• " Inutile de le nier, je suis comme les bêtes : je sens l'air du temps. "
    Le 23 mars 1919, le groupuscule Faisceaux de combat est constitué à Milan par Benito Mussolini, un obscur journaliste et activiste. Le 3 janvier 1925, désormais chef du gouvernement italien, le même Mussolini assume ses responsabilités dans l'enlèvement et l'assassinat d'un député qui s'était opposé à lui au Parlement.
    C'est le début du régime fasciste.
    Il a fallu seulement six ans à cet agitateur populiste et sans scrupule pour devenir le dictateur charismatique qui fascine tout un peuple. Le romancier italien Antonio Scurati a reconstitué minutieusement les faits et gestes de l'ascension du Duce sous la forme d'une fiction, et l'a confrontée à un choix de documents historiques - correspondances, articles de journaux, extraits de discours, affiches. Ces deux récits alternent en courts chapitres et se répondent de manière vertigineuse. C'est l'Histoire qui s'écrit sous nos yeux, comme si nous en étions les contemporains, et que l'on redécouvre avec curiosité.
    M, l'enfant du siècle est une tentative passionnante, vivante et neuve, de raconter notre Histoire.
    Traduit de l'italien par Nathalie Bauer

  • Le rouge et le brunRobert Coulondre (1885-1959) a été l'ambassadeur de France qui a signifié à Ribbentrop, le ministre des Affaires Etrangères allemand, la déclaration de guerre de la France. Mais Coulondre n'a pas seulement été en poste à Berlin. Il a en effet réalisé la passe de deux des totalitarismes, représentant aussi la France à Moscou, de 1936 à 1938. Il a surtout alerté en vain Paris sur la nécessité de maintenir des liens étroits avec l'URSS de Staline et d'empêcher sa lente dérive vers l'ogre nazi. Juste avant la déflagration, un ambassadeur s'est donc retrouvé aux deux endroits les plus explosifs de l'Europe, témoin, acteur privilégié placé au carrefour des équilibres, des tensions, et des manigances. Cinq ans après la fin de la guerre, ce Cassandre aux gants beurre frais prit une plume brillante pour égrener de son point de vue le compte à rebours fatidique, de 1936 à 1939. Sans se donner le beau rôle, sans non plus verser dans le règlement de comptes, il nous fait revivre chaque moment où la France a foncé dans le mur. Il raconte aussi avec un luxe de détails étonnant la Russie stalinienne dont il dresse le portrait des dirigeants. Il décrit enfin longuement Hitler qu'il rencontra à plusieurs reprises. On connaissait les Mémoires de son prédécesseur à Berlin, André François-Poncet. On avait oublié ce De Staline à Hitler, un complément indispensable. Le principal témoignage hexagonal qui permet de comprendre comment Hitler et Staline se tombèrent dans les bras. En voici la première édition critique, annotée et préfacée de main de maître par François-Guillaume Lorrain.

  • La paix introuvable.Le 11 novembre 1918, au matin, Georges Clemenceau déclare à son chef de cabinet : " Nous avons gagné la guerre, il nous faut maintenant gagner la paix, et ce sera plus dur encore. "
    En effet, outre la mauvaise volonté allemande, il faudra non seulement compter avec la diplomatie d'équilibre des Britanniques qui ne veulent pas trop affaiblir l'Allemagne au profit de la France, mais aussi avec les ambitions du président américain Wilson dont les principes démocratiques pour la reconstruction du monde - le droit des peuples, l'État-nation, la SDN... - privent les Européens de toute politique d'annexion.
    Loin d'être à l'apaisement, les années d'après-guerre sont marquées par le trouble et l'incertitude. La guerre continue à l'Est, dans les pays baltes en 1919, entre la Pologne et la Russie de 1920 à 1921, entre les Turcs et les Grecs de 1919 à 1922, tandis que la guerre civile en Russie cause la mort de 5 à 7 millions de personnes. Surtout, le spectre de la révolution bolchevique, victorieuse en Russie, s'insinue de l'Allemagne à la Hongrie en passant par l'Italie. L'ennemi n'est plus tout à fait le germanisme, mais le bolchevisme, infiltré sous la forme des nouveaux partis communistes d'Europe. Un monde radicalement nouveau est né, une nouvelle ère idéologique coincée entre Wilson et Lénine, deux messianismes à côté desquels la France et la Grande-Bretagne ne tiennent plus le premier rôle. En ces années où prévaut l'illusion d'une paix durable, les instabilités, les aigreurs et les déceptions attisent déjà le feu de la revanche.
    Clemenceau avait raison : il était plus difficile de gagner la paix que la guerre. Et la France, qui a gagné la guerre, a perdu la paix.
    Jean-Yves Le Naour livre une étude brillante et rénovée - parfois iconoclaste - de cette tragique sortie de guerre, étudiant notamment le traité de Versailles, dont le grand perdant ne fut peut-être pas l'Allemagne, mais la France.

  • Dès le début des années 1920, le succès des Protocoles des Sages de Sion encourage la formation de réseaux antisémites à l'échelle mondiale, bien avant leur reprise par le fascisme et le nazisme. En montrant la participation active de groupes catholiques et de figures ecclésiastiques dans cette internationale antisémite, Nina Valbousquet met au jour un aspect méconnu de cette histoire. Croisant des archives inédites, françaises, italiennes et vaticanes, l'historienne reconstruit le réseau mené secrètement par Mgr Umberto Benigni, proche du pape Pie X, journaliste et professeur, traducteur des Protocoles, reconverti en espion fasciste pour le régime de Mussolini.

    Véritable plongée dans les milieux du catholicisme intégral, du clérico-fascisme et de l'extrême droite nationaliste de l'entre-deux-guerres, cet ouvrage propose une galerie de portraits : des militants de l'Action française aux nationalistes roumains, en passant par les Russes anticommunistes exilés entre New York, Londres, Copenhague, Rome et Berlin. Nina Valbousquet démontre que, loin de se limiter à la tradition antijuive chrétienne, l'antisémitisme de ces milieux catholiques fait feu de tout bois, amalgamant antilibéralisme, antisionisme, croisade anticommuniste et racisme.

    Un éclairage indispensable à l'heure de l'ouverture des archives de Pie XII pour la période de la Shoah.

  • Le 11 novembre 1918 marque l'arrêt des combats sur le front occidental. Mais, pour cinq millions de soldats français, ce n'est pas encore la fin de la guerre. Il leur faut attendre longtemps avant d'être démobilisés et pouvoir revenir dans leur famill

  • Le souverain captif

    Andre Tardieu

    • Perrin
    • 5 Septembre 2019

    Le prophète oublié" Pour avoir mesuré la limite de l'efficacité gouvernementale, je crois plus que jamais à la puissance des idées. Un livre, s'il est bon et s'il porte, est plus fort qu'un ministère ou qu'une assemblée. On s'en est aperçu à tous les âges de l'humanité. " Dès l'avant-propos du Souverain Captif, André Tardieu exprime l'ambition qui l'anime au moment d'entreprendre son testament politique.
    Après 20 ans de vie parlementaire, plusieurs postes de ministres, trois présidences du Conseil, il n'est pas parvenu à atteindre son objectif de redressement de la France, en proie à une instabilité politique récurente et minée par la crise de 1929 face au péril hitlérien. A travers ce livre, il s'adresse directement au pays dans l'espoir de provoquer un sursaut de l'esprit public. Tardieu fustige dans un style flamboyant l'instrumentalisation des grands principes républicains par les élites dirigeantes dans l'objectif d'asservir le peuple sous couvert de le servir. Comment parler de suffrage universel et de démocratie, s'indigne-t-il par exemple, alors que les femmes, c'est-à-dire la moitié de la Nation, en sont exclues depuis 150 ans, qu'il n'existe pas de politique sociale digne de ce nom et que l'instabilité gouvernementale a pour corollaire l'éternel retour des mêmes ministres ? Convoquant l'histoire et les meilleurs auteurs, il dénonce une forme d'imposture utilisant ad nauseam la mystique révolutionnaire, largement mensongère à ses yeux, pour justifier un parlementarisme qui ne profite qu'à la " profession parlementaire ", titre d'un second volume qu'il publiera dans la foulée sous l'intitulé commun de " La révolution à refaire ".
    Pour en sortir, il défend notamment l'idée d'un recours au référendum et un renforcement du pouvoir exécutif, préfigurant le gaullisme qui lui doit beaucoup.
    D'une actualité stupéfiante, ce livre présente aujourd'hui des accents étrangement prophétiques. Maxime Tandonnet en donne la première édition critique, enrichie de nombreuses notes et d'une préface substantielle.

  • 1936-2016 - 80e anniversaire de la victoire politique et sociale du Front populaire. Face à la crise économique et sociale actuelle, à la montée de l'extrême droite, au discrédit de la politique, aux divisions de la gauche, voici un livre qui raconte l'aventure d'un projet mobilisateur associant des réformes de tous bords. Antifascisme et revendications sociales ont fondé une alliance de toute la gauche autour d'un programme commun, qui remporte une victoire électorale inattendue en 1936 : le Front populaire est au carrefour de plusieurs combats. C'est aussi un gouvernement porté par un mouvement de grève massif qui rassemble ouvriers, employés, français et étrangers, hommes et femmes. Ce volume est actualisé à la lumière inédite des archives russes, enfin accessibles. Fascisme allemand, guerre d'Espagne et rôle de l'URSS, la dimension internationale y est fortement présente. L'expérience gouvernementale, la première du parti socialiste au pouvoir, et la difficulté du Front populaire à tenir ses engagements, à s'appuyer durablement sur le mouvement social, sont analysées. Bien au-delà d'un " air de circonstance " qui associerait le gouvernement de Léon Blum à celui de François Hollande, l'histoire d'hier incite aux réflexions sur aujourd'hui, et pour demain.

  • Amorcée dans les années 1930, l´entrée en scène de chercheurs en sciences sociales en matière d´étude du fascisme date de l´après-1945. Puis des historiens, notamment à partir des années 1960, ont commencé à examiner le phénomène. Leurs approches se sont démarquées des lectures classiques sur plusieurs points : historisation et inscription du phénomène dans l´histoire des sociétés européennes ; appui sur des sources jamais ou peu consultées. Ils ont ainsi contribué à lui restituer une autonomie politique et culturelle, à distance des lectures dites « classiques » du fascisme qui avaient eu tendance à nier toute autonomie au fascisme.

    Les travaux des années 1960-1970 ont ouvert la voie aux recherches sur les fascismes nationaux dont l´essor fut constant jusqu´à nos jours. Aussi, l´accent a été mis sur leurs singularités. Se sont donc dressés de sérieux obstacles pour parvenir à une théorie générale : la conception et la signification du fascisme comme phénomène international étaient mises en doute. C´est seulement depuis les années 1980 que les efforts théoriques ont repris et se sont développés parallèlement aux études de cas. Même si aujourd´hui certaines définitions ou tentatives pour construire une théorie du fascisme présentent des analogies, force est de constater qu´il n´existe pas une définition unique mais une pluralité d´approches qui se juxtaposent.

    Concernant les enjeux proprement mémoriels, le tour polémique pris par les débats historiographiques s´explique largement par le surgissement,à partir des années 1970, d´une mémoire collective douloureuse du fascisme, de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah. C´est ainsi qu´après une tendance à l´effacement mémoriel de pans entiers de la réalité du fascisme, s´est progressivement dessinée, à partir de 1945, une anamnèse concernant le fascisme et les années noires.

  • " J'avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie ". Ces phrases de Paul Nizan (1905-1940) ouvrant son pamphlet Aden Arabie (1931), sont demeurées célèbres. Elles marquaient à l'époque les débuts de publication d'un écrivain qui fut l'un des intellectuels les plus brillants des années trente. Pamphlétaire, romancier, essayiste, journaliste politique et critique littéraire, également préfacier, traducteur, poète, adaptateur, scénariste, il est peu de domaines où cet intellectuel et ce militant communiste ne se soit manifesté. Mais s'il fut un romancier talentueux (Antoine Bloyé, Le Cheval de Troie, La Conspiration), un pamphlétaire acide (Aden Arabie, Les Chiens de garde), son temps fut principalement occupé par son métier de journaliste, profession qu'il épousa totalement à partir de 1935. C'est ce Nizan-là à la découverte duquel ce volume nous convie.Nous découvrons le Nizan rédacteur politique, tâche qu'il occupe désormais dans le quotidien communiste L'Humanité. À ce titre, il va suivre nombre d'événements fondamentaux de l'époque, comme le conflit italo-éthiopien ou les élections du Frente popular en Espagne. Il continue d'exercer ses activités de critique littéraire, dans ce même périodique mais également à Monde, l'hebdomadaire d'Henri Barbusse, ou à Commune, la revue de l'Association des Ecrivains et Artistes Révolutionnaires.
    La première quinzaine de juin, il se rend en Espagne pour l'organe du Komintern, La Correspondance Internationale. Le volume se clôt au moment du déclenchement de la guerre d'Espagne. Dans ses papiers précédents, Nizan aura eu l'intuition d'un coup d'État imminent. Et il aura vu dans le conflit italo-éthiopien le début d'une victoire des fascismes, face à laquelle les démocraties n'affirment - déjà - que leur aveuglement coupable.
    C'est un Nizan méconnu qui s'offre ici au lectorat d'aujourd'hui : le journaliste politique confronté aux événements de son époque. Si l'orthodoxie communiste habite ses articles, elle n'oblitère néanmoins pas toujours l'acuité de sa pensée.
    Cet ouvrage donne aussi à voir le déroulement d'une partie essentielle de notre Histoire, celle de l'entre-deux-guerres, et par ce fait nous permet d'éclairer, à bien des égards, notre époque.
    Édition établie par Anne Mathieu

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