Seuil

  • La domination masculine La domination masculine est tellement ancrée dans nos inconscients que nous ne l'apercevons plus, tellement accordée à nos attentes que nous avons du mal à la remettre en question. La description ethnographique de la société kabyle, conservatoire de l'inconscient méditerranéen, fournit un instrument puissant pour dissoudre les évidences et explorer les structures symboliques de cet inconscient androcentrique qui survit chez les hommes et les femmes d'aujourd'hui. Mais la découverte des permanences oblige à renverser la manière habituelle de poser le problème : comment s'opère le travail historique de déshistorisation ? Quels sont les mécanismes et les institutions, Famille, Église, École, État, qui accomplissent le travail de reproduction ? Est-il possible de les neutraliser pour libérer les forces de changement qu'ils entravent ? Pierre Bourdieu (1930-2002) Professeur de sociologie au Collège de France, il a écrit de nombreux ouvrages qui ont une influence majeure dans les sciences sociales aujourd'hui.

  • Méditations pascaliennes Parvenue à un certain accomplissement, la science de l'homme se doit de livrer l'idée de l'homme qui est impliquée par sa démarche et par ses résultats. Dans cet ouvrage, Pierre Bourdieu met l'accent sur les traits de l'existence humaine que le regard scolastique ne peut qu'ignorer : force, coutume, automate, imagination, contingence, probabilité. Il débouche ainsi sur une anthropologie réaliste, placée sous le signe de Pascal, qui rompt avec la vision spontanée que la vision savante ratifie beaucoup plus qu'elle ne le croit. Pierre Bourdieu (1930-2002) Professeur de sociologie au Collège de France, il a écrit de nombreux ouvrages qui ont une influence majeure dans les sciences sociales aujourd'hui.
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  • Le discours économique classique repose sur des postulats qu'il présente comme allant de soi : offre et demande posées de façon indépendante, individu rationnel connaissant son intérêt et sachant faire le choix qui y correspond, règne inconditionnel des prix... Or il suffit d'étudier de près une transaction, comme Pierre Bourdieu le fait ici pour la vente et l'achat immobiliers dans le Val d'Oise, pour s'apercevoir que ces postulats abstraits ne rendent pas compte de la réalité.Le marché est construit par l'État, qui peut par exemple décider de favoriser l'accès à la maison individuelle ou à l'habitat collectif ; quant aux personnes impliquées dans la transaction, elles sont immergées dans des constructions symboliques qui font, au sens fort, la valeur des maisons, des quartiers ou des villes.L'abstraction illusoire des postulats classiques est d'ailleurs critiquée aujourd'hui par certains économistes ; mais il faut aller plus loin : l'offre, la demande, le marché, et même l'acheteur et le vendeur, sont le produit d'une construction sociale, de sorte qu'on ne peut décrire adéquatement les processus dits « économiques » sans faire appel à la sociologie.Au lieu de les opposer, comme on le fait traditionnellement, il est temps de comprendre que sociologie et économie constituent en fait une seule et même discipline ayant pour objet l'analyse de faits sociaux, dont les transactions économiques ne sont après tout qu'un aspect.

  • Ce livre présente la synthèse de vingt années de recherches, menées en France et en Algérie, sur l'émigration et l'immigration, deux phénomènes qui sont aussi indissociables que le recto et le verso de la même feuille et pourtant très différents en apparence, au point qu'on croit pouvoir comprendre l'un sans connaître l'autre. Abdelmalek Sayad restitue à l'immigration tout ce qui en fait le sens, c'est-à-dire le non-sens : par des entretiens admirables de délicatesse et de compréhension, il amène les immigrés à livrer le plus profond de leur intimité collective, les contradictions déchirantes dont leur existence déplacée est la conséquence. C'est par exemple l'immense mensonge collectif à travers lequel l'immigration se reproduit, chaque immigré étant conduit, par respect pour lui-même et aussi pour le groupe qui lui a donné mandat de s'exiler, à dissimuler les souffrances liées à l'émigration et à encourager ainsi de nouveaux départs. Ce sont les contradictions de tous ordres qui sont inscrites dans la condition d'immigré, absent de sa famille, de son village, de son pays, et frappé d'une sorte de culpabilité inexpiable, mais tout aussi absent, du fait de l'exclusion dont il est victime, du pays d'arrivée, qui le traite comme simple force de travail. Autant de choses qui ne sont pas seulement dites dans le langage habituel de la littérature critique, mais également dans la langue que les immigrés emploient eux-mêmes pour faire part avec beaucoup d'intensité et de justesse, de leur propre expérience. On ne pourra plus, après avoir lu le livre, regarder de la même façon les immigrés que l'on croise distraitement dans le métro ou dans la rue, ni écouter avec la même indulgence les discours dont ils font l'objet et qui, même les mieux intentionnés, les enfoncent dans leur étrangeté.

  • Pour la première fois, un anthropologue est parvenu à nouer une véritable relation avec les vendeurs de crack, dans l'un des quartiers les plus dangereux de New-York (dans East-Harlem). Philippe Bourgois, pendant cinq ans, a observé, enregistré, photographié, dans toutes ses facettes, la vie d'une trentaine de dealers portoricains. Il nous livre ici le matériau et le résultat de cette recherche : nous voyons de près, dans les détails les plus intimes, la vie quotidienne des habitants de ces quartiers à risque : pratiques régulières du crime, du viol, mais aussi force de l'amitié et rêves enfantins de gloire. Ce livre comporte aussi une contribution théorique originale : il nous aide à comprendre la relation entre la culture, l'économie et le déterminisme social et nous aide à repenser la question de la responsabilité individuelle.
    Cet ouvrage est un excellent exemple d'une bonne anthropologie de terrain, comme les Américains savent la pratiquer (c'est-à-dire comportant l'engagement personnel du chercheur dans ce qu'il étudie), et il pourra contribuer à enrichir le débat, si présent aujourd'hui, concernant " les banlieues " et les " quartiers difficiles ".

  • Prêter attention à un objet, le convoiter, le demander, s'en saisir, le délaisser, le transmettre – tout cela renvoie pour chacun d'entre nous à des actes quotidiens, banals, " naturels ". Pourtant, ces actes ne vont pas de soi pour les très jeunes enfants. Il leur faut au contraire apprendre à prendre – et aussi à donner. Car si ce geste tourne plus souvent chez eux que dans le monde adulte au conflit, c'est précisément qu'il implique la difficile maîtrise de règles implicites et d'attentes non formulées.
    À partir d'une enquête ethnographique menée dans une crèche auprès d'une trentaine d'enfants de deux à trois ans, ce livre surprenant et vivant met au jour les déterminants sociaux de l'appropriation des choses au premier âge. Pourquoi un enfant préfère-t-il, très tôt, tels objets à tels autres ? Comment en vient-il à les réclamer dans les formes ou, au contraire, à s'en emparer par la force ? Et pourquoi tout cela importe-t-il, au moment précis où la vie sociale émerge ?
    Répondre à ces questions, c'est penser l'inégale disponibilité des choses aux mains des enfants et la genèse de leurs différences sociales, mais aussi la hiérarchie précoce des légitimités – celle qui impose, d'emblée, des objets préférentiels, des gestes souhaitables et des prises de parole plus judicieuses que les autres. C'est aussi s'intéresser, à partir de l'observation minutieuse des premiers instants de l'existence sociale, aux fondements du rapport personnel à la possession et à la propriété.
    Wilfried Lignier est chargé de recherche au CNRS (CESSP, Paris). Il a notamment publié La Petite Noblesse de l'intelligence (La Découverte, 2012) et, avec Julie Pagis, L'Enfance de l'ordre (Seuil, 2017).

  • Depuis les années 1990, un nombre croissant de juridictions pénales à travers le monde recourent à des expertises qui prennent appui sur la génétique comportementale et les neurosciences afin d'évaluer la responsabilité et la dangerosité des auteurs d'actes délinquants.

    Ce livre propose d'éclairer les prémisses de ce savoir scientifique en s'intéressant à la naissance et au développement de la criminologie biosociale aux États-Unis depuis les années 1960. Dans une enquête inédite, reposant sur des études de la littérature et de controverses scientifiques, des analyses statistiques et des entretiens avec des criminologues, sociologues et psychologues, il montre comment cette
    branche de la criminologie, au départ marginale, a gagné en visibilité et en légitimité. Ce développement n'est pas sans conséquences : en prétendant pouvoir identifier les causes biologiques et environnementales des comportements dits " antisociaux ", les criminologues biosociaux participent à la redéfinition de la frontière entre le normal et le pathologique.
    Héréditaire explore ainsi plus largement les recompositions de l'expertise dans les sociétés contemporaines, et notamment les luttes de territoire que les professions médicales et judiciaires engagent fréquemment pour s'arroger le monopole du diagnostic, de la prise en charge et du traitement des déviances individuelles.

  • « J'ai tenté d'esquisser l'essor et le déclin, au sein de la théorie politique anglophone, de ce que j'ai appelé une conception néo-romaine de la liberté civile. La théorie néo-romaine se fait jour au cours de la Révolution anglaise du xviie siècle. Plus tard, elle sert à attaquer l'oligarchie qui règne en Grande-Bretagne au xviiie siècle, et, par la suite, à défendre la révolution montée par les Américains contre la Couronne britannique. Au cours du xixe siècle, cependant, la théorie néo-romaine s'évanouit progressivement. Certains de ses éléments survivent dans les Six Points des Chartistes, dans la description par John Stuart Mill de la sujétion des femmes et dans d'autres plaidoyers en faveur des subordonnés et des opprimés. Mais le triomphe idéologique du libéralisme laisse la théorie néo-romaine largement discréditée. C'est alors que la conception rivale de la liberté présente dans le libéralisme classique commence à jouer dans la philosophie anglophone le rôle de premier plan qu'elle n'a jamais abandonné depuis. L'ambition de cet essai est de remettre en cause cette hégémonie libérale en tentant de retourner dans un univers intellectuel que nous avons perdu. » Q. S. Titulaire de la chaire Barber Beaumont de l'université Queen Mary de Londres, Quentin Skinner est l'auteur de nombreux ouvrages d'histoire des idées politiques qui font autorité, parmi lesquels Machiavel (Seuil, 1989 ; « Points Essais », 2001), Les Fondements de la pensée politique moderne (Albin Michel, 2001) et Hobbes et la conception républicaine de la liberté (Albin Michel, 2009). Traduit de l'anglais par Muriel Zagha.

  • La viticulture française a dominé historiquement le marché mondial avec ses grands crus et sa recherche de l'« excellence ». Elle traverse depuis quelques années une crise inédite. Pour comprendre ce phénomène, faut-il opposer les pays du Nouveau Monde aux producteurs traditionnels ? Les enjeux de la concurrence internationale sont-ils réductibles à une guerre des prix ?À partir d'une analyse alliant enquête ethnographique et démarche sociologique, Marie-France Garcia-Parpet montre comment les batailles de classement sont au coeur des transformations récentes du marché mondial de ce produit et dans quelle mesure les « ressources » mobilisées dans cette compétition vont bien au-delà de l'investissement d'entrepreneurs individuels et de l'intervention de l'État dans la construction du marché. Les caractéristiques sociales des agents économiques, leur style de vie, les modes de socialisation des consommateurs et les stratégies commerciales associées sont autant de variables essentielles pour rendre raison de cette compétition mondialisée. En cela, la portée de cet ouvrage dépasse le cas du marché du vin : elle s'étend à la plupart des marchés dont le fonctionnement repose sur une logique de qualification d'excellence.Marie-France Garcia-Parpet est chercheur à l'Inra. Elle a enseigné à l'université de Rio de Janeiro de 1977 à 1994.

  • Parmi les milliers de langues qui existent ou ont existé, il semble qu'il y en ait toujours eu une qui ait été plus « prestigieuse » que ses contemporaines. Le latin fut en ce sens une langue dominante jusqu'au XVIIIe siècle, le français en devint une à son tour jusqu'au XXe siècle et l'anglais a incontestablement acquis le statut de langue mondiale depuis lors. L'exemple antique du bilinguisme latin/grec des Romains cultivés montre que la langue dominante n'est pas nécessairement la langue du pays le plus puissant économiquement ou militairement (comme la situation contemporaine tendrait à le faire croire), mais que la hiérarchisation linguistique repose sur des processus spécifiques que ce livre met au jour.Le bilinguisme, la diglossie (l'usage au sein d'une même communauté de deux idiomes remplissant des fonctions communicatives complémentaires) et, dans le champ littéraire international, les traductions d'ouvrages sont de précieux indicateurs de ce phénomène.À travers le cas exemplaire du français, de ses transformations, des formes de domination qu'il a exercées, de l'évolution de son statut, des commentaires que son rôle et sa place ont occasionnés, Pascale Casanova propose un cadre d'analyse novateur des mécanismes de la domination linguistique.Pascale Casanova enseigne la littérature à Duke University. Elle a notamment publié, au Seuil, La République mondiale des lettres (rééd. « Points Essais », 2008), traduit dans une douzaine de langues, et Kafka en colère (2011).

  • Elle survient dans un roman où elle n'était pas attendue et qui, de toute façon, n'était pas son genre. Elle va ensuite y prendre une place hors de proportion avec sa vocation première. Elle quittera pourtant la scène bien avant la fin. Mais le vaste intermède de ses amours avec le héros lui aura suffi pour infléchir le cours des choses, faire que son image irradie la fiction et invite le romancier à réajuster son point de vue sur l'univers social.
    Elle, c'est Albertine Simonet, la "jeune fille en fleurs", la "prisonnière", la "fugitive". La critique a toujours ignoré son rôle, alors qu'elle figure dans un tiers du roman et que, entre la noblesse rayonnante des Guermantes et la bourgeoisie mesquine des Verdurin, elle introduit une troisième voie, celle d'une bourgeoisie ascendante, éprise de grand air, de sports, d'arts et de vitesse. La jeune femme annonce la fin d'un monde et oblige à une conception plus réaliste du social, à une sociologie désenchantée.
    Mais ce livre n'est pas seulement un portrait sociologique – en parlant du style d'Albertine, de sa présence, toujours déroutante, Jacques Dubois nous propose de lire la biographie d'un personnage.
    Professeur émérite de l'Université de Liège, Jacques Dubois est l'auteur d'une douzaine d'ouvrages, dont, au Seuil, Pour Albertine et Les Romanciers du réel. Il a également dirigé l'édition " Pléiade " en trois tomes des romans de Georges Simenon.

  • Les émeutes de lautomne 2005 ont remis la « question des quartiers sensibles » à lordre du jour. Mais quelles sont les causes de cette explosion ? Pour le comprendre, il ne suffit pas denquêter sur ces quartiers, il faut aussi analyser doù viennent les concepts et les catégories qui ont servi à interpréter le « problème » et à formuler des solutions. Cette généalogie nous renvoie à la construction, entre le milieu des années 1980 et le milieu des années 1990, de la catégorie de « quartiers sensibles ». Que cache cette expression ? Une réforme fondée sur les politiques de « participation » : priorité est donnée au lien social, à la solidarité locale, à la capacité des habitants à restaurer une vie commune et de la convivialité, plutôt quà laction publique contre la pauvreté, les inégalités socio-économiques et les discriminations. Cette redéfinition des priorités naffecte pas seulement les quartiers. Le livre de Sylvie Tissot montre quelle est un élément majeur de la réforme qui voit la place et les fonctions de lÉtat social remises en cause depuis vingt ans.Sylvie Tissot est maîtresse de conférences en sociologie à luniversité Marc-Bloch (Strasbourg), membre du CSU (Cultures et sociétés urbaines) et du GSPE-PRISME (Politique, religion, institutions et sociétés : mutations européennes).

  • Faut-il faire de la France un pays de propritaires et liquider le parc HLM de l'aprs-guerre ? C'est en tout cas le tournant pris par les politiques publiques depuis les annes 1970. tre propritaire de son pavillon, profiter des attraits de la ville la campagne, rinventer la sociabilit de voisinage et la mixit sociale, tel est le projet qu'ont vocation incarner les nouveaux lotissements et que favorisent les aides la proprit.Mobilisant donnes statistiques, enqute de terrain et tmoignages de familles, ce livre montre qu'en nourrissant un vaste mouvement de priurbanisation des classes populaires, la diffusion de la proprit transforme en profondeur leurs conditions d'existence : dstabilisation de l'conomie domestique par le poids de l'endettement, loignement des bassins d'emploi et des rseaux d'entraide, repli des femmes sur la sphre domestique, mixit sociale conflictuelle... Entre la maison individuelle rve et le petit pavillon standardis que ces primo-accdants ont pu se payer, loin des quipements collectifs, ce nouveau monde de HLM plat apparat source de nouvelles exclusions dont Anne Lambert souligne l'importance politique pour les annes venir. Anne Lambert, sociologue, est chercheuse l'Institut national d'tudes dmographiques (INED) et chercheuse associe au Centre Maurice-Halbwachs (ENS/EHESS/CNRS).

  • Les études portant sur les génocides sont restées enfermées dans un système d'oppositions étroit : les massacres de masse sont-ils le point culminant de la « modernité » ou même de la « démocratie », ou au contraire la manifestation d'un « effondrement de la civilisation » et d'un « retour à la barbarie » ? Ceux qui les ont perpétrés sont-ils des hommes « ordinaires » ou bien des « psychopathes » ? Et la Shoah représente-t-elle une singularité historique ou peut-elle être comparée à d'autres entreprises génocidaires ? À travers l'analyse d'une vingtaine d'épisodes d'extermination du XXe siècle, ce livre entend dépasser ces approches pour comprendre à quelles conditions la frénésie meurtrière qu'ils manifestent peut éclater et comment des individus se révèlent disposés à y prendre part. À leur sujet s'est développée une conception singulière : ceux qui, des semaines, des mois, voire des années durant ont massacré leurs semblables, sans scrupules, sans pitié, parfois avec entrain et, après coup, sans remords seraient des « hommes ordinaires » obéissant simplement aux ordres ou à l'idéologie du temps. En somme : « Vous et moi, dans les mêmes circonstances, aurions fait la même chose. » Interrogeant le déroulement des faits et les témoignages, souvent négligés ou pris au pied de la lettre, des protagonistes, Abram de Swaan ébranle ici radicalement la thèse de la « banalité du mal ». Sociologue, professeur émérite à l'Université d'Amsterdam, Abram de Swaan est l'auteur de nombreux travaux, largement traduits à travers le monde, parmi lesquels Sous l'aile protectrice de l'État (PUF, 1995), Human Societies (2001) et Words of the World (2001). Traduit du néerlandais par Bertrand Abraham

  • Le retour en force du libralisme et les restructurations du secteur de la presse crite donnent une actualit nouvelle au problme des relations entre le journalisme et l'conomie. Mais les dbats sur ce sujet se limitent presque toujours une question unique : les journalistes peuvent-ils rsister aux pouvoirs conomiques qui, annonceurs ou actionnaires des mdias, ont des moyens de pression directe sur eux ? Ce livre entreprend de montrer qu'il existe une autre manire d'aborder les relations entre la presse et l'argent. Dans une perspective structurale, les pressions, les manipulations, la mainmise de quelques patrons, auxquelles on s'arrte gnralement, sont des manifestations assez secondaires de la subordination du champ journalistique au monde conomique. Les arrangements par lesquels des journalistes mnagent l'image de ceux qui les financent font cran un phnomne beaucoup plus important : la propension croissante des mdias relayer une vision conforme aux principes de l'conomie librale.Le journalisme conomique n'est pas seulement un trs bon rvlateur des relations qu'entretiennent, aujourd'hui, le monde journalistique et le monde conomique. Il permet aussi de mieux comprendre quelques-unes des transformations majeures qui ont affect, durant la priode rcente, le journalisme en France. Il met galement en vidence, dans toute son tendue, le rle jou par les mdias dans la construction sociale de l'conomie et dans la progression des politiques librales contemporaines.

  • L'élection n'a pas toujours été tenue pour le moyen le plus équitable, le plus efficace et le plus transparent de distribuer les charges et les honneurs publics ou de désigner ceux qui devaient contribuer à la fabrication de la Loi. Longtemps, d'autres systèmes ont joui d'un prestige égal sinon supérieur, qu'il s'agisse du tirage au sort, de l'hérédité, de la cooptation ou de l'appel à l'Esprit Saint.Les élections existaient pourtant, dans d'innombrables lieux et institutions : les villes et les villages, les ordres religieux et les conclaves - où agissait justement l'Esprit Saint - les universités et les académies. Mais elles servaient en réalité d'autres fins que la sélection des meilleurs représentants et la juste répartition des charges, comme la reproduction sociale des élites, la défense de l'orthodoxie... Elles n'avaient finalement pas grand-chose à voir avec la démocratie.C'est ainsi l'idée d'un progrès linéaire des institutions représentatives depuis la fin du Moyen Âge jusqu'aux révolutions du XVIIIe siècle que met en cause Olivier Christin. Une contribution importante aux débats contemporains sur la démocratie représentative.

  • Qu'il soit célébré pour sa flexibilité ou dénoncé pour son caractère impitoyable, le marché du travail américain fait l'objet en Europe d'une attention continue. Il est cependant rarement exploré de première main. C'est ce projet qu'a mené l'auteur au cours d'une enquête de deux années à Chicago parmi les travailleurs les plus précaires du pays : les hommes et les femmes, immigrés mexicains sans papiers ou sous-prolétaires afro-américains, employés par des agences de travail journalier. Attendant à l'aube avec eux les offres d'emplois quotidiennes dans les locaux de ces établissements, travaillant à leurs côtés dans les usines de la région, et militant enfin dans les organisations où ils se mobilisent, il en dresse un portrait qui renouvelle notre vision de la précarité aux États-Unis et complexifie les théories contemporaines sur la fonction des intermédiaires du marché du travail. Il montre que les agences sont moins là pour faciliter le licenciement des travailleurs que pour assurer leur disponibilité permanente, qui implique de longues phases d'attente gratuite. Il met aussi en évidence les contradictions de l'utopie néolibérale de la flexibilité absolue : dans les usines et les entrepôts, l'emploi massif, durable et régulier de la main-d'oeuvre journalière oblige en effet à la traiter « en masse » et interdit le recours des directions aux formes les plus extrêmes d'intermittence ou d'individualisation.Sébastien Chauvin est sociologue, professeur assistant à l'université d'Amsterdam et chercheur à l'Institute for Migration and Ethnic Studies.

  • Plus que jamais les questions de scurit alimentaire sont au coeur de l'actualit. Et s'il fallait pour y rpondre identifier leur histoire et mieux comprendre comment tout ce qui a trait la qualit de l'alimentation, la qualit sanitaire en premier chef, s'enracine dans une histoire juridique et conomique longue qui concerne aussi bien la France que l'Europe tout entire? partir de quatre productions exemplaires du bon produit de l'agriculture franaise - le lait, le beurre, le vin et la viande -, l'auteur retrace les conditions historiques relles de la fabrication de la qualit alimentaire telle qu'elle est dfinie aujourd'hui, en s'appuyant notamment sur les trs riches archives du ministre de la Justice.Il montre comment la production et l'usage de l'information, la fabrication et l'application de normes, la construction du savoir scientifique et l'expertise constituent les trois clefs de vote d'une dynamique historique o s'affrontent les rgles de la concurrence et les exigences de la sant publique. Le lait et le vin que nous buvons, le beurre et la viande que nous mangeons aujourd'hui sont l'aboutissement de ces luttes pour le contrle de la dfinition de la qualit. Rien de plus construit qu'un aliment naturel.Alessandro Stanziani, charg de recherche au CNRS, a notamment publi L'conomie en rvolution. Le cas russe, 1861-1930 (Albin Michel, 1998) et dirig La Qualit des produits en France, XVIIIe-XXe sicle (Belin, 2003).

  • La controverse récurrente autour de l'usage des méthodes « globale » ou « syllabique » dans l'apprentissage de la lecture dissimule des choix pédagogiques plus profonds, qui ont durablement compromis la démocratisation de l'un des savoirs premiers les plus déterminants pour la réussite scolaire ultérieure.Ce livre montre comment, au nom d'une conception savante et idéalisée de la « vraie lecture », les aspects pratiques et techniques de cet apprentissage fondamental ont progressivement été déniés et délégitimés. Il décrit la manière dont les enseignants ont été dépossédés de leur savoir pédagogique et ont peu à peu tendu à reporter sur les enfants eux-mêmes et leur milieu culturel les difficultés qu'ils constataient, favorisant une médicalisation et une psychologisation croissantes de l'échec scolaire. À partir d'une expérimentation conduite au sein de plusieurs établissements et à rebours de la tendance dominante, cet ouvrage met en évidence les effets positifs d'une pédagogie basée sur l'enseignement explicite du déchiffrage en matière de réduction des inégalités sociales d'accès à l'écrit.Sandrine Garcia est sociologue, professeur de sciences de l'éducation à l'Université de Bourgogne Franche-Comté et chercheuse à l'IREDU. Elle a notamment publié Mères sous influence et À l'école des dyslexiques (La Découverte, 2011 ; 2013).Anne-Claudine Oller est sociologue, maître de conférences en sciences de l'éducation à l'Université Paris-Est Créteil Val-de-Marne et chercheuse au LIRTES.

  • La sociologie, loin de " réduire " les pensées les plus originales à des structures sociales impersonnelles, n'ignore ni la portée des innovations ni la valeur des idées, mais envisage les philosophes pour ce qu'ils sont: des hommes comme les autres, dotés d'intérêts et d'attentes qui, bien que spécifiques, ne tombent pas du ciel des idées pures.
    La première des tâches est de comprendre comment, en france, une doctrine pédagogique, un apprentissage scolaire, des exercices comme la dissertation, un art oratoire contribuent à structurer les esprits et à garantir le statut philosophique des discours. pour autant, la diversité croissante des manières d'être philosophe dans la période contemporaine n'est pas un simple leurre: le penseur original, le maître de khâgne, l'érudit, la vedette médiatique semblent bénéficier d'un même titre de noblesse intellectuelle.
    Ce livre ne propose ni panorama, ni manifeste, ni plaidoyer, mais des instruments d'analyse pour comprendre l'obscur engendrement des idées et le pouvoir de séduction que certaines d'entre elles semblent posséder. alors que la philosophie est devenue le lieu où s'affrontent plus que jamais des définitions sensiblement opposées de ce qu'elle est et prétend être, la sociologie peut favoriser à sa manière ce regard réflexif auquel les philosophes auraient mauvaise grâce à se soustraire puisqu'ils sont les premiers à en revendiquer, sinon l'urgence, du moins les mérites.

  • Mallarmé

    Pascal Durand

    Mallarmé : son nom n'en finit pas d'irradier la conscience littéraire. Une oeuvre à la fois mince et d'une profondeur inquiétante. Des poésies dont la radicalité formelle reste sans égale. Des proses qui fascinent autant qu'elles déroutent. Un chef-d'oeuvre, le Coup de dés, dans lequel mots et espacements s'ordonnent aux grands rythmes cosmiques. Et pourtant cet adepte déclaré de l' action restreinte fut aussi poète de circonstance, journaliste de mode, chroniqueur culturel, critique d'art engagé dans la cause de l'impressionnisme. D'un côté, un poète métaphysicien. De l'autre, un observateur des rituels de la vie culturelle et sociale.Ces deux Mallarmé n'en font qu'un et le pari est ici de montrer que le sens des formes s'est doublé, chez lui, d'un sens des formalités, c'est-à-dire d'une conscience aiguë des ressorts sociaux qui régissent la littérature. L'oeuvre se voit ainsi placée sous le signe d'une étonnante réflexivité critique, en ce qu'elle porte à son comble la logique d'autonomisation du champ littéraire moderne tout en problématisant le principe de fiction dont dépend l'enchantement esthétique. Au miroir du texte mallarméen, c'est tout l'univers symbolique l'ayant rendu possible qui se donne à voir, dans un rapport fait de distance et de participation aux cérémonies de la littérature.Retracer la genèse de l'esthétique mallarméenne, lire de très près les textes dans lesquels celle-ci s'est accomplie, faire valoir à la lumière d'une expérience exemplaire que dans la forme la plus fermée au social c'est encore un principe social de fermeture qui se manifeste, tels sont les enjeux du présent ouvrage, ouvrant aussi la voie d'une sociologie de la littérature avec les écrivains.Spécialiste de Mallarmé et de la sociologie des institutions culturelles, Pascal Durand est professeur à l'Université de Liège.

  • Et si la famille n'était pas la 'cellule de base de la société', mais, au contraire, son résultat le plus sophistiqué? Alors s'intéresser, en sociologie, à l'histoire de la famille dans le milieu du Moyen Âge jusqu'à nos jours reviendrait à interroger, à

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