Jeunesse

  • Sylvie

    Gérard de Nerval

    Qui n'a pas rêvé à ces habits trouvés dans un grenier, à ces danses et bals, et de pouvoir se glisser à nouveau dans ses grands rêves d'enfance ?
    C'est un livre du sercet et de la nostalgie. Un livre de fête, mais l'ombre de la folie, que retient ou contient le narrateur, donne son double-fond au réel, le dresse comme énigme impalpable.
    Non seulement c'est un plaisir immense de lecture, mais nous-mêmes, aujourd'hui, le lisons autrementn, ayant lu Marcel Proust et Julien Gracq. La prose ici est poème, et l'instance de notre plaisir dans le texte, nous savons le prendre au rythme et au chant, à la façon la couleur de la phrase.
    Nous proposons ici, non seulement de relire confortablement Sylvie, mais de lire le texte du virage : la façon dont Marcel Proust lit Sylvie, et ce qu'il nous donne à y voir.
    Ne laissez pas de tels puits de bonheur, de rencontre avec soi-même, trop s'éloigner - ils méritent l'accompagnement, la visite.

    FB

  • Quelle vie que celle de Jeanne-Marie Leprince, d'abord chanteuse et musicienne, puis mariée à un soudard viveur qui dilapide sa dot et a le bon goût de mourir tôt en duel, vengeance d'une de ses victimes au jeu.La voilà à Londres, qui reprend son métier d'enseigner aux enfants des bonnes familles, la route croisée de Daniel Defoe, qui l'entraîne à participer au "Magasin des enfants".
    Et dans ce "Magasin des enfants", d'abord, les histoires qu'elle sait raconter, les vieux contes qui se promènent d'âge en âge et de pays en pays. Le sous-titre se veut gage de la marchandise : "Contes moraux pour l'éducation de la jeunesse". Mais la loi du conte ne change pas : les malheurs y sont de vrais malheurs. Ainsi cette phrase de "La Belle et la Bête" : "Je veux bien vous pardonner, à condition qu'une de vos filles vienne volontairement pour mourir à votre place".
    Alors quel plaisir que revenir à cette langue du XVIII° siècle, l'admirable syntaxe mise en souffle par la voix du conte, où l'expérience de la musicienne et tous les aléas de la vie donnent résonance.
    À l'inusable "La Belle et la Bête", nous avons joint quatre autres histoires brèves, sur même fond d'humanité qui se rêve.
    Et si par hasard vous voulez prêter votre tablette ou liseuse à quelque jeune tête, sur le siège arrière de la voiture, vous verrez s'il ne s'agit pas aussi de textes pour le présent..

    FB


  • Il fallait Lilian Bathelot pour prendre à bras le corps ce symbole de la vie urbaine qu'est le skate-board - version "street", variante hardcore où les rues de la ville deviennent l'arène.

    Une histoire brève, dramatique. Marion, Zinedine. Si proches dans le coeur. Que tout sépare dans le bruit de la ville. Les quartiers, les regards, les familles, la vie qui ne tient qu'à un fil.

    Et le roman, cette façon d'y aller voir au plus près des êtres, dans leurs mots, dans leurs yeux, avec cette envie qui vient de les prendre par la main.


    Reste le défi, la pesanteur, l'équilibre, la fragilité des os, les douleurs de l'âme...

    FB/LB

  • "J'étais loin de m'imaginer, traçant un cercle malhabile autour de l'annonce qui avait retenu mon attention, que je m'engageais dans une aventure qui marquerait ma vie, et dont le souvenir hanterait chacune de mes nuits.
    Le mois de juin s'achevait dans la brume et le froid. Les femmes avaient passé des manteaux sur leurs corsages et leurs jupes d'été, les vitres des voitures étaient closes et l'on n'entendait plus, dans les files bloquées aux feux rouges, le caquetage des rappeurs de la bande FM.
    Cela faisait trois mois que j'arpentais Paris avec mon canard ouvert à la page des petites annonces, dépensant des fortunes en cartes téléphoniques dans l'espoir d'arriver le premier sur le palier, et de me coller de la tête aux pieds contre la porte en attendant qu'on me dise d'entrer. J'avais beau acheter Le Figaro dès que le motard le déposait au kiosque et appeler à l'ouverture des bureaux, rien n'y faisait : quand j'arrivais, il y en avait toujours une vingtaine qui battaient la semelle devant l'immeuble ou qui faisaient la queue dans l'escalier, chacun occupant sa marche."

  • Qui donc n'aurait pas lu Le chat noir, demande Baudelaire ?
    Un de ces textes qui le décideront à se faire le traducteur d'Edgar Poe, et ont assuré l'immense célébrité de l'Américain.
    Célébrité évidememment due à l'impacable cheminement de la nouvelle vers sa fin horrifique.
    Le coeur révélateur fait partie de ces histoires où Poe joue délibérément avec le crime, l'horreur, le macabre - et en rit, sardoniquement.
    Dans Le masque de la mort rouge, on rit moins.
    Mais des trois, on se souvient longtemps.

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