• Il n'y a rien de plus propre à rappeler les philosophes et les hommes d'Etat à la modestie que l'histoire de notre Révolution ; car il n'y eut jamais d'événements plus grands, conduits de plus loin, mieux préparés et moins prévus.
    Le grand Frédéric lui-même, malgré son génie, ne la pressent pas. Il la touche sans la voir. Bien plus, il agit par avance suivant son esprit ; il est son précurseur et déjà pour ainsi dire son agent ; il ne la reconnaît point à son approche ; et, quand elle se montre enfin, les traits nouveaux et extraordinaires qui vont caractériser sa physionomie parmi la foule innombrable des révolutions échappent d'abord aux regards.
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Les sociétés contemporaines produisent une quantité extraordinaire de déchets, nécessitant une organisation spécifique pour les évacuer et les recycler. Comment procédait-on avant le triomphe de l'industrie, avec des volumes bien moindres mais des moyens techniques plus limités? Ce livre s'intéresse à la manière dont le Paris d'Ancien Régime, monstre démographique, les a relevés. L'investissement direct des Parisiens et de leurs édiles est fondamental : les citadins ont longtemps pris eux-mêmes en charge l'organisation et le paiement du nettoiement des rues réalisé par des paysans de banlieue et de multiples travailleurs. Confrontant ses rêves de grandeur à la matérialité des défis logistiques et financiers, la monarchie a cependant peu à peu accru son emprise sur cette activité.

    Nicolas Lyon-Caen est chercheur au CNRS. Il a notamment publié La Boîte à Perrette. Le jansénisme parisien au XVIIIe siècle aux éditions Albin Michel en 2010.

    Raphaël Morera est chercheur au CNRS. Spécialisé en histoire environnementale, il travaille sur la gestion de l'eau à l'époque moderne. Aux Presses universitaires de Rennes, il a notamment publié L'assèchement des marais en France au XVIIe siècle en 2011.

  • Il manquait aux lecteurs d'un des plus grands historiens français, une compilation de ses articles dispersés d'après-guerre dans lesquels il se livra comme jamais auparavant. Un volume de référence d'une formidable actualité.
    Philippe Ariès n'a pas tout dit. Le grand historien de l'enfance et de la mort a écrit des dizaines d'articles dans des revues de référence. Ils n'avaient, jusqu'à aujourd'hui, jamais été publiés en un volume. Les voici enfin réunis.
    Cette édition inédite se divise en deux parties. La première, " Rajeunir l'histoire ", rassemble des textes de Philippe Ariès à propos des civilisations, où il évoque les religions depuis l'Antiquité jusqu'à la Révolution, la Méditerranée, Byzance, l'Afrique du Nord, l'histoire des Parisiens au xixe siècle ou encore le syndicalisme français. L'occasion pour l'historien de dessiner des portraits savoureux de Charlemagne, Charles Quint, Machiavel, Louis XIII et même Marc Bloch. La seconde partie, " Cheminements ", permet de comprendre les origines de ses théories en redécouvrant trois thèmes essentiels de ses travaux : l'égo-histoire, où il revient sur sa vocation, la place de l'enfant dans la famille, et enfin le rapport de nos sociétés à la mort.
    Une contribution essentielle à l'histoire.

  • En 2013 était lancée la ligne des « Histoires personnelles de France » avec l'ouvrage de Bruno Dumézil, Des Gaulois aux Carolingiens. L'ambition affichée est alors de donner carte blanche à un panel de spécialistes, un par période, pour constituer une histoire de France non seulement la plus juste scientifiquement, mais aussi la plus abordable. Les sept volumes de la collection ont été ici réunis, formant un récit vivant et d'une cohérence impeccable. De cette continuité entre les récits de chacun ressort clairement qu'il n'existe qu'une histoire de France, complexe et articulée, faite de mouvements plutôt que de moments, dont les contours sont connus et admis ; seuls les angles d'approche varient, et c'est dans cette subjectivité que réside la force de l'ensemble coordonné par Claude Gauvard.

  • Thomas Blaikie, botaniste et jardinier écossais, entreprend la rédaction de son Journal en 1775, lorsqu'il quitte Londres pour étudier la flore des Alpes françaises et suisses. Dans un style naïf et plein de verve, il note les péripéties de son voyage, puis ses herborisations dans les montagnes, où il constitue une importante collection de plantes. Ses compétences, son tempérament sociable et enthousiaste - il a 25 ans -, lui valent d'être engagé comme jardinier dès l'année suivante chez le comte de Lauraguais, puis chez le comte d'Artois, frère de Louis XVI. Bientôt il rencontre l'architecte du prince, François-Joseph Bélanger, qui l'associe aux travaux du domaine de Maisons, puis à ceux de Bagatelle.

    Ce Journal permet de suivre la progression de l'aménagement des jardins, mais aussi de partager l'atmosphère de la Cour. Devenu la coqueluche de l'aristocratie et de riches propriétaires, amateurs de « nouveaux jardins anglais à la mode », Blaikie aménage notamment les domaines du duc de Chartres, Monceau, Le Raincy ou encore Saint-Leu. Il cesse de tenir son journal en 1792, laissant un témoignage émouvant sur les premières années de la Révolution.

    À la fois récit d'aventure et chronique mondaine, le Journal de Blaikie est aussi un précieux document sur la création en France des premiers jardins pittoresques.

  • C'est à une passionnante enquête au coeur des archives que nous convie Olivier Faure, entre impasses et découvertes, suspense et rebondissements. Il suit le parcours d'un obscur épicier ambulant de la région de Tarare (près de Lyon) qui, au xixe siècle, réussit en leurrant les autorités à obtenir le titre d'officier de santé. Au fil du récit, la personnalité complexe de Jean-Pierre Françon se dessine, imprégnée par la société de l'Ancien Régime (en matière de commerce, d'économie, de rapports sociaux...) et poussée par un caractère fort et une intelligence sociale qui vont lui permettre d'échapper au déterminisme et de s'élever au-dessus de sa condition. C'est également le portrait d'une profession qui se révèle : celle des officiers de santé, qui n'ont pas suivi les études nécessaires pour devenir médecins et parcouraient les campagnes pour apporter les soins qui faisaient défaut à la population, parfois de façon peu orthodoxe ou aux dépens des malades eux-mêmes. Tout comme celui du Pinagot d'Alain Corbin en son temps, le cheminement du Françon d'Olivier Faure vient éclairer l'histoire de France et de son peuple d'une nouvelle lumière, certes ténue mais désormais essentielle.

  • Cet ouvrage présente une vision globale des repas officiels des souverains français de l'Ancien Régime. De la préparation culinaire à la décoration du lieu et de la table en passant par les repas et par l'analyse des comportements et des goûts de l'époque, l'étude se situe à la limite entre histoire et histoire de l'art ; il s'agit d'une étude pluridisciplinaire se fondant principalement sur l'iconographie et complétée par des sources manuscrites et imprimées. Cette interdisciplinarité, incluant différentes disciplines et méthodologies des sciences humaines, permet de traiter plusieurs aspects : les coulisses des repas (métiers, préparation culinaire et nouvelle gastronomie française), les repas et leur déroulement (étiquette, civilité, service « à la française », convives, faste et apparat), mais aussi la décoration de la table (lieu des repas, tables, accessoires et mets).

  • Cet imposant ouvrage en deux volets comprend d'abord un essai consacré à la police parisienne au temps des Lumières, inscrit dans les tendances les plus récentes de l'historiographie policière. Il propose un regard neuf et nuancé sur cette institution et sur ses transformations entre la fin du XVIIe siècle et la Révolution française. Cet essai est notamment nourri par la lecture critique des Mémoires de Lenoir, ancien Lieutenant général de police, en charge pendant la première décennie du règne de Louis XVI (1774-1785). Le second volet de cet ouvrage en propose, pour la première fois, la transcription et l'édition annotée.Ces « Mémoires » souvent cités, utilisés ponctuellement, sont toutefois demeurés inédits jusqu'alors et n'ont jamais été donnés à lire dans leur intégralité. Ils constituent une sorte de monument inachevé, érigé en défense de la police parisienne de l'Ancien Régime, souvent considérée comme un modèle à l'échelle de l'Europe mais lourdement critique

  • Blanc d'Espagne, rouge végétal, poudres à poudrer, pommades de concombres et de limaçons... ce livre rend compte de la composition de ces produits, aussi bien que de leurs appellations, de leurs vocations et de leurs usages sociaux dans le Paris de l'Ancien Régime. La lumière est aussi portée sur les modalités de leur production. Un temps confinée dans l'espace domestique, rattachée à la cuisine, à la thérapeutique et aux pratiques magiques, la confection des cosmétiques glisse ensuite entre les mains des gantiers-parfumeurs. Dans leur laboratoire et leur boutique, ces artisans mettent en pratique des techniques et des savoirs composites et oeuvrent à la création d'un univers commercial spécifique. Avec l'entrée progressive dans un monde de consommation, les cosmétiques se diffusent dans la société : un marché de la beauté émerge au XVIIIe siècle que les institutions de la monarchie éclairée tentent de contrôler.

  • Les jetons servaient primitivement aux opérations de compte et portent, comme les médailles, un riche décor de portraits, de devises, d'allégories et de scènes historiques. Conçue par les savants au service du pouvoir royal et exécutée par les meilleurs graveurs, cette iconographie nous fait pénétrer dans l'univers intellectuel des élites, de la Renaissance au siècle des Lumières. Ce deuxième tome du catalogue des jetons d'Ancien Régime conservés au département des Monnaies, Médailles et Antiques de la Bibliothèque nationale de France poursuit l'exploration de l'iconographie numismatique de la monarchie française aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles avec la description des jetons émis pour les juridictions centrales de l'État royal et pour leurs auxiliaires. Conseil du Roi, Chambre des comptes et Cour des monnaies dominent ce nouvel ensemble, la plupart des séries décrites dans ce volume prenant fin au cours du XVIIe siècle. Les jetons des institutions administratives et financières prendront progressivement le relais, continuant d'illustrer la lente et profonde mutation historique de l'État français vers sa forme actuelle. Thierry Sarmant, adjoint au directeur du département des Monnaies, Médailles et Antiques de 2006 à 2009, actuellement responsable du Cabinet de numismatique du musée Carnavalet, et François Ploton-Nicollet, archiviste paléographe, maître de conférences à l'université d'Orléans, ont dressé cet inventaire en s'efforçant toujours d'ajouter à leur description une traduction des légendes latines, le repérage des sources antiques ainsi que le décryptage des significations, allusions historiques et mythologiques figurant sur ces jetons.

  • En avril 1799, trois ans avant la proclamation de l'indépendance d'Haïti, un vieux noble ruiné écrit à Toussaint Louverture, figure montante de Saint- Domingue. Surprenant renversement des rôles : le comte Louis-Pantaléon de Noé appelle à l'aide un ancien esclave. Maître de la plantation Bréda où naquit Toussaint, grand propriétaire sucrier dont le domaine inspira Victor Hugo pour Bug Jargal, l'aristocrate gascon est représentatif de ces riches planteurs blancs alors malmenés par la tourmente révolutionnaire. À un moment où beaucoup s'interrogent sur le passé colonial de la France, cette biographie invite à plonger au coeur du système esclavagiste et de la « plantocratie » d'Ancien Régime, tout en rappelant les liens solides tissés entre les provinces françaises et les lointaines îles à sucre. Sur les pas du comte de Noé, le lecteur croisera des personnages célèbres (Toussaint Louverture, les frères de Louis XVI) ou moins connus (négociants, notaires et gérants de sucreries). Il découvrira, surtout, les principaux acteurs de la société antillaise : les esclaves noirs, bien évidemment, mais aussi ces « Libres de couleur » qui constituent un groupe social en plein essor à la fin du xviiie siècle.

  • Ce livre, se présentant comme la suite logique du premier ouvrage de l'auteur intitulé Les Rois à table, nous fait pénétrer dans l'envers du décor fastueux et cérémoniel de la Cour de France durant l'Ancien Régime. Toujours de façon pluridisciplinaire en mêlant histoire de l'art, histoire, littérature, théâtre, etc., mais en utilisant l'iconographie comme premier support d'analyse, le présent ouvrage invite le lecteur à découvrir la face cachée du miroir de cette Cour de France lorsque le souverain et ses commensaux mangent en privé. Effets de miroir et mises en abyme rythment l'iconographie gastronomique et font ressortir des questionnements : que résulte-t-il de l'étude de cette iconographie en ce qui concerne les pratiques alimentaires, les goûts et les mentalités ? Et dans quelle mesure peut-elle être considérée comme un reflet de ce qui est vécu réellement au quotidien ? Voici les questions centrales déclinées en des problématiques complémentaires, comme celle dévoilant, pour la première fois, une étude globale et autonome des Menus de Choisy montrant ainsi la place qu'ils occupent dans les arts de la table et ce qu'ils nous apprennent sur la Cour de France durant le règne de Louis XV.

  • Les remises en cause de la famille et du mariage caractérisent notre époque, les débats sur la contraception, l'avortement, le divorce se succèdent. L'Histoire est « fille de son temps ». Sur le thème de la désunion du couple, les auteurs ont donc fouillé le passé. Ils étudient les ruptures de fiançailles, les concubinages, les mariages clandestins, les adultères, les « divorces », les annulations de mariage et ils retracent sur ces sujets les comportements de nos aïeux à partir des précieux documents provenant de l'archevêché de Cambrai et concernant un vaste territoire du Nord de la France et de la Belgique. À travers les complaintes des filles séduites, les justifications de séducteurs ou de maris abusifs et les témoignages de voisins curieux et bavards, des tranches de vie pittoresque et parfois truculentes sont ainsi ressuscitées.

  • Jusqu'à présent, les historiens de Venise se sont intéressés au groupe des cittadini en raison de la place tenue par les "citoyens originaires" dans la bureaucratie de la République. On se propose ici de dépasser cette image incomplète et schématique d'une noblesse de robe pour saisir, à l'aide de sources émanant d'institutions très différentes, les divers aspects du groupe des "citoyens". Le portrait collectif qui en résulte est complexe, parfois même contradictoire : le XVIe siècle constitue en effet un moment décisif où à l'ancien statut juridique des cittadini se substitue une identité "citoyenne" de plus en plus sociale, fondée sur l'honorabilité. La part féminine des groupes sociaux d'Ancien Régime est très rarement prise en considération par leur définition et leur statut. C'est particulièrement vrai quand il s'agit de citoyenneté, à cause des implications politiques du concept, même si celles-ci sont purement théoriques, comme dans le cas vénitien. Pourtant, dans les statuts urbains, les femmes de la ville font l'objet de normes légales régulièrement renouvelées qui réglementent leurs dots et veillent, par la même occasion, à la conservation des richesses de la cité. Mettant en évidence le fonctionnement de cette législation et utilisant les sources qui en dérivent, cette étude s'attache à placer en regard l'histoire des citoyennes et celle des citoyens dans la Venise de la première modernité.

  • Grandeur et misere de l office Nouv.

    Appréhendant l'univers des officiers de l'administration des finances des xviie et xviiie siècles en Nouvelle-Espagne comme un espace social, cette étude reconstitue les pratiques, autant collectives qu'individuelles, d'un groupe de l'élite coloniale. La démarche suivie associe l'étude des parcours socioprofessionnels à celle de l'insertion familiale, sociale et économique de ces officiers. Au-delà, la reconstitution de leurs comportements débouche sur une réflexion relative aux modes de fonctionnement de l'appareil d'État dans une société coloniale de l'époque moderne. L'originalité de l'approche permet de défricher de nouvelles interprétations concernant les enjeux, les objets et les moyens mis en oeuvre par le pouvoir métropolitain pour imposer son autorité à l'une de ses principales colonies. Simultanément, l'étude s'oriente vers une anthropologie de la pratique du pouvoir parmi les élites coloniales. La mise en évidence de l'étroitesse des relations nouées par les officiers royaux avec le milieu local souligne la place centrale des stratégies familiales et l'influence décisive des pratiques clientélistes. Débouchant sur de vastes réseaux relationnels, ces dernières constituaient l'une des principales forces d'animation et de structuration de la société coloniale. Leur reconstitution éclaire sous un jour nouveau la place des groupes familiaux au sein de l'appareil d'État impérial et renouvelle notre perception de l'exercice du pouvoir dans la Nouvelle-Espagne du xviiie siècle.

  • Le mot "constitution" appliqué à la nation désigne l'ensemble de ses institutions. Cet ouvrage décrit l'ensemble des constitutions de la France, depuis l'Ancien Régime jusqu'à nos jours et permet ainsi de situer nos institutions actuelles dans leur cadre historique.

  • Les péages constituent sous l'Ancien Régime un motif fréquent de plaintes de la part des voituriers qui dénoncent les lenteurs et les surcoûts imposés à la circulation marchande. Plus encore, le péage est mis en cause au XVIIIe siècle dans sa fonction et ses fondements. Attentive à la diversité des acteurs et des intérêts en jeu, Anne Conchon s'attache ici à montrer comment l'institution du péage s'est progressivement modifiée, pour survivre au démantèlement de la féodalité qui l'avait engendrée. La monarchie avait créé en effet une commission, chargée dans un premier temps de vérifier la légalité des perceptions et de réviser les tarifs, avant de tenter, sans y par-venir, de supprimer les péages. Ce n'est qu'après l'abolition des droits féodaux par la Révolution française, que l'État conféra à cette fiscalité une légitimité nouvelle. Cette redéfinition du péage, au cours du XVIIIe siècle, n'est pas seulement le fait d'une monarchie incapable de réformer sans achopper sur l'épineuse question des privilèges. Elle s'inscrit, plus généralement, dans les mutations économiques et sociales qui traversent en profondeur le siècle des Lumières.

  • La fiscalité locale sous l'Ancien Régime a la réputation d'être effroyablement complexe. Rien ne serait identique d'une circonscription à l'autre. À partir d'études de cas privilégiant l'origine des différentes fiscalités, leur esprit et leur fonctionnement, ce colloque, qui s'est tenu en 2002, permet de mieux comprendre un système qui, bien que « fragile », fut l'un des « fondements de l'État moderne ». Un ensemble de documents illustre toutes les facettes de « l'impôt des campagnes » à travers des rôles, des comptes et des délibérations qui constituent la mémoire des villages. Il apparaît ainsi que la monarchie reprit souvent sans grandes retouches les systèmes fiscaux des provinces intégrées dans le royaume. Par la suite, les agents de la fiscalité locale et les intendants s'efforcèrent plus qu'on ne le soupçonne d'en améliorer le fonctionnement sans l'uniformiser. Cet ouvrage parcourt, pour l'ensemble de la période moderne, toute la France, du Languedoc à la Bretagne, à la Lorraine, en passant également par l'Armagnac, le Comtat Venaissin, le Dauphiné, l'Auvergne, le Beaujolais, la Touraine, le Soissonnais, les Pays-Bas. Il permet de nuancer les critiques formulées contre un système supposé chaotique, de relativiser la responsabilité du roi dans les difficultés de l'État et des peuples. Sans être totalement erronée, l'image désastreuse de la fiscalité de l'Ancien Régime est moins conforme à la réalité qu'on ne l'avance généralement.

  • Les institutions financières de la Franche-Comté s'alignent pour l'essentiel sur celles du reste du royaume, et subissent les aléas de l'évolution générale : crise financière quasi-permanente, multiplication et accroissement des impositions. Le début de la souveraineté française est marqué par l'introduction de la vénalité des offices ; immédiate pour le receveur général des finances, un avocat au Parlement de Dijon, Pierre- François Durey, dont les héritiers se succéderont jusqu'en 1765. Les offices de receveurs particuliers des finances créés en 1692 sont moins rapidement pourvus, la plupart par des notables locaux : les Lyautey à Vesoul, les Vaudrimey à Gray, les Cattand et les Mollard à Saint-Claude, les Le Boeuf à Pontarlier, les Pajot à Lons-le-Saunier. Les fonctions sont soumises à la rigueur du régime de la responsabilité des comptables de deniers royaux établie par Colbert, et certains y laissent leurs biens et parfois leur liberté. Dès 1674, les salines de Salins sont intégrées dans le bail de l'adjudicataire général des fermes royales, mais en préservant les privilèges des Comtois quant à la distribution du sel. La ferme générale doit recourir à divers procédés d'administration - affermage, régie, gestion directe - pour assurer les besoins de la population comtoise et celle des Cantons suisses, notamment en créant les salines de Montmorot et Arc-et-Senans. La Chambre des comptes, fixée à Dole en 1562, est confirmée en 1692 mais supprimée en 1771. La création consécutive d'un Bureau des finances à Besançon se signale par l'abandon de la vénalité et la réunion dans une même instance de personnalités issues de juridictions telles que la Chambre des comptes et le Parlement.

  • Comment améliorer « sa » police ? En regardant ce qui se fait « ailleurs » ; en l'adoptant, parfois. À rebours des historiographies nationales, ce livre fait découvrir l'histoire méconnue des circulations internationales des polices en Europe et à travers l'Atlantique. Il donne à voir les passeurs qui les animent comme les modèles qui se construisent dans les échanges, les transferts, les rejets ou les adaptations des systèmes policiers. Depuis l'Anglais Mildmay révélant le fonctionnement de la police parisienne en 1763 jusqu'à l'Américain Fosdick enquêtant sur la police des capitales européennes en 1913, des observateurs voyagent, étudient et décrivent les polices étrangères. Des administrateurs imposent des réformes justifiées par la supériorité supposée de ces polices voisines, d'autres les refusent énergiquement. Le débat sur la police déborde les limites des États. Neuf études de cas, de Buenos Aires à Paris, de Lisbonne à Rome, de Londres à Berlin, de Bruxelles, Genève ou New York, illustrent la richesse de cette histoire connectée des polices entre Ancien Régime et coopération moderne des polices contemporaines.

  • Sous l'Ancien Régime, les parlements, de Paris comme de province, étaient au coeur du fonctionnement de l'État. Têtes du système judiciaire français, mais aussi dépositaires des lois autant qu'administrateurs des questions les plus diverses, ils assumaient bien des aspects de la bonne marche du royaume. Cependant, ces cours avaient la réputation non usurpée de se montrer régulièrement indociles, voire rebelles aux yeux de certains ; la Fronde au xviie siècle et les querelles chroniques du xviiie siècle en sont les signes les plus manifestes. Pourtant, au sein de ces cours, le pouvoir royal a toujours eu des partisans, qu'il s'agisse de personnes étant, de par leur fonction, les « représentants » de la monarchie au sein de la cour (les gens du roi) ou de magistrats qui, pour des raisons personnelles et de façon informelle, défendaient la position du souverain (les hommes du roi). Or, si les procureurs généraux sont de moins en moins pour nous des inconnus, on sait en revanche peu de choses des premiers présidents au parlement, tandis que les partisans du pouvoir royal sont souvent ignorés au profit de ceux qui ont incarnés l'opposition à la monarchie. Les seize contributions réunies dans cet ouvrage se proposent de compléter notre connaissance historique de ce groupe politique et social, en s'intéressant â la manière dont ces magistrats ont pu servir le roi, à leurs carrières, à la façon de mener leur travail, et en se focalisant tout particulièrement sur les premiers présidents.

  • Dans un contexte de renouvellement profond de l'historiographie en histoire sociale, les 23 communications qui constituent cet ouvrage collectif ont pour ligne directrice les milieux élitaires européens, analysés sous trois angles successifs. La première partie, centrée sur la méthodologie, l'épistémologie et l'historiographie s'intéresse aux caractéristiques des élites à travers les âges, de l'Antiquité au temps présent. La deuxième prend le parti d'éclairages successifs sur quelques sociétés de l'Europe occidentale ou centrale, de l'époque moderne à nos jours. La péninsule ibérique et le monde anglo-saxon y sont particulièrement mis en valeur. La dernière s'intéresse aux conceptions familiales et aux pratiques des élites, et ce, plus particulièrement dans la France d'Ancien Régime.

  • Philibert-Emmanuel de Beaumanoir de Lavardin fut au XVIIe siècle évêque du Mans. Il croisa la route des plus grandes figures de son époque, Madame de Sévigné, Louis XIII, le Cardinal de Retz, Saint Vincent de Paul, Mazarin, Anne d'Autriche. Il fut à l'origine d'un scandale retentissant qui secoua l'Église de France et qui trouva un rebondissement inattendu plusieurs décennies après sa mort. Voici l'histoire de Philibert « l'évêque libertin ».

  • Issu d'un programme de recherche franco-italien initié en 2008 sous l'égide de l'École française de Rome, de l'Università degli Studi di Parma et de l'Université Paris-Sorbonne, ce volume explore un des paradoxes majeurs du catholicisme moderne : alors qu'il revendique une parfaite unité, argument de choix des controversistes contre le protestantisme, il est en réalité traversé par de profondes divergences doctrinales. Ces divergences ne concernent pas seulement des individus, mais aussi des institutions et des États. Le royaume de France continue ainsi de refuser obstinément la conception romaine du pouvoir pontifical, et avec elle la juridiction doctrinale qui en découle. La papauté de son côté condamne régulièrement les thèses gallicanes. Si les affrontements sont nombreux aux XVIe et XVIIe siècles, ils ne débouchent presque jamais sur une rupture complète entre Rome et l'Église gallicane. Les moyens de régulation, diplomatiques, mais aussi théologiques se révèlent donc efficaces pour maintenir dans l'unité des Églises qui s'accusent volontiers l'une l'autre d'errances doctrinales. Cette situation d'hétérodoxies croisées ouvre à quelques individus une espace de liberté, certes restreint et toujours menacé, mais qui contribue au pluralisme du catholicisme d'Ancien Régine.

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