Éditions de la Sorbonne

  • Depuis l'avènement d'un pouvoir spirituel laïque dans la France issue de la Révolution, la littérature a revendiqué sa place au premier rang des valeurs culturelles. Cette place, que le philosophe lui dispute depuis l'Antiquité, aurait-elle été menacée avec l'apparition d'une nouvelle discipline, la sociologie, à la fin du XIXe siècle ? Ce volume rassemble des études qui ne portent pas, selon un usage canonique bien établi, sur les points dits cruciaux de l'interprétation la plus pointue à donner d'une même oeuvre ou d'un même auteur. Il réunit les travaux d'un colloque interdisciplinaire où étaient invités à communiquer sur tel aspect théorique ou sur tel écrivain de leur choix, des littéraires, des linguistes, des historiens, des sociologues et des philosophes partageant quelques présupposés : il n'y a pas plus d'essence de la littérature que de l'écrivain. Celui-ci, certes, « travaille sa parole » et lui accole une fonction esthétique ; cependant, au cours de la longue histoire de la littérature, il a fait aussi la preuve que ce n'est pas un trait inessentiel de sa profession que de chercher à penser et à transformer les valeurs cognitives, les valeurs morales et les valeurs sociales. Représentation de la réalité, manière de constituer un monde, la littérature s'apparente à l'activité du savant et du philosophe, mais garde comme celles qui lui font concurrence une spécificité, un style qui lui est propre. Ces spécificités ne transforment pas nécessairement l'espace des disciplines en un champ de compétition féroce, mais constituent un univers culturel diversifié, où ceux qui partagent même forme de vie peuvent s'associer et discuter de l'objet et de l'enjeu de leurs recherches.

  • Il peut sembler paradoxal, au moment où l'histoire globale semble conquérir chaque jour un terrain plus vaste, quelle qu'en soit la période, de réfléchir encore à la « nation ». Toutefois, en réponse à une mondialisation vécue comme la dissolution d'entités et d'identités historiques spécifiques et durables, la nation semble ici et là accomplir un retour qui ne pouvait laisser les médiévistes indifférents, tant il est vrai que c'est souvent au Moyen Âge, prétend-on, que les nations modernes se seraient formées. Cependant, le mot « nation » a été à ce point investi de sens nouveaux depuis au moins le xviiie siècle que parler des nations au Moyen Âge suppose un aller-retour permanent entre Moyen Âge et modernité, exige de prêter attention à la manière dont des processus territoriaux, politiques, étatiques et aristocratiques qui appartiennent en propre à l'ethnogenèse médiévale ont été rétroactivement « nationalisés » au sens moral, affectif, guerrier et idéologique du terme.

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