Publie.net

  • Des enfants jouent sur un rivage, et aperçoivent un corps échoué. C'est celui de Monsieur M. - une énigme à résoudre, jusques et y compris dans la fable qui peu à peu devient fantastique, mêlant l'enfermement de qui écrit à ce qui l'oppose aux mots d'ordre hurlés. Les voix qu'il entend dedans la page encore à écrire, et celles d'un dehors devenu carcéral, vociférant ordres et mots d'ordre. Aux mises en abyme successives qu'organise le récit, aux labyrinthes d'une bibliothèque - vide de tous ses livres brûlés, sauf un seul encore à écrire -, aux jeux de miroirs que peu à peu le geste d'écrire fait naître de lui-même, le roman vient proposer, comme autant de nouveaux reflets, l'écho de portraits successifs.


    Ils viennent comme démultiplier, dans leur champ propre, l'interrogation que porte le récit, que porte peut-être tout récit. Dans la clôture d'une chambre, que peuvent écrire ou peindre ? Les deux actes, entiers dans leur geste, viennent, chacun à leur mesure, dépasser la condamnation qu'ils portent en eux-mêmes. Un papillon noir, fasciné par la flamme du rêve dans un rêve, vole vers la nuit elle-même.

    Jean-Yves Fick

  • Et c'est toujours, à 140 ans de distance, un texte des plus extrêmes de toute la langue française. D'une novation telle qu'on le relit sans cesse, qu'il s'ancre en vous par coeur quand bien même on voudrait le tenir à distance, tant il est poison et violence, et parcours extrême de l'être.
    C´est le texte qu'on porte secrètement, chacun de nous, sans jamais le partager avec les autres.
    C´est l´écriture d´un chemin vers l´écriture. C´est le rassemblement de la poésie embrassée, puis quittée.
    C´est la fin définitive du parcours de Rimbaud écrivain, quand bien même l´écrit majeur, Illuminations, ne surgira qu'après.
    C´est le texte qu'à peine on le rouvre voilà qu'il se chuchote dans la tête tant on le sait par coeur, ses naïvetés, ses étrangetés et monstruosités comprises.
    Il y a ces phrases, Je sais aujourd'hui´hui saluer la beauté, ou l´encore plus considérable Il faut être absolument moderne.
    Nous en présentons deux versions : bien sûr une version au format epub préparée spécialement pour l'affichage sur iPad et liseuse, ou téléphone. Avoir Rimbaud sur soi. L'emporter dans ses ressources numériques. Et surtout, en exclusivité, le fac-simile numérique précis, reconstitué en compo numérique, de l'édition originale, respectant scrupuleusement sa ponctuation, sa présentation et son orthographe.
    Celle qu'on annonçait "pour 1 franc rue aux Choux, à Bruxelles, chez l´imprimeur"... Et choix délibéré de la proposer dans notre collection jeunesse. Jeunesse définitive de la langue, du poème comme rage.

    FB

  • Il faut être absolument moderne, disait-il dans Une saison en enfer : et si c'était dans ses Illuminations que Rimbaud le devenait définitivement, dans ce texte inépuisable ?
    La ville, aperçue, multipliée, les silhouettes, les rêves, les transformations du monde.
    Un constant saut d´ajustements, distance, vitesse, coupes narratives, de phrase à phrase, constituant même parfois le texte de ces phrases traitées comme des objets indépendants.
    Qu'il s´agisse d´un harpon autobiographique (Enfances, vagabonds), d´une lancée allégorique (Villes, Promontoires), ces éclats de textes ont une visée de saisie totale du monde.
    Et plus on les pratique, plus chaque fois un de ces éclats surgit devant vous à neuf.

    F.B

  • Le corps masculin dans son érotisme, sa sensualité, et l´hommage à toutes ces marques anonymes de la vie quotidienne, de l´humble vivre ensemble ? Le blason est une tradition de nos formes littéraires, on a tous en mémoire celui de Marot :
    Tetin refaict, plus blanc qu´un oeuf, Tetin de satin blanc tout neuf, Tetin qui fait honte à la rose, Tetin plus beau que nulle chose ;

    Tetin dur, non pas Tetin, voyre, Mais petite boule d´Ivoire, Au milieu duquel est assise Une fraize ou une cerise, Que nul ne voit, ne touche aussi, Mais je gaige qu´il est ainsi.

    Tetin donc au petit bout rouge Tetin qui jamais ne se bouge Ou bien les jeux plus abstraits de Maurice Scève :
    Front apparent, affin qu´on peult mieulx lire Les loix qu´amour voulut en luy escrire, O front, tu es une table d´attente Où ma vie est, et ma mort trespatente.
    Mais Régine Detambel, qui a toujours mis le corps au centre de son entreprise littéraire, le retourne de façon dangereuse. Dans une proximité plus haute du corps et de l´écriture, et surtout par ce premier renversement : cette forme où traditionnellement l´homme nomme la femme, dans un système où il est lui-même l´agent dominant, c´est sur lui qu´on le retourne, et littéralement de haut en bas. Detambel commence en haut, et puis descend.
    Il y avait ici deux défis pour Régine Detambel. Le premier tient de l´écriture à contraintes, dont elle est familière (et même, si je me souviens bien, correspondante de l´Oulipo...), de se saisir d´une forme ainsi établie, repérée, et affronter avec elle le corps contemporain - l´histoire du corps est un fil comme nombre d´autres.
    Le second défi, c´est de basculer dans l´intérieur de cette forme la référence homme/femme : la narratrice ou locutrice assigne comme objet à l´écriture le corps masculin. Et peut-être que la réussite du texte, ou sa part la plus risquée, tient au déterminatif : non pas blasons du corps masculin, mais blasons d´un corps masculin...
    Régine Detambel a toujours été à l´intersection de ces deux défis. Longtemps, sur des cahiers ou des carnets disposés à divers endroits de son lieu de vie et de travail (un cabinet de kinésithérapie), l´écriture s´accumulait par fragments, debout, au gré des haltes ou des passages. D´autre part, précisément la kinésithérapie : le corps au centre de l´approche de l´autre, ou en tout cas tout cela du même geste. Quand bien même l´écriture fait cesser toute détermination amont par le temps privé ou le métier : affaire de main, et les textes spécifiques (voir Régine Detambel, le site) sur les ateliers d´écriture et leur rapport au corps prouveraient que l´intersection n´est pas lieu neutre.
    A lire donc comme expérience de risque : le texte atteint ses frontières, jusqu´au sexe inclus, parce qu´il prend le corps comme totalité, systématique (voir aussi extrait ci-dessous).
    Pas un hasard si Régine Detambel vient de publier dans la collection Folio Essais un Petit éloge de la peau, ou qu´elle ait récemment préfacé une anthologie de textes de Bernard Noël sur le corps.
    Mais à lire justement comme mise en histoire du corps : ce qu´il inscrit d´une société précise, d´usages évidemment selon le temps, et que se donne ici à lire, en creux, la vie ordinaire, celle de nous tous, et le lien à l´autre.
    En remerciant Régine Detambel de nous confier, après ses Décousures, ce texte paru en 1995 chez Via Voltaire, à Montpellier, au moment où s´élaborait son roman Le ventilateur.

    FB

  • Une société bascule. Le cadre est strictement démocratique et consenti : une élection présidentielle. Entre les deux tours, trois semaines. Au jour le jour (sauf les dimanches, donc 20 fois d'affilée), Béatrice Rilos tente de capter, le plus librement, mais à l'écoute des moindres paradoxes du quotidien dans son arbitraire, la rue, vos proches, la télévision et les images, les conversations, et ces contradictions qu'on voit lourdes dans le ciel. L'élection, elle, ne sera même pas évoquée, ou à peine :

    C'est un grand professionnel. Le jusqu'au-boutisme. Quatre-vingt-dix-neuf pour cent des gens qui pensent la même chose. Il faut trouver l'équilibre. Le cumule des mandats. En dévalorisant les invités. Il avait le courage d'annoncer la couleur. Le manque de diversité. Des opinions différentes. Le manque d'objectivité. À votre avis ? On va sur la pensée unique. Ne dites pas ça. Part de marché. Vingt pour cent. Vous êtes hors de la grille. La loi de la télévision. Si on commence à raconter n'importe quoi. C'est tout le service public. Il n'a pas touché à la rédaction. On ne s'en sortira pas. Globalement, tout le monde le sait. La vitrine. Vous avez deux mille journalistes. On le sait. Ce sont des idées reçues. Ils ne font pas partie de vos « on le sait ». D'où ça vient ? Il y a trente ans. Les amis. J'ai été dans ma vie. C'est un fait historique. Attends, je vais te donner. Cooptation aussi. C'est le patron qui décide. Ça n'a rien à voir avec la couleur politique.

    Soient les trois mots : liberté, égalité, fraternité. Au fronton de la république, au fronton de ce texte. Soit, parallèlement, une secousse contingente : l'élection d'un président de la république.

    Et pas loin de vingt mois ont passé. Raison de plus, le désordre et ce que Baudelaire nommait horizon noir, de produire un signe politique.

    Ce qui s'écrit ici n'est ni un journal, ni un texte contingent. De son travail artistique, Béatrice Rilos sait ce qu'implique la notion de geste. Dans l'accès à la création, ce qu'on y ouvre, ou dans le moment de sa restitution, de la performance.

    Dans les trois semaines qui ont suivi l'élection du nouveau président de la république, elle écrit. Chaque écrit est daté. L'intensité, les déclarations, les mots attrapent des pans entiers de réel. La violence, le racisme banal, les notions de travail et de salariat, les guerres, la télévision, le star-système (encore en avait-on peu vu). Beaucoup pour un seul texte, d'une auteure de moins de trente ans ? Non. Point d'intensité de la secousse. Mots qu'on renvoie cogner à la ville.

    Les trois mots : liberté, égalité, fraternité, mais aller voir dessous. Et, dessous, ce sont ces fragments de parole, ces bribes d'images. C'est de les noter au jour le jour, justement, qui les assemble en fresque peinte, et dérangeante. On vient râper les symboles. Et on le fait en connaissance de cause, on sait ce qu'on avale.

    On interroge ce qu'est écrire, aussi. Cela revient tout le temps, écrit, ou j'écris, ou ce qu'on lui renvoie : tu écris.

    F.B

  • Comment ne pas être fasciné à la pensée d'être contemporain d'une de ces très rares mutations essentielles de l'écrit, aussi violente et profonde que celle du passage du rouleau au codex, avec son lot d'imprédictible ?
    Affaire technique ou économique ? Elle l'est aussi. Mais c'est d'abord la mutation de ce à quoi nous devons, vis-à-vis de nous-mêmes, notre meilleur : l'imaginaire, la pensée, l'écart silencieux - et tout aussi bien le langage à sa pointe, ce qui nous porte dans la relation à l'autre, poésie compris.
    À preuve, qu'à chacune des grandes époques, l'écrit a tenté de se penser lui-même, dans sa genèse, ses formes, sa réalisation matérielle, et sa diffusion. On est ici sous le signe de grands textes comme la Lettre sur le commerce de la librairie de Diderot.
    Allez, soyons un peu polémiques : on est fatigué de ces discours à la gloire seulement de l'argent et de l'industrie. C'est de civilisation qu'il s'agit.
    Et d'un paradoxe qui rend l'affaire complexe : il y a beau temps que le livre traditionnel est déjà affaire numérique, de bout en bout. Et dans le bouleversement actuel, les lignes de force et de partage rejouent des conflits culturels qui n'ont rien à voir avec la seule question du numérique.
    C'est pour le présent, pour ce que nous avons à inventer au jour le jour, que nous avons à nous saisir d'une réflexion sans concession, nous faire nous-mêmes porteurs d'une complexité (voyez comme je sais vendre...). Longue histoire, de Rabelais à Diderot, de Kant (on verra ici le rôle de son texte Qu'est-ce qu'un livre ?) à Balzac, mais la nouveauté c'est que nous sommes - nous, dont le livre imprimé a été le bain et l'horizon - témoins et acteurs directs d'une bascule à la fois progressive et irréversible, radicale.
    Tous les familiers du monde professionnel du livre, tous les familiers des questions numériques de l'édition connaissent Jean Sarzana et Alain PIerrot. Qu'ils fassent à publie.net cette confiance, pour que ce travail de fond s'insère dans nos réseaux de diffusion, librairies qui nous relaient, grandes bibliothèques d'université, ou les salles de la BPI et d'autres, par simple requête de catalogue, j'en suis profondément touché.  Le livre inclut aussi plusieurs dizaines de liens interactifs, discrètement soulignés, qui vous mèneront aux organismes, rapports, sites, qui en font en lui-même un outil d'étude unique : une interface overte, le temps de la lecture, sur le monde éditorial et les institutions françaises, européennes, internationales qu'il décrit.
    Voici comment Jean Sarzana présente la démarche commune de ce compagnonnage de travail avec Alain Pierrot :

    "AP & JS se croisent depuis un peu plus  de quinze ans dans les différents  circuits de l'édition. Chacun, bien sûr, avec son profil et son  expérience propres : Alain linguiste d'origine, grammairien, observateur plus  qu'acteur à la croisée des techniques numériques et de la transmission du  savoir dans l'enseignement, l'édition et les "arts de la lisibilité" ; Jean  passé par le corps préfectoral, le Trésor, les cabinets ministériels, le  Syndicat national de l'Edition, praticien des problématiques collectives et de  la gestion des ego. Courant 2008, alors en mission auprès de la  SGDL, Jean demande à Alain de participer à un groupe de réflexion qu'il  anime au sein de la Société, l'Atelier de Massa : le courant  passe. L'année dernière, une réflexion commune se fait jour entre eux à  propos de la difficulté à fixer une définition pour le livre dit  numérique. Pris peu à peu au jeu de ces échanges, ils poursuivent  leur démarche interrogative autour de la lecture, du devenir de  l'oeuvre, du droit d'auteur, de certains enjeux de l'action  collective. "Impressions  numériques" naît à l'été 2010 de ce cheminement. Impressions,  parce que tout ce qui touche au numérique se prête encore  mal à l'affirmation".

    Quant au titre, s'il est d'emblée une provocation quant à ce qui aurait pu séparer, dans le geste éditorial, le chemin numérique de la réalisation imprimée, il connote aussi la très haute liberté de pensée d'aute

  • Pour ce troisième texte d'Eric Dubois accueilli sur publie.net, après "Radiographie" et "C'est encore l'hiver", venir au plus près de ce qui justifie l'écriture poétique face et dans le monde, face et vers soi-même.

    Dans ce même jeu tendu de distiques qui est sa marque, c'est l'écriture même qu'on va chercher à appréhender, entre sens, nécessité et idéal.

    Eric Dubois déploie à nouveau une écriture concrète à l'extrême, avec des raclements et des dissymétries, et l'emprise du monde qui est son lot - immeubles et RER à l'arrière-fond.

    Voix. Visage. Corps.

    Cette suite se lit comme un seul fil narratif, récurrences et variations, cheminant pour séparer, dans le bruit du monde, ce qui sépare des autres les mots inutiles. "Il faut une certaine lenteur / pour voir les choses apparaître".

    Pas étonnant alors d'y voir surgir, dans le fond inchangé de l'expérience poétique, clé USB et clavier d'ordinateur.

    Un seul fil de réflexion, qui est notre mécanique de chacun entre langue, lumière et monde.

    FB

  • C'est en 1993 qu'Éric Chevillard fait paraître sa Nébuleuse du crabe, un livre étape dans la construction de son fantastique. Crab, le personnage principal, est une forme, une durée, un système d'idée, une critique de Léonard de Vinci.
    Mais, avec Chevillard, les personnages de roman ne s'arrêtent pas au livre qui les fait naître.
    Ici, l'auteur inventeur de Crab est aux prises avec son propre personnage. Des voix contestent, assaillent, commentent. Une journaliste de radio veut à tout prix une réponse à des questions insolubles.
    Et tout d'un coup, nous voilà sur la piste vertigineuse d'une critique du roman...

    Manière de saluer ici la parution de Dino Egger, le nouveau livre d'Éric Chevillard chez Minuit (l'éditeur), ainsi que le 3ème tome annuel de son Autofictif, le célèbre triptyque lancé chaque minuit (l'heure).
    Qui a a dit que la littérature contemporaine n'autorise pas le rire ?
    Je remercie profondément Eric d´avoir bien voulu être présent avec nous dès le début de l´expérience publie.net... A lire aussi sur publie.net : Dans la zone d´activité. On peut visiter aussi sa page auteur sur le site des éditions de Minuit, mais surtout la vue d´ensemble que propose Even Doualin sur le site Eric-chevillard.net.


    FB

  • Combien de fois, après avoir lu en public le texte suivant, m´a-t-on demandé d´où je le tenais ?

    Symptômes de ruine. Bâtiments immenses.
    Plusieurs, l´un sur l´autre. des appartements, des chambres, des temples, des galeries, des escaliers, des coecums, des belvédères, des lanternes, des fontaines, des statues. - fissures, Lézardes.
    Humidité promenant d´un réservoir situé près du ciel. - Comment avertir les gens, les nations - ? avertissons à l´oreille les plus intelligents.

    Tout en haut, une colonne craque et ses deux extrémités se déplacent. Rien n´a encore croulé. Je ne peux plus retrouver l´issue. Je descends, puis je remonte. Une tour-labyrinthe. Je n´ai jamais pu sortir. J´habite pour toujours un bâtiment qui va crouler, un bâtiment travaillé par une maladie secrète. - Je calcule, en moi-même, pour m´amuser, si une si prodigieuse masse de pierres, des martres, de statues, de murs, qui vont se choquer réciproquement seront très souillés par cette multitude de cervelles, de chairs humaines et d´ossements concassés. - Je vois de si terribles choses en rêve, que je voudrais quelquefois ne plus dormir, si j´étais sûr de n´avoir trop de fatigue.

    C´est que Baudelaire lui-même n´a peut-être pas réussi totalement le défi qu´il exprime dans sa préface, et là on a tous ce passage en mémoire :

    Quel est celui de nous qui n´a pas, dans ses jours d´ambition, rêvé le miracle d´une prose poëtique, musicale sans rhythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s´adapter aux mouvements lyriques de l´âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience ?

    C´est surtout de la fréquentation des villes énormes, c´est du croisement de leurs innombrables rapports que naît cet idéal obsédant.

    En fait, dans l´entrelacement des tentatives, les Petits Poëmes en prose ne sont pas un après des Fleurs du Mal, mais comme une étape, où Baudelaire prend des éléments venus de ses traductions de Poe, ou bien Poe poussé à une limite qu´il ne contient pas, s´en sert de greffon pour une narration, et souvent le poème des Fleurs du Mal accomplira ce territoire très précis en l´enchâssant dans ces rythmiques infinies. Et peut-être que c´est Rimbaud, dans ses Illuminations ou Lautréamont, dans ses Chants de Maldoror, qui accompliront la prose de la ville dont rêvait Baudelaire ?
    N´empêche qu´ici naît l´écriture de la ville, naît la posture du poète, celui qui va s´embarquer plus de vingt ans dans la construction des minces Fleurs du Mal. Et il lui faut la cruauté, le regard, le rêve, la ville, alors en voilà le chantier.


    FB

  • [...] L´écrivain classique est comme une plume dans la main géante d´un autre corps dont il ignore le visage et le nom, et dont jamais il n´entendra résonner le timbre de la voix. L´écrivain classique ne sait presque rien, mais pourtant il sait tout ce qu'il a à savoir, il ne se trompe pas, il est attiré par son but comme la limaille par l´aimant, il est tracté vers lui. Il n´y a pas d´autre pourquoi. L´écrivain n´a pas à se demander pourquoi le monde est là ; il constate que le monde est là, et que lui-même, également, est là pour l´observer. Il s´en félicite.
    Partout, on entend dire que les écrivains furent d´abord des amoureux de la lecture. On raconte que pour devenir un écrivain classique on va d´abord aimer les écrivains classiques, qu'on va les lire pendant toute son enfance et sa jeunesse, et que pour les imiter un jour on va écrire. C´est faux. Les choses ne se passent pas comme ça. Celui qui sait lire vraiment les écrivains classiques est lui-même un écrivain classique. Les meilleurs spécialistes des grands peintres du XIXe siècle furent les grands peintres du XXe siècle, et ainsi de suite de siècle en siècle entre les siècles. L´Art transperce la Société et créé la Civilisation d´une manière mystérieuse qui n´a rien à voir avec la compréhension directe des oeuvres par les personnes qui les rencontrent. Les lecteurs, les spectateurs, les auditeurs, sont infusés sans le comprendre et parfois sans le savoir. L´échange reste caché. Seuls les grands artistes en connaissent les ressorts. Si les critiques d´Art, les professeurs d´Université, les mécènes, sont si lents et si lourds, c´est parce qu'ils parlent des oeuvres à l´aide d´un support qui n´est pas l´Art ; ils essayent de faire entrer des paquebots dans des bouteilles, c´est impossible.

    M.P.

    Pas un de nous, auteurs, pour ne pas être sans cesse saisi du à quoi bon, et pourquoi l´effort extrême, la durée démultipliée, pour l´humble circulation du livre, dans une profusion marchande qui en général s´en préoccupe bien peu.
    Et pourtant, de quoi ou qui sommes-nous héritiers ? Y a-t-il une responsabilité à cette tâche ? Et le discours que nous-mêmes avons à tenir quant à notre travail, si nous souhaitons y tenir, n´est-il pas une nouvelle illusion ou une nouvelle fiction ?
    Avec l´humour à froid d´un discours impeccablement tenu, Marc Pautrel nous promène dans des miroirs à la Henry James : rien n´est conclu ni asséné, et surtout pas de moralité. Mais c´est le lecteur qui se retrouve quasi nu dans la question multipliée...

    FB

  • Plateau

    Fred Griot

    La meilleure façon de découvrir le travail très original de Fred Griot, un des artisans de l´aventure publie.net ?
    Fred Griot pratique la montagne et d´autres sports de vertige.
    En écriture, un dedans de la langue, mais poussé dans une expérience concrète par la performance (avec musiciens souvent) ou l´image et le son via le site parl.
    Plateau, quelque chose d´autre que la littérature essaye - non pas de théoriser - mais d´inventorier dans la langue ces éléments que la voix, le souffle déplacent : notes et réflexions sur la langue parlée en scène.
    Voir autres textes de Fred Griot sur publie.net : Refonder, notes d´écritures, et un carnet de voyage : Visions. Et version lue de Plateau sur remue.net.
      plateau quelque chose d´autre que la littérature   il n´y a plus d´autre possibilité maintenant que de la dire avec le corps, ça, cette lang écrire par le plein de la bouche et du corps lang physique lang organe parole : la retrouver c´est aussi se libérer du langage évolué pour retourner à la lang. la primaire, l´archaïque, l´organique. celle qui souffle du dedans dedans ce n´est plus de la pensée ce n´est plus intellectualisé, c´est quelque chose de physique maintenant. quelque chose de chair et de bouche quelque chose de concret palpable là-dedans la parole est avant la lang. la parole vient du ventre, du corps, du souffle, avant la lang... comme née plus antérieurement, plus archaïque, plus originelle, plus proche de notre préhistoire vocale que la lang normée la lang ça sert à former la parole. ça vient ensuite. ça sert ça sue ça mécanise la parole c´est comme si, peu à peu, on pouvait moins faire confiance à la lang, ne plus l´utiliser telle quelle - elle a été trop détachée, au fil des siècles, de ses fonctions organiques archaïques, tellement intellectualisée - que ressent le besoin lancinant de trouver une lang propre, un patois. de malaxer cette pâte, de la dé-syntaxer pour trouver ce patois. retrouver la pâte de souffle, primaire le langage est pour beaucoup encore soumis aux règles, à la lang sociale, aux règles de la lang du corps social.

    Le langage n´a sans doute pas d´abord surgi d´une nécessité d´expression, de communication sociale, mais d´exploration. dans ce sens il est nécessaire de redécouvrir une lang téméraire, curieuse, exploratrice, risquée, affranchie. portée devant. une lang sauvage.
    Il ne s´agit plus de la suivre, de l´utiliser, normée, mais de laisser la parole carnée paroler d´elle-même ce qui ramène au corps. encore. à cet appel du corps respire à une lang et parole comme ne pouvant plus se dispenser du corps oui c´est ça c´est physique. une lang organique carnée. c´est aussi concret que de souffler marcher. de plus en plus concret même. du tâter pâte-mot à tâton il s´agit d´aller jusqu´au bout de dire ça il s´agit de savoir ce que l´on tien dedans on peut aller plus loin. disloquer encore plus quelque chose d´autre que de la littérature

  • Le réel contemporain, celui des hyper-métropoles, est foisonnant et complexe. Pourtant, c´est lui qui recèle les traces du destin de la communauté, ce que nous inscrivons, dans le présent, de notre éventuel devenir. Le réel ne cache rien : la misère, les conforts, le doute comme la crasse ou le rire, et les fenêtres.
    Pour peu que ce réel soit en mouvement, gens qui montent, descendent, agissent, parlent, et eux-mêmes emportés avec la ville, géométries, noms, immeubles, défilant sur les vitres, alors c´est une arme pour le retourner, ce réel invisible, comme un gant. C´est l´acte de violence de l´écrivain. Il nomme, il se saisit de la vibration du visible et en fait langue. Alors nous sortons renforcés, même si la détresse du réel est la même.
    Sereine Berlottier a publié chez Fayard un livre étonnant et angoissant, Nu précipité dans le vide, marche enquête vers le suicide de Gherasim Luca, avec archives et bibliothèques, mais surtout travail sur la répercussion intérieure de cette approche, l´ombre active et grandissante qui se fait en vous-même dangereuse.
    Elle a récemment publié à La Rivière Echappée (collection dirigée par François Rannou), Chao praya, et est membre de la rédaction de remue.net.
    J´ai toujours eu fascination (et cette mise en ligne pourrait paradoxalement être dédiée à Julien Gracq) à comment l´outil littérature pouvait inscrire du réel ne disposant pas encore de sa propre représentation. Lorsque j´ai écrit paysage Fer, la ligne de train Paris-Nancy me permettait une remontée vers mon propre temps, la province, l´échelle des villes, le travail (métallurgie, mines) à son origine. J´ai cette même fascination pour le paysage urbain, et ce que Edward Hopper, par exemple, nous a appris pour sa saisie cinétique. Récemment encore, sur le même trajet qu´explore, 1ère moitié aller, 2ème moitié retour, le texte de Sereine Berlottier, j´avais fait une série de photographies.
    Ce qui est fascinant, c´est comment la littérature, à condition de se charger de l´expérience poétique, du dessin de la phrase, peut aborder ces cinétiques, ces géométries, cet anonymat, et la répétition des jours - aller-retour professionnel de Paris à la bibliothèque d´une ville nouvelle, mais pas besoin d´en parler, ce n´est pas évoqué dans le texte, et c´est écrit longtemps après qu´on ne le fait plus, ce trajet...

    FB

  • Comment aborder une oeuvre qui rassemble, en trois tomes Pléiade, presque soixante-dix ans de publications imbriquées, se refusant, entre la poésie, le fantastique, les expériences sur le rêve et la drogue, à tout enfermement de genre ? Que Michaux lui-même est une énigme, construisant sa vie avec la même précision qu´il écrit ou dessine ?
    Et oeuvre qui nous est si vitalement nécessaire, encore plus maintenant qu´on peut l´appréhender dans sa globalité, sa complexité, ses déchirements...
    Pascal Gibourg a ce chic, élégance près de son modèle, de nous emmener voisiner les zones les plus névralgiques. On n´aborde pas Michaux en théoricien, en poseur d´étiquettes, mais par des traversées obliques, toutes orientées pourtant par les lignes de force propres à l´oeuvre, qu´on découvre soudain nous entourant de partout, mais fièrement, proche et terrifique à la fois.
    Voyager le monde... Hindouisme, bouddhisme, tao... La langue des autres... Magicien et sorcier... Exorciser son nom... Non pas deux mais mille bras... Le corps en morceaux... Visages de la drogue... Le bonheur dans la chute... Jeux...., voilà les dix figures qui servent d´incise à Pascal Gibourg pour appréhender Michaux.
    Non pas Michaux disséqué, écartelé, vu depuis l´univers des lettres ou traité en tant que poète : mais Michaux là où surgit l´écriture, quand surgit de l´expérience, ou des apories de la vie, une figure qui appelle le langage.
    Alors presque un portrait puzzle, la façon de Michaux de se porter aux limites, et forcément la rencontre des noeuds essentiels de son écriture, de son parcours, presque une prise de repère, où les noms qui le croisent, d´Octavio Paz au début de l´essai à François Cheng tout à la fin sont aussi une rupture avec le poète statufié.
    Michaux a une importance considérable pour nous tous. Qu´il soit présent dans publie.net est nécessaire, et favorable - et merci à Pascal Gibourd de nous y conduire en voyage : on y regarde, vous verrez, les puits de très près.

    FB Sur Pascal Gibourg :
     bio & biblio, et notamment son Rêve d´épingles  son blog Paix dans les brisements  Il a aussi publié Nouvelles de l´autochtone en 2005 chez Filigranes.... A lire aussi, plus ancien, un texte de Pascal Gibourg sur Le neutre chez Blanchot.

  • Calatayud

    Denis Montebello

    Si j´ai intitulé cette rubrique L´atelier des écrivains, c´est parce que chacun de nous sait bien, même si le livre ou le poème ou le récit s´impose à vous par obéissance, parfois impromptu ou imprévu, que cette traversée ne peut surgir que grâce au travail tenace sur un territoire, et que ce territoire même n´est pas donné à l´avance. Qu´il s´agit de le reconnaître, et que cela ne peut se faire que par l´écriture même.
    Ainsi, dans les livres déjà publiés de Denis Montebello, mais aussi dans son travail de revue, reviennent des récurrences, s´établissent des permanences. Ainsi de l´étymologie, de l´attention aux noms, et que ces noms portent une histoire très ancienne, liée à l´origine de la langue qu´on pratique, le latin par exemple. Ainsi du lieu natal, la spécificité de la terre d´enfance, pour Denis Montebello la ville d´Epinal où son père était journaliste à l´Est Républicain. Ainsi, de l´inscription du narrateur dans son propre texte, et que ça a partie liée au dispositif même de narration, à l´oralité : parce que Denis Montebello enseigne dans un lycée à la Rochelle, ne pas s´étonner si on croise ici sa classe de terminale, le SNES etc. Ainsi, enfin, de ce qui est l´objet permanent du texte : la friction entre le visible, ce qui se manifeste au présent, et ce que l´attention aux noms, à la terre et aux trajets, à l´histoire, dépiste d´invisible dans ce réel (ici, le statut particulier d´un répondeur téléphonique, la notion même d´appel structurant la fiction).
    Je ne savais pas, dans le travail de Denis, qu´existait Calatayud. Ce n´est pas même un titre facile à utiliser pour moi ici, puisqu´une Calatayud à Fontenay-le-Comte s´est mariée à un Bon, cousin germain de mon père, et que c´est un élément personnel en ce moment douloureux.
    Mais peut-être qu´en offrant à publie.net ce récit, Denis Montebello illustre parfaitement ce qui donne sens à notre démarche : expériences d´écriture où c´est le chantier même de pourquoi on écrit, qui s´explore plutôt qu´il se dévoile. Travail sur soi, par appel au monde, ses fissures, ses circulations de parole. La convocation du quotidien pour en briser la surface même.
    Est-ce qu´il faudrait plutôt, pour présenter ce texte, faire une liste de promesses du genre : voilà ce que ça raconte, à vous de savoir la suite ? M´importe ce chantier, et que la question posée à nous tous, c´est que cette circulation du vivant, du présent, s´accommode parfaitement de cet étrange outil de l´écran, à travers lequel c´est aussi ce présent qui résonne, parle, se voit.
    En parallèle, sur publie.net (avec d´autres liens), Immobilier Services, avec 6 planches photographiques de Jean-Louis Schoellkopf, encore un travail sur l´enracinement aux lieux, et le forage par les noms.
    FB

  • Le projet publie.net a vocation non pas seulement à accueillir les textes, mais à déplacer notre rapport à l´atelier, au chantier, à la notion même de frontière ou de contour d´oeuvre, dans le basculement que permet le numérique, et que nous commençons tout juste à explorer.
    Ainsi, seront au premier plan ici des auteurs dont la démarche, parce que d´emblée liée à la diversité des medias, images et voix, et à l´intervention même de l´auteur, expérimentant la performance, l´intervention avec plasticiens ou musiciens.
    Refonder, après la plui (à paraître finalement entre temps en édition traditionnelle chez dernier Télégramme), et le carnet de voyage Visions, plus un texte sur sa démarche, plateau en formes brèves, est le coeur vivant du travail de Fred Griot : voir notamment dans ses cartons son labo.
    Je souhaite donc qu´accueillir ici Refonder, travail de notes ouvert, en lien avec les expériences développées sur scène ou sur le Net, soit une invitation à d´autres auteurs pour aborder le chantier en mouvement des écritures.

    FB

  • écrire dans et avec la prison // de sas en sas et soudain confus dehors / les feux clignotent et les voitures / tout vite et disparaissent / masse de mots bruits forts / retour de tout ce loin / dehors se dilate et pas que dans la bouche / le dos part en

  • Élaborer un fantastique pour aujourd´hui avec les figures de la ville, de la nuit, du voyage...
    Seulement raconter bien......... disait Bernard-Marie Koltès, et cette phrase revient souvent chez Maïsetti (voir son étude sur La nuit juste avant les forêts : Seul, comme on ne peut pas le dire).
    Interrogation sur la ville, sur la cinétique (parcours, surgissements), mise à nu du tragique et de ses ressorts, dans la logique propre à l´immense fragilité dite de Koltès.
    Et l´autre figure initiatrice de ce décalage à conquérir - mais dans l´infiniment proche, le presque ordinaire, pour qu´il ait sa pleine force - c´est probablement Henri Michaux qui le donne.
    Ces Anticipations sont donc à la fois un carnet, épiphanies d´instants photographiés et ce qu´ils décalent du réel, nous permettant d´entrer dans l´énigme de nous-mêmes, ou les galeries secrètes du monde, et à la fois une inventio, où l´écriture naît de cette brièveté même (qui n´est pas liée à Internet, Michaux ou la Nathalie Sarraute des Tropismes la pratiquaient déjà). Mais c´est bien le fantastique qui est l´enjeu : expérience la plus rare pour l´écrivain, la plus haute trace quand on y accède, ou l´exercice de cheminer vers ce point où le réel bascule.

    FB Arnaud Maïsetti a publié en 2008 « Où que je sois encore... au Seuil, collection Déplacements : interrogation sur le lyrique, le continu, la voix.
    Il propose sur Internet un des sites les plus rigoureux et les plus inventifs, Carnets.

  • Quand il a écrit son premier livre, Laurent Herrou vendait ceux des autres - à la FNAC de Nice. Est-ce que c´est de là que lui vient cette observation aiguë, mais centrée sur ces limites de soi-même, et comment elles se manifestent dans la relation à l´autre ?
    Le deuil d´un proche, dans le préambule, met tout en abîme. La sexualité, certainement. Mais voilà le crime majeur : après son premier livre, le voici lui-même auteur en résidence, dans une maison de village, un village qui n´aime pas qu´on le regarde. Et qu´est-ce qu´un artiste, sinon ce dérangeur ?
    Laurent Herrou pousse ce thème, mais en le gardant dans les figures obligées, celles du quotidien. Et c´est là où ce récit trouve son étrangeté ou sa force : dans ce qu´on dérange, qu´est-ce qui tient au doute où on est soi-même, sa propre timidité à s´imposer, le labyrinthe où on est dans son propre travail, l´écriture qui se fabrique si lentement - et l´infini décalage qu´a produit ce fait pourtant simple, avoir écrit un livre ?
    Ce récit alors dépasse largement l´expérience personnelle - réelle, fictive, ou à la frontière des deux - du narrateur. Laurent Herrou casse l´écriture avec une simple conjonction : le et qu´on emploie tous. Un et projeté délibérément contre lui-même, dans toutes les dimensions où ça fait mal. Travail sur la peur. Peur des autres, moins que peur de soi-même.
    On recommanderait cette lecture non seulement à quiconque se mêle d´écrire, mais à tous ceux qui ont charge de ces résidences à durée limitée, qui pullulent de plus en plus, pour que la société civile ait meilleure conscience, quant au traitement en général réservé à la chose artistique, et la littérature en particulier.
    Au bout du compte, cela fonctionne parce que c´est l´écriture qu´on interroge. Non pas dans sa relation sociale, ça c´est facile, mais dans ce que cette exposition, cette sortie de soi, vous oblige à radicaliser en vous. Frôlant les zones dangereuses de la folie, même si c´est seulement hors livre qu´on sait que la résidence de Laurent Herrou l´a conduit à intervenir dans un établissement psychiatrique.

  • A ce qui concerne la ville et l´écriture on doit une attention systématique, une place au centre du dispositif des recherches et tentatives que nous rassemblons.
    Ainsi a-t-on New York, Los Angeles, ou la radiale ferroviaire de Paris à Saint-Quentin en Yveline.
    Ici, la ville n´est pas nommée. Mais c´est la métropole d´aujourd´hui celle qui dérange les lignes, nous saisit par où nous sommes corps ou attention poétique. Le système d´écriture, par sa contrainte même, devient alors l´outil optique, qui révèle les figures, permet qu´elles nous surprennent.
    Fabienne Swiatly vit dans cette ville, connaît aussi ses chemins d´eaux. Elle a publoié à la Fosse aux Ours, en 2006, Gagner sa vie qui participe de la même attention subversive à la société contemporaine. Après avoir longtemps collaboré à Aleph Ecritures, elle est membre du comité de rédaction de remue.net.
    Et puis l´échappée : l´écran devient la page. Entre les pages surgissent les triptyques d´un photographe, intitulés murs, dessous le fleuve, rues... On trouvera ici sur le Net les galeries virtuelles de Jean-Pierre Maillet. Nous entrons ainsi dans d´autres articulations sensibles, que le support numérique autorise, à condition qu´on lui accorde confiance.

    FB Cette ville. Je la connais bien ou du moins c´est la ville de France que je connais le mieux. Je n´ai jamais pu dire que je l´aimais. Tout au plus que je m´y sens bien mais toujours avec le sentiment que quelque chose m´échappait. Une ville, une grande ville c´est difficile à saisir. Ses limites, ses contours sont imprécis, fuyants. Alors j´ai voulu la regarder avec en moi cette question : une ville cela commence où ? cela se finit comment ? J´ai tenté de la faire entrer dans un cadre littéraire pour mieux la cerner, elle, et ceux qui la traversent, l´animent, la peuplent.
    J´ai voulu être précise en m´appuyant sur du flou. Une tentative d´écriture qui m´amène à écrire : j´ai rêvé une ville. Elle a un nom. Je le garde à distance pour rester dans la fiction.
    Fabienne Swiatly

  • En savoir plus sur ce narrateur qui essaie de comprendre les différents événements et sensations qui le font ressembler à un homme Thibault de Vivies Ecrit-on pour l´écran comme on écrivait pour le livre, le magazine ou la revue ?
    La réponse est contenue dans la question. Mais pour nous tous, cela devient progressivement le front principal de travail. Non pas le portage de l´univers du livre à l´univers numérique, mais bien retrouver la fonction et l´urgence de la littérature, sa prise de distance aussi, sa mise en réflexion, au coeur même des nouveaux usages, indépendamment du livre, en parallèle de là où il continue ses chemins.
    Raconter des histoires, bâtir fiction, c´est le fondement originel de la littérature symétrique de sa fonction poétique. Mais le temps du récit, dans la forme livre, est une séparation d´avec le monde qu´on représente. On a à charge de le reconstruire, d´en bâtir l´illusion.
    Là, dans cette même lucarne où on installe l´écriture, qu´elle soit celle du vaste écran de bureau, de l´ordinateur portable, de la liseuse Sony ou Kindle, ou de l´iPhone, le même espace graphique sert à la documentation du monde, à l´information. On peut y glisser à tout instant, passer à travers du texte pour rejoindre les images les plus surprenantes ou les plus quotidiennes.
    Alors, oui, l´enjeu devient progressivement : quelle langue installer ici, qui y résonne, y fasse sens, et abîme ?
    Le texte de Thibault de Vivies, Tentative de pourquoi j´ai toujours si mal à la tête est symptomatique de cette recherche commune, il est un de ceux qui sont téléchargés les plus régulièrement sur le site.
    C´est aussi qu´il s´articule avec la recherche de Thibault sur Internet, avec la mise en ligne sur son site des Tentatives de pourquoi, le site, qui n´est plus le blog de l´auteur, mais est devenu tentative fictionnelle en tant que tel...
    Dans ce long texte, très construit, mis en ligne au tout début de publie.net, la langue part de multiples lieux sources pour converger vers la même interrogation placée en avant, au point de jonction de l´auteur et du lecteur, via l´écran.
    Ici, on prend le même concept de variations, mais on l´applique à rebours : de quels points de mon expérience personnelle je peux faire surgir ces interrogations, qui deviendront une des nouvelles tentatives de pourquoi ?
    En voilà alors le sommaire :
     TENTATIVE DE POURQUOI EST-CE QU´ON M´APPELLE AU LOIN  TENTATIVE DE POURQUOI OUI FAUT QU´ON M´EXPLIQUE LE COMMENT C´EST ENTRE DANS MON CORPS  TENTATIVE DE POURQUOI J´AI UNE ANTENNE QUI M´EST POUSSEE AU CUL EN DEBUT DE NUIT  TENTATIVE DE POURQUOI J´AI ENCORE LA FATIGUE A LA TETE A NE PLUS POUVOIR TENIR DEBOUT  TENTATIVE DE POURQUOI J´AI LA NECESSITE DE DIRE OUI BIEN SUR J´AI L´ENVIE DE REVENIR VERS TOI  TENTATIVE DE POURQUOI JE ME REVEILLE AVEC LA SUEUR EN GROSSES GOUTTES  TENTATIVE DE POURQUOI JE REGARDE PAR LA FENETRE LE COUPLE ATTABLE ELLE ET LUI A SE DIRE LES CHOSES DE L´AMOUR  TENTATIVE DE POURQUOI ME RESTE-T-IL SI PEU A PRESENT A RECEVOIR DE LA CREATURE RENCONTREE SUR LES HAUTEURS DE LA CITE  TENTATIVE DE POURQUOI FAUT-IL QUE TU T´ADRESSES A MOI CE JOUR 24  TENTATIVE DE POURQUOI J´AI DU SANG SUR LES MAINS  TENTATIVE DE POURQUOI CE PETIT HOMME AU MANTEAU CLAIR CHANGE DE TROTTOIR DES QU´IL SENT QU´IL EST INDESIRABLE EN CETTE CONTREE  TENTATIVE DE POURQUOI CE JOUR UN HOMME DANS LA MAISON D´EN FACE RALLONGE LA CORDE EN MONTANT SUR LA CHAISE FB

  • Il faut bien s´y faire : ce qu´on expérimente avec l´édition numérique, c´est comment tous les critères changent.
    Non pas reproduire sur Internet la façon dont s´éditait le livre, mais se saisir de l´outil pour scruter de plus près l´écriture. Et, forcément, comment elle raconte le monde.
    Mahigan Lepage est de l´extrême est du Québec, son prénom n´est pas étymologiquement de la langue que nous avons en partage. L´an dernier, il est venu en France pour un séjour long. Nous avons souvent échangé sur la spécificité de notre rapport au temps, à la mémoire ou l´histoire, à l´espace, et au statut de la langue qui nous sert à dire, à penser. Lit-on de la même façon, lui et moi, les livres de littérature qui nous servent de référence, et pour lesquels l´amour est le même ? Ou lit-on si différemment les grands bousculeurs modernes, et notamment les Américains comme William Faulkner ?
    J´avais pris l´habitude de demander à Mahigan des nouvelles de ses études, mais est-ce que les études lettres ne devraient pas pour tout le monde conduire à ce qui les nie, c´est-à-dire la pratique même de la littérature ?
    Dans le bousculement ou l´instabilité que devenait le séjour en vieille Europe (cette génération-là sait utiliser les billets d´avion qui coûte moins cher que moi mon train pour Paris, j´ai vu Mahigan revenir de Berlin, de Barcelone, d´Italie), c´est à un travail de littérature que s´est attelé Mahigan. Et dans le cours de ce travail, qu´il a décidé brutalement de résoudre cette opposition entre l´Amérique et l´Europe en partant un mois au Népal.
    C´est juste donc du contexte, que je parle. Les notes de ce carnet, contrairement à ce qui serait la démarche de l´édition traditionnelle (mais chez moi, j´ai plusieurs tomes de cette collection Le tour du monde, dans les années 1860-1880, qui publiait, à raison de 2 volumes par an, les récits d´expédition de l´autre côté du monde, les traversées d´Australie, les cheminements vers l´Afrique, les marches vers le grand Nord : il y a même fort à parier que, si Jules Verne nous embarque si fort, c´est qu´exprès il se démarquait très peu de ces récits, à nous invérifiables...), ces notes les voici donc toutes fraîches :
    Texte communiqué après mise au propre au retour, lecture et correction par Sarah Cillaire, et j´y insère quatre photos prises par Mahigan lui-même.
    Ce qui importe : voilà des notes qui, bien sûr (depuis Ecuador de Michaux, comment faire autrement ?) concernent d´abord le regard et l´écriture, la posture même d´écrire, et son geste. Ce qu´elle interroge, et comment elle l´interroge. Mais les questions de temps et d´espace, ici, sont d´une autre référence que la nôtre : il s´agit d´un natif de l´autre côté de la mer, et ce que nous lisons de sa perception de l´Asie, pour le temps, pour l´espace, pour la langue, nous met en mouvement vers ce qui nous rejoint et nous sépare.
    Souplesse de l´outil numérique : voilà ces notes en circulation, quelques semaines après leur rédaction.
    C´est le premier texte, sur publie.net, d´un Québecois. Qu´on se le dise : c´est un début j´espère...
    Et pour Mahigan Lepage, d´accord ou pas avec ses options littéraires (quelques débats ouverts !), rendez-vous pris pour le manuscrit en cours.

    FB

  • Je m´appelle Chloé Delaume. Je suis un personnage de fiction. Je le dis, le redis, sans cesse partout l´affirme. Je m´écris dans des livres, des textes, des pièces sonores. J´ai décidé de devenir personnage de fiction quand j´ai réalisé que j´en étais déjà un. A cette différence près que je ne m´écrivais pas. D´autres s´en occupaient. Personnage secondaire d´une fiction familiale et figurante passive de la fiction collective. J´ai choisi l´écriture pour me réapproprier mon corps, mes faits et gestes, et mon identité.

    S´écrire mode d´emploi, début.


    Écrire, pourquoi. On connaît les réponses célèbres. Mais, ici, justement : pas de réponse.
    On revient creuser en arrière les livres déjà écrits. Il s´y jouait quoi, de soi ? On s´y est pris comment, on a buté sur quelle part d´abîme ? On en a pris quoi pour le livre suivant ?
    Des questions posées ici chaque paragraphe après chaque paragraphe, nul de nous n´est indemne. A preuve la référence Artaud. A preuve le questionnement renvoyé au monde, le réel dans sa profusion d´image, le réel comme seul terrain du risque, et comment assumer ce risque.
    Sauf que. Modestement, ici, on met en page, on propose des formats, et on met en circulation. D´un texte discret, on souhaite seulement que la question résonne. Auteur c´est un travail, il faut du temps, du désarroi, il faut savoir progressivement rejoindre ces limites de soi-même.

    S´écrire, non pas à nu, mais parfaitement à vif Et la suite :

    Sans le tissu soyeux de la fiction classique, sans les transferts, les masques Pour rebondir :

    Et tous les ornements qui rendent plus confortables tant le pacte d´écriture que celui de lecture Importe de comment et d´où cela parle. Des livres et de la théorie sur l´autofiction, il n´en manque pas (ce texte est l´intervention préparée par Chloé Delaume pour un colloque à Cerisy, qui se termine aujourd´hui même). Mais ce qui s´énonce ne part pas de ce qu´on sait, ce qui s´énonce part de l´inconnu où la suite successive des livres, où chaque livre l´un après l´autre, nous a emportés.
    Ainsi, s´écrit une autobiographie, l´auteur revenant à rebours sur chaque tentative, depuis l´autonomie de ces tentatives. Mais précisément, son histoire alors devient cette construction par l´inconnu, pan à pan.
    Chloé Delaume n´a pas beaucoup varié de chemin depuis ses Mouflettes d´Athropos. Son chemin s´est élargi, densifié, compliqué : les performances peuvent valoir à égalité des livres, en particulier depuis les « Sims » (Corpus Simsi. Le personnage même de l´auteur a pu devenir en partie indépendant de ce qui reste, à elle comme aux autres, le lot ordinaire de la lecture qu´on affronte, du temps à la table, des traversées de silence - voir, dans ses Remarques, ce qui transparaît du livre en préparation pour Fiction & Cie au Seuil. Son chemin est une exploration mentale, là où cela suppose d´affronter, démonter, pousser, représenter les obstacles matériels et concrets qui sont la seule et fine tension du monde et du langage, où précisément se retourne cette expérience du mental mis en écriture.
    Ainsi, ce texte met à mal la façon dont a été reçue la trilogie « télévision » de Chloé Delaume (Les Sims, J´habite la télévision, La nuit je suis Buffy Summers) : la mise en expérience est volontaire (« 22 mois de flux télévisé continuel »), et l´outil qu´on affronte mêle les forces financières, les bulldozers d´affadissement culturel (citation de patrick Le Lay, ex manager de TF1 aux ordres du groupe de béton Bouygues), et la façon dont le monde est pour nous, même si Schopenhauer nous en avait prévenu, représentation dans sa façon même de nous englober.
    La fin de Buffy Summers renvoie à une fiction tout entière contenue dans l´expérience psychique d´une narratrice en hôpital psychiatrique : boucle parfaite avec un des livres les plus dangereux de Chloé Delaume : Certainement pas.
    Il n´y a pas, chez Chloé Delaume, refus de la théorie. On passe par Debord, Stiegler ou Benassayag. Mais : Autofiction : comme en physique quantique le fait d´observer change l´état de ce qui est observé. Autofiction : le sujet n´obse

  • De ce qui se passe quand on écrit, bien sûr on ne sait rien, mais on consacre une quantité infinie de forces, de mécaniques, à essayer d´appréhender et ce vide, et ce vertige.
    Et ceux qui nous y emmènent le plus près, sont seulement ceux qui sont le plus apte à nous le dire en tant que vertige, à le questionner en tant qu´obscur.
    Les trois textes ici rassemblés de Pascal Gibourg sont trois figures de la même approche : pour l´écrivain, écrire est forcément une obsession, commence-t-il dans le troisième texte.
    C´est cette obsession qu´on accepte, et qui nous requiert alors sans reste.
    A chacun sa grille et ses outils pour appréhender la question unique. Pascal Gibourg l´a éduquée et formée dans Blanchot. Sur publie.net, nous accueillons déjà un texte qui est aussi cette approche, mais cette fois creusant l´invention de Michaux, le fantastique et le corps : Facultés de Michaux.
    Et, si Proust n´est pas nommé, comment ne pas lire dans le magnifique premier texte une approche du temps particulièrement active pour penser l´invention de la Recherche ?
    Nous souhaitons privilégier, dans publie.net, cette approche réflexive de la littérature par ceux qui l´écrivent. On pourra être en complet désaccord avec l´approche violente de Pascal Gibourg concernant La maladie et la mort de Marguerite Duras qui fait le centre de cette étude. C´est bien de réouvrir l´approche aujourd´hui de ce qu´est écrire qui compte, aux temps du consensus marchand : que le débat advienne, il y a la place ici pour accepter d´autres ouvertures, d´autres réflexions.
    Néanmoins, ce qui ici travaille, c´est la langue :
    Comment elle se forme, comment elle se risque. Merci à Pascal Gibourg de bien vouloir le mettre en partage.

    FB On recommande aussi, parmi les récentes interventions de Pascal Gibourg sur Inventaire/Invention, cet entretien avec Jean Rolin, ou cette lecture de La puissance de la pensée de Giorgio Agamben.

  • La littérature garde-t-elle encore pertinence pour dire ce qui conditionne notre vie au présent ?
    Et, quand nous nous saisissons de ce qui conditionne l´activité et l´échange, dans ses hiérarchies, dans ses symboliques, dans ses loisirs et ses conditionnements (du maître-nageur au rédacteur funéraire, du libraire à l´alpiniste, en passant par le notaire et le directeur des ressources humaines), gardons-nous prérogative du rire, de la critique, de la tendresse aussi (est-elle possible quand on accueille ici son boucher) ?
    J´étais très fier, en lançant ce projet publie.net, qu´Eric Chevillard veuille bien me confier ces trois textes de fiction, qui sont chacun comme des incises ou développement d´univers développés dans ses romans, et jouant par exemple de la forme radiophonique, « l´entretien avec l´auteur », pour ouvrir un nouvel espace entre l´invention du roman et ses arcanes ou ses caves.
    Depuis l´installation sur publie.net de Si la main droite de l´écrivain était un crabe, il s´est passé un événement de taille : l´autofictif, le blog qu´entretient quotidiennement Eric Chevillard, est devenu une référence de l´écriture de fiction sur le Net. Une forme fixe, en triptyque. Une mise en abîme de l´écriture elle-même. Une convocation du concret, et, dans la politesse du texte, qui se contente de sourire, en arrière donc, un rire immense, sardonique, presque L´homme qui rit de Victor Hugo, douleur comprise. Je ne sais pas ce que pourra devenir l´autofictif, s´il pourra se rassembler, se réorganiser en livre. Ou seulement continuer de nous accompagner, à notre porte virtuelle, comme labyrinthe offert. Mais c´est la preuve, et une seule est suffisante, de la pertinence d´Internet aussi pour l´imaginaire. L´écran comme lieu de fiction, mais fiction en mouvement, en développement permanent, inarrêtable.
    Alors non pas 36 métiers, comme dans l´expression populaire il a fait 36 métiers, mais 28 exactement. Sauf que choisis dans les noeuds les plus névralgiques de ce qui fait la ville, et nous dedans.
    Dans la zone d´activité, à ma connaissance, est le dernier texte publié par Eric Chevillard avant la naissance du blog. Alors le fantastique est tout près, et cet étrange sourire qui déstabilise le plus élémentaire, le plus familier. Il s´agit d´une commande venue d´abord de gens de la typographie, de la réalisation d´objets livres. La preuve du succès, c´est qu´il n´est déjà plus disponible. Conservez le vôtre, si vous avez la chance (on est quelques-uns comme ça), à avoir pu se le procurer. Un bravo spécial à Fanette Mellier, et que la mise en ligne de ce texte soit une invitation à tous pour suivre la suite, de son côté...
    Et merci, Eric, d´autoriser ici cette déstabilisation douce du familier à se prolonger sur Internet.
    On trouvera ici, et ici, et ici, et ici,, et ici, et icides extraits : partez en chasse. Pour cela, et comme cela, via le buzz Internet, que les 1000 exemplaires se sont envolés si vite. Sinon, vous imprimez le feuilletoir ci-dessus, et vous remplissez les pages blanches (solution fournie via téléchargement intégral).
    Il y a le mathématicien, l´homme des ressources humaines, l´ophtalmologue, le brancardier, le chargé de communication, le maître-nageur. Le notaire, la caissière, l´huissier, le pape. C´est toute la ville qui devient page fantastique, mouvante.
    Et tout le reste de ce qui concerne Eric sur Chevillard, le site (webmaster Even Doualin), et sur le site des Editions Argol.
    Et que la littérature soit aussi pur plaisir, champions ceux qui y arrivent. Avec petite fierté aussi que, certainement, ce texte n´aurait pu être écrit par quelqu´un qui ne vit pas en province !

    FB

empty