Revue des Deux Mondes

  • En 1923, le traité de Sèvres donnait naissance à la République turque. Cent ans plus tard, Erdogan veut laver l'affront et redonner à son pays la gloire perdue. Son rêve ? Reconquérir les territoires de l'Empire ottoman. C'est tout l'objet de notre nouveau numéro.
    En kiosque demain, le vendredi 19 février.
    En librairie, le mercredi 3 mars.
    Le sommaire complet est en pièce jointe.


    Dossier : Le spectre ottoman

    -> Entretien avec Jean-François Colosimo : Jusqu'où ira la Turquie ?
    Jean-François Colosimo évoque la longue relation qu'entretient la France avec l'empire ottoman devenu la Turquie en 1923. Erdogan est, selon l'historien, un opportuniste qui sait jouer des faiblesses de l'Europe pour accroître sa puissance. Le président turc se sert de l'islam comme marqueur identitaire et politique.

    -> L'islam turc en France : les convergences du nationalisme islamiste par Dieter Arslan
    Dieter Arslan décrit l'évolution de l'islam turc en France, alimenté par différents courants nationalistes. Depuis l'arrivée d'Erdogan au pouvoir, son influence s'est renforcée grâce à un important réseau de mosquées et à une mobilisation de plus en plus forte des fidèles.

    -> Journal arménien par Jean-Christophe Buisson
    Jean-Christophe Buisson relate son dernier voyage dans le Haut-Karabagh en octobre et novembre 2020, quand la guerre faisait rage entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan.

    -> Tensions maritimes en Méditerranée orientale par Christophe Prazuck
    L'amiral Christophe Prazuck analyse les nombreux motifs de tensions entre la Turquie et la Grèce en mer Méditerranée. Certains sont séculaires, d'autres beaucoup plus récents, comme les enjeux économiques liés à des gisements gaziers.

    -> Le bras de fer France-Turquie par Renaud Girard
    Renaud Girard examine les velléités expansionnistes d'Erdogan sur terre comme sur mer. D'après le journaliste, le président turc souhaite reconstituer l'empire ottoman. Il manque néanmoins d'alliés et se heurte à bien des réticences notamment françaises.

    -> Le califat néo-ottoman et l'Europe par Tony Corn
    Le califat ottoman a été aboli en 1924. Nombreux sont ceux qui veulent le rétablir. En 1969 naît l'Organisation de la conférence islamique, un califat 2.0 pour Tony Corn. Celui-ci en détaille les objectifs et notamment la « mission civilisatrice » qui constitue pour l'Europe une nouvelle guerre froide.

    -> Et aussi Christian Makarian, Olivier Weber et Eryck de Rubercy.


    Littérature

    -> Inédit L'adolescence démasquée par Gaëlle Nohant
    L'auteure de la Femme révélée (Grasset, 2020) raconte comment une adolescente fait l'apprentissage de la liberté.


    Études, reportages et réflexions

    -> La musique est-elle raciste ? par Bruno Chaouat
    La cancel culture sévit aux États-Unis. Bruno Chaouat évoque une controverse liée au théoricien juif allemand Heinrich Schenker (1868-1935). La musique occidentale serait, nous explique-t-on, une vaste entreprise coloniale...

  • Dossier 1 : Défendre la République
    -> Entretien - Régis Debray : « La République peut être orgueilleuse mais pas méprisante » Pour Régis Debray, les fondements de la République laïque ne reposent pas sur des idées libertaires. Sans renoncer à ce que nous sommes, il faut de la compréhension et de la pédagogie pour transmettre nos valeurs et ne pas heurter inutilement des sensibilités.
    -> « République », le régime qui nous divise le plus ? par Jacques de Saint Victor Jacques de Saint Victor compare la situation de 2020 à celle de 1789 lorsque les élites ne soutenaient plus les grands principes du pouvoir en place. Le modèle républicain est aujourd'hui attaqué par les partisans d'une « laïcité ouverte » qui sert le prosélytisme religieux et les questions identitaires.
    -> Entretien - Catherine Kintzler : « La laïcité est le contraire d'un intégrisme » Signataire de la tribune « Profs, ne capitulons pas ! » (Nouvel Obs, 1989), Catherine Kintzler dresse le bilan trente ans plus tard et déplore les multiples renonciations de l'Éducation nationale face aux pressions religieuses et communautaires.
    -> Et aussi Michel Onfray, Sébastien Lapaque et Marin de Viry
    Dossier 2 : La crise de 1929, ruptures et rebonds
    -> Entretien - Jean-Claude Trichet : « Préparer l'économie et la société aux défis de demain » Jean-Claude Trichet analyse les trois crises économiques qui ont ébranlé l'Occident (1929, 2008 et 2020) et détaille les politiques mises en place pour y remédier.
    -> La crise de 1929 aux États-Unis : un nouveau monde ? par Bertrand Van Ruymbeke Bertrand Van Ruymbeke décrit les mesures prises par les présidents Hoover et Roosevelt pour répondre au krach boursier de 1929.
    -> Les années trente en France par Éric Roussel
    En plus de provoquer du chômage, la crise de 1929 remit en cause les institutions et la démocratie en France. Ces bousculements ne sont pas étrangers à l'avènement de la Seconde Guerre mondiale selon Éric Roussel.
    -> « Le fascisme ne passera pas » par Michel Winock
    Michel Winock explique pourquoi la France échappa à la vague antidémocratique et fasciste que connurent d'autres pays européens dans les années trente.
    -> La couture ne connaît pas la crise par Sophie Kurkdjian
    L'industrie de la mode fit preuve de créativité face à 1929. Elle modifia ses méthodes de production, changea les conditions de travail et se démocratisa.
    -> Et aussi Jacques Mény, Jean-Pierre Naugrette, Marc Cerisuelo, Jean-Claude Milner et Sébastien Lapaque.
    Littérature
    -> Inédit Mon pays, c'est l'écriture par Faïza Guène
    Née en 1985 à Bobigny de parents algériens, Faïza Guène a décidé de tracer ses propres frontières.


    Revue des
    Deux Mondes
    Février 2021
    ISBN 9782356502391 Directrice :
    Valérie Toranian
    En kiosque : 22 janvier En librairie : 3 février

  • On connaît le George Orwell de 1984 et de La Ferme des animaux, on connaît moins le George Orwell reporter qui vécut l'impérialisme britannique en Birmanie, s'engagea dans la guerre d'Espagne en 1936, couvrit la Libération de la France pour l'Observer en 1945. Notre numéro revient sur ses engagements et sur la fameuse notion de common decency.
    Le sommaire complet est en pièce jointe.


    Dossier : Orwell plus actuel que jamais

    -> Entretien avec Julian Barnes : « En 2020, Orwell ne manquerait pas de sujet d'inspiration »
    Excellent connaisseur de George Orwell, Julian Barnes explique en quoi les prédictions de l'écrivain résonnent chaque jour davantage (puissance de l'État, post-vérité, exploitation de l'homme...).

    -> « Faire de l'écriture politique un art véritable » par Sébastien Lapaque
    Orwell fut largement mal compris voire méconnu en France. En cause, explique Sébastien Lapaque, ses engagements politiques, ses luttes pour les classes défavorisées, son style journalistique, les mauvaises traductions de ses écrits.

    -> Se battre au nom de la common decency par Lucien d'Azay
    Lucien d'Azay voit en Orwell un François d'Assise des temps modernes. Toujours tourné vers les plus démunis, ce « saint laïc » pense et agit selon les principes de la common decency, soit de « l'honnêteté commune ».

    -> Entretien avec Florence Aubenas - Une leçon de journalisme
    À l'instar d'Orwell, Florence Aubenas pratique le journalisme d'immersion. L'auteure du Quai de Ouistreham revient sur son expérience avec les femmes de ménage et évoque les valeurs morales des « gens ordinaires ». L'uberisation du travail risque de changer la donne.

    -> Orwell et la common decency. Une courte mise au point par Bruce Bégout
    Rien de plus difficile que d'appréhender la notion de common decency. Bruce Bégout relève le défi.

    -> Et aussi Jean-Pierre Naugrette, Frédéric Verger, Marin de Viry, Céline Laurens et Julie Élisa.


    Littérature

    -> Inédit : L'Europe capable de tout par Gilles Boyer
    L'ex-conseiller auprès du Premier ministre Édouard Philippe, député européen et auteur du Maître d'hôtel de Matignon (JC Lattès, 2019), rend hommage à une Europe aussi miraculeuse que désespérante.


    Études, reportages et réflexions

    -> Pourquoi les islamistes s'en prennent à l'école de la République. La stratégie de l'Isesco par Florence Bergeaud-Blacker
    L'anthropologue Florence Bergeaud-Blacker décrit l'idéologie des islamistes, ses origines, ses actions et son principal objectif : détruire les valeurs démocratiques.

    -> De l'antisémitisme au sionisme : Pierre Boutang par Gilles Banderier
    Gilles Banderier retrace le parcours de Pierre Boutang, une figure longtemps controversée.

  • Grand entretien : Élisabeth de Fontenay. « Il faut repenser les Lumières avec les mots d'aujourd'hui »
    À l'occasion de son dernier ouvrage, En terrain miné (Stock, 2017), la philosophe Élisabeth de Fontenay évoque son amitié conflictuelle avec Alain Finkielkraut, son attachement au judaïsme, sa vision de la laïcité et de l'islam et son engagement pour la cause animale.
    Dossier : Qu'est-ce que le macronisme ?
    -> Rencontre de Ricoeur et de Macron par Olivier Mongin
    En 1999, Emmanuel Macron accepte de travailler comme assistant éditorial de Paul Ricoeur. Olivier Mongin explique l'influence intellectuelle du philosophe sur l'étudiant et son rôle d'éducateur politique auprès du futur président.
    -> La place de Paul Ricoeur dans la philosophie contemporaine par Olivier Abel
    /> Olivier Abel définit la pensée de Paul Ricoeur, son style et ses grands thèmes de prédilection (la question du mal, le langage, le temps).
    -> Le prince et la République par Philippe Raynaud
    Emmanuel Macron a rédigé un mémoire de maîtrise sur Machiavel. Philippe Raynaud se demande en quoi les concepts machiavéliens peuvent ou non illustrer l'action du président.
    -> L'enfant caché de Giono par Franz-Olivier Giesbert
    Giono figure au panthéon littéraire d'Emmanuel Macron, aux côtés notamment de Gide et Camus.
    -> Mitterrand, l'avenir de Macron ? par Laure Adler
    Mettre en parallèle François Mitterrand et Emmanuel Macron permet de dégager d'intéressantes similitudes et dissemblances.
    -> Le macronisme est-il schumpétérien ? par Annick Steta
    Maladroitement assimilée aux théories de Joseph Schumpeter, la philosophie économique d'Emmanuel Macron puise à d'autres sources, comme l'analyse Annick Steta.
    Littérature -> Inédit. Julie Wolkenstein « Regarde ! Regarde comme je suis fait pour toi ! »
    Julie Wolkenstein raconte comment elle trouva un long-métrage disparu d'Éric Rohmer, sujet de son dernier roman, Vacances (POL, 2017).

  • Nous vous proposons de passer l'été en compagnie de La Fontaine, Diderot, Sade et d'autres auteurs sulfureux de la littérature française.
    Vous aurez aussi le plaisir de comprendre la passion de Mona Ozouf pour 1789.

  • « Une nation fatiguée de longs débats consent volontiers qu'on la dupe, pourvu qu'on la repose », Tocqueville.
    Dans son numéro de rentrée, la Revue des Deux Mondes revient sur la crise sanitaire et sur les dysfonctionnements de notre système (politique, administratif, sanitaire...).



    Grand entretien - François Sureau : « Ce qui nous manque »


    Ancien membre du Conseil d'État, aujourd'hui avocat et écrivain, François Sureau analyse ce qui manque aux Français : l'amour du pays, un assentiment aux institutions, une autorité politique déléguée et responsable.



    Dossier : L'épuisement français

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    -> Peut-on comparer 1940 et 2020 ? Par Éric Roussel
    Éric Roussel met en parallèle deux épisodes qui ont entraîné la paralysie quasi complète de la France : la défaite de 1940 et la crise sanitaire liée au Covid-19.

    -> Laboratoire P4 : de la folie marchande à la faillite morale collective par Vincent Hein
    Vincent Hein raconte l'histoire du laboratoire P4 de Wuhan, berceau de l'épidémie, qui fut financé par une France fort peu soucieuse des risques encourus.

    -> Entretien avec Bernard Debré : « Depuis que l'administration a pris le pouvoir, l'hôpital est en crise »
    Ancien ministre et député de Paris, le médecin Bernard Debré juge sévèrement la gestion de la crise sanitaire en France. Au-delà de la pandémie, il s'inquiète de la dégradation de l'hôpital, où l'administratif a pris la main, et dénonce la connivence entre laboratoires, médecins et administration.

    -> La santé est politique par Philippe Douste-Blazy
    L'ancien ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy explique pourquoi nous n'avons pas su gérer la crise alors que des stratégies sanitaires avaient été étudiées dès 2004, lors de la grippe aviaire.

    -> L'Allemagne complexante par Marion Van Renterghem
    L'Allemagne reste supérieure à la France. La journaliste Marion Van Renterghem en donne les raisons : un exécutif plus faible, un fédéralisme qui offre de la souplesse dans les prises de décision, un climat de confiance et une fluidité de fonctionnement entre les différents acteurs de la société.

    -> Préparer l'État à affronter l'incertitude par Annick Steta
    Annick Steta pointe l'absence quasi totale de culture scientifique dans l'administration et la classe politique, due notamment aux conditions de recrutement des hauts fonctionnaires.

    -> Et aussi Alain Minc, Pierre Vermeren, Maryvonne de Saint Pulgent, Jacques de Saint Victor, Yannick Bertélémi, Anne-Marie Le Pourhiet et Marin de Viry



    Littérature


    -> Inédit : Dépôt de bilan par Éric Neuhoff
    L'auteur de (Très) cher cinéma français (Albin Michel, 2019) dresse le bilan désenchanté de ses 60 ans.

  • En février, la Revue des Deux Mondes s'intéresse à l'enfant, à son histoire, à son destin : est-il aujourd'hui devenu le nouveau maître du monde ? Outre Greta Thunberg sont évoqués des figures symboliques telles que Jeanne d'Arc, Peter Pan... et des porte-paroles de l'enfant comme Rousseau, Victor Hugo... (le sommaire est en pièce jointe).



    Grand entretien - Ian Kershaw « Les populistes actuels ne veulent pas entrer en conflit avec la démocratie »


    Le grand historien anglais Ian Kershaw évoque certains points clés de sa magistrale histoire de l'Europe dont le second tome vient de paraître (l'Âge global. Europe de 1950 à nos jours, Grasset) : l'entrée du continent européen dans l'ère nucléaire, la fin de son hégémonie, la décolonisation, le boom économique et son effondrement, le consumérisme et la vague populiste.



    Dossier : Histoire et destin de l'enfant


    -> Entretien - Boris Cyrulnik : « L'enfant a évolué de la mort probable au triomphe malheureux »
    Boris Cyrulnik retrace l'évolution du statut de l'enfant au fil des siècles et décrit les récentes découvertes des neurosciences sur les traumatismes infantiles. Le neuro-psychiatre interroge notre société qui n'a jamais autant fétichisé l'enfant.

    -> L'époque dont le prince est un enfant par Philibert Humm
    Philibert Humm revient sur le combat de Greta Thunberg et résume les propos de ses partisans et de ses détracteurs.

    -> Rousseau et le nouvel âge de l'enfance par Christophe Martin
    C'est avec Rousseau que la représentation de l'enfance change profondément. En introduisant la notion d'innocence, le philosophe écarte l'idée du péché originel.

    -> Victor Hugo et le droit de l'enfant par Jean-Marc Hovasse
    Porte-parole des enfants, Victor Hugo s'oppose à leur travail et plaide pour une instruction publique obligatoire. Sans angélisme ni dogmatisme, il place au coeur de ses romans des garçons et des filles à la fois bourreaux et victimes.

    -> L'enfant dans les régimes totalitaires par Bernard Bruneteau
    Les régimes totalitaires ont mobilisé et instrumentalisé la jeunesse. Bernard Bruneteau analyse leur idéologie éducative.

    -> Jeunesse militante : vive la formation continue par Gaultier Bès
    Gaultier Bès se réjouit du militantisme de la jeunesse. Pour ce professeur de philosophie, les adolescents ont besoin de modèles et de symboles. Greta Thunberg en incarne un.

    -> Les enfants ont-ils un pouvoir économique ? par Annick Steta
    Les entreprises ciblent de plus en plus la clientèle enfantine et développent des politiques commerciales.Annick Steta expose leur tactique.

    -> Et aussi Stéphane Ratti, Jean Maurice, Jean-Pierre Naugrette, Eryck de Rubercy, Gaultier Bès et Damien Le Guay.



    Littérature


    -> Inédit L'autoroute par Bruno Masi
    Bruno Masi raconte sa jeunesse hantée par une passerelle surplombant une autoroute.


    En kiosques le vendredi 24 janvier
    En librairies le mercredi 5 février

  • Événement - La terre, l'amour, le Christ : Michel Houellebecq monte au front
    -> Michel Houellebecq au temps du désespoir par Sébastien Lapaque
    Si Michel Houellebecq est considéré comme un écrivain de la décadence, il ne cède jamais au déclinisme, affirme Sébastien Lapaque : son oeuvre en explore les différentes facettes pour mieux s'en délivrer.
    -> Lettre à Michel Houellebecq à propos de Sérotonine par Marin de Viry
    Marin de Viry analyse deux personnages du dernier roman de Michel Houellebecq en proie à l'enfermement et à la destruction. Selon lui, le narrateur se détourne sans cesse de l'amour, la seule valeur salvatrice.
    -> Le mariage de Michel H. et Lysis Q. par Marin de Viry
    Dans une fiction désopilante, Marin de Viry raconte les noces d'un Michel Houellebecq heureux.
    Dossier - Sommes-nous décadents ?
    -> Une parabole : la décadence romaine par Xavier Darcos
    Depuis son avènement en 410, la chute de Rome alimente notre réflexion sur la décadence des civilisations. Xavier Darcos revient sur les causes avancées au fil du temps : chaque époque forge une explication en fonction de ses préoccupations.
    -> Éternelle décadence par Michel Winock
    L'idée de décadence traverse les siècles avec plus ou moins d'intensité. Michel Winock relève les nombreux points de convergence entre notre société et celle des années 1880.
    -> Décadence et modernité par Robert Kopp
    La décadence et la modernité n'ont pas toujours été des notions contradictoires, prouve Robert Kopp en relisant Baudelaire.
    -> L'Europe tétanisée face à l'hégémonisme américain par Renaud Girard
    Les relations entre l'Europe et les États-Unis sont passées de l'alliance à la sujétion, soutient Renaud Girard. Le géopoliticien explique comment et pourquoi nous en sommes arrivés là. Il propose quelques pistes pour sortir de ce déséquilibre.
    Et aussi Lucien d'Azay, Jérôme Besnard et Kévin Boucaud-Victoire
    Littérature
    -> Inédit. « Je suis le faussaire de mon passé » par Nina Bouraoui
    Née en France, Nina Bouraoui a grandi à Alger. L'auteure de Tous les hommes désirent naturellement savoir (JC Lattès, 2018) raconte son exil sentimental et romantique.

  • On serait bien tenté, parfois, d´illustrer le Livre de l´Ecclésiaste par des gravures de mode. « Rien de nouveau sous le soleil », dit l´Écriture, et Andy Warhol de répondre : « Tout le monde est célèbre quinze minutes. » Mais même la célébrité warholienne a fait son temps. Quinze minutes sont une éternité. Désormais, il faut compter en atomes de secondes et encore, c´est trop long : nous n´avons pas le temps d´attendre un milliardième de seconde. Rien de plus complices, en un sens, que l´éphémère et l´éternel. La paillette traverse les âges ; l´immémorial se mire dans la glace en se disant : « Je sors ce soir, à plus tard les rides de la sagesse. » Se demander quel est le sens de la mode, comme le fait la Revue des Deux Mondes de ce mois-ci, n´est pas un aveu de misanthropie, comme s´il fallait s´accoutrer à la manière du despote nord-coréen, comme s´il fallait dénoncer à la façon du pasteur puritain, les effets, les frous-frous et tutti quanti...

  • -> Grand entretien : Michel Onfray persiste et signe Michel Onfray s'insurge contre le principe d'ingérence : « Si l'on devait se faire le gendarme du monde au nom des droits de l'homme, il y aurait cent pays dans lesquels il faudrait intervenir. [...

  • Les oubliés - À l´heure où j´écris ces lignes, la nation française vient d´enterrer les victimes d´actes immondes commis au nom de l´islam. Les dessinateurs de Charlie Hebdo sont morts parce qu´ils incarnaient le rire, la liberté d´expression et le droit de se moquer des puissants et des institutions. D´autres Français ont été tués parce qu´ils étaient juifs. Les agents des forces de l´ordre, enfin, parce qu´ils servaient la République laïque, ennemi proclamé des intégristes. Ces terroristes ont déclaré la guerre à ce qui nous constitue le plus intimement en tant que Français : les valeurs républicaines de liberté, d´égalité, de tolérance. Le droit de critiquer une religion sans répandre un discours de haine contre une communauté. Le droit aussi, pour chacun, de vivre sa foi, droit garanti par la laïcité, qui n´est pas, comme certains le disent, le tombeau des religions mais au contraire une chance, dans un pays où chacun peut croire (ou pas) ce que bon lui semble. Raccourci amer et terrible de l´histoire en marche, ce numéro de la Revue des Deux Mondes, élaboré avec le concours des Cahiers d´Orient dirigés par Antoine Sfeir, est consacré aux chrétiens d´Orient. Autres victimes de l´intolérance, ils payent actuellement au prix fort, par l´exil et souvent la mort, le fait d´être chrétien face aux djihadistes de l´État islamique, qui rêvent d´un califat sunnite débarrassé des encombrantes minorités ethniques ou religieuses. Les chrétiens d´Orient, dont nous nous résignons à contempler avec fatalisme le destin malheureux, sont apparemment menacés de disparition pure et simple. Des centaines de milliers d´entre eux ont fui l´Irak, la Syrie mais aussi l´Égypte depuis 2010. Dépositaires du christianisme originel, ces communautés constituent le plus proche des orients pour l´Occident et le plus proche des occidents pour l´Orient : elles pourraient devenir un « laboratoire de postmodernité, mais d´une postmodernité consciente de ses racines », comme le démontre brillamment Jean-François Colosimo dans son article « La gloire pour tombeau ». L´identité chrétienne orientale pourra aussi survivre dans l´exil, rappelle Henry Laurens, tant que la langue et la culture dureront. En atteste le nombre des Églises orientales déjà représentées en France (chaldéenne, maronite, syrienne-catholique, copte, melkite, arménienne, grecque orthodoxe, etc.) et dont la foi reste vivace...

  • Autour de Céline -> Nouvelle polémique : Céline était-il un agent actif du régime nazi, comme le suggèrent Pierre-André Taguieff et Annick Duraffour dans Céline, la race, le juif (Fayard, 2017) ? Les avis de Sébastien Lapaque et de Stéphane Guégan divergent. -> Inédit - Le Secret d'État : André Derval a trouvé une lettre inconnue de Céline. En douze pages, l'écrivain propose le synopsis d'un ballet relatant l'histoire de la politique française du roi Dagobert à la guerre de 14-18. Dossier : L'écrivain face au pouvoir -> Entretien avec Kamel Daoud : « Il n'y a pas de dictature sans consentement » Kamel Daoud est un journaliste franco-algérien à la plume courageuse. Situation des médias en Algérie, engagements personnels, amour de la littérature : l'auteur de Mes indépendances (Actes Sud, 2017) témoigne. -> Auguste : la divinisation littéraire du pouvoir par Xavier Darcos Dans la Rome antique, les poètes sont sollicités par les puissants : l'écriture joue un rôle profondément politique. À travers la figure d'Auguste, Xavier Darcos démontre comment des versificateurs sont enrôlés pour servir la doctrine officielle. -> Voltaire et les ambivalences du courtisan par Nicholas Cronk S'il conteste le pouvoir, Voltaire a toujours cherché à s'attirer les bonnes grâces des aristocrates et des monarques, une attitude digne du parfait courtisan, montre Nicholas Cronk. -> Victor Hugo dictateur par Jean-Marc Hovasse Napoléon fascine très jeune Victor Hugo. De là date la relation particulière qu'entretient le poète avec le pouvoir, affirme Jean-Marc Hovasse. Influencer les opinions et les gouvernants, telle est la mission qu'il s'assigne. Et aussi Jean-Paul Clément, Robert Kopp, Jean-Marie Rouart, Patrick Besson et Marin de Viry. Littérature -> Inédit. Aurélien Bellanger : « Je suis un enfant de la troisième révolution industrielle » Né en 1980, l'auteur du Grand Paris (Gallimard, 2017) décrit l'époque contemporaine et interroge l'émergence continuelle de la technologie.

  • En 1964 s´ouvrait la première ambassade de France en Chine. Loin de faire l´unanimité, la courageuse décision du général de Gaulle provoqua des réactions passionnelles. Cinquante ans plus tard, où en sommes-nous avec la Chine ? L´avenir de la deuxième puissance économique mondiale est-il aussi rose que le laissent croire ses chiffres mirobolants ? Quel rôle joue réellement l´Empire du milieu sur la scène internationale ? Dans sa livraison de décembre la Revue des Deux Mondes s´est mise à l´écoute d´un pays complexe, difficile à appréhender.
    Pierre Morel, ambassadeur à Pékin entre 1996 et 2002, retrace huit siècles d´histoire franco-chinoise qui furent ponctués de rencontres, d´échanges, d´accords et de désaccords. Dans sa chronique diplomatique, François Bujon de l´Estang s´intéresse aux quatre dernières décennies qui virent passer la Chine d´un état humilié et déchu à une société fière et riche ; si les gouvernants restent discrets sur le plan international et se gardent bien de livrer un quelconque message à vocation universelle, ils multiplient en revanche les initiatives spectaculaires à l´intérieur du pays et dans l´environnement proche. Le philosophe et sociologue Yu Hai explique pourquoi la Chine ne souhaite pas devenir le numéro un mondial. Dorian Malovic, lui, nous fait part d´un point de vue réaliste et pragmatique : l´Empire du milieu doit se résoudre à aller au bout de ses réformes sinon il s´effondrera. Pour l´universitaire Wang Zhenmin, l´avenir se construira sur un état de droits ou ne se construira pas. L´économiste Li Wei analyse un problème crucial : le vieillissement de la population chinoise. Enfin Michel Crépu rend un bel hommage à Simon Leys, brillant sinologue qui dénonça avant tout le monde les exactions du régime maoïste et l´aveuglement de certains intellectuels occidentaux.
    Également au sommaire, un entretien exclusif avec Robert Silvers, le directeur de la célèbre New York Review of Books qui fête son cinquantième anniversaire.

  • -> Grand entretien avec Alain Finkielkraut : « Qu'avons-nous fait du 11 janvier? » Alain Finkielkraut considère le 11 janvier 2015 comme un grand moment d'unité nationale et de division. Pour le philosophe, la France n'est pas coupable envers les enfants de l'immigration. La faute revient au délitement de l'idéal républicain. En ce sens, ...

  • -> Grand entretien avec Michel Houellebecq : « Même quand on a une vie nulle, Michel Houellebecq exposera ses photos cet été à Paris, au Palais de Tokyo. « On peut porter un regard beau sur une réalité objectivement insipide. ...

  • Dossier : Faut-il supprimer le roman national ?
    -> Entretien avec Pierre Nora : « L'histoire de la France a été le nerf de l'unité nationale »
    Depuis les années 60, l'enseignement de l'histoire suscite des controverses. L'approche chronologique est stigmatisée ; à l'histoire, on préfère la mémoire. Pierre Nora rappelle l'enjeu des polémiques et met en garde contre l'instrumentalisation de l'histoire.
    -> Les trois grands récits qui ont forgé notre passé par Patrice Gueniffey
    Mythe troyen de la France, mythe romain puis mythe des droits de l'homme et de la raison : tels sont, pour Patrice Gueniffey, les trois récits qui ont bâti notre passé.
    -> Entretien avec Patrick Boucheron : « L'histoire est diverse, plurielle et complexe »
    /> La parution de l'Histoire mondiale de la France (Seuil, janvier 2017) a déclenché les plus vifs éloges comme les plus sévères critiques. Patrick Boucheron revient sur le projet de cet ouvrage et sur sa réception.
    -> Au-delà de l'écume médiatique par Olivier Grenouilleau
    Olivier Grenouilleau analyse le rôle de l'histoire à l'école et s'intéresse aux manières de faire évoluer son enseignement.
    -> Éduquer l'enfant à l'exigence citoyenne et républicaine par Fatiha Boudjahlat
    Enseignante d'histoire dans un collège classé en zone prioritaire, Fatiha Boudjahlat loue l'école de la République pour ses vertus émancipatrices ; son témoignage dénonce l'idéologie des indigénistes qui enferme les esprits dans un discours ethno-religieux.
    -> Noblesse de l'histoire grand public par Fabrice d'Almeida
    Fabrice d'Almeida défend l'histoire grand public portée par des Stéphane Bern, Franck Ferrand, Thomas Snegaroff... Le succès de leurs émissions reflète la passion des Français pour l'histoire.
    Littérature
    -> Inédit. François-Henri Dérérable : « J'ai passé mon été à nager et à lire »
    L'auteur d'Un certain M. Piekielny (Gallimard) raconte comment, grâce à Flaubert, il comprit pourquoi il écrivait. Études, reportages, réflexions
    -> Venezuela : le piège de l'« excrément du diable » par Annick Steta
    Annick Steta explique comment le Venezula, qui détient les réserves de pétrole les plus importantes au monde, s'enfonce dans une crise politique et économique.

  • Grand entretien avec BHL : « Dans la zone grise des idéologues, rien n'est lumineux »
    Bernard-Henri Lévy pose un regard sur le monde contemporain et sur sa complexité géopolitique. Le philosophe croit en un islam des Lumières sans nier la montée de l'islamisme et d'un antisémitisme d'origine arabo-musulmane.
    Dossier : Quoi de neuf ? Le diable !
    -> Les mille visages du diable par Robert Kopp
    Qu'il soit réel ou symbolique, le diable hante les arts du monde entier. Robert Kopp analyse les différentes figures de Satan au cours des siècles.
    -> Entretien avec Rémi Brague : « On parle du retour du religieux or il n'est jamais parti... »
    On croyait la religion morte mais sa prégnance actuelle prouve le contraire. Rémi Brague revient sur les questions du bien, du mal, de la morale et de la politique vues à travers le prisme du religieux.
    -> L'inutile recours au « diable » dans les relations internationales par Renaud Girard
    En qualifiant l'URSS d'« empire du mal », Ronald Reagan utilise pour la première fois un concept moralisant en géopolitique. Pour les néoconservateurs, l'Amérique a reçu de Dieu une mission sur terre : combattre le mal.
    -> Hitler, émanation du diable par Eryck de Rubercy
    Eryck de Rubercy se penche sur la présence des forces démoniaques dans l'histoire allemande. Doit-on se figurer le diable en la représentation d'un seul démon (Hitler), ou doit-on croire à une anomalie germanique ?
    -> J'ai vu le diable dans ses oeuvres par le Frère Ange Rodriguez
    Prêtre exorciste pendant dix ans, le Frère Ange Rodriguez raconte son expérience.
    Et aussi Jean-Paul Clément, Céline Laurens, Stéphane Guégan et Richard Millet
    Dossier : Georges Bernanos, le nihilisme et la grâce
    -> La Grande Peur des bien-pensants : un adieu à Maurras par Grégoire Kauffmann
    Parmi les influences intellectuelles sulfureuses de Bernanos se relèvent Charles Maurras et Édouard Drumont, le père de l'antisémitisme français.
    -> Sous le soleil de Bandol (novembre 1945-août 1946) par Sébastien Lapaque
    Sébastien Lapaque décrit le séjour de Bernanos à Bandol, là où son activité journalistique fut intense.
    Et aussi Florence Delay et Frédéric Boyer
    Littérature
    -> Inédit. Frédéric Beigbeder : « Une frayeur grosse comme le Ritz »
    Témoin d'une attaque à main armée au Ritz, Frédéric Beigbeder relate, avec beaucoup d'humour, son aventure.

  • Dossier - L'idéologie au coeur de l'université
    -> Heurs et malheurs de l'université française par Philippe Raynaud
    Après avoir décrit ce qui fait la spécificité des universités françaises, Philippe Raynaud se penche sur les forces et faiblesses de l'enseignement supérieur et interroge le bien-fondé des politiques dont il est l'objet depuis des décennies.
    -> L'enseignement au XIXe siècle : le grand conflit État-Église par Jean-Paul Clément
    Au XIXe siècle, selon la nature du régime politique, l'enseignement fut tour à tour l'apanage de l'Église ou de l'État. L'historien Jean-Paul Clément revient sur les grandes étapes.
    -> Le structuralo-marxisme dans l'université par François Dosse
    Au sortir de 1945, le marxisme devient la doxa dans les facultés. En cause, l'hégémonie du Parti communiste et le triomphe du structuralo-marxiste avec la création en 1968 du Centre universitaire expérimental à Vincennes, « une anti-Sorbonne ».
    -> L'université kidnappée (avec son consentement) par les indigénistes par Yves Mamou
    Une nouvelle idéologie a pris son essor à l'université après les émeutes en banlieue de 2005 : le décolonialisme. Des groupuscules voient dans la démocratie et la laïcité des outils d'oppression envers les minorités, ils militent pour redessiner la société.
    -> Une idéologie mortifère au coeur de l'université française par Josepha Laroche
    L'islamo-gauchisme s'épanouit dans les facultés, s'alarme Josepha Laroche. Ce courant idéologique veut défendre et promouvoir le colonisé par tous les moyens, quitte à formater les savoirs.
    -> Mauvais esprit par Joseph Magne L'étudiant
    Joseph Magne témoigne : aucun cours n'échappe aux questions de race et d'oppression.
    Et aussi Robert Kopp, Michel Onfray, Jérôme Maucourant et Isabelle Barbéris.
    Littérature
    -> Plaidoyer pour sauver les églises de France par Adrien Goetz
    L'historien de l'art dresse un constat alarmant des églises en France.
    Études et réflexions
    -> Entretien avec Jean-Louis Gergorin « La cyberguerre est la continuation moderne de la politique par d'autres moyens »
    Ancien diplomate, Jean-Louis Gergorin souligne la vulnérabilité des réseaux face à la montée du péril numérique.

  • -> Dossier : La nostalgie du roi La monarchie, figure symbolique ou figure gouvernante par Philippe Raynaud Philippe Raynaud analyse les ressorts qui font aujourd'hui vivre le système monarchique dans les pays européens. L'institution royale s'inscrit dans une continuité. La réinstallation du roi en France paraît de ce fait peu probable pour l'historien. Emmanuel Le Roy Ladurie : « La France a réussi une synthèse entre les deux traditions nationales » De Hugues Capet à Louis Philippe, l'historien Emmanuel Le Roy Ladurie nous présente les rois qui ont construit l' É tat moderne tel qu'il subsiste encore au XXI e siècle. De la monarchie absolue à la monarchie impossible par Jean-Christian Petitfils L' É tat français moderne naît au lendemain des guerres de religions, affirme l'historien Jean-Christian Petitfils. Son émergence correspond à l'instauration de l'absolutisme. La « monarchie républicaine », une vieille tradition française ? par Jacques de Saint Victor L'histoire républicaine a, en France, de profondes racines. Les premières tentatives politiques pour contrebalancer la puissance royale date du Moyen Âge. Le drame des premières dames françaises par Stéphane Bern À la différence de certaines reines, qui jouèrent en France un rôle politique majeur, les premières dames de la V e République ont beaucoup de mal à s'imposer. Stéphane Bern explique pourquoi. Et aussi Sébastien Lapaque, Robert Kopp, François-Marin Fleutot, Jean-Pierre Naugrette et Marin de Viry. -> Littérature Inédit. Camille Laurens : Vaine Camille Laurens se souvient d'une rencontre avec l'artiste ORLAN. Son texte drôle et triste raconte l'abandon, le féminisme, la difficulté à communiquer. Extrait. Frédéric Mitterrand : Milada En novembre paraîtra aux éditions Robert Laffont Mes regrets sont des remords . La Revue des Deux Mondes publie, en avant-première, un extrait. Extrait. Jean Clair : « Les oeufs d'or. Journal » -> Études, reportages, réflexions Extrait. Régis Debray : « Que faut-il entendre par sacré ? » Régis Debray poursuit sa réflexion sur la place de la transcendance et des croyances dans notre société moderne. En exclusivité, un extrait de son nouvel ouvrage, Allons aux faits. Croyances historiques, réalités religieuses (Gallimard/France-culture)



  • L'Algérie et nous


    -> Entretien avec Gilles Kepel. Les différents scénarios du « printemps algérien »
    Gilles Kepel met en perspective les récentes manifestations algériennes avec les « printemps arabes ». D'après lui, le futur pouvoir algérien prendra les allures d'une cohabitation militaro-salafiste.

    -> « Accueillons cette lueur présage de bonheur » par Sébastien Lapaque
    Vu de l'hexagone, il est impossible de comprendre l'Algérie depuis son indépendance en 1962, affirme Sébastien Lapaque. Grâce à ses voyages et ses relations nouées sur place, l'écrivain nous emporte au coeur de ce pays à la fois libre et enchaîné.
    -> La Casa del Mouradia par Ryad Girod
    Le romancier Ryad Girod livre une version littéraire des premiers jours du « printemps algérien ».

    -> Le mystère de Gaulle par Éric Roussel
    L'historien Éric Roussel décrypte la politique algérienne de De Gaulle en rappelant le parcours et les idées du Général en matière coloniale.

    -> Les intellectuels français sur l'Algérie par Pierre Vermeren
    La guerre d'Algérie conduit les intellectuels français à se positionner pour ou contre la colonisation. Pierre Vermeren revient sur les violentes controverses.

    -> Entretien avec Jean-François Kahn. Les médias français et la décennie noire
    Jean-François Kahn a couvert la guerre civile algérienne pour différents journaux. Il témoigne des aveuglements et des dénis d'une grande partie de la presse française de l'époque sur les groupes islamistes.

    -> Camus, écrivain algérien ? par Robert Kopp
    Né en Algérie, Camus militait pour une cohabitation pacifique entre colonisateurs et colonisés. Robert Kopp évoque ce positionnement politique qui relevait davantage d'un rêve.



    Littérature


    -> Inédit L'inadapté par Clara Dupont-Monod
    Un enfant naît avec une maladie rare. À travers le personnage de la soeur, Clara Dupont-Monod raconte l'épreuve, la souffrance et la force.





    Études, reportages et réflexions


    -> Alexandra David-Néel, une âme en peine. Portrait de l'orientaliste en femme (presque) ordinaire par Marion Dapsance
    L'aura dont bénéficie Alexandra David-Néel gomme certains traits de sa personnalité. Marion Dapsance nous les révèle.

  • Poutine est-il notre ennemi ? Histoire d'une relation passionnelle entre la France et la Russie
    Avec Hélène Carrère d'Encausse, Jean-Paul Clément, Hubert Védrine, Michel Eltchaninoff, Andreï Gratchev, Arnaud Kalika et Franz-Olivier Giesbert.
    -> Grand entretien avec Hélène Carrère d'Encausse : « Poutine veut restaurer le génie national russe »
    Hélène Carrère d'Encausse voit en Poutine l'héritier de tous les Romanov, et notamment du tsar Pierre le Grand, qui ont oscillé entre désir de réforme et repli nationaliste russe. L'historienne souligne une continuité dans la place qu'occupe la Russie au sein de l'Europe depuis le XVIIIe siècle.
    -> Entretien avec Hubert Védrine « Poutine est aussi réfléchi et calculateur que réactif et viscéral »
    Hubert Védrine critique notre vision caricaturale de Poutine : selon lui, le chef du Kremlin ne veut pas rétablir un Empire russe ni l'URSS mais laver l'humiliation de 1991 et rendre sa fierté au pays. S'il est difficile de créer un climat de confiance avec Poutine, l'Occident doit réinventer ses rapports avec la nouvelle Russie et la réintégrer comme partenaire sur le plan international.
    -> Le brouillard manichéen de la relation franco-russe par Arnaud Kalika
    Entre fascination et répulsion, le sujet russe scinde de plus en plus la classe politique et intellectuelle française. De Marine le Pen à Jean-Luc Mélanchon, Arnaud Kalika se penche sur les réseaux et les centres d'influence pro et anti-poutiniens en France.
    -> Ivan Ilyine, l'inspirateur secret du poutinisme par Michel Eltchaninoff
    Poutine se réfère souvent à des philosophes pour légitimer sa politique. Michel Eltchaninoff s'intéresse à Ivan Ilyine, un essayiste réactionnaire du début du XXe siècle, figure intellectuelle favorite du président russe.
    -> Franz Olivier-Giesbert : « Lettre ouverte à mes amis poutinistes »
    -> Jean-Paul Clément : « Les origines du nationalisme russe »
    -> Andreï Gratchev : « Et si l'Occident avait eu tort ? »

    Dans ce même numéro :
    -> « Jusqu'où ira la finance islamique ? » par Annick Steta
    Annick Steta analyse les caractéristiques de la finance islamique qui lui ont permis d'échapper à la crise des subprimes. Ce système financier attire de plus en plus de pays dans le monde.

  • Pour nous qui savons la suite, lorsque nous considérons ces photographies d´adieu, gare de l´Est, nous sommes sidérés par l´ivresse, la joie, la fête. Tous ces jeunes garçons d´à peine 20 ans pour la plupart vont à une mort certaine, ils n´ont aucune idée de la boucherie qui les attend. La guerre, en cet été 1914, a des allures de partie de campagne. « La der des der » : l´a-t-on assez applaudi ! Michel Laval, dans son admirable livre sur Péguy soldat (1) - deux mois à peine, tué en pleine tête dès septembre - a magnifiquement décrit ce moment du départ. Les jeunes recrues vivent dans la conscience évidente qu´il s´agit là d´une guerre de civilisation. Combattre l´Allemagne, c´est combattre la barbarie, défendre le droit issu des profondeurs humanistes du Vieux Continent. Certes, tous les conscrits n´avaient pas lu Montesquieu et beaucoup ignoraient même jusqu´à son existence. Il n´empêche : c´est comme s´ils en étaient imprégnés. Et de fait, ils l´étaient.
    On connaît la suite. Loin d´avoir été un duel de valeurs, la guerre de 1914-1918 a été le tombeau de la notion même de valeur. C´est là, précisément, que la commémoration de ce terrible événement peut avoir du sens. Non pas la célébration niaise d´un patriotisme aveugle, mais la conscience qu´un trésor spirituel inestimable a péri dans la boue des tranchées. La Première Guerre mondiale a engendré la seconde, dont nul n´avait l´idée en 1914. Encore les conscrits d´août 1914 pouvaient-ils se sentir solidaires, par-delà les siècles, des armées d´autrefois. Ce ne sera plus le cas en juin 1940, au moment de la débâcle. Les démons du totalitarisme auront pris la main. Une main d´acier. Cent ans plus tard, où en sommes-nous avec cette mémoire ?
    L´abondance incroyable de publications suffit à montrer à quel point l´événement touche encore au vif. Le prix Goncourt 2013 de Pierre Lemaître (2) est la pointe fine d´un Himalaya d´ouvrages historiques, de témoignages de toutes sortes. Il existe quelques photographies de 1870. Rien de commun avec 1914-1918, guerre moderne par excellence et qui coïncide, ce n´est pas un hasard, avec la révolution des avant-gardes, au même moment. Ni le mouvement Dada ni le surréalisme ne sont compréhensibles en dehors de cette dislocation inédite dans l´histoire de l´humanité. Un moment frontière. On ne comprend rien à l´aventure artistique du XXe siècle en dehors de cette « scène primitive ».
    C´est ainsi. En ouvrant ce dossier, la Revue des Deux Mondes entend poursuivre la réflexion tout au long de l´année 2014. De quelle dimension spirituelle l´Europe peut-elle s´enorgueillir aujourd´hui qui ne rende pas un son creux, abstrait, technocratique ? La technocratie est-elle le prix à payer pour avoir la paix ? C´est ce que nous essaierons de savoir, au long de cette année, que l´on souhaite heureuse à tous les lecteurs de la Revue, anciens et nouveaux. Qu´ils soient les bienvenus.
    Bonne lecture, Michel Crépu 1. Michel Laval, Tué à l´ennemi. La dernière guerre de Charles Peguy, Calmann-Lévy, 2013.
    2. Pierre Lemaître, Au revoir là-haut, Albin Michel, 2013.

  • Dossier : De quoi Fillon est-il le nom ? -> François Fillon, l'homme des trois droites par Franz-Olivier Giesbert Franz-Olivier Giesbert retrace le parcours politique de François Fillon, homme à la fois libéral et conservateur. Il synthétise pour lui les trois droites : légitimiste, orléaniste et bonapartiste. -> De Fillon et des catholiques. Les aphorismes de ma grand-mère valent bien les éditoriaux de Laurent Joffrin par Marin de Viry Les catholiques ont largement plébiscité François Fillon lors de la primaire à droite. Marin de Viry analyse cet électorat qui retrouve dans la candidature de Fillon, l'occasion de réaffirmer ses valeurs. -> La droite sans le peuple par Sébastien Lapaque La droite comme la gauche ne sait plus parler au peuple, affirme Sébastien Lapaque. Cette France périphérique, qui représente vingt millions d'électeurs, risque de voter massivement Marine Le Pen. Dossier : L'origine des guerres de religion en France ->Tuer et mourir au nom de Dieu au temps des guerres de religion par Nicolas le Roux À la fin du XVIe siècle, massacres et assassinats politiques « au nom de Dieu » se multiplient. Nicolas Le Roux décrit ces grands cycles de vengeance et de crimes. -> Entre outrance et tempérance : les écrivains face aux guerres de religion par Loris Petris Partisans ou contempteurs de la Réforme, les écrivains du XVIe siècle se font entendre. Loris Petris propose un tour d'horizon de cette littérature engagée. -> Entretien avec Rémi Brague. « Nos sociétés ne prennent pas la religion au sérieux » Rémi Brague note les profondes différences entre les guerres de religion du XVIe siècle et le jihad. Pour le philosophe, l'idée d'un affrontement au nom du religieux est inaudible par les sociétés occidentales, ce qu'il déplore. -> Les guerres de religion entre fin des temps et théâtre de cruauté par Denis Crouzet D'après Denis Crouzet, les guerriers de Dieu au XVIe siècle et ceux de Daesh au XXIe siècle utilisent le même discours sur la fin des temps et le même exhibitionnisme de la mort. -> Ceci n'est pas religieux par Jean-Marie Le Gall Jean-Marie Le Gall critique les analystes qui refusent de voir dans le religieux, les explications du comportement de certains exaltés. Littérature -> Inédit. Catherine Cusset : « un trop grand désir d'être aimée » La romancière raconte comment, à la recherche d'une colocataire dans une ville américaine, elle fait connaissance de « l'ange Meredith » qui la rend meilleure. Études, reportages, réflexions -> Pour une économie du bien commun. Discours à la jeunesse par Jean Tirole Le prix Nobel d'économie explique ce qu'est l'économie du bien commun et pourquoi il faut aller dans cette direction.

  • Tout le monde a en tête ce fameux adage de Charles Péguy, lequel redoutait que la mystique se dégrade en politique. On a commémoré l´année dernière le centenaire de sa mort : le moins qu´on puisse dire est que cet anniversaire a montré combien Péguy demeurait présent dans les esprits. Mieux qu´un simple anniversaire, ce rendez-vous a été aussi une façon de vérifier comme l´auteur de Notre jeunesse figure un interlocuteur majeur pour notre aujourd´hui. Pierre Emmanuel, que cite ici Patrick Kéchichian, disait de lui : « Quand on l´appelle, il répond. » Le colloque « Pensée de Péguy » de mai 2014, organisé conjointement par Benoît Chantre, Camille Riquier et Frédéric Worms à l´École normale supérieure et à l´Institut catholique de Paris, a permis de constater aussi bien que Péguy répondait toujours présent. Et qu´il y avait du monde au bout du fil. Tous les écrivains ne peuvent pas en dire autant.Que dirait Péguy de notre monde divisé comme jamais entre le radicalisme intégriste et l´à quoi bon affairiste qui gangrène notre société politique ? C´est le thème de ce premier numéro des Deux Mondes de l´année 2015. Le djihadisme coupeur de têtes semble une réplique à l´envers du cynisme mou des esprits prétendus éclairés, lit de rêve pour le populisme ravageur. Tout est dégradé, d´un pôle à l´autre : le radicalisme religieux emporte avec lui ce qui constitue pourtant l´essence d´une spiritualité, une ouverture à la transcendance. Le spirituel sert de manche à la cognée, exactement comme dans toutes les grandes opérations du totalitarisme. On s´en rend compte ici à la lecture de l´entretien passionnant avec le père Ponchaud, qui fut l´un des tout premiers à avertir le monde de la folie des Khmers rouges. Devant cela, la petite politique manoeuvrière, à peine digne des médiocrités de la IVe République, ne paraît pas en mesure de tenir un discours fort. Elle n´en a pas la force.La réplique, la vraie réplique spirituelle que l´Europe pourrait et devrait donner, on l´attend, on la cherche. Le pape François s´en est ému naguère à la tribune de l´Union européenne. Mais pour que l´Europe se réveille de son marasme, de sa lourdeur pachydermique, il faudrait qu´elle se ressaisisse de son héritage, qu´elle ne le craigne pas comme une ombre maudite, dont il faudrait se défier. C´est là où Péguy reste un formidable interlocuteur. Non pas tant pour alimenter on ne sait quelle nostalgie d´une communauté à l´abri de la turpitude moderne, mais pour redonner le goût d´être ce que nous sommes, fils d´une Europe spirituelle, capable aussi bien de douter que de construire. Il n´y a qu´en Europe que l´on peut à la fois « suspendre le jugement moral » (pour parler comme Kundera) et affirmer haut des valeurs sans lesquelles il n´est pas de société digne de ce nom.
    Bonne lecture, La rédaction

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