs et les taudis de Pointe-à-Pitre, le commerce en mer des Caraïbes, l'inéluctable exil vers la métropole...
    Intensément romanesque, porté par une langue vive où affleure une pointe de créole, Là où les chiens aboient par la queue embrasse le destin de toute une génération d'Antillais pris entre deux mondes.

  • - 50%

    Fissuré

    Odéric Delachenal

    Odéric Delachenal a vécu en Haïti de 2008 à 2010. Il travaille pour la délégation catholique pour la coopération. Le 12 janvier 2010, à 16:53:10, il vit le grand séisme de Port-au-Prince. Cet après-midi-là, la capitale s'effondre avec lui. Alors, sans relâche, le jeune éducateur erre dans des décombres de fin du monde. Protéger, rassembler les enfants épars pour les mettre à l'abri. Courir la ville écrasée, en quête des siens. Soigner, secourir, fouiller les gravats, tirer des bâches sur les parkings-dortoirs. Il arpente la ville exsangue, à la recherche de ses amis, des enfants qu'il est « censé » protéger. Comment se détacher du pire quand, atteint au coeur, on est désemparé ? Comment continuer lorsqu'on rentre en France, « ce pays en paix », et qu'on s'immerge dans l'absurdité d'un travail social où on doit « trier » les enfants migrants auprès de la Protection de l'enfance ?
    L'auteur examine ici, avec une sincérité déchirante, les contradictions et les cicatrices de ceux qui rêvent d'aider, de changer le monde, et qui se rendent compte qu'ils sont à peine des minuscules pansements, hantés par la brutalité de leur insignifiance, de ce qu'ils ont vu et de ce qu'ils côtoient au quotidien. Comment refuser à ceux qui se noient quand ce sont les villes entières qui s'abîment... ? Dix ans après son expérience à Haïti, l'auteur lit Dany Laferrière et comprend qu'il y a des gens comme des maisons « qui sont profondément fissurés à l'intérieur et qui ne le savent pas encore... [ceux-ci] sont les plus inquiétants, le corps va continuer un moment, avant de tomber en morceaux un beau jour. Brutalement. Sans un cri ».
    Odéric Delachanel décide donc de témoigner, de mettre son cataclysme en mots avec une force narrative magistrale, de montrer l'envers du décor du costume du bon Samaritain, au nom des vivants comme des morts, au nom de ses amis haïtiens qui versaient tous les matins une goutte de café à terre pour tous ceux qui étaient partis.

  • Sur l'île antillaise de Sainte-Catherine se trouve un volcan en activité, au cratère recouvert d'un lac épais et chaud. Mitchell Wilson, un jeune
    expatrié américain, y mène des expériences pour le compte du Ministère de l'Agriculture. Mais voilà que la situation politique se dégrade, entraînant Mitchell au coeur des rivalités sanglantes du gouvernement. C'est aussi le
    moment que choisit la séduisante Johanna, son amour d'autrefois, pour réapparaître dans sa vie et détruire définitivement l'image paradisiaque de l'île. Désormais l'éruption devient inéluctable, car rien ne semble
    pouvoir contenir les forces de la nature ni les tensions humaines.

  • En quelques mots, on y est. Cuba, La Havane, comme un regret sans fond, comme la musique d'un vieux boléro. Un doigt de rhum Carta Blanca (quand il en reste), soleil de plomb, solitude.
    Magie des décors qui n'ont pas besoin de description, ou si peu. Les héros de Padura sont des tendres ; ils se heurtent à la société, au destin, au temps qui passe ; à ce désir qu'ont les choses, souvent, d'arriver contre notre gré, sans nous consulter. Ainsi, les toits qui s'effondrent, les pénuries de rhum, le départ intempestif d'êtres aimés.
    On trouve de tout dans ce recueil de nouvelles, amours bêtement gâchées, soldat en fin de mission à Luanda, archange noir, nuits torrides, jeunes gens désoeuvrés, fonctionnaires désabusés, souvenirs cuisants...
    On trouve surtout le sel des romans de Leonardo Padura, sa marque de fabrique : l'humanité qui irradie à chaque ligne, la nostalgie des vies qu'on ne vit pas, et l'art suprême de nous plonger dans une île qu'on emporte toujours avec soi.

  • Un grand livre sur Cuba, l'exil, et la force et la fragilité de l'amitié.
    Les personnages, représentants magnifiques des contradictions de l'île, sont là : Tania, la médecin ophtalmo payée en poulets et fruits par des patients fauchés ; Aldo, l'ingénieur qui n'a jamais pu exercer et qui répare clandestinement des batteries de voiture ; Eddy, le fonctionnaire bon vivant qui peut voyager à l'extérieur et parfois faire du trafic ; Rafa, le peintre en manque d'inspiration et Amadeo, dont on découvre pourquoi il a fui l'île il y a 16 ans et aussi pourquoi, à la grande surprise de ses amis, il voudrait y revenir...
    Dans cette histoire, version romancée du scénario du film Retour à Ithaque (2014) co-écrit par Padura avec le réalisateur français Laurent Cantet, les dialogues sont une analyse concise et brillante de la façon dont la génération de Padura, éduquée dans et pour la révolution, a été frustrée de toutes ses aspirations par l'évolution du pays après la chute de l'Union soviétique.
    En complément, les deux auteurs nous racontent le tournage du film à Cuba et l'écriture du scénario (inspiré par le roman de Padura Le Palmier et l'Étoile) : ce livre est aussi une oeuvre sur l'amour du cinéma et l'émerveillement de la création artistique.
    Leonardo Padura est né à La Havane en 1955. Romancier, essayiste, journaliste et auteur de scénarios pour le cinéma, il a obtenu de nombreux et prestigieux prix pour son oeuvre. Il est l'auteur, entre autres, d'une tétralogie intitulée Les Quatre Saisons publiée dans quinze pays. Ses deux romans, L'Homme qui aimait les chiens (2011) et Hérétiques (2014) ont démontré qu'il fait partie des grands noms de la littérature mondiale.
    Laurent Cantet est né en 1961 dans les Deux-Sèvres. Réalisateur et scénariste français, il a remporté la Palme d'or du Festival de Cannes en 2008 avec le film Entre les murs.

  • Un roman sur le refus des identités assignées, la mémoire de l'esclavage, le racisme, les diasporas par une écrivaine antillaise remarquée.
    De son père, Fèmi ne sait rien, ou presque. Face au silence de sa mère, la jeune Béninoise se lance à la recherche de ses origines. Après une étape en banlieue parisienne, elle gagne la Martinique, patrie de son père. Menant une enquête pour la réalisation d'un documentaire, Fèmi découvre une société en proie au malaise, traumatisée par la colonisation et l'esclavage qui rendent difficile la construction d'un récit sur ses origines.
    Sur place, elle apprend l'arrivée d'une délégation, composée d'administratifs et de scientifiques. Leur objectif ? Effacer la mémoire collective et individuelle des habitants pour briser leurs revendications liées aux réparations de l'esclavage et à la néo- colonisation qui s'accélère. Se met alors en place une farouche rébellion féminine...
    Du Bénin à Paris et de Paris aux Antilles, ce roman met en scène, entre amitiés, secrets de famille et souffrances, l'action de femmes décidées à forger un projet de vivre-ensemble compatible avec les tourments de la mémoire et les défis du présent.

  • Le père Labat, dominicain de son état et missionnaire aux Antilles, fut aussi un rude gaillard qui oublia de mâcher ses mots et qui, à l'instant de l'abordage en compagnie de ses amis flibustiers, trouvait l'odeur de la poudre plus douce à ses narines que celle de l'encens... Tour à tour ingénieur, inventeur, botaniste et surtout formidable conteur, il livra sans répit le récit de ses aventures dans son Voyage aux Isles publié pour la première fois en 1722 : un livre de bonne humeur où l'on voudrait pouvoir tout citer !
    Michel Le Bris en propose ici la version scrupuleusement fidèle au texte authentique, inexplicablement oublié et pourtant admiré par Chateaubriand, Paul Morand et Albert t'Serstevens.
    « Quel homme ! Quelle aventure ! Il n'y a de place ici que pour l'action, une vie au triple galop et des suées sous le soleil. » Jean-Luc Coatalem. Le Quotidien de Paris.

    Jean-Baptiste Labat (1663-1738), dominicain français et grand observateur des coutumes, de l'histoire et de la géographie antillaises, est l'auteur de récits de voyage dont Voyage aux Isles, qui constitue une référence historique en matière de flibusterie.

  • Le livre
    Peter Blood, après une vie aventureuse, ne demandait qu'à exercer son métier de médecin dans une paisible bourgade d'Angleterre... jusqu'au jour où la justice du roi le condamne pour avoir porté secours à un rebelle et l'envoie au bagne dans les Caraïbes. Mauvais calcul pour ladite justice car Peter Blood s'évade avec quelques compagnons d'infortune, s'empare d'un vaisseau espagnol, et a tôt fait de mettre les Antilles à feu et à sang...
    Adapté au cinéma par Michaël Curtiz en 1935 avec Errol Flynn dans le rôle principal, Captain Blood est, aux côtés de L'Ile au Trésor et de Moonfleet, l'un des chefs-d'oeuvre absolus du roman d'aventures inspirés par la mer.
    L'auteur
    Né en 1875 de mère anglaise et de père italien, tous deux chanteurs d'opéra, le jeune Rafael Sabatini connut une enfance et une adolescence itinérantes qui lui permirent de maîtriser l'anglais, l'italien, le portugais et l'allemand. Il devint traducteur puis se lança dans l'écriture de romans d'aventures, de pirates, de cape et d'épée, et renouvela avec talent tous les codes de ces genres. Il est mort en 1950 ; sa tombe porte en épitaphe la première phrase de Scaramouche : « Il était né avec un don pour le rire, et l'idée que le monde était fou. »

  • Nous sommes en 1958 et Pappadopoulis est assoiffé de tout : mescaline, alcool, filles, art et sciences, prière et vérité. Il est en même temps fasciné par la mort, qu'il taquine tous les jours et qu'il ira chercher jusqu'à Cuba, sous couvert d'expédition révolutionnaire.
    Derrière l'énergie créatrice et suicidaire du héros se dessine le portrait, drôle et corrosif : celui de l'esprit, de la folie et de la liberté des sixties. Né en 1937, Richard Fariña grandit à Brooklyn, avant de faire des études dans la prestigieuse université de Cornell où il se lie d'amitié avec Thomas Pynchon. Il vit ensuite de petits boulots à New York, se mêlant au coeur d'un réseau d'artistes de la contre-culture.
    En 1963, il se marie avec Mimi, soeur de Joan Baez. Richard Fariña, décèdera dans un accident de moto eux jour après la publication de son unique roman, devenu depuis un classique, un livre culte.

  • écume Nouv.

    écume

    Karla Súarez

    Avec La Havane en toile de fond, les personnages de ces histoires racontent leurs aventures urbaines, oniriques, fantastiques et bien réelles. Des femmes fébriles, abandonnées, seules, furieusement libres ou totalement dépendantes. Des personnages prisonniers des rituels qu'ils s'inventent, s'imposent ou subissent et souvent décidés à fuir la routine de leur quotidien. Des histoires racontées d'une voix ferme et posée qui trouve avec un subtil cynisme, le ton de la fable et la présence de la poésie.

  • À chaque fois qu'un docteur lui confirmait qu'elle portait un enfant, Gina éprouvait aussitôt l'étrange et merveilleuse sensation de flotter dans un temps parallèle. Elle était alors intimement persuadée de détenir un pouvoir qui s'activait en elle dès la première semaine de gestation, se déployait jusqu'à la délivrance et s'amoindrissait au fur et à mesure, avant de disparaître d'un coup, le jour même où sortait la troisième dent de l'enfant. Pour Gina Bovoir, attendre un bébé est un moment d'exception. Elle a déjà sept enfants de pères différents. Enceinte de son huitième petit, elle s'en réjouit en secret avant d'annoncer la nouvelle à son entourage. C'est sa façon de fuir le réel et les soucis du quotidien. Car Gina vit dans un quartier difficile, la Ravine claire, un ghetto désolé, violent, abandonné des pouvoirs publics. Après chaque accouchement, Gina promet de ne plus tomber enceinte, mais 'rechute' systématiquement. Sharon voit sa mère sa mère s'éloigner un peu plus de ses grands enfants. La filette supportera-t-elle un nouveau petit frère? À travers cette chronique douce-amère et les destins singuliers de ses personnages, Gisèle Pineau brosse aussi le portrait de la Guadeloupe d'aujourd'hui, tiraillée entre ses douleurs anciennes et ses fléaux modernes.

  • Dans ce récit plein d'humour mené à 100 à l'heure, Simon Hayot nous relate une aventure passionnante : celle de son parcours professionnel hors norme aux commandes de ses avions, du DC3 historique au jet d'affaires, dans les Antilles des années 70-80.Ce livre est un témoignage rare écrit par le fondateur d'Air Caraïbes et d'Air Calypso. Dans ce récit plein d humour mené à 100 à l heure, Simon Hayot nous relate une aventure passionnante : celle de son parcours professionnel hors norme aux commandes de ses avions, du DC3 historique au jet d affaires, dans les Antilles des années 70-80.Ce livre est un témoignage rare écrit par le fondateur d Air Caraïbes et d Air Calypso.

  • Ecrivain, poète, dramaturge, militant politique, Aimé Césaire (1913-2008) est l'un des acteurs prépondérants de la révolution noire qui s'est jouée sur tous les continents dans l'après-guerre. Mais cet homme du monde incarne d'abord l'intellectuel français, dont l'histoire et la vie jalonnent les grands moments de notre histoire.
    Il y a cent ans naissait Aimé Césaire. De la Martinique à l'Assemblée nationale, sa vie est jalonnée de rencontres décisives et d'amitiés essentielles. Poète, politique et dramaturge, Césaire incarne avec Brio la figure de l'intellectuel noir dont les idées, les oeuvres et l'action ont accompagné l'histoire de tous les opprimés et colonisés du XXe siècle. Soulignant sa prose remarquable au service de causes justes, l'auteur insiste également sur son amour inconditionnel pour la scène théâtrale.Professeur de littérature francophone à l'université Paris-Sorbonne où il dirige le centre international d'études francophones (CIEF), Romuald Fonkoua est également professeur à Middlebury Collège (Vermont, États-Unis) et rédacteur en chef de la revue Présence africaine. Cet ouvrage a obtenu le prix Robert Delavignette de l'Académie des sciences d'outre-mer. 3Une biographie très documentée, aussi admirative qu'inspirée. " Catherine Golliau, Le Point

  • Ernesto a 12 ans lorsqu'on lui annonce la mort de son père dans les troupes cubaines envoyées en Angola. Fini les aventures trépidantes avec ses amis Lagardère et la belle capitaine Tempête, lui, le courageux comte de Monte-Cristo, se voit obligé de devenir "le fils du héros", une tâche particulièrement lourde dans un pays socialiste.
    Plus tard, obsédé par cette guerre dans laquelle son père a disparu, il étudie avec passion cette période sur laquelle les informations cubaines ne sont pas totalement fiables. Il tente alors de reconstruire l'histoire de la mort de son père et se rend compte que tout ne s'est pas passé comme il l'a imaginé. Faire la guerre est plus compliqué que ce qu'on croit.
    /> Oscillant entre passé et présent, entre douleur et passion, Karla Suárez trace avec ironie et lucidité le portrait d'une génération écrasée par une vision héroïque de l'histoire et qui a dû construire, à travers les mensonges et les silences de l'idéologie étatique, ses propres rêves et ses propres voies vers la conquête de la liberté individuelle.
    « Karla Suárez a su écouter toutes les voix qui s'élèvent dans la société cubaine. Le roman que Cuba attendait depuis longtemps. » - Público

  • James Miranda Barry fut médecin militaire, chirurgien avant-gardiste, inspecteur général des hôpitaux de Sa Majesté et... l'un des plus grands imposteurs de tous les temps.

    Au moment de sa mort en 1865, au terme d'une carrière de plus de quarante ans au sein de l'armée britannique, James Miranda Barry n'a pas eu droit aux honneurs dus à son rang. Les autorités militaires ont plutôt jugé bon de l'enterrer à la sauvette, dans un coin reculé d'un cimetière quelconque. Car le scandale qui éclata à sa mort était d'une telle ampleur, qu'il devint la principale raison pour laquelle Barry passerait à l'histoire, reléguant dans l'ombre presque tout ce que le médecin avait mis tant d'efforts et d'années à accomplir.
    />
    Dans chacune des colonies où on l'avait posté, James Barry avait fait tout en son pouvoir pour améliorer les conditions de vie et les soins de ses patients. Il avait forgé sa réputation sur une pratique nouvelle et moderne de la médecine, par sa spécialisation dans les domaines de la chirurgie, des maladies tropicales, de l'obstétrique, du traitement de la lèpre et des maladies vénériennes. Sur trois continents, Barry a imposé des nouvelles conditions sanitaires, des méthodes révolutionnaires de quarantaine, des diètes alimentaires, ainsi que des traitements efficaces contre les plus terribles maladies connues à l'époque. Sans contredit, les réformes de James Barry ont sauvé des milliers de vies à travers le monde.

    Mais pourquoi a-t-on profané ainsi la mémoire d'un brillant médecin, dont les accomplissements n'avaient d'égal que la controverse dont Barry aura été l'auteur presque tout au long de sa vie? Sylvie Ouellette retrace ici la vie et la carrière d'un être humain hors de l'ordinaire, qui n'était absolument pas ce que ses contemporains auraient pu croire.

  • Adam Gesbeau, écrivain schizophrène, guette l'ombre à travers la fenêtre de sa cellule et tente d'échapper au regard du père et à l'appel de Dieu. L'espace et le temps s'abolissent, les personnages se dédoublent pour dépeindre une fresque où seuls les fous sont sains d'esprit.


    Cette dérive haletante que les personnages de Gary Victor subissent sans un seul instant de répit nous touche au plus profond de nous-mêmes. Serions-nous tous devenus fous ?


    Prix RFO 2004

  • "... Elle ne parlait guère. Elle ne semblait pas curieuse, excitée comme ses compagnes, impatientes de commencer leur apostolat. En plus, sa couleur la mettait à part, cette peau noire qui l'habillait comme un vêtement de grand deuil. Elle n'était pas franchement négresse. Plutôt métisse d'on ne savait combien de races. Elle ne portait pas l'habit religieux, n'ayant pas prononcé de voeux. Elle était vêtue d'une stricte robe grise et portait autour du cou un foulard coupé en deux par un ruban qui soutenait une massive croix en or. Hiver comme été, matin, midi et soir, elle ne quittait jamais ce foulard, toujours noué serré, assorti à la couleur de ses vêtements. D'où sortait-elle ? De la Guadeloupe ou de la Martinique. Enfin, d'une de ces colonies qui n'ont de françaises que le nom, habitées par des nègres baptisés, qui font quand même bamboulas, jurent comme des païens, battent le tambour et boivent des alcools forts... "
    Une nouvelle fois, avec la force et la cruauté qui hantent son oeuvre, Maryse Condé met en scène le supplice des peuples opprimés et plus particulièrement celui des femmes martyrisées. Dans ce roman " endiablé " où les vivants et les morts se mêlent parfois amoureusement, Maryse Condé trace à l'encre rouge sang le destin de Célanire Pinceau, bébé sacrifié à sa naissance sur l'autel de la réussite politique d'un Blanc et qui n'aura pas assez de toute sa vie pour se venger du crime dont elle a été la victime.



  • Il s'agit du cinquième volume des huit ouvrages des Métamorphoses de l'Oiseau schizophone, écrits dans un seul souffle gigantesque, monumental en moins de deux ans.
    Aussi bien poésie et prose, ces mouvements illustrent l'esthétique fondamentale de la Spirale et le concept de l'écriture quantique où les mots sont traités à l'intérieur du texte comme des particules d'énergie sensuelle.
    Les Métamorphoses de l'oiseau schizophone :

    - Premier mouvement, D'un pur silence inextinguible.
    - Deuxième mouvement, D'une bouche ovale.
    - Troisième mouvement, La Méduse orpheline.
    - Quatrième mouvement, La Nocturne Connivence des corps inversés.
    - Cinquième mouvement, Une étrange cathédrale dans la graisse des ténèbres.
    - Sixième mouvement, Clavier de sel et d'ombre.
    - Septième mouvement, Les Échos de l'abîme.
    - Huitième mouvement, Et la voyance explose.

    Prix Prince Claus 2006 pour l'ensemble de son oeuvre.
    Prix de l'Union latine 2006 pour l'ensemble de son oeuvre.

    « L'esthétique spiraliste m'a conduit progressivement à l'élaboration de l'écriture quantique.
    Que de mondes avortés pour un seul grain de vie, aux turbulences des noeuds de l'oeil raturé de violences, au sida de la langue saturée amèrement de ne pouvoir se taire !
    Au vertige de ma terre soûlée de catastrophes, au naufrage de mon île suspendue sans réchappe au balancier de la mort, je chevauche ma chute, mes abîmes insondables. Inachevablement, j'allume des paradoxes aux brûlures de mes mots, propulsant tous mes rêves aux nageoires de ma voix. Chrysanthème de cris en fleurs à travers les morpholunes de l'art et les gravures de l'âme.
    Elle croît ma crise en t'aime aux glauques récits du vice. Elle croise mon île en rut ma chienne récidiviste. Rienne rive hors de saison, de pure raison, la mort active la dérision que rien ne meurt quand tout arrive en paradoxe. Et d'y naître par mes lèvres, à l'étreinte de mes reins, au si crime de mes rimes, au réflexe de mon sexe en déroute, la queue au feu du risque.
    Aux coups d'éclats du coeur, le texte à mienne violence qui me dévore tout nu.
    Et flamme soudaine dans ma douleur n'eût été quoi par ma blessure vers le sang vif des échos longs à rayures bleues de pierres fortuites.
    J'écoute encore les ratures de ma voix qui vire et chavire jusqu'au pourpre de l'ivresse aveugle.
    Je crise en thèmes ! »
    Frankétienne.

  • Soléna d'hier et d'aujourd'hui À travers le regard et les souvenirs de famille d'une jeune fille d'aujourd'hui, l'auteur nous retrace l'histoire et le destin de Soléna, esclave sous les Tropiques en l'an 1800. Restituant ainsi, dans un contexte historique, les espoirs et le combat d'hommes et de femmes résolument déterminés à conquérir leur liberté et celle de leur descendance, il nous mène sur les traces d'une période sombre de notre histoire... En voyageant entre les Antilles et la Métropole, la nouvelle génération envisage positivement l'avenir, gardant en mémoire le courage de ses ancêtres. "Le jour se lève à nouveau" Léna a disparu... à la suite de son enterrement. ­Qu'est-il advenu de son corps ? Le Capitaine Frantz Karmon, le Commandant CD et son équipe se mobilisent pour élucider cette étrange et sordide affaire.

  • La forge de Zobel

    Charles W. Scheel

    • Scitep
    • 1 Décembre 2020

    De 1938 jusqu'en 1959, Joseph Zobel écrit pour Le Sportif de Fort-de-France des contes et des reportages. Le conteur amoureux du peuple de sa terre natale transparaît dès ses premiers textes, qui révèlent déjà un observateur lucide et un critique littéraire et artistique à la plume assurée.
    Après son départ pour la France en 1946, Zobel devient reporter de sa découverte de Paris et de la France rurale. À l'instar de José Hassam, le jeune héros de La Rue Cases-Nègres, cet écrivain martiniquais, né le 26 avril 1915 à Rivière-Salée, est issu du milieu noir très pauvre des plantations du sud de l'île. Comme lui, il fait des études secondaires à Fort-de-France et y décroche son bac.
    Mais si cette oeuvre célèbre est devenue un classique de la littérature antillaise, l'apprenti-écrivain Zobel restait à découvrir, la plupart de ces premiers articles n'ayant donné lieu à aucune publication ultérieure. C'est chose faite grâce au minutieux travail de collecte et d'assemblage de Charles W. Scheel, enseignant-chercheur à l'université des Antilles.
    Le Sportif, « Hebdomadaire sportif, littéraire et d'information » fondé par Fierrès Élisabeth a, à la fois, procuré au jeune Joseph un coin de forge où travailler des textes qui révèlent l'étendue de son talent et contribué à forger l'image de l'écrivain Zobel, par l'écho qu'il a donné à son oeuvre naissante.
    Né en Lorraine en 1952, Charles W. Scheel est comparatiste et professeur de littérature américaine. Il vit en Martinique où il enseigne à l'université des Antilles depuis 2012. Son domaine de recherche concerne les littératures modernes d'Europe et des Amériques.

  • Inspiré par les tragiques événements de 1962, dans la Guinée de Sékou Touré, Heremakhonon (expression signifiant "Attends le bonheur") est l'histoire d'une désillusion.
    Véronica est une Guadeloupéenne un peu perdue en quête d'identité. Partie à la recherche du passé africain, elle ne trouve que pauvreté, dictature et bourgeoisie corrompue. Ses démêlés sentimentaux traduisent bien son désenchantement. En choisissant d'aimer Ibrahima Sory, son "nègre avec aïeux" aux manières princières, Véronica s'aperçoit peu à peu qu'elle s'est trompée de camp. En réalité, Ibrahima a les mains sales du sang de son ami Saliou.
    Et c'est pour ne pas avoir à choisir entre l'amour et l'amitié, entre deux visions de l'Afrique, que Véronica choisit la fuite...

  • "Ainsi du jour au lendemain, Théodora quitta son monde, le village où elle avait trimé quarante ans, où ses enfants étaient nés, où son Mano dormait sous la terre dans une petite tombe. Elle pleura beaucoup. Pourtant sitôt arrivée à La Pointe dans sa maison pimpante, elle enferma les orteils de ses pieds d'habitude libres à l'air dans des souliers, se fit couper une douzaine de robes matador et surtout s'essaya à parler français. Ainsi naissent nos bourgeoisies!"
    Dans son nouveau roman, Maryse Condé nous conduit des rives de la Guadeloupe à la boue de Panama, du Chinatown de San Francisco aux maisons hautes et basses de La Pointe, racontant avec tendresse et humour l'ascension sociale de toute une famille. Des destins se succèdent et s'entremêlent: celui de l'aïeul Albert I, qui partit creuser le canal de Panama, et de ses fils: Jacob, boutiquier barricadé dans la geôle de ses caisses de morue salée et de ses fûts d'huile, dont il ne s'évada qu'une fois pour s'enivrer des senteurs de New York; Jean, rebelle qui revint vers la terre pour la fertiliser de son sang; de sa petite-fille Thécla qui, lasse d'errer à la poursuite du bonheur collectif, d'Haïti à la Jamaïque, finit par se réfugier égoïstement de l'autre côté du monde, et de son premier-né surtout, Albert II dit Bert, le fils de la négresse anglaise, initiateur d'une lignée maudite en pays d'exil.
    On retrouve dans ce roman foisonnant, exubérant et poétique, le talent de conteuse de Maryse Condé, son sens de l'épopée et du mythe, sa fascination pour le surnaturel, sa connaissance lucide et désenchantée d'une certaine histoire, celle des siens.

  • « Quand le malheur ouvre sa gueule de caïman, ses dents sont sans pitié ! Pardon pour Marie-Soleil ! Miséricorde Seigneur ! Qui veut comprendre doit tenter de reconstruire une histoire qu'elle porte en elle comme un boulet de silence. Il faudra piéter des mangroves de choses non dites, récolter des bribes. Sonder l'impénétrable d'Haïti et plonger dans l'obscur. Je ne suis là que pour emboîter des paroles rapportées. C'est mon travail. J'effile ma langue sur des mensonges et je bobine le tout pour obtenir un racontage plausible. Nous savons tous que la vérité est une mendiante. Belle parole n'a pas de maître mais la mauvaise a toujours un visage. Loués soient les raconteurs ! »


    La jeune Régina, une belle mulâtresse, est kidnappée un beau matin à cause de son teint clair, voilà tout le malheur de Marie-Soleil. Sur cette terre sans mercis où les mythes tiennent lieu d'explications, la lutte pour la survie exige des talents hors du commun ! Le raconteur consigne ici le malheur humain pour pénétrer davantage le mystère de la survie !

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