ENS Éditions

  • Par une étude ethnographique des usages sociaux de l'écrit dans la région cotonnière du Mali, ce livre analyse les dynamiques d'alphabétisation au sens large, allant au-delà des filières de formation pour étudier la place de l'écrit dans les activités les plus quotidiennes. La pluralité des contextes où l'on apprend à lire et à écrire (alphabétisation pour adultes et filières scolaires) et des langues de l'écrit (français, bambara, arabe) façonne des profils de lettrés divers. L'ouvrage s'intéresse tout particulièrement aux effets de la dynamique d'alphabétisation impulsée par les interventions liées au développement à partir des années 1970. L'analyse minutieuse des trajectoires de formation à l'échelle d'un village permet d'approcher les modalités d'inscription de l'écriture dans l'espace social. L'étude des pratiques de lecture, d'écriture et de compte, et des significations qui y sont attachées, amène à identifier comme domaine d'écriture privilégié l'espace personnel. En scrutant les façons de désigner et de délimiter cet espace « à soi », l'ouvrage démontre que l'écriture est un facteur essentiel dans la redéfinition des contours du public et du privé, et rapporte ces processus aux transformations socio-économiques en cours. À partir d'un ancrage comparatiste, ce livre propose de dépasser le questionnement classique autour du partage oralité/écriture, et contribue au domaine émergent des travaux sur l'écriture sur les terrains africains. Il ouvre des perspectives plus générales sur le rapport à soi et la subjectivité dans l'Afrique contemporaine.

  • À la fin du xixe siècle aux États-Unis, la littérature d'écrivains noirs était encore placée sous le signe du soupçon, et ses auteurs demeuraient des exceptions. En publiant son premier recueil de nouvelles en 1899 dans l'une des plus grandes maisons d'édition de l'époque, Charles W. Chesnutt allait devenir un pionnier de la littérature noire du xxe siècle. Redécouvert dans les années 1960, méconnu en France, cet auteur figure aujourd'hui parmi les classiques de la littérature des États-Unis. Son accès à la publication dans une société profondément discriminatoire, au moment où l'édition américaine se constituait en véritable industrie et voyait se transformer la relation éditeur-auteur, nous pousse à interroger la complexité des relations entre éditeurs blancs et auteurs noirs. Cette histoire particulière éclaire plus largement un pan du développement de l'histoire de l'édition aux États-Unis, entre 1880 et 1910. Ancrée dans une double tradition française et anglo-saxonne, cette étude propose de retracer le trajet et la formation de cet écrivain africain-américain depuis son désir d'écriture, sa formation, l'apprentissage d'une profession, jusqu'à la matérialisation de son texte, et la diffusion de son premier livre. Au terme de cette trajectoire, c'est bien le passage par lequel The Conjure Woman devint livre qui se dévoile, révélant les mécanismes de la métamorphose du texte en objet de lecture.

  • Les femmes ont-elles une histoire et comment l'écrire ? Qu'est-ce qu'une histoire du genre et quels sont ses apports ? Bribes d'une thèse d'histoire culturelle, échappées d'ego-histoire, manifeste de défense et illustration d'un champ de recherche, Écrire l'histoire des femmes et du genre est d'abord le récit d'une aventure intellectuelle qui mobilise depuis plus de trois décennies un nombre croissant d'historiens et d'historiennes, en France comme à l'étranger. À partir d'exemples pris essentiellement en histoire contemporaine, cet ouvrage tente de faire comprendre les origines culturelles et politiques d'une histoire des femmes avant d'en présenter les développements - d'une histoire au féminin soucieuse d'émancipation et de remémoration à une histoire du genre, plus complexe et plus globalisante. Ce faisant, il pose des repères méthodologiques et propose une lecture critique de l'historiographie française, afin de jeter les bases d'une mémoire disciplinaire, d'alimenter un débat sur les modes d'approches et les axes de recherche, de susciter une confrontation fructueuse avec les historiographies étrangères. Réédition largement complétée d'Écrire l'histoire des femmes publié en 1998, cet ouvrage offre aux lecteurs d'aujourd'hui une vue panoramique d'un des laboratoires les plus fascinants de la discipline historique.

  • Dossier : Le premier numéro de cette nouvelle série propose sept contributions consacrées à Alexandre le Grand, religion et tradition. Le dossier fournit un aperçu des tendances actuelles de l'historiographie sur Alexandre et sa légende. La réflexion sur le comportement religieux et le mythe d'Alexandre met en jeu un modèle et un miroir du pouvoir royal aux multiples facettes. Varia : Le volume comporte également un ensemble d'articles de varia qui propose, entre autres, des réflexions sur le comparatisme en histoire des religions antiques, une analyse sur le sac de Rome par Alaric, une étude sur la fabrique de la citoyenneté à Athènes, le mythe de Térée et Philomèle représenté sur des vases grecs, le bilinguisme gréco-latin à l'époque de l'empire romain.

  • Dossier : L'objet est ici de réévaluer l'histoire et les représentations des mères et de la maternité dans le monde grec ancien. Qu'est ce que devenir mère dans la Grèce ancienne ? Le dossier aborde cette question, que ce soit dans ses aspects démographiques, avec l'épineuse question du contrôle des naissances pour le bien de l'oikos, dans ses aspects physiologiques et médicaux en posant la question des liens entre maternité et santé, ainsi que dans ses composantes religieuses en analysant le rôle de divinités dans le processus d'engendrement. Il porte également sur la maternité des mortelles et sur celle des déesses, en se demandant dans quelle mesure devenir mère est un changement de statut social ou l'accomplissement d'un telos bénéfique et souhaité pour la communauté, mais non sans risque. L'ensemble offre un panorama éclairant qui témoigne de la difficulté de devenir mère à partir d'une réflexion qui lie les realia à l'imaginaire des Grecs. Varia : Histoire et anthropologie (généalogie divine, sacrifice et patriarcat ; construction mythique de l'espace ; langue des dieux) ; texte et pragmatique dans l'Iliade (individu et société) ; les langages de la statuaire (le remploi de statues sous l'empire romain) ; histoire et politique (Delphes et les oracles).

empty