Presses universitaires de Rennes

  • Saint Jérôme souffre parfois du voisinage trop éclatant de son illustre contemporain Augustin. Qu'il s'essaie dans le genre historique avec la Chronique et aussitôt s'élève le choeur des voix qui lui préfèrent l'ampleur et la portée théologique de la Cité de Dieu ! Mais une telle comparaison, qui ne tient compte ni des enjeux ni du contexte spécifiques de chaque oeuvre, est forcément réductrice et conduit inévitablement à des classements arbitraires et spécieux. L'oeuvre historique d'Augustin, composée après 410, aurait été différente si Jérôme ne s'était pas mis en tête, vers 380, de faire connaître au monde latin l'historiographie chrétienne grecque et de traduire la Chronique d'Eusèbe de Césarée. Sa contribution ne se limite d'ailleurs pas à une simple traduction puisqu'il a lui-même composé, pour les années 326-378, un prolongement à cette chronique. C'est cette continuation que le lecteur trouvera ici. Les figures de l'empereur Constantin et de ses fils y côtoient celles, toutes nimbées de sainteté, de moines et d'évêques dont l'idéal ascétique et la doctrine ne sont pas toujours du goût du pouvoir temporel ; on y assiste aux derniers soubresauts de la réaction païenne avec le passage fugitif de Julien, le fameux « apostat », aux commandes de l'Empire ; on y voit les barbares d'Occident et d'Orient tenir tête à la puissance romaine tandis que l'Église, en proie aux âpres disputes des partisans et adversaires d'Arius, connaît une grave crise d'adolescence. Et sur tout cela s'abat parfois avec fracas une averse de grêle meurtrière ou le malheur d'un tremblement de terre dévastateur. Dans le style concis caractéristique des chroniques, Jérôme nous fournit ici un abrégé de l'histoire de son temps dans lequel l'historien d'aujourd'hui pourra glaner des informations précieuses pour la compréhension et la connaissance du IVe siècle.

  • Cet ouvrage propose d'explorer les relations entre littérature et tradition en contexte postcolonial, tout en interrogeant les grands principes qui ont guidé jusqu'ici les études postcoloniales, en particulier la prégnance de l'activisme politique au coeur du travail de représentation littéraire et le lien sous-jacent entre rupture politique et innovation poétique. Qu'en est-il des auteurs qui choisissent de ne pas revendiquer et des oeuvres qui ne relèvent pas de la littérature de combat ? Ce volume envisage dans un premier temps la continuité entre les oeuvres coloniales et postcoloniales en montrant la profonde modernité d'auteurs parfois considérés comme impérialistes et en leur rendant leur force subversive (Joseph Conrad, Rudyard Kipling, Somerset Maugham, Toru Dutt, etc.), puis le classicisme comme un choix esthétique qui conduit à inscrire les productions littéraires postcoloniales dans des valeurs et des formes universelles, refusant le communautarisme et le localisme (Alice Munro, Derek Walcott, J.M. Coetzee, Vikram Seth, etc.), enfin le conservatisme comme tournure d'esprit de certains auteurs considérés comme pessimistes ou mélancoliques mais dont les oeuvres visent à la connaissance et à la préservation du passé historique ou littéraire (V.S. Naipaul, Nirad Chaudhuri, Patrick White, Michael Noonan, etc.). L'ouvrage se clôt sur une tentative de lire certains textes postcoloniaux (de Salman Rushdie, Mohsin Hamid, Mordecai Richler, etc.) à contre-courant des interprétations qui valorisent la différence, l'hybridation, le multiculturalisme, pour envisager plutôt la littérature comme ce formidable espace de recomposition de temporalités et d'espaces entremêlés.

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